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bric à bracs d'ailleurs et d'ici

note de lecture

L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

4 Décembre 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #J.C.G., #agora, #développement personnel, #note de lecture, #pour toujours, #écriture- lecture

L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer
L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

L'impitoyable aujourd'hui 

Emmanuelle Loyer 

Flammarion, septembre 2022

 

Ce livre est sorti à point nommé, alors que, suite au livre-labyrinthe Et ton livre d'éternité ?, je remets en question, en perspective, la plupart de mes croyances, de mes paradigmes historiques, scientifiques, métaphysiques, politiques et idéologiques.
Cela me fait du bien de voir s'effondrer ou basculer « mes » croyances, convictions, certitudes d'une soixantaine d'années. À 82 ans, tabula rasa. On ne sait rien. Grande humilité pour accepter le miracle de la naissance, le mystère de la mort, pour vivre la vie avec gratitude, pour respecter la vie dans sa diversité et son unité.

De ce champ de ruines, je ne sors pas effondré mais animé du projet : quoi à la place ?

Ayant pris conscience 

que tout est croyance, les certitudes ou vérités dites scientifiques, les preuves ou faits historiques, les arguments philosophiques et métaphysiques, les convictions politiques et idéologiques

que tout est récit, que ce que je prends pour le réel est l'effet du récit que je tiens sur ce que je crois être le réel et qui l'engendre

que ce sont les mots que j'emploie qui crée le réel, que les mots ne sont pas les traducteurs d'un réel pré-existant, objectif, extérieur

alors la tache devient celle-ci : quel récit veux-tu tenir aujourd'hui puisque tu es l'auteur du récit qui va donner sens ou valeur à ta vie, présence à ton réel ? Quels mots veux-tu utiliser pour créer ton réel ?

 

L'essai d'Emmanuelle Loyer ne répond en aucune façon à cette invention, fabrication du réel que je désire par les mots que j'utiliserai. Il a par contre un pouvoir de remise à l'heure des pendules. Les grands récits, récit national par exemple, s'effondrent, grâce à des frondeurs, des chercheurs de l'autre face des Lumières, des points aveugles des éclairages enseignés, appris sans grand esprit critique. Car il faut du temps pour que les ombres, les fantômes mis sous le tapis se fassent entendre. La révolution française est-elle vraiment une révolution libératrice, émancipatrice ? Liberté, égalité, fraternité, à quels prix ? Avec quels effets dans le monde ? La révolution industrielle anglaise est-elle la continuation technique et économique de la révolution politique française ? D'où vient la croyance au progrès ? D'où viennent les deux guerres mondiales de la 1° moitié du XX° siècle ? Devant ce qui s'appelle 

l'accélération de l'histoire au travers de la modification agressive des frontières dans l'Europe commencée avec l'aventure napoléonienne, suscitant par effets-boomerang la naissance de nationalismes revanchards, 

l'accélération des inventions techno-scientifiques, bouleversant en permanence le quotidien des gens, y a t-il de la résistance, de la résilience, de la survivance ? 

Quelles formes ont pris les manières de ne pas vivre avec son temps ?

 

Emmanuelle Loyer, historienne, ethnologue, lectrice d'oeuvres littéraires nous emmène chez le dernier des Mohicans avec Fenimore Cooper, le dernier trappeur de la taïga, Derzou Ouzala avec Vladimir Arseniev, dans l'île de Sakhaline avec Anton Tchekhov, en Amazonie, chez les Nambikwara avec leur dernier témoin Lévi-Strauss, chez ceux qui sont arrivés trop tôt ou trop tard, les déçus de l'histoire ayant perdu leurs illusions, n'ayant que la peau de chagrin de l'Histoire, ambivalents par rapport à l'Histoire au présent (Chateaubriand, Stendhal, Hugo), dans certaines campagnes françaises, à Nohant dans le Berry chez George Sand devenue grand-mère et sorcière après avoir créé et animé La Cause du peuple (3 N° en 1848), à Minot dans le Doubs où disparaissent les vieilles façons de dire et de faire de la laveuse, la couturière, la cuisinière avec Yvonne Verdier, sur l'Èvre, un affluent méconnu de la Loire avec Julien Gracq, dans l'empire austro-hongrois de La marche de Radetzky avec Joseph Roth, à Donnafugata en Sicile à l'achèvement de l'aristocratisme avec Giusepe Tomasi Lampedusa, à Gagliano où le Christ n'est jamais arrivé avec Carlo Lévi et Ernesto De Martino, à Višegrad sur le pont Mehmed Pacha Sokolović franchissant la Drina avec Ivo Andrić, en Angleterre dans les châteaux gothiques et maisons hantées de Marie Shelley, pendant que le temps devient horloger avec la mécanisation des métiers à tisser, modifiant le temps du sommeil avec Edward Palmer Thompson et Jacques Rancière, en Russie à Borodino dans Guerre et Paix de Tolstoï où Napoléon est vu par l'oeil de son serviteur, par le petit bout de la lorgnette évoquant le petit homme de la boucherie (le mot est dans le roman) et non le grand stratège et où avec Koutouzov, on saisit les mille et unes micro-décisions décidant du sort d'une bataille et d'une armée en déroute, boucherie produite par l'exaltation patriotique des nationalismes en formation et produisant des fous se prenant pour Napoléon, des hallucinés ayant l'angoisse de perdre la tête, d'être décapités (la terreur fut un gouvernement des émotions par les émotions, un déchaînement paranoïaque de politique dite de salut public), en Russie soviétique à Stalingrad avec Vie et destin de Vassili Grossman, en Allemagne année zéro avec Winfried Georg Maximilian Sebald, à Berlin à l'arrivée des troupes soviétiques avec une femme anonyme, dans une ville, aujourd'hui ukrainienne, Lviv, d'où sont issus les inventeurs (Hersch Lauterpacht, Raphaël Lemkin) de deux concepts juridiques : crime contre l'humanité, génocide (18 ans après ce qui s'appellera génocide arménien, décrit par Frantz Werfel dans Les Quarante Jours du Musa Dagh paru en 1933), Lemkin mettant le doigt sur le propre de cette guerre totale « cette guerre n'est pas menée par les nazis seulement pour des frontières mais pour transformer l'humanité à l'intérieur de ces fontières. », sur deux siècles (XIX-XX°) pour terminer par la longue durée étudiée par certains historiens (Lucien Febvre, Fernand Braudel), par la spécificité du temps des isolés (Proust dans sa chambre, Barthes au sanatorium), par la vieillesse vécue comme vita nova pendant une vingtaine d'années par George Sand ou Colette (L'étoile Vesper, 1946) ou Vita Sackville-West (Toute passion abolie, 1933), et par le voyage Dans la nuit et le vent de Patrick Leigh Fermor, 19 ans en 1934, parcourant entre 1933 et 1935 à pied et en diagonale, du nord-ouest (Rotterdam) au sud-est (Istanbul), en suivant deux voies fluviales, le Rhin puis le Danube, la face européenne de la Terre dont Bruno Latour fait un être vivant avec l'hypothèse Gaïa. 

 

Cet essai est tellement riche (l'énumération qui précède en donne un aperçu) que je ne cherche pas à en rendre compte, renvoyant chacun à sa lecture éventuelle.

L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer
L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

Par contre, oui, tenter de dire quels mots je souhaite utiliser pour créer le réel dans lequel je désire vivre.

Et ce seront d'abord les mots de Lévi-Strauss, le témoin triste disant dans Tristes tropiques « Le monde a commencé sans l'homme et s'achèvera sans lui. » Mais ce constat, né de l'opposition entre les sociétés froides, les sociétés premières, et les sociétés chaudes (la civilisation moderne née à la Renaissance), particulièrement entropiques, désagrégatrices ne doit pas nous empêcher de jouer notre partie et de la jouer le mieux possible. Là Rousseau est préférable à Descartes. Celui-ci exprime les certitudes du moi (je pense donc je suis), Rousseau exprime la sortie des évidences du moi, l'identification à autrui, la pitié, aujourd'hui, on dirait la compassion ou l'amour inconditionnel (je panse donc je suis, je prends soin). « La conscience de la vanité du sens n'est pas un extincteur de la quête de compréhension, la conscience de la finitude n'est pas un découragement à l'action. » p.125

En 1976, Lévi-Strauss propose à la commission des lois de l'Assemblée Nationale, une charte du vivant, une réforme de la morale et de la politique fondée sur la beauté du monde et sa caducité. La valeur de toute chose est dans son irremplaçabilité. Il faut célébrer les choses mêmes en dehors de l'usage ou de la perception du sujet, dans la réconciliation de la morale avec l'esthétique et de l'homme avec la nature, dans le respect de tout ce qui naît, vit, meurt, de la bactérie à la galaxie en expansion accélérée, du virus au trou noir glouton.

Ce respect intègre le respect de soi, l'estime de soi, l'acceptation, l'affirmation de mon caractère irremplaçable, l'acceptation de mon unicité, de ma singularité.

D'où l'interrogation : Au lieu de se demander « qu'est-ce que je veux de la vie ? », une question plus puissante est : « qu'est-ce que la vie veut de moi ? ». Eckhart Tolle

 

En ce qui me concerne, j'opte pour une curiosité à 360°, circulaire horizontale, sphérique toutes directions, de la bactérie aux galaxies, des virus à nous et nous, à moi et moi,  à je et je est un autre,  à toi et tu...

L'infinie variété du vivant me passionne, l'infinie diversité des humains aussi.

Tout accueillir, tout ce qui se manifeste, sans jugement, sans tri, du salaud au saint, du monstrueux au sublime (il y a du monstre, du sublime, du normal, du foldingue... dans tout humain) ; si ça se manifeste, c'est que c'est nécessaire (y en a qui appellent ça hasard) 

qui suis-je pour trier ? ça c'est bon, ça c'est mauvais ?

du miracle de la naissance au mystère de la mort, se vivre comme goutte dans l'océan-comme océan dans la goutte, comme agitation des vagues de surface-comme immobilité des profondeurs

la VIE comme vibration information énergie


 

L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer
L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

Le temps du confinement fut un temps de révélation de l'essence-ciel pour certaines et certains.

Le temps du confinement fut un temps de confinement pour tout un chacun du monde

dans la ronde arrêtée du monde

un temps imposé d'isolement par les pouvoirs du monde mais pas sur la ronde du monde

une prison mondiale pour humains, mais pas pour animaux, végétaux, minéraux

chacun chez soi, chacun pour soi

(à chacun de se situer entre les extrêmes de ces deux expressions pouvant comprendre tout le monde, chacun dans sa singularité de situation, de confortable à insupportable, chacun dans sa spécificité d'être, d'altruiste à égoïste)

avec rares autorisations de sorties pour s'approvisionner, s'oxygéner

sans pénurie organisée sans chaos engendré

sans insurrections provoquées sans révoltes spontanées

un parmi huit milliards de prisonniers soumis volontaires

nourris, blanchis, chauffés, « protégés » du virus

né d'une soustraction CAC 40 - COP 21 = COVID 19

facteur d'évolution comme tout virus mutant de variant en variant

contre lequel big pharma était en « guerre » totale

contre lui COVID 19 qui nous avait mis en grève générale

un parmi huit milliards

faisant ce qu'ils voulaient de leur temps d'isolement diversement vécu

faisant ce qu'il voulait de son temps de solitude aimée, oh oui, bien aimée !

même la route passant en dessous de chez lui avait été fermée pour deux ans

pas de travail contraint, de télé-travail

pas de travaux forcés d'intérêt général

découvrant ainsi la liberté intérieure, la fluidité de l'impermanence gommant la rigidité de toutes ses identités, découverte par bien des prisonniers avant lui

prisonniers dans des prisons d'états, dans leur propre prison ou celle d'une maladie, asile d'aliénés, sanatorium de tuberculeux

et qui ont soigné un peu le monde en souffrance parce que s'étant remis synchrones avec leurs rytmes internes et externes (coeur, respir, cycles journaliers, saisonniers...)

découvrant sa liberté créatrice jusque-là potentielle, l'activant, en usant

faisant ainsi de lui non un homme parmi huit milliards d'humains

vivant au petit bonheur la chance au gré des circonstances, des influences

mais un homme singulier, nécessaire car seul à créer ce qu'il créait dans l'humilité et l'intimité, au secret

par un petit pas de côté, un petit glissando de travers, un petit rire sur lui - on n'en finit pas avec l'enflure du moi-je-moi-je -, une larme d'empathie pour le virus traqué dans les labos

ils furent quelques-uns à découvrir un autre usage du temps consistant à prendre le temps, à faire comme si le temps était éternel

plus de compétences à avoir, d'originalité à exhiber, de domination à exercer, plus de temps compté, émietté, mesuré


 

du temps prenant son temps

c'est ce que quelques-unes redécouvrirent

que le temps c'est le présent, que c'est un présent

car c'est depuis toujours, le temps des femmes, le temps de l'attention au présent, au présent de l'enfant en demande, au présent de la vieille en souffrance

découvrir que l'éternité est dans le moment présent

pas dans regrets et souvenirs du passé

dans projets et désirs de lendemains qui chantent et dansent

ce fut ce qui jaillit de la prison mondiale


 

il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher au monde

il n'y a rien à juger, rien à séparer

le bon grain de l'ivraie, le bien du mal, le beau du laid, le doux du cruel

tout est déjà là, dans sa diversité, ses contrariétés, ses complémentarités

avec ses effets-miroirs

l'autre détesté c'est moi, l'autre aimé c'est moi

et si tu me détestes, c'est toi et si tu m'aimes, c'est toi

tout est à cueillir, accueillir, recueillir

tout est partageable, tout est à partager

depuis je chante sans forcer la voix, léger comme murmure de filet d'eau, danse avec l'absente dans mes bras ouverts, goûte à ma cuisine-maison, déguste mes breuvages et infusions, redécouvre pissenlits, roquettes, herbes sauvages, baies de myrte, olives, champignons de mon terrain non cultivé

ils et elles chantent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'affronter

ils et elles dansent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'entr'envier

les quelques-uns ne croient même pas utiles de garder traces écrites, dessinées, peintes de leurs bonheurs

ce sont des bonheurs minuscules de vies minuscules centrées sur l'essence-ciel

ils se regardent, s'enlacent, s'embrassent, se caressent

ils se sentent regardés, enlacés, embrassés, caressés par tout ce qui existe, vit, meurt de la bactérie à la galaxie en expansion, du virus au trou noir glouton

ils sont en lien, reliés

ils tissent la tapisserie mystique de la dame à la licorne

ils sont un point à l’endroit, un point à l’envers de la grande tapisserie cosmique

les fleurs séchées égrènent leurs graines

de nouvelles germinations engendreront de nouvelles floraisons

le temps du confinement en prison mondiale a été pour certaines et certains le temps de la libération de leur puissance créatrice, génitrice de leur liberté intérieure, inaliénable.


 

Jean-Claude Grosse, le 4 décembre 2022, Le Revest

 

 

 

l'accueilleuse-guérisseuse et le chasseur, en cours d'écriture, j'ai le chasseur, manque la guérisseuse

l'accueilleuse-guérisseuse et le chasseur, en cours d'écriture, j'ai le chasseur, manque la guérisseuse

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Bicentenaire de la mort de Napoléon, 5 mai 1821

5 Mai 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #note de lecture, #J.C.G., #FINS DE PARTIES

quelques livres récents et plus anciens sur Bonaparte et Napoléon
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quelques livres récents et plus anciens sur Bonaparte et Napoléon

La Grande Librairie du mercredi 24 mars 2021 fut consacrée au bicentenaire de la mort de Napoléon, le 5 mai 1821, à Sainte-Hélène. 

Je retiens essentiellement de cette soirée, l'idée de démocratisation de la gloire selon Pascale Fautrier, d'économie de la gloire selon Thierry Lentz.  L'éthique de la gloire remonte à l'antiquité. La recherche de la gloire c'est une tentative de gagner l'immortalité par la gloire éternelle, liée à la gloire donnée par les armes ou par l'oeuvre dépassant son auteur. Marcel Conche, admirateur de Napoléon avec cet étonnement devant la dévotion, le dévouement jusqu'à la mort des grognards pour leur Empereur, décrit très bien cette éthique dans ses essais sur Homère (L'Iliade). La démocratisation de la gloire c'est ce que rendit possible Bonaparte puis Napoléon s'entourant de jeunes généraux. Des destins glorieux, dans l'ombre de celui qui achevait (aux deux sens du verbe) la Révolution française, devenaient possibles. Poète de l'action a dit Chateaubriand dont Marc Fumaroli a préfacé les 400 pages enflammés de Chateaubriand sur Napoléon. 

François René de Chateaubriand, puissant écrivain par qui le romantisme est né, fut aussi un diplomate impliqué dans les grands événements de son époque. Adversaire de Napoléon Bonaparte, il fut pourtant fasciné par la grandeur du personnage et lui consacra des pages d'anthologie dans ses célèbres Mémoires d'outre-tombe. 
Sans complaisance ni bassesse, François René de Chateaubriand, dresse le portrait d'un génie politique dont la chute, plus que la rapide ascension, souligna la gloire. 

Chateaubriand à jamais

Comment juger un grand livre au moment de sa parution ? Personne ne l'attend, il vient de loin, des années de travail et de fermentation. Il prend l'actualité à contre-pied, ouvre à nouveau l'Histoire, dénoue des questions figées. 

 Il bouscule les académismes et les pseudo-modernités, il respire à l'air libre. Tel est le monument pluriel que Marc Fumaroli vient de dresser à la gloire de Chateaubriand.

Vous ne vous attendiez pas à la résurrection de cet enchanteur-emmerdeur sur la tombe duquel, à en croire Simone de Beauvoir, le jeune Sartre est allé un jour pisser pour fonder son empire ? Vous trouvez Chateaubriand dépassé, réactionnaire, démoralisant, fâcheusement musical ? Je sais, le livre de Marc Fumaroli fait 800 pages, et il faut le lire. Vous n'avez pas le temps, le passé vous rebute, vous vivez au jour le jour en vous défiant des morts ? Tant pis, c'est comme ça, il y a un feu d'enfer dans la bibliothèque profonde. On murmure, ces temps-ci, que la France tombe. Qu'elle lise ou relise donc, pour voir, les Mémoires d'outre-tombe.

Plusieurs livres en un seul, voilà une générosité folle, raison pour laquelle Fumaroli, dans une société de mesquinerie généralisée, doit s'attendre à une réception superficielle, ignorante, pincée, polie, chichiteuse. Que vient faire cette tête de Méduse parmi nous ? Pourquoi rapprocher la question de la Poésie de celle de la Terreur, comme s'il s'agissait d'une même substance physiologique ? Quoi, encore les questions qui fâchent ? La Révolution, Napoléon, la République, le génie du christianisme, la guerre civile interminable, la réconciliation impossible ? Ne vaut-il pas mieux survivre et dormir ?

Mais voilà, et Fumaroli le montre vague après vague, Chateaubriand est le carrefour crucial de l'histoire de France, comme de celle de l'Europe et du monde. Marx était contournable, Rome et la démocratie sont toujours là, quoi qu'en pensent les éradicateurs de tous bords. L'Histoire est loin d'être finie, elle tourne, se retourne, se métamorphose, "sa transformation enveloppe la transformation universelle". Chateaubriand : l'homme des mutations à travers une fidélité stricte. Il a connu la pauvreté, l'exil, les grands voyages, il a découvert pour nous une autre dimension du Temps. C'est un écrivain ? Mais oui, et l'un des plus grands par sa volonté de rassemblement du passé et son influence sur l'avenir.

En amont : Homère, Virgile, Dante, Le Tasse, Shakespeare, Milton, Rousseau, Byron. En aval : son neveu Tocqueville, Balzac, Hugo, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Proust, Céline. A la recherche du temps perdu ? Couleur Chateaubriand. Une saison en enfer? Impossible sans Chateaubriand . "Je suis réellement d'outre-tombe", dit Rimbaud, qui a lu tout ce qu'il fallait lire. De sorte qu'on a envie, pour Chateaubriand, de reprendre ce qu'il note lui-même à propos de Bossuet : "Il change de temps et de place à son gré ; il passe avec la rapidité et la majesté des siècles. (...) Il élève ses lamentations prophétiques à travers la poudre et les débris du genre humain." Ecriture profane, écriture sacrée : les Mémoires, pour la première fois en français, réalisent cet alliage et cette transmutation improbable.

La solitude, l'étrangeté à soi et aux événements, la révélation de la terreur sous forme de têtes tranchées, le long duel symbolique avec Bonaparte, la politique nationale et internationale, l'échec de la Restauration libérale, les passions féminines, la foi, l'écriture par-delà le temps et la mort, le retrait inspiré... Qui dit mieux, plus contradictoire, plus ample ?

Chateaubriand n'est pas un opportuniste d'Ancien Régime, ni un contre-révolutionnaire passéiste. Ce n'est pas non plus "un grand paon", comme l'a dit, un peu bêtement, Julien Gracq. Il n'a rien à voir avec Talleyrand, qui aura passé sa vie à "changer de maître comme on change de domestique". Talleyrand et Fouché entrant chez Louis XVIII pour reprendre du service, telle est la "vision infernale" : "Tout à coup, une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le crime." Quelle phrase, quelle scansion. Chateaubriand vient de Rousseau, bien sûr, mais rien à faire : il reste catholique, pécheur et papiste.

Fumaroli, dans un chapitre ébouriffant, le montre poursuivant sans cesse une "sylphide" dont les prénoms seront, tour à tour, Pauline, Delphine, Natalie, Claire, Hortense (sans oublier Charlotte, en Angleterre, qu'il n'épousera pas puisqu'il est déjà marié). Et Juliette, enfin (Récamier), muse et protectrice de ses vieux jours. Son enfance bretonne à château le nourrit sans cesse, et comment ne pas savoir immédiatement que c'est lui en lisant par exemple ce coup d'archet : "Les jours d'orage, en été, je montais au haut de la grosse tour de l'ouest" ? C'est un corps sensible, un royaume (sur terre, dans le ciel). Le royaume n'est pas le roi ni l'idée monarchique : il s'agit plutôt, dit Fumaroli, d'une "poésie tacite" que la violence sanglante ou corruptrice fait surgir comme une vision. Cette vision persiste à travers les bruits, les fureurs et les fastes de l'Empire (Napoléon, "empereur des parvenus", n'en est pas moins l'esprit du monde aperçu par Hegel à Iéna, d'où ce jugement de Chateaubriand : "Après Napoléon, néant").

Portraits, descriptions (l'incroyable récit de la retraite de Russie), retours en arrière, déploiement de l'Histoire : vous ouvrez les Mémoires, vous n'en sortez plus. Fumaroli a raison de parler de "voyance polyédrique", de "cubisme", de"réel à plusieurs faces, à perspectives multiples, à temps superposés". C'est une voix qui chante et semble venir d'une région inconnue : le papier, l'encre, la lenteur, le vent, l'orage, l'Amérique, Jérusalem, les salons, les ministères, Londres, Rome, Venise, la Trappe (La Vie de Rancé).

Chateaubriand ou la noblesse de l'histoire : "La rapidité des fortunes, la vulgarité des mœurs, la promptitude de l'élévation et de l'abaissement des personnages modernes, ôtera, je le crains, à notre temps, une partie de la noblesse de l'histoire." Sans commentaire. Celui-ci, pourtant, à propos des Français, "dogmatiquement amoureux du niveau" : "Ils n'aiment pas la liberté, l'égalité seule est leur idole. Or l'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes."

Faut-il rouvrir un instant le musée des horreurs du XXe siècle pour prouver la justesse d'une telle appréciation ? L'affaire est jugée mais elle peut continuer sous d'autres formes, il suffira de savoir écouter. Chateaubriand est un fanatique de la liberté, là est la surprise. La conséquence logique est la solitude, mais aussi la victoire posthume. Pas de précipitation, des milliers de pages entassées près de son lit de mort dans des caisses de bois. Rejeté par le parti de l'ordre ("J'aimais trop la liberté") comme par celui issu du jacobinisme ("Je détestais trop le crime"), il ne reste à Chateaubriand, la plume à la main qu'il confond avec le crucifix, que des "semences d'éternité". La France, après la Terreur et l'Empire, était devenue un immense commissariat (Fouché, "cerveau de la première police politique secrète"). Bonaparte, en Egypte, feignait, contre Rome, d'être musulman, d'où cette notation qui prend de nos jours une portée savoureuse : "Comme Mahomet avec le glaive et le Coran, nous allions l'épée dans une main, les droits de l'homme dans l'autre." Rien de très nouveau sous le soleil, donc. Si, pourtant : on peut imaginer une Terreur par anesthésie générale et ablation chirurgicale de la poésie. Opération en cours. Conclusion : "Il est pour les hommes des vérités cachées dans la profondeur du temps ; elles ne se manifestent qu'à l'aide des siècles, comme il y a des étoiles si éloignées de la Terre que leur lumière n'est pas encore parvenue jusqu'à nous."

Philippe Sollers

La veille, j'avais vu le remarquable mais très noir documentaire sur Les Damnés de la Commune (18 mars 1871-28 mai 1871). 

Bonaparte fut témoin de la journée du 10 août 1792 à Paris. Il en ressentit une profonde aversion pour la populace en colère, pour la canaille, la racaille. Ce mépris, cette haine des émeutiers, des révolutionnaires, du peuple en armes sont caractéristiques de la bourgeoisie. Les termes employés interdisent la reconnaissance de cet autre, de cet étranger, de cette étrangeté.

10 août 1792 : Chute de la monarchie en France 

La journée du 10 août 1792 a été qualifiée par certains historiens de « Seconde Révolution ». En effet, cette date, peu connue, fait partie de celles qui ont marqué la Révolution française. Cette journée sanglante et historique marque, en fait, la chute de 1 000 ans de monarchie en France.

Le contexte

Suite à la rupture croissante entre le peuple et le roi de France Louis XVI, le pouvoir de ce dernier s’est fortement dégradé. En Juin 1791, le roi, accompagné de sa femme Marie-Antoinette et de leur famille immédiate tentèrent alors de faire une fuite, de rejoindre le bastion royaliste de Montmédy et de lancer une contre-révolution. Mais cette évasion manquée discrédite fortement de roi. Ce dernier, accompagné de sa femme et de leur famille sont alors assignés à résidence au Palais des Tuileries et surveillés par le peuple. Pourtant, afin de restaurer son autorité, le roi comptait sur l’aide des armées étrangères. Furieux envers la monarchie, le peuple parisien aspire à une république et se prépare à une nouvelle journée de révolution.

La prise des Tuileries

A Paris, dans la nuit du 9 au 10 août 1792, le tocsin commence à sonner aux clochers. Au matin, une foule de sans-culottes se rassemblent aux abords du siège du pouvoir exécutif, le palais des Tuileries. La défense de celui-ci avait déjà été préparée. Plus de 950 gardes suisses et près de 2 000 à 3 000 gardes nationaux étaient présents sur les lieux. Toutefois, ces derniers, accompagnés des canonniers, se sont vite ralliés du côté des insurgés. La foule des Parisiens insultent également le roi. Apeuré, celui-ci, suivi de sa famille, cherche alors refuge au sein de l’Assemblée.

Pendant ce temps, le palais est assailli. Les gardes suisses se mettent à tirer sur les insurgés. Le roi ordonne, mais tardivement, le retrait des gardes suisses. Aidés par les Bataillons des Fédérés de Brest et ceux de Marseille, les sans culottes et les gardes nationaux, qui se sont ralliés, gagnent finalement le combat.

Des pertes en vies humaines et la fin de la monarchie

Cette journée ensanglantée a fait plus de 650 morts au combat chez les gardes-suisses. 300 d’entre eux se sont faits prisonniers, dont 200 sont morts en prison des suites de leur blessure. Plus de 200 aristocrates et gens de maison ont également perdu la vie durant cette prise des Tuileries. Chez les insurgés, cette journée révolutionnaire a fait 200 à 400 morts.

La suspension du roi a alors été prononcée par l’Assemblée législative.

la journée du 10 août 1792 et le décret d'abolition de la monarchie
la journée du 10 août 1792 et le décret d'abolition de la monarchie
la journée du 10 août 1792 et le décret d'abolition de la monarchie
la journée du 10 août 1792 et le décret d'abolition de la monarchie

la journée du 10 août 1792 et le décret d'abolition de la monarchie

Chateaubriand et Stendhal sur Napoléon / l'éthique de la gloire à travers l'Iliade de Homère, analysée par Marcel Conche
Chateaubriand et Stendhal sur Napoléon / l'éthique de la gloire à travers l'Iliade de Homère, analysée par Marcel Conche
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Chateaubriand et Stendhal sur Napoléon / l'éthique de la gloire à travers l'Iliade de Homère, analysée par Marcel Conche

Chateaubriand et Stendhal sur Napoléon / l'éthique de la gloire à travers l'Iliade de Homère, analysée par Marcel Conche

L'onde de choc provoquée par la Révolution française puis par l'Empire a longtemps fait oublier que les guerres napoléoniennes qui s'ensuivirent eurent des répercussions mondiales, loin de l'épicentre européen. Dans cette synthèse magistrale, Alexander Mikaberidze met en lumière leurs incidences politiques, culturelles, diplomatiques et militaires à l'échelle planétaire. Partout, les grandes puissances rivalisèrent pour affirmer leur hégémonie, depuis l'Amérique jusqu'à l'Extrême-Orient. Par leurs effets, directs ou indirects, ces guerres furent l'agent de transformation le plus puissant que l'histoire ait connu depuis la Réforme. L'ordre international s'en trouva durablement modifié, la carte du monde redessinée. Richement documentée, précise, cette somme aussi passionnante qu'érudite est tout à la fois une oeuvre aboutie en même temps qu'une extraordinaire contribution à notre compréhension de cette époque. Austerlitz, Iéna, Wagram, Waterloo... Au-delà de ces noms légendaires, l'historien Alexander Mikaberidze invite à porter notre regard hors d'Europe. De l'Amérique à l'Extrême-Orient, les guerres napoléoniennes ont eu des répercussions politiques, culturelles et militaires sur tous les continents. Elles ont bouleversé l'histoire et redessiné la carte du monde. Une synthèse inédite et magistrale.

Auteur d'une quarantaine d'ouvrages consacrés au Consulat et à l'Empire, Thierry Lentz n'avait pourtant jamais publié de biographie de Napoléon. Ce Dictionnaire historique en fait désormais office : une façon ambitieuse, exhaustive et originale de traiter le " grand homme ", par un de ses meilleurs spécialistes. 
En 300 notices choisies librement mais sans négliger aucune facette de l'exercice biographique, l'auteur fait le point sur les connaissances et les recherches les plus récentes sur Napoléon, son œuvre, les événements de sa vie, ses réussites et ses échecs, la trace qu'il a laissée dans la France contemporaine. De sa naissance à sa mort, et même jusqu'au retour des Cendres de 1840 et à l'envol de la légende, tous les sujets sont abordés avec le talent et la clarté qui caractérisent l'auteur : formation, carrière, campagnes militaires, gouvernement, grands événements, conquêtes, batailles, amours, mais aussi conceptions politiques, sociales, diplomatiques. 
Ce grand dictionnaire, véritable encyclopédie de tout ce que l'on doit savoir sur Napoléon, séduira aussi bien les spécialistes que les amateurs qui découvriront une histoire renouvelée de la vie et de l'œuvre de l'empereur des Français. Un ouvrage de référence qui fera date. 

 

 

Les images les plus belles et les plus significatives jamais réunies sur l'Empereur.

Sur un texte clair et séduisant de Thierry Lentz, retraçant en chapitres thématiques les différents traits de la personne et de l'action de Napoléon, de sa naissance à sa mort, ont été réunies et mises en page de façon superbe une centaine d'illustrations, aussi bien les incontournables que d'autres plus rares. Une place particulière est réservée aux portraits permettant d'offrir en contrepoint du texte une biographie par l'image innovante et spectaculaire. Cette alliance réussie donne toute la mesure du destin le plus extraordinaire de notre histoire, et de celle de l'Europe. Cet ouvrage de prestige est, par sa qualité intellectuelle et artistique, sans équivalent.

Sur le confiné le plus célèbre du monde, une vue à couper le souffle.

L'épopée napoléonienne ne s'est pas terminée à Paris avec l'abdication du 22 juin 1815. Dans un tout autre cadre, un rocher au milieu de l'Atlantique-Sud, et dans un registre intime, celui du confinement de quelques Français dans une demeure humide, elle s'est poursuivie pendant six années, dont Las Cases, dans le Mémorial de Sainte-Hélène, n'a donné qu'un aperçu biaisé sur les premiers mois. Ce ne fut pas une extinction lente et passive. Jusqu'à sa mort le 5 mai 1821, Napoléon mena un combat rude et solitaire contre la fatalité. Jamais, placé dans des circonstances exceptionnelles, il ne renonça à l'espérance et à la gloire, qui l'avaient animé toute sa vie. En dépit de la paranoia de ses geôliers et des petitesses de son entourage, il ne renonça à rien, et suscita aussi des complicités inattendues, au point que sa captivité aurait pu tourner autrement. L'empereur n'aimait pas les histoires écrites d'avance. Sans doute est-ce pour cela aussi qu'il continue de fasciner.
A partir de sources ignorées ou inédites, Pierre Branda traite des différents aspects matériels, politiques et moraux, de l'existence de l'illustre exilé et de ce qui s'y rattache. Tous les acteurs du drame, des compagnons les plus proches aux témoins les plus humbles, des gouvernants aux anonymes, prennent consistance et mouvement, à Sainte-Hélène mais aussi à Londres, à Paris, et partout où le sort de Napoléon obsède, inquiète ou apitoie. Toutes les situations, tous les incidents, sont passés au peigne fin et rendus à leur signification véritable. Il en ressort des éclairages insolites, des portraits toujours justes et parfois sévères, des remises en perspective et, au fil de jours parfois interminables, un récit saisissant, comme si le lecteur n'en connaissait pas la fin.

Cette promenade dans Paris par Pascale Fautrier sur les traces de Napoléon Bonaparte sera l'occasion d'une réflexion sur les ambiguïtés de l'humanisme libéral européen. C'est à Hitler que nous devons d'avoir fait déposer les restes de l'Aiglon auprès du tombeau impérial de son père aux Invalides. De l'extrême droite à l'extrême gauche, Napoléon est vénéré.

Pour célébrer le centenaire de la mort de Napoléon le 5 mai 1921, la République française avait hésité entre deux lieux : les Champs-Élysées et les Invalides ; entre son tombeau et le monument le plus célèbre associé à sa gloire, l'Arc de triomphe. Que célèbre-t-on à son bicentenaire au 5 mai 2021 ? Le général des armées révolutionnaires ou bien l'autocrate qui a rétabli l'esclavage et réduit les femmes au statut juridique d'éternelles mineures tutorées par pères et maris?

850 mètres séparent l'École militaire de Paris et les Invalides : les premiers pas dans la carrière d'homme de guerre et le tombeau.

 

Comment un jeune étranger, prononçant mal le français, épris de l'antique liberté républicaine et communaliste de sa petite île de Corse, a-t-il pu s'endurcir au point assez fou de se prendre pour Charlemagne et se faire couronner par le pape dans Notre-Dame ? Pourquoi son aventure humaine et inhumaine a-t-elle été si longtemps en Europe et ailleurs un modèle d'accomplissement viril? A l'heure de Trump, Poutine, Bolsonaro, Modi et des couronnements présidentiels au Louvre, est-on bien sûr d'en avoir fini avec les Messies bottés ? Trouverons-nous encore, sous les traces de Napoléon Bonaparte, l'ancienne promesse de justice égalitaire non encore accomplie?

Si les sociétés coloniales des Antilles françaises sont bien connues à travers l’histoire des esclaves, celle de leurs propriétaires restait à faire. Et pour cause : c’est la chronique honteuse de dominants engagés dans une épouvantable entreprise d’exploitation de femmes, d’hommes et d’enfants.

Pourtant, l’histoire des esclaves est indissociable de celle des maîtres. C’est celle que raconte Frédéric Régent, à travers le cas de la Guadeloupe. Il suit en particulier le parcours de quatre familles sur huit générations et reconstitue leur installation sur l’île, à partir de 1635. C’est le temps de la culture du tabac, il faut mettre en valeur les terres : ces premiers colons font appel à des engagés, des Européens, qui sous un contrat de servitude subissent de terribles conditions de travail qui préfigurent celles que subiront les esclaves. Par la suite, certains de ces engagés deviennent eux-mêmes des maîtres. Puis avec le développement de la production de sucre, les esclaves sont de plus en plus nombreux à être importés d’Afrique. Ces maîtres ont recours à une extrême violence. Toutefois, du fait du faible nombre de femmes européennes, certains s’unissent avec leurs esclaves. Au gré de la fortune, quelques-uns de leurs descendants passent pour blancs, tandis que d’autres forment la catégorie des libres de couleur. La production de sucre fait la richesse de ces propriétaires. À travers leurs habitations, ils mettent en place des entreprises mobilisant d’énormes capitaux en s’intégrant à une économie connectée au monde. Les maîtres de la Guadeloupe constituent bien un des acteurs moteurs d’une des principales puissances de l’Europe moderne.

Eté 1815. Après Waterloo, la France est envahie, humiliée, dévastée ; Napoléon part en exil à Sainte-Hélène, la royauté est restaurée. Une jeune femme surgie de nulle part se déclare fille naturelle de l'Empereur ! Sa mère aurait connu Bonaparte lorsqu'il était sous-lieutenant à Auxonne, explique la belle Charlotte Chappuis. Le ministre de la Police générale, Fouché, la fait enfermer, mais l'aventurière échappe à la vigilance des autorités. Tenace, rusée, charmante, suscitant des sympathies politiques et plusieurs demandes en mariage, Charlotte joue sa partie pour défendre sa liberté et faire valoir ses droits. Détective, enquêteur de cette histoire abracadabrantesque, Bruno Fuligni.

Cerner l’homme Napoléon Bonaparte sous toutes ses facettes : telle est l’ambition du présent ouvrage. Depuis l’œuvre de Jean Tulard en 1977, les études napoléoniennes se sont très largement renouvelées, notamment sous l’impulsion du Napoléon, de la mythologie à l’histoire que Natalie Petiteau a publié en 1999. Par ailleurs, de nombreuses sources nouvelles ont été mises au jour. Il était donc temps de relire l’histoire de Napoléon Bonaparte avec toutes ces données inédites, mais aussi dans une démarche qui tienne compte des nouvelles approches du genre biographique. Natalie Petiteau propose ici de comprendre la vie d’un homme, Napoléon Bonaparte, dans un temps spécifique, la Révolution française puis ses lendemains, et dans un espace d’envergure, le continent européen.
Par un retour aux sources, elle livre un portrait intérieur en montrant ses mutations permanentes au gré des événements. Elle donne à voir comment cet officier d’abord farouchement corse puis viscéralement français est devenu un homme politique tout autant qu’un génial chef de guerre. Elle souligne comment il a été perçu comme l’incarnation de la nation française, et comment il s’est lui-même pensé comme tel. Elle montre le processus par lequel il s’est enfermé dans la certitude que lui seul savait ce qu’était la bonne voie pour la France révolutionnée. Napoléon ne pouvait pas concevoir une France qui ne soit pas en position dominante en Europe. Si bien que l’enfant des Lumières et l’officier jacobin qu’il a été a finalement fait figure de tyran sanguinaire. L’un des intérêts de ce livre est aussi de proposer une remise en perspective de cette image légendaire.

Après le coup d’État de Brumaire, Bonaparte affirme  : «  Je suis la Révolution  », pour ajouter «  La Révolution est finie  ». Trois voies sont alors offertes  : le retour au système monarchique, la consolidation des conquêtes bourgeoises et paysannes ou la satisfaction des aspirations des sans-culottes parisiens.
Biographie traditionnelle mais aussi ouvrage de référence, ce Napoléon ou le mythe du sauveur aura été le premier à faire mentir Stendhal quand il prophétisait  : «  D’ici à cinquante ans, il faudra refaire l’histoire de Napoléon tous les ans.  » Il est en effet devenu un véritable classique dont nul ne saurait se passer.
Augmentée de nouvelles annexes, d’une chronologie et d’une filmographie, cette édition est en outre enrichie des recherches les plus récentes menées par les historiens sur tout ce qui touche la France du début du xixe  siècle et la geste napoléonienne.
  
Historien, Jean Tulard est le meilleur spécialiste de Napoléon Bonaparte et de l’époque napoléonienne, à laquelle il a consacré une quinzaine d’ouvrages fondamentaux. 

« Les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle. » Napoléon Bonaparte

Le 18 mai 1804, le Sénat proclame Napoléon Bonaparte empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier. Par un plébiscite, les Français acceptent ce nouveau changement et se rallient derrière ce général corse qui a su gagner leur cœur par ses actes et ses prises de parole. Son ascension et son hégémonie sur l’Europe ne connaîtront pas de limites pendant une dizaine d’années.

Les principales étapes de la vie de cet homme d’exception sont retracées, de son enfance en Corse à sa mort à Sainte-Hélène. On apprend comment il devint un militaire de génie, et un homme d’état exceptionnel, visionnaire et d’un sens politique hors du commun. Avec lui seront posées les bases d’une société moderne. ll est en effet l’instigateur du Code civil, ou des grandes réformes de l’université. Plus qu’un instrument de conquête, la Grande Armée napoléonienne constitue avant tout l’expression la plus achevée du génie de Napoléon. Les fonctions de chaque corps d’armée, de la Garde et de la Réserve générale de cavalerie, leur évolution et leur rôle sont détaillés de manière précise. Enfin, vous partirez en campagne aux côtés de Bonaparte, et comprendrez son art subtil de la stratégie. À l’aide d’une carte détaillant les mouvements des forces en présence, vous visualiserez les secrets de chaque grande bataille. Vous relirez ainsi d’un nouvel œil le scénario de la victoire de Rivoli en 1797 contre les Autrichiens, un chef-d’œuvre de stratégie militaire.
Passionnant et superbement illustré, ce grand Atlas est un ouvrage qui se révèle indispensable à tous ceux qui veulent partir à la découverte de Napoléon.

La biographie passionnée de Bonaparte par un spécialiste du genre et de la période.

D'Ajaccio à Notre-Dame, André Castelot a mis ses pas dans ceux de Bonaparte pour respirer et restituer le décor de son prodigieux destin. Il nous conduit dans une Corse devenue française quinze mois avant le 15 août 1769, pour nous raconter la naissance de Napoleone Bonaparte ; et nous mène jusqu'à ce 2 décembre 1804 qui le vit à Notre-Dame de Paris tourner le dos au pape, saisir la couronne impériale et se la poser lui-même sur la tête. Exploitant et mettant en valeur, avec son art célèbre du récit qui fait vivre les événements, les lieux et les personnages, une immense masse d'archives, de mémoires et de correspondances parfois inédits ou oubliés, il a écrit cette monumentale biographie, si colorée, si passionnante, que depuis sa première publication son public se renouvelle sans cesse. 

"Quel roman que ma vie ! " s'exclamait Napoléon. Ce roman commence au printemps 1779, lorsqu'un enfant de dix ans à l'accent étranger, maigre et mal peigné, entre à l'école militaire de Brienne. Quinze ans plus tard, cet enfant entre dans la légende. Bonaparte est nommé général en chef des armées d'Italie par le Directoire. La suite, c'est Vendémiaire, Lodi, Arcole, la campagne d'Egypte. Cet homme de génie, despotique et visionnaire, s'apprête à conquérir la France, l'Europe et le monde. Son destin impérial est tracé. Jamais plus il ne cessera d'inviter au rêve et de susciter la passion. Max Gallo.

fabuleuse fiction  qui donnerait l'envie d'une série de récits dystopiques

fabuleuse fiction qui donnerait l'envie d'une série de récits dystopiques

« Messieurs-dames, hélas ! l’Empereur vient de mourir ! » La nouvelle se répand rapidement à travers toute l’Europe. Pourtant, Napoléon n’est pas mort. Après une ingénieuse évasion, il a réussi à regagner la France, laissant un sosie occuper sa place à Sainte-Hélène - et ce n’est que ce dernier qui vient de trépasser. Mal ajusté à son incognito, Napoléon va traverser une série d’étranges épreuves. Confronté à son propre mythe, saura-t-il recouvrer son identité ? Et qui est-il donc, maintenant que l’Empereur est mort?
«On ne sait plus depuis deux siècles écrire de contes philosophiques de cette tenue-la?.» (François Nourissier, Le Point).
«La Mort de Napoléon repose sur une idée époustouflante... et est écrit avec la grâce d’un poème.» (Edna O’Brien, Sunday Times).
«Un livre extraordinaire... Simon Leys est un fabuliste expert.» (Penelope Fitzgerald, The New York Times).
Simon Leys est le pseudonyme de Pierre Ryckmans (1935-2014). Historien d’art, sinologue et essayiste internationalement reconnu, il est notamment l’auteur de: Les Habits neufs du Président Mao (1971), Ombres chinoises (1974), Protée et autres essais (2001) et Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper (2003). La Mort de Napoléon (1986) est son seul texte de fiction.

Fiction :

la création de la collection Aporie au sein des Cahiers de l'Égaré.

Que serait-il advenu de tel auteur, philosophe, savant, stratège ou sportif si, à un moment donné de sa vie, le contexte, l’histoire, un événement anodin en avait modifié le parcours… Ce postulat posé, il convient alors d’envisager ce qui aurait pu se passer et parfois bouleverser notre quotidien, tout en collant au contexte historique, à l’environnement sociologique de tel ou tel autre personnage. Ce, de manière originale, inattendue, décalée, tout en gardant une forme de complicité avec la réalité antérieure et en mettant en exergue des passerelles clins d’œil entre ce qui est advenu réellement et ce que l’auteur en fera.

 

Pour illustrer le propos, voici quelques exemples :

 

> En 1930, alors qu’il vient de terminer sa scolarité, Albert Camus est chaleureusement encouragé par son instituteur à entreprendre des études secondaires. La mère (analphabète et muette) hésite estimant que l’orphelin de guerre pourrait travailler à la tonnellerie avec son oncle et rapporter un peu d’argent à cette famille démunie du « quartier pauvre ». Mais elle accepte finalement. On connaît la suite… Et si elle avait refusé, si Camus était devenu ouvrier ou un contremaître, s’il avait tout de même rencontré le Meursault de L’Étranger avec lequel il serait allé à la plage… Mais la chute de l’histoire n’est pas la même, et donne un éclairage sociopolitique tout à fait différent dans cette Algérie qui célèbre le centenaire de la conquête.

J’ai écrit sur cette thématique, un petit livre que je tiens à votre disposition. C’est le sixième que je consacre à Camus sur qui je travaille depuis plus de vingt ans.

 

« Fuyez cette horde confuse, ce mélange effroyable de feuillants, d’aristocrates, d’émissaires de Coblentz, des brigands de tout genre, de tout état, de toute espèce et qui ne fondent leur fortune que sur celle de citoyens propriétaires » Ainsi s’exprimait Olympe de Gouges, brillante femme de lettres à l’origine de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » et de pamphlets contre le colonialisme. Quels changements aurait apportée cette pionnière du féminisme si les sanguinaires de 1789 ne l’avait pas guillotinée et si elle avait siégé à l’Assemblée ?

 

> En 1906 Egon Schiele, le peintre et poète autrichien, intègre l’académie des beaux-arts de Vienne. Un autre postulant rate le concours d’entrée qu’il retentera l’année suivante avec le même insuccès. Il abandonne et erre jusqu’à la limite de la clochardisation. Quelques années plus tôt, sa mère avait conduit son fils en consultation auprès d’une certain Sigmund Freud qui se montra démuni vis-à-vis de cet adolescent perturbé qui trouvera son salut en politique. Contre toute attente, Adolph Hitler deviendra le führer… On connaît la suite également !

Que serait devenu ce modeste étudiant s’il avait intégré l’école des beaux-arts ? Peut-être aurait-il été compagnon de route de Schiele ou aurait-il végété dans son art pendant que l’Allemagne cherchait et trouvait une autre issue à sa déliquescence…

 

> Présentée comme une pécheresse par des apôtres un tantinet machiste, Marie-Madeleine était la plus cultivée de la « bande à Jésus » dont elle était peut-être la petite copine mais surtout une conseillère éclairée à laquelle il demandait souvent son avis, ses conseils…

Et si les apôtres s’étaient un peu effacés devant cette prêtresse… Jésus serait-il allé jusque devant Pilate et sur la croix

 

> Nous pourrions également nous interroger sur les « révélations » de Mahomet qui emprunte aux autres religions du livre une large partie du Coran alors qu’il est analphabète et que sa vie est celle d’un humble marchand qui fume le kat dont le « moteur » est sa femme Khadidja… Tout un programme eu égard au statut des femmes dans l’Islam.

Et que serait devenu le monde sans cette révélation et une riche marchande ?

 

> Quand Rimbaud entame sa seconde vie à la fin de 1873 et qu’il tire un trait sur la poésie c’est parce qu’il ne s’estime pas reconnu à sa valeur. Un bateau manqué, un départ reporté et voilà que Rimbaud fait une rencontre avec l’éditeur qui fera son succès. Que devient-il alors en ce monde où comme il l’écrit lui-même « je est un autre » ?

 

> En septembre 1793, un jeune capitaine ambitieux met sur pied une stratégie pour la reprise de Toulon dont les royalistes se sont emparés et l’ont livrée aux Britanniques. Dépassant les oppositions politiques et les objections de ses supérieurs, Napoléon Bonaparte parvient à reprendre Toulon… Il y acquiert les premiers galons de futur Empereur. Un échec se serait certainement traduit par une sanction, peut-être même une rétrogradation. En tous cas, la face du monde en eut été changée, une partie de notre législation également. Que serait-il advenu faute de pouvoir contempler les siècles de civilisation du haut des pyramides.

 

> William Web Ellis n’est pas resté dans les mémoires. Pourtant tout a changé dans le sport, ce jour de 1823, au cours d’une partie de foot, quand il se mit à courir avec le ballon dans les mains. C’était au collège de Rugby… Un nouveau sport venait de naître même si ses origines très sommaires remontent à l’Antiquité.

Et si Mister Ellis n’avait pas saisi la balle, le rugby n’aurait peut être jamais existé et, avec lui, ses valeurs dépassant largement le cadre de ses règles. Rappelons-nous qu’en 1995, date à laquelle l’Afrique du Sud organise la coupe du monde de rugby à XV, Nelson Mandela lance Invictus pressentant dans l’événement sportif la possibilité de créer un sentiment d'union nationale derrière l'équipe des Springboks symbole durant plusieurs décennies de s blancs d’Afrique du Sud…

 

 

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Basculements / Jérôme Baschet

22 Avril 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #note de lecture

quelques livres de Jérôme Baschet
quelques livres de Jérôme Baschet
quelques livres de Jérôme Baschet
quelques livres de Jérôme Baschet

quelques livres de Jérôme Baschet

Basculements

Mondes émergents, possibles, désirables

Jérôme Baschet

La Découverte

 

Livre paru en février 2021. L'auteur, historien, a enseigné à l'Unversité autonome du Chiapas, à San Cristobal de Las Casas au Mexique.

Las Casas, le défenseur des Indiens lors de la controverse de Valladolid. En 1550, dans un couvent de Valladolid, une controverse oppose le chanoine Sepulveda et le dominicain Las Casas sur une question fondamentale : les Indiens du Nouveau Monde possèdent-ils une âme ?

Le Chiapas, région autonome du Mexique, autonomie arrachée par la rébellion zapatiste (1° janvier 1994) dont une figure marquante fut le sous-commandant Marcos, toujours cagoulé dans son passe-montagne.

Jérôme Baschet, La rébellion zapatiste, Champs histoire, 2019

https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/05/25/mexique-le-sous-commandant-marcos-quitte-la-direction-de-la-guerilla-zapatiste_4425656_3222.html

https://www.revue-ballast.fr/labecedaire-commandant-marcos/

Le titre donne la tonalité de l'essai, son objectif : ouvrir le champ des possibles, réveiller les désirs de présents et futurs désirables. Pour cela, d'abord baliser ce qui peut faire obstacle à cette ouverture aux possibles, à ces aspirations, à cette libération de l'imagination considérée comme essentielle par Rob Hopkins (non cité par l'auteur dans sa bibliographie sommaire)

https://usbeketrica.com/fr/article/et-si-l-imagination-permettait-de-creer-le-futur-que-nous-voulons

d'où sa lecture critique d'Imperium de Frédéric Lordon

https://www.revue-ballast.fr/frederic-lordon-au-chiapas/

Livre d'ordre conceptuel, il ne fournit pas d'exemples illustratifs, le risque de tels exemples étant d'être reçus comme modèles à imiter alors qu'il s'agit d'inventer des expérimentations se dégageant plus ou moins, plutôt plus que moins, de la prégnance, de la "domination" de la société marchande, "domination" en lien avec ce qu'il est convenu d'appeler la servitude volontaire, donc avec notre consentement inconscient et par ignorance.

Pour l'auteur, un des premiers obstacles à cette libération des esprits, des désirs, des pratiques est le scénario de l'effondrement. La collapsologie contribuerait à maintenir dans l'impuissance. Si c'est un déroulement linéaire, un dénouement inéluctable, alors à quoi bon ? La lecture de Comment tout peut s’effondrer  de Pablo Servigne et d'autres me semble biaisée. Pablo Servigne a écrit avec d'autres un 2° livre sur la collapsosophie : Une autre fin du monde est possible : vivre l'effondrement (et pas seulement y survivre). 

Remarque personnelle : de tels livres vont à l'encontre de comportements  et de modes de lutte, reconnaissant implicitement la domination capitaliste et n'engageant que des actions contre telle ou telle décision ou pour la préservation d'acquis. Ça s'appelle, "résister", faire de la "résistance", ce sont les "luttes" avec manifs, grèves à répétition, flashmob maintenant...

L'auteur dans son souci d'ouvrir les possibles multiplie si je puis dire les mises en garde. Ne rien essentialiser (le mythe des origines des sociétés traditionnelles, la Terre-Mère, le mythe du progrès et de la croissance sans limites dans la modernité). Ne pas prétendre à la solution. Ni le Grand Soir (guerre symétrique à la Lordon qui oublie les guerres asymétriques : le perdant historiquement est toujours celui qui est à l'offensive et c'est le cas du capitalisme qui de la figure impérialisme - américain - est passé au visage néo-libéral et à la mondialisation - multinationales) ni la grève générale illimitée, ni la révolution avec avant-garde, ni le localisme autarcique, ni les archipels, les îlots.

Croire, continuer à croire aux schémas, modes de lutte du mouvement ouvrier du XX° siècle, c'est courir à l'échec puisqu'aucune des révolutions « socialistes » « communistes » du XX° siècle n'a été émancipatrice, elles ont subordonné les « masses » aux appareils.

Et c'est passer à côté de nouvelles formes de lutte (féminisme, metoo, jeunes et écologie, décolonisations), installées dans le temps et avec lesquelles il faut compter car sapant par exemple le patriarcat, la domination masculine ou posant clairement la question de notre responsabilité envers les générations futures  

Pour lui, ce seront des conjonctions d'expérimentations et de confrontations plus ou moins violentes avec l'état (mouvement des gilets jaunes, soulèvements de 2019 en Amérique latine) qui affaibliront le capitalisme et offriront peut-être des possibilités de rupture.

N'est pas dénoncé avec suffisamment de force à mon avis, le rôle-écran de la "démocratie représentative", leurre fonctionnant depuis le XIX° siècle et consistant à capter le pouvoir étatique pour d'autres usages que le  service du peuple. 

À côté de la stratégie insurrectionnelle (gilets jaunes), de la stratégie intersticielle (autonomie), une autre voie peut être utilisée, la stratégie symbiotique c'est-à-dire l'action de transformation à l'intérieur du système (mais on a vu où nous a menés la voie réformiste : à la pensée unique, à l'indifférenciation extrême-droite-droite-gauche-extrême-gauche d'où absentéisme croissant (1° parti) et profond désir de dégagisme (ils se sont dégagés eux-mêmes, rires, 2017 = farce pestilentielle).

Comprendre la logique du capitalocène (plus précis qu'anthropocène), court-termiste et ne visant que la valorisation de la valeur (investir, spéculer, produire en abondance, écouler, distribuer, vendre, marqueter... pour obtenir plus d'argent ; aucune autre considération ; le capitalisme comme civilisation n'est pas capable de mettre un terme au productivisme effréné donc à l'épuisement des ressources et à tous les effets bien connus maintenant ; levée des barrières d'espèces et pandémies à répétition, dérèglement et réchauffement climatiques) ; le capitalisme vert n'est que la continuation du capitalisme sous une autre forme et le capitalisme des biens immatériels (e.commerce), idem.

Pour ma part, j'ai fait choix de renoncer aux informations-désinformations manipulées de tous côtés, aux réseaux sociaux influenceurs, chronophages...  Pas informé, pas désinformé, pas de commentaires de bar du commerce à faire, pas d'anxiété, gain de temps pour des activités créatrices ou de partage. Ignorance des fakes, une vie simple au gré du moment présent ...

Le covid 19 a montré la fragilité de ce système globalisé et globalisant de la marchandisation où tout devient marchandise (guerre des brevets y compris sur ce qui émerge comme communs). Arrêt de l'économie touristique, des flux aériens et des croisières gourmandes... Retour des prérogatives de l'état (pas l'état-providence mais des états de plus en plus autoritaires usant du contrôle des populations mais devant tout de même prendre en compte un certain nombre de besoins de la société).

Remettre en cause les paradigmes idéologiques, conceptuels sur lesquels reposent le système ou plutôt qui le justifient (rôle des idéologies = donner une « explication », une « justification » qui n'est qu'une construction, souvent inversée de la réalité - pour le marxisme - et à laquelle on adhère sans esprit critique ; ce n'est qu'un système de croyances).

Naturalisme, individualisme, universalisme, voilà les « croyances » justifiant le système capitaliste.

Naturalisme = séparation de l'homme et de la nature = l'homme, possesseur et maître de la nature (Descartes) => humanisme, post-humanisme, trans-humanisme.

Individualisme = chacun est l'entrepreneur de sa vie = logique de la compétitivité = l'homme est un loup pour l'homme ; pas de place pour la coopération.

Universalisme = la visée de toute l'aventure humaine est dans l'universalisation = l'uniformisation des valeurs, des modes de vie et de pensée = déclaration universelle des droits de l'homme, tout cela conduisant de la colonisation « civilisatrice » au droit d'ingérence, gouvernance mondiale...

Prolongements personnels. Dans un tel monde de la compétition (Le capital déteste tout le monde, Fascisme ou révolution, Maurizio Lazzarato, Amsterdam, 2019), où agressivité, domination sont les pulsions mises en jeu, le prix psychique payé par ceux qui se prêtent à cette compétition est parfois très lourd, burn-out, suicide... Faut-il donc s'étonner si de plus en plus de cadres, d'ingénieurs, finissent par quitter le navire, se reconvertissent, quittent  la métropole barbare, l'entreprise cannibale ? Plus on découragera les "carriéristes", plus on ne se laissera pas "dominer" par le "dominant" parce qu'on aura appris à ne pas être impressionné, à le déstabiliser, plus le système s'affaiblira. Le bénévolat contre le salariat. L'activité librement choisie contre le travail contraint. L'économie sociale et solidaire contre l'économie capitaliste.

Place à la multiplicité, à la variété de ce qui existe et qui est différent (en particulier les sociétés premières, traditionnelles), place à l'invention, à l'expérimentation que ce soit sur le plan économique, politique, juridique, agrobiologique, sur la manière de voir le vivant, le règne végétal donnant à penser autrement nos liens à la nature, la terre-mère. Ce qui est à viser c'est l'autonomie. Autonomie des territoires, autonomie de gestion. Là se pose le problème majeur de la propriété des sols. Propriété privée, propriété usufondée, propriété fondiaire...

Je connais deux exemples de collectifs qui travaillent sur cette question. Voulant acheter un domaine de 75 ha à 4 (éleveur de brebis et fromager, potière, paysan-boulanger sur toute la chaîne, artiste du papier), ils se sont demandés quelle forme juridique donner à leur opération, non-propriétaires de la terre sur laquelle ils s'installent, pas de transmission par héritage... Deux mois de travail avec un ancien gilet jaune de Sanary, juriste créatif. Evidemment la Safer s'est opposée à l'installation de ces néo-ruraux et artistes sur un domaine à réserver à un agriculteur classique, style FNSEA. Un second collectif de 15 personnes travaille dans le même esprit sur un domaine de 80 ha.

Il me semble que faire passer en termes juridiques des convictions fortes du genre la nature nous précède, nous englobe, nous nourrit, nous avons à la respecter, c'est inventer quelque chose qui existait autrement dans les sociétés traditionnelles.

Politique des communs (eau, air, terre, mer-océan sachant qu'aujourd'hui, il y a des communs négatifs ; exemple : l'eau radioactive de Fukushima déversée dans l'océan au Japon avec effets imprévisibles).

Assemblées délibérantes et décisionnelles, instances d'exécution, délégués élus, contrôlés et révocables ; pas de compétence mise en avant pour l'exercice de quelque fonction que ce soit, rotation rapide des responsabilités... Municipalisme. Communalisme. (Giorgio Agamben, La communauté qui vient. Théorie de la singularité quelconque.)

Page 194, une notation importante est exprimée mais non développée : Tout ce qui peut être fait, y compris de manière individuelle ou micro-collective, pour nous décapitaliser, pour faire reculer soumission au travail et habitudes consuméristes comme pour se défaire d'égos hypertrophiés et compétitifs, tout cela est bon à prendre – d'autant que de telles transformations intérieures sont la condition de toute construction collective.

Cette notation va bien au-delà des gestes pour la planète distillés par les médias. Bien au-delà aussi du choix de la sobriété en opposition au consumérisme, à l'hyper-consommation qui prend de nouvelles formes avec l'explosion de l'e.commerce, créateur de nouveaux besoins, gonflant l'influence de tout ce qui est en lien avec internet.

Elle ouvre sur le vaste champ du changement personnel, du travail sur soi, de ce qu'on appelle l'éveil spirituel. Je pense que trop d'auteurs à succès (Naomie Klein, Jérôme Baschet lui-même) négligent dans leurs propositions, analyses, cette dimension : de plus en plus de gens font choix de l'amour inconditionnel et non de la haine, de l'agressivité et les égrégores positifs qui se constituent pèseront à mon avis, de plus en plus, pourront être les cellules imaginatives permettant la transformation de la chenille en papillon.

Jérôme Baschet et bien d'autres veulent, oeuvrent pour des Nouveaux mondes qui ne surgiront que par résistances, rebellions, autonomisations. Pour ma part, depuis peu, je fais choix de nouveaux humains émergeant par un refus de tout jugement. Non-jugement, non-agir, sagesse taoïste.

« Je fais mien ce qui est le but des mouvements taoïstes. Il faut éviter tout ce qui fait le jeu de la mort. N'est-ce pas dire qu'il faut vivre en sage, ce qui signifie mener une vie retirée à la campagne ou dans une petite ville. Le sage s'abstient de tout ce qui le lie à des conventions ou à des règles particulières. » Marcel Conche, La nature et les mondes, page 171.

 

Le 22 avril 2021, journée de la Terre.

 

un ouvrage collectif, contribution au Congrès mondial de la Nature, Marseille 2-11 septembre 2021 sous la direction d'André Prone, largement impliqué dans ce domaine comme scientifique et citoyen

un ouvrage collectif, contribution au Congrès mondial de la Nature, Marseille 2-11 septembre 2021 sous la direction d'André Prone, largement impliqué dans ce domaine comme scientifique et citoyen

NOUVEAUX MODES

DE CONSOMMATION

DEVELOPPEMENT DU E-COMMERCE ET CONTRE-CULTURE SOCIALE

Ce livre interpelle les nouveaux modes de production et de distribution de la consommation qui bouleversent nos modes de vie et notre société. La première partie apporte un éclaircissement sur les multiples formes prises par le commerce. Elle montre comment les sociétés commerciales ont su s’adapter au fil du temps, mais toujours avec comme seul objectif le développement de la consommation, quasi sanctifiée, et surtout le profit recherché sans souci de l’intérêt général. Elle montre que les nouveaux outils (E-commerce, neurosciences, ...), accélèrent et renforcent des processus déjà à l’œuvre. Jamais les consommateurs n’ont été soumis à pareille intrusion jusque dans leur vie privée. Et l’Etat a décidé de ne plus jouer son rôle de régulateur. Le consommateur se retrouve ainsi bien seul, interpellé par le dogme néolibéral de la responsabilité individuelle. La deuxième partie complète cet exposé en s’interrogeant sur la nature des besoins et comment le désir suscité de façon artificielle est ressenti comme un besoin auquel la société de consommation se doit de répondre. Y a-t-il une rationalité dans les besoins exprimés et quel est leur impact sur la planète ? C’est l’occasion de dénoncer les dérives de l’hyperconsommation. Elle aborde enfin les différentes approches et réflexions sur comment mettre en œuvre une autre manière de vivre, de produire et de consommer. C’est à dire mettre en valeur les progrès dans les comportements, mais aussi partir du fait que l’on attend beaucoup trop des individus parce que le collectif peine à porter un projet global. Elle s’interroge enfin sur les politiques publiques qui pourraient avoir un effet positif dans la promotion d’une consommation durable et propose un engagement clair sur des normes imposées aux entreprises (obso- lescence), un recyclage favorisé, des transports publics collectifs non polluants, les circuits courts..., comme autant de pistes à soutenir par les associations de défense des consommateurs comme Indecosa CGT 83.

L'Indecosa-CGT est née en 1979 d'une volonté de la CGT de se doter de moyens nouveaux pour agir dans les domaines de la consommation, de l'environnement et du cadre de vie. Dans le Var l’activité Indecosa a été relancée en 2014. Nos missions : aide individuelle ou collective des usagers consommateurs, représenter les locataires, représenter les usagers de la santé, organiser des débats publics sur les thèmes du consumérisme. Aider les consommateurs : Apporter une aide individuelle ou collective à tous les salariés, les privés d’emploi, les retraités, bref tous les citoyens qui sont des « usagers consommateurs » lors des conflits qui naissent « hors de l’entreprise » et qui touchent tous les domaines de la consommation: alimentation, transport, banque, assurance, énergie, logement, santé, etc.... Aide et conseil que nos conseillers donnent lors de la tenue de nos permanences dans nos UL : Toulon, la Seyne, La Garde, Brignoles, Draguignan.

un livre à 5 €, sur les nouveaux modes de consommation (en particulier le e.commerce)

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Capital et idéologie / Thomas Piketty

26 Mars 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #note de lecture, #agora

le groupe informel Penser l'avenir après la fin des énergies fossiles, se réunissant tous les deux mois, le dimanche de 17 à 19 H, salle des mariages du Revest, avait mis ce livre à l'étude; la Covid a empêché les réunions de se tenir depuis avril 2020

le groupe informel Penser l'avenir après la fin des énergies fossiles, se réunissant tous les deux mois, le dimanche de 17 à 19 H, salle des mariages du Revest, avait mis ce livre à l'étude; la Covid a empêché les réunions de se tenir depuis avril 2020

Capital et idéologie  

Toutes les sociétés humaines ont besoin de justifier leurs inégalités : il faut leur trouver des raisons, faute de quoi c’est l’ensemble de l’édifice politique et social qui menace de s’effondrer. Les idéologies du passé, si on les étudie de près, ne sont à cet égard pas toujours plus folles que celles du présent. C’est en montrant la multiplicité des trajectoires et des bifurcations possibles que l’on peut interroger les fondements de nos propres institutions et envisager les conditions de leur transformation.
À partir de données comparatives d’une ampleur et d’une profondeur inédites, ce livre retrace dans une perspective tout à la fois économique, sociale, intellectuelle et politique l’histoire et le devenir des régimes inégalitaires, depuis les sociétés trifonctionnelles et esclavagistes anciennes jusqu’aux sociétés postcoloniales et hypercapitalistes modernes, en passant par les sociétés propriétaristes, coloniales, communistes et sociales-démocrates. À l’encontre du récit hyperinégalitaire qui s’est imposé depuis les années 1980-1990, il montre que c’est le combat pour l’égalité et l’éducation, et non pas la sacralisation de la propriété, qui a permis le développement économique et le progrès humain.
En s’appuyant sur les leçons de l’histoire globale, il est possible de rompre avec le fatalisme qui nourrit les dérives identitaires actuelles et d’imaginer un socialisme participatif pour le XXIe siècle : un nouvel horizon égalitaire à visée universelle, une nouvelle idéologie de l’égalité, de la propriété sociale, de l’éducation et du partage des savoirs et des pouvoirs.

Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur à l’École d’économie de Paris, Thomas Piketty est l’auteur du Capital auXXIe siècle (2013), traduit en 40 langues et vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires, dont le présent livre est le prolongement.

Pour un Socialisme participatif à l’échelle mondiale

Les 2 défis majeurs du XXIème siècle sont le réchauffement climatique et la remontée des inégalités.

L’idéologie de la mondialisation est actuellement en crise et en phase de redéfinition. Les frustrations créées par la montée des inégalités ont peu à peu conduit les classes populaires et moyennes des pays riches à se défier de l’intégration internationale et du libéralisme économique sans limites. Ces tensions ont contribué à l’émergence de mouvements nationalistes et identitaires qui pourraient alimenter une fuite en avant vers la concurrence de tous contre tous et le dumping fiscal et social vis-à-vis de l’extérieur, le tout s’accompagnant à l’intérieur des États par le durcissement identitaire et autoritaire à l’encontre des minorités et des immigrés, de façon à souder le corps social national face à ses ennemis déclarés.

Une grande partie du livre est consacrée à l’étude des régimes inégalitaires de par le monde et aux leçons qui peuvent en être tirées pour s’orienter vers un socialisme participatif à l’échelle mondiale et créer une société juste, à savoir une société qui permet à l’ensemble de ses membres d’accéder aux biens fondamentaux les plus étendus possible. Parmi ces biens fondamentaux figurent notamment l’éducation, la santé, le droit de vote, et plus généralement la participation la plus complète de tous aux différentes formes de la vie sociale, culturelle, économique, civique et politique.

 

T. PIKETTY propose un faisceau de pistes profondément étudiées.

 

Y’a plus qu’à trouver les hommes politiques pour avoir le courage de s’en emparer !

 

1- Partager le pouvoir dans les entreprises

 

Afin de dépasser le capitalisme et la propriété privée et de mettre en place le socialisme participatif, il est possible en faisant évoluer le système légal et fiscal d’aller beaucoup plus loin que ce qui a été fait jusqu’à présent, d’une part en instituant une véritable propriété sociale du capital, grâce à un meilleur partage du pouvoir dans les entreprises, et d’autre part en mettant en place un principe de propriété temporaire du capital, dans le cadre d’un impôt fortement progressif sur les propriétés importantes permettant le financement d’une dotation universelle en capital et la circulation permanente des biens.

Il faut en finir avec une action = une voix et généraliser la cogestion dans sa version maximale, avec la moitié des droits de vote pour le personnel dans les conseils d’administration ou de direction de toutes les entreprises privées, y compris les plus petites mais en limitant drastiquement le pouvoir de ceux qui apportent du capital (plafonnement des droits de vote pour tous les apports en capital supérieurs à 10 %). On pourrait faire des observations similaires pour des organisations dans les secteurs de la santé, de la culture, des transports ou de l’environnement.

 

2- Réforme de la fiscalité

 

  • La concentration extrême de la propriété dans la plupart des sociétés jusqu’au début du XX siècle, avec généralement autour de 80 %-90 % des biens détenus par les 10 % les plus riches n’avait aucune utilité du point de vue de l’intérêt général. Afin d’éviter qu’une concentration démesurée de la propriété ne se reconstitue de nouveau, les impôts progressifs sur les successions et les revenus doivent être complétés par un impôt progressif annuel sur la propriété, lequel a en outre l’avantage de s’adapter beaucoup plus vite à l’évolution de la richesse et de la capacité contributive des uns et des autres. Par exemple, on ne va pas attendre que Mark Zuckerberg ou Jeff Bezos atteignent 90 ans et transmettent leur fortune pour commencer à leur faire payer des impôts.

 

  • En revanche, la diffusion de la propriété ne s’est jamais véritablement étendue aux 50 % les plus pauvres (dont la part dans le patrimoine privé total s’est toujours située autour de 5 %-10 %) qui n’ont ainsi jamais eu que des possibilités limitées de participation à la vie économique, et en particulier à la création d’entreprises et à leur gouvernance.

 

Multiple du patrimoine moyen

Impôt annuel sur la propriété

Impôt sur les successions

 

Multiple du revenu moyen

Taux effectif d’imposition y/c cotisations sociales et taxe carbone

0,5

0,1%

5%

 

0,5

10%

2

1%

20%

 

2

40%

5

2%

50%

 

5

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10

5%

60%

 

10

60%

100

10%

70%

 

100

70%

1.000

60%

80%

 

1.000

80%

10.000

90%

90%

 

10.000

90%

 

 

L’impôt annuel sur la propriété et l’impôt sur les successions rapporteraient au total environ 5 % du revenu national. Il permettrait de mettre en place un système de dotation en capital équivalant à 60 % du patrimoine moyen versée à chaque jeune adulte (par exemple à l’âge de 25 ans).

Exemple : dans les pays riches, le patrimoine privé moyen est à la fin des années 2010 d’environ 200 000 euros par adulte. Dans ce cas, la dotation en capital sera donc de 120 000 euros. De facto, ce système aboutirait à une forme d’héritage pour tous alors qu’actuellement, les 50 % les plus pauvres ne reçoivent quasiment rien (à peine 5 %-10 % du patrimoine moyen) et que les 10 % des jeunes adultes les plus riches héritent de plusieurs centaines, voire de millions d’euros.

S’agissant des taux d’imposition applicables aux plus hautes successions et aux plus hauts revenus, il faudrait qu’ils atteignent des niveaux de l’ordre de 60 %-70 % au-delà de 10 fois la moyenne des patrimoines et des revenus, et de l’ordre de 80 %-90 % au-delà de cent fois la moyenne (voir tableau)

Par comparaison à l’actuel système d’imposition proportionnelle de la propriété immobilière en place dans de nombreux pays, ce barème entraînerait une réduction fiscale substantielle pour les 80 %-90 % de la population les moins riches en patrimoine et faciliterait donc leur accession à la propriété. À l’inverse, l’alourdissement serait conséquent pour les plus hauts patrimoines. Pour les milliardaires, le taux de 90 % reviendrait à diviser immédiatement leur patrimoine par dix et à ramener la part des milliardaires dans le patrimoine total à un niveau inférieur à ce qu’elle était au cours de la période 1950-1980.

N.B : Il est essentiel que l’impôt progressif sur la propriété et sur l’héritage envisagé ici porte sur le patrimoine global, c’est-à-dire sur la valeur totale de l’ensemble des actifs immobiliers, professionnels et financiers (nets de dettes) détenus ou reçus par une personne donnée, sans exception. De la même façon, l’impôt progressif sur le revenu doit porter sur le revenu global, c’est à-dire sur l’ensemble des revenus du travail (salaires, pensions de retraite, revenus d’activité des non-salariés, etc.) et du capital (dividendes, intérêts, profits, loyers, etc ).

 

Conclusion : l’accumulation de biens est toujours le fruit d’un processus social, qui dépend notamment des infrastructures publiques (en particulier du système légal, fiscal et éducatif), de la division du travail social et des connaissances accumulées par l’humanité depuis des siècles. Dans ces conditions, il est parfaitement logique que les personnes ayant accumulé des détentions patrimoniales importantes en rendent une fraction chaque année à la communauté, et qu’ainsi la propriété devienne temporaire et non plus permanente.

 

 

L’impôt progressif sur le revenu (dans lequel ont également été incluses les cotisations sociales et la taxe progressive sur les émissions carbone), rapporterait autour de 45 % du revenu national. Il permettrait de financer toutes les autres dépenses publiques, en particulier le revenu de base annuel à hauteur de 5 % du revenu national et surtout l’État social (y compris les systèmes de santé et d’éducation, les régimes de retraites, etc.) à hauteur de 40 % du revenu national.

Par exemple, une version relativement ambitieuse du revenu de base, telle que celle indiquée sur le tableau, pourrait consister à mettre en place un revenu minimum équivalant à 60 % du revenu moyen après impôt pour les personnes sans autres ressources, et dont le montant versé déclinerait avec le revenu et concernerait environ 30 % de la population.

N.B : Les prélèvements sociaux s’apparentent de fait à une forme d’impôt sur le revenu, dans le sens où le montant prélevé dépend des revenus, parfois avec des taux variables suivant le niveau de salaire ou de revenu. La différence essentielle est que ces prélèvements sont généralement versés non pas dans le budget général de l’État, mais dans des caisses sociales dédiées par exemple au financement de l’assurance-maladie, du système de retraite, des allocations-chômage, etc. De tels systèmes de prélèvements dédiés et de caisses séparées devraient continuer à s’appliquer. Compte tenu du niveau global très élevé des prélèvements obligatoires, il est capital de tout faire pour favoriser une meilleure appropriation citoyenne des impôts et de leurs usages sociaux, ce qui peut passer par des caisses séparées pour différents types de dépenses, et plus généralement par la plus grande transparence possible sur l’origine et la destination des prélèvements.

 

N.B : Au sein des pays d’Europe occidentale, où les prélèvements obligatoires se sont stabilisés autour de 40 %-50 % du revenu national dans les années 1990-2020, on constate généralement que l’impôt sur le revenu (y compris l’impôt sur les bénéfices des sociétés) représente autour de 10 % - 15 % du revenu national, alors que les cotisations sociales (et autres prélèvements sociaux) peuvent atteindre environ 15 % - 20 % du revenu national et les taxes indirectes (TVA et autres taxes sur la consommation) autour de 10 % - 15 % du revenu national.

 

Les ordres de grandeur sont importants. Ils expriment l’idée que la société juste doit se fonder sur une logique d’accès universel à des biens fondamentaux, au premier rang desquels la santé, l’éducation, l’emploi, la relation salariale et le salaire différé pour les personnes âgées (sous forme de pension de retraite) et privées d’emploi (sous forme d’allocation-chômage). L’objectif doit être de transformer l’ensemble de la répartition des revenus et de la propriété, et par là même la répartition du pouvoir et des opportunités, et pas simplement le niveau du revenu minimum. L’ambition doit être celle d’une société fondée sur la juste rémunération du travail, autrement dit le salaire juste. Le revenu de base peut y contribuer, en améliorant le revenu des personnes trop faiblement rémunérées. Mais cela exige aussi et surtout de repenser un ensemble de dispositifs institutionnels complémentaires les uns des autres.

Idéalement, le retour de la progressivité fiscale et le développement de l’impôt progressif sur la propriété devraient se faire dans le cadre de la plus grande coopération Internationale possible. La meilleure solution serait la constitution d’un cadastre financier public permettant aux États et aux administrations fiscales d’échanger toutes les informations nécessaires sur les détenteurs ultimes des actifs financiers émis dans les différents pays.

Avec un tel système, la seule stratégie d’évitement possible pour les détenteurs de biens résidentiels ou professionnels basés en France serait de quitter le territoire et de vendre les actifs correspondants. Face à cela, des mesures de type exit tax pourraient être appliquées. En tout état de cause, il faut souligner que cette stratégie d’évitement impliquerait de vendre les biens (logements et entreprises), de sorte que les prix de ces derniers baisseraient et pourraient ainsi être achetés par tous ceux qui resteraient dans le pays.

 

3- La taxation progressive des émissions carbone

 

La condition absolue pour qu’une taxe carbone soit acceptée et joue pleinement son rôle est de consacrer la totalité de ses recettes à la compensation des ménages modestes et moyens les plus durement touchés par les hausses de taxes et au financement de la transition énergétique. La façon de faire la plus naturelle serait d’intégrer la taxe carbone - progressive - dans le système d’impôt progressif sur le revenu, comme cela a été fait sur le tableau.

 

4- Un système éducatif juste

 

  • De façon générale, l’émancipation par l’éducation et la diffusion du savoir doit être au coeur de tout projet de société juste et en particulier du socialisme participatif.

L’investissement éducatif public total dont auront bénéficié au cours de l’ensemble de leur scolarité (de la maternelle au supérieur) les élèves de la génération atteignant 20 ans en 2018 se monte en moyenne à environ 120 k€ (soit approximativement 15 années de scolarité pour un coût moyen de 8 k€ par an). Au sein de cette génération, les 10 % des élèves ayant bénéficié de l’investissement public le plus faible ont reçu environ 65-70 k€, alors que les 10 % ayant bénéficié de l’investissement public le plus important ont reçu entre 200 k€ et 300 k€. (les coûts moyens par filière et par année de scolarité s’échelonnent dans le système français en 2015-2018 entre 5-6 k€ dans la maternelle-primaire, 8-10 k€ dans le secondaire, 9-10 k€ à l’université et 15-16 k€ dans les classes préparatoires aux grandes écoles).

En ce qui concerne la répartition de l’investissement éducatif public observée dans un pays comme la France, une norme de justice relativement naturelle consisterait à faire en sorte que tous les enfants aient droit à la même dépense d’éducation, qui pourrait être utilisée dans le cadre de la formation initiale ou continue. Autrement dit, une personne quittant l’école à 16 ans ou 18 ans et qui n’aurait donc utilisé qu’une dépense éducative de 70.000 euros ou 100.000 euros lors de sa formation initiale, à l’image des 40 % d’une génération bénéficiant de la dépense la plus faible, pourrait ensuite utiliser dans le cours de sa vie un capital éducation d’une valeur de 100.000 ou 150.000 euros afin de se hisser au niveau des 10 % ayant bénéficié de l’investissement le plus important. Ce capital pourrait ainsi permettre de reprendre une formation à 25 ans ou 35 ans ou tout au long de la vie.

 

 

  • Un objectif raisonnable serait d’une part de faire en sorte que la rémunération moyenne des enseignants cesse d’être une fonction croissante du pourcentage d’élèves favorisés dans les collèges et les lycées, et, d’autre part d’accroître réellement et substantiellement les moyens investis dans les établissements primaires et secondaires les plus défavorisés, de façon à rendre plus égalitaire la répartition globale de l’investissement éducatif par génération.

Cette politique d’affectation prioritaire des moyens doit aussi être complétée par une prise en compte des origines sociales dans les procédures d’admission et d’affectation dans les lycées et dans l’enseignement supérieur. En France, les algorithmes utilisés pour les admissions aux lycées et dans l’enseignement supérieur restent dans une large mesure un secret d’État.

Enfin, il est indispensable que les établissements privés (qui bénéficient généralement de financements publics) fassent l’objet d’une régulation commune avec les établissements publics, à la fois pour ce qui concerne les moyens disponibles et les procédures d’admission, faute de quoi tous les efforts faits pour construire des normes de justice acceptables dans le secteur public seront immédiatement contournés par le passage dans le privé.

 

5- Vers une démocratie participative et égalitaire

 

Il est un autre aspect du régime politique auquel il est urgent de s’intéresser : celui du financement de la vie politique et de la démocratie électorale qui a montré ses limites et son incapacité actuelle à faire face à la montée des inégalités.

 

Des « bons pour l’égalité démocratique » :

 

L’idée serait de donner à chaque citoyen un bon annuel d’une même valeur, par exemple 5 euros par an, lui permettant de choisir le parti ou mouvement politique de son choix. Le choix se ferait en ligne, par exemple au moment où l’on valide sa déclaration de revenus et de patrimoine. Seuls les mouvements obtenant le soutien d’un pourcentage minimal de la population (qui pourrait être fixé à 1 %) seraient éligibles. S’agissant des personnes choisissant de ne pas indiquer de mouvement politique (ou de celles indiquant un mouvement recueillant un soutien trop faible), la valeur de leurs bons annuels serait allouée en proportion des choix réalisés par les autres citoyens. Le système de bons pour l’égalité démocratique s’accompagnerait par ailleurs d’une interdiction totale des dons politiques des entreprises et autres personnes morales.

 

Concrètement, le régime actuellement en vigueur en France revient à consacrer environ 2-3 euros par an et par citoyen au financement officiel des partis, et à ajouter à cela des réductions d’impôt allant jusqu’à 5 000 euros pour subventionner les préférences des plus riches. Les bons pour l’égalité démocratique permettraient de supprimer totalement les réductions d’impôt liées aux dons politiques et de réutiliser l’ensemble des sommes d’une façon égalitaire.

La logique des bons pour l’égalité démocratique pourrait également être appliquée pour d’autres questions que le financement de la vie politique. En particulier, un tel dispositif pourrait remplacer les systèmes existants de réductions d’impôt et de déductions fiscales pour les dons. Ce mécanisme offre également une piste pour repenser la question épineuse du financement des cultes.

Si les sommes en jeu représentaient une fraction importante des prélèvements obligatoires, alors il s’agirait d’une forme élaborée de démocratie directe, permettant aux citoyens de décider eux-mêmes d’une part substantielle des budgets publics.

Il s’agit là d’une des pistes les plus prometteuses conduisant à une réappropriation citoyenne d’un processus démocratique qui apparaît souvent peu réactif aux aspirations populaires.

 

6- Repenser le social-fédéralisme à l’échelle mondiale

 

  • L’une des contradictions les plus évidentes du système actuel est que la libre circulation des biens et des capitaux est organisée d’une façon telle (via la mise en place de structures offshore) qu’elle réduit considérablement les capacités des États à choisir leurs politiques fiscales et sociales.

Il faudrait donc pouvoir déléguer à une Assemblée transnationale (par exemple une Assemblée européenne) le soin de prendre des décisions communes concernant les biens publics globaux, comme le climat ou la recherche, la justice fiscale globale, avec notamment la possibilité de voter des impôts communs sur les plus hauts revenus et patrimoines, sur les plus grandes entreprises et sur les émissions carbone. Dans le cas européen proposé, il y aurait intérêt à développer une souveraineté parlementaire s’appuyant à titre principal sur les souverainetés parlementaires nationales, de façon à impliquer les députés nationaux dans le processus politique et à éviter qu’ils ne se réfugient dans une posture de protestation qui pourrait finir par mener à l’effondrement de l’ensemble.

 

  • Ce modèle de démocratie transnationale décrit à l’échelle de l’Europe pourrait également s’appliquer à une échelle plus large. Compte tenu des liens de proximité liés à des échanges humains et économiques plus importants, le plus logique serait que des ensembles régionaux se forment et collaborent entre eux, par exemple entre l’Union européenne et l’Union africaine.

 

  • On vient de décrire un scénario coopératif et idéal (voire idyllique) permettant de conduire à une vaste démocratie transnationale de façon concentrique, et menant à terme à la mise en place d’impôts communs et justes, à l’émergence d’un droit universel à l’éducation et à la dotation en capital, à la généralisation de la libre circulation, et de facto à une quasi-abolition des frontières.

Entre la voie de la coopération idéale menant au social-fédéralisme mondial et le chemin du repli nationaliste et identitaire généralisé, il existe naturellement un grand nombre de trajectoires et de bifurcations possibles. Pour avancer en direction d’une mondialisation plus juste, deux principes paraissent essentiels. Tout d’abord, s’il est clair qu’un grand nombre de règles et de traités organisant les échanges commerciaux et financiers doivent être profondément transformés, il est important de s’astreindre à proposer un nouveau cadre légal international avant de les dénoncer ( cf Brexit).

La course-poursuite vers la non-imposition des bénéfices des sociétés constitue sans nul doute le risque le plus lourd que court actuellement le système fiscal mondial. À terme, si l’on ne prend pas des mesures radicales de ce type pour l’arrêter, c’est la possibilité même de prélever un impôt progressif sur le revenu qui est en cause.

Jean-Pierre Grosse, Marrakech, le 26 mars 2021

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Méphisto Rhapsodie / Samuel Gallet

6 Octobre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #note de lecture, #spectacle, #développement personnel

A quoi bon faire du théâtre quand l’extrême droite frappe aux portes du pouvoir ? Mephisto {rhapsodie} traverse les petitesses de la scène pour donner à penser l’avenir brûlant.

C’est la première création de Jean-Pierre Baro mise à l’affiche du Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN qu’il dirige depuis le mois de janvier. Mephisto {rhapsodie} raconte l’ascension d’un comédien arriviste, ses compromissions pour accéder au succès, jusqu’à sa nomination à la tête d’un théâtre, dans un contexte de montée de l’extrême droite. Fruit d’une commande passée à Samuel Gallet, auteur dramaturge avec lequel Jean-Pierre Baro travaille pour la seconde fois, Mephisto (rhapsodie) est inspiré d’un roman de Klaus Mann, fils de Thomas, qui, à partir d’une histoire vraie, développe cette trame du carriérisme à tout prix dans le contexte de l’Allemagne nazie. Parallèlement à l’intrigue, au cœur de ce spectacle d’envergure porté par huit comédiens aux multiples rôles, une question taraude les personnages : « Pourquoi faire du théâtre aujourd’hui ? ». On aimerait bien le savoir, en effet. Pour tenter de trouver des réponses, suivons donc l’action de Mephisto se déployer à Balbek, imaginaire petite ville de province, rampe de lancement de la carrière d’Aymeric Dupré, cet acteur obsédé par le nombre de rappels qu’opère le public à l’issue de la représentation. Autour de lui, une directrice vieillissante ne jure que par Tchekhov, un comédien cherche à articuler son travail avec le territoire qui l’entoure, et un apprenti du cru, lui, est tenté par l’idéologie des « Premières lignes », groupe fasciste à l’irrésistible ascension. Pendant ce temps, à la capitale, se déploie le territoire bourgeois, mondain et décadent du show business et des pouvoirs.

Pourquoi faire du théâtre aujourd’hui ?

Il y a des éléments agaçants dans cette pièce. Des personnages caractérisés à l’excès. Des dilemmes rebattus. Des morceaux de bravoure un peu bavards. Une association du peuple à l’extrême droite potentiellement simpliste. Et le risque du propos endogame, d’une pièce qui ambitionne d’ouvrir le théâtre au monde mais parle avant tout du monde du théâtre. Néanmoins, convenons-en, le texte de Gallet, très bien servi par la mise en scène simple, fluide et rythmée de Jean-Pierre Baro, et par un jeu aux multiples couleurs, emporte le morceau. Sans concession sur le narcissisme de l’artiste, le surplomb moralisateur du monde du théâtre et son asthénie tchekhovienne d’univers moribond, Mephisto n’épargne rien à une société du spectacle qu’il griffe de partout – son propos mordant jusqu’au public même. Mais il porte en même temps une véritable tendresse pour le théâtre, un attachement, un amour. Avec ses personnages complexes et profonds, pris dans leurs contradictions, cherchant la meilleure façon d’agir, avec ou sans le théâtre, face aux dangers qui menacent, Mephisto rend de plus plausible, présente, là, véritablement devant nous, cette dystopie malheureusement de plus en plus probable d’un monde où s’imposera l’extrême droite. Quels choix cette situation nous demandera-t-elle d’opérer ? Préparons-nous à cet avenir brûlant, propose Méphisto. De réponse définitive on ne trouvera pas dans le théâtre. Mais en s’aidant du théâtre, peut-être.

Eric Demey La Terrasse, 23 octobre 2019, N° 281

Méphisto de Klaus Mann vu dans la mise en scène d'Ariane Mnouchkine 

Mephisto, Le roman d'une carrière 1979  De Klaus Mann  

Traduction et adaptation Ariane Mnouchkine  

Le roman Méphisto pose la question du rôle et de la responsabilité des intellectuels à la naissance du Troisième Reich. La fable qui, pour nous, s’est dégagée du roman pourrait se formuler ainsi : le spectacle serait l’histoire de deux comédiens, liés par l‘amitié, également passionnés de théâtre, également talentueux, également préoccupés de la fonction politique, voire révolutionnaire, de leur art, dans l’Allemagne de 1923.  « Pour qui est-ce que j’écris ? Qui me lira ? Qui sera touché ? Où se trouve la communauté à laquelle je pourrais m’adresser ? Notre appel lancé vers l’incertain tombe-t-il toujours dans le vide ? Nous attendons quand même quelque chose comme un écho, même s’il reste vague et lointain. Là où on a appelé si fort, il doit y avoir au moins un petit écho. » Klaus Mann

Mes nouvelles convictions politiques

J'ai assisté samedi 4 octobre 2020 à 17 H à une lecture d'une durée d'1 H à la Bibliothèque Armand Gatti à La Seyne sur Mer dans le cadre de la résidence d'écriture de Samuel Gallet accueilli pour un mois par la Saison Gatti-Le Pôle, lecture d'entrée de résidence, à 8 voix, d'un découpage de son dernier texte Méphisto Rhapsodie, inspiré du Méphisto de Klaus Mann. Lecture puissante qui m'a interpellé.

J'ai pu mesurer à cette occasion combien j'avais évolué.

Le combat politique mondial (un certain combat politique, au minimum à gauche, plus souvent à l'extrême-gauche, pro-révolution tendance trotskyste, PCI, anti-stalinien, anti-social-démocrate, anti-capitaliste, anti-impérialiste / jugement de François Mauriac dans ses Mémoires intérieures : « Du point de vue de l'Europe libérale, il était heureux que l'apôtre séduisant de la révolution permanente ait été remplacé par l'horreur stalinienne : la Russie est devenue une nation puissante, mais la Révolution (en Europe) a été réduite à l'impuissance. Plus j'y songe et plus il apparaît qu'un Trotsky triomphant eût agi sur les masses socialistes de l’Europe libérale et attiré à lui tout ce que le stalinisme a rejeté dans une opposition irréductible : Staline fut à la lettre " repoussant ". Mais c'est là aussi qu'il fut le plus fort, et les traits qui nous rendent Trotsky presque fraternel sont les mêmes qui l'ont affaibli et perdu et de mettre Trotsky au niveau de Tolstoï et Gorki) qui me paraissait nécessaire il y a peu encore, jusqu'à l'épuisement du mouvement des Gilets Jaunes quand le mouvement syndical a repris la main avec le combat pour la défense des retraites (décembre 2019), entraînant confusion et collusion a cessé de me paraître nécessaire avec la crise de la Covid 19 et la sortie partielle du confinement (quelle aubaine pour un pouvoir déliquescent de pouvoir faire ramper des millions de gens à coups de mensonges et manipulations médiatiques !). Dès octobre 2019, je participais à un groupe Penser l'avenir après la fin des énergies fossiles (en lien avec la collapsosophie de Pablo Servigne) tout en continuant à participer à un groupe Colibris (faire sa part). J'avais renoncé à assister à des assemblées citoyennes de Gilets Jaunes tant à Toulon qu'à Sanary dès juillet 2019.

Le combat politique local que j'ai aussi mené comme conseiller municipal d'une majorité (1983-1995) puis comme tête de liste d'une opposition éco-citoyenne (2008) me paraît encore jouable. Encore faut-il gagner les élections municipales ? Dans l'opposition, on ne change pas les choses.

Où en suis-je aujourd'hui, à quelques jours de mes 80 ans, le jour de la révolution d'octobre (sans doute un coup d'état de Lénine, mensonge inaugural du régime soviétique), le même jour que Pablo ?

J'ai enfin décidé que personne ne peut se substituer à nous pour prendre conscience de sa place et de sa mission de vie (qui est autre chose que vivre comme feuilles au vent selon l'image d'Homère). Aucun porte-voix, aucune instance dite représentative ne peut (ne doit) parler et agir à ma place. Décision : je ne voterai plus. Abstention.

La démocratie représentative ne représente que les intérêts du pouvoir en place (république bananière, corrompue jusqu'à la moelle) et des rapaces qu'il représente pour l'avoir mis en place (cette prise de conscience est essentielle, la démocratie représentative n'est pas la démocratie, il m'a fallu 60 ans pour l'admettre). La démocratie représentative est le leurre savamment entretenu nous faisant croire qu'en changeant de gouvernement par les élections - qui sont la dépossession de nos voix, un vol de voix - (nous perdons notre pouvoir constituant, Octave Mirbeau, Etienne Chouard, et quelques autres sont indispensables à lire), que passer de droite à gauche, de gauche à l'extrême-centre puis un jour à l'extrême-droite, on va changer les choses. Mais il est possible de savoir maintenant, par expérience depuis 40 ans avec la pensée unique, le TINA thatchérien (There is no alternative) que droite, gauche, extrême-gauche, extrême-droite, extrême-centre n'ont qu'un objectif : arriver au pouvoir et le garder. Il est possible de se convaincre aussi que les gens au pouvoir savent depuis relativement peu (20 ans) qu'en cas de mouvements profonds, durables, pacifiques ou révolutionnaires, insurrectionnels, il ne faut surtout pas lâcher le pouvoir, le quitter comme de Gaulle ou Jospin. Il faut le garder coûte que coûte par la répression, la négociation. Il faut s'accrocher, laisser passer la colère. Il faut en conclure que tout affrontement frontal n'a aucune chance d'aboutir, de changer l'ordre des choses (le mouvement des GJ autour des ronds-points fut une forme géniale; les GJ manifestant sur les Champs-Elysées, inaccessibles jusqu'à eux aux mouvements revendicatifs ou insurrectionnels, ce fut un sacré challenge réussi mais un échec).

Il faut aussi constater que dans le cadre des nations, la politique ne peut défendre que les intérêts particuliers de la nation. Et ce particularisme ne change pas avec les entités supra-nationales comme l'UE, qui ne sont pas mondiales. L'ONU elle-même ne peut être le lieu d'une politique universelle.

Deux paradoxes sont à signaler. Le 1° paradoxe c'est que les GAFA (les géants du web, américains et chinois) ont une politique mondiale, une visée de domination mondiale, haïssant la démocratie (c'est le libertarianisme anglo-saxon d'une part et l'autoritarisme bureaucratique chinois d'autre part). Le 2° paradoxe, c'est que pour les révolutionnaires, la révolution est toujours imminente alors que la réalité montre depuis 40 ans que comme le dit un ultra-riche Warren Buffet : « il existe bel et bien une guerre des classes mais c'est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c'est nous qui gagnons".

Seule peut-être une politique universelle en vue du Bien serait souhaitable, en vue du Bien c'est-à-dire satisfaisant la nourriture, la santé, l'instruction et le divertissement de tous. À ce niveau universel, souhaitable ? nécessaire ? la question démographique est peut-être la plus difficile à aborder : ne sommes-nous pas trop sur une terre aux ressources limitées. Déjà Lévi-Strauss le pensait et avant lui, Malthus.

Individu n'ayant qu'un peu de pouvoir sur moi, ne croyant qu'au travail sur soi pour devenir meilleur, j'ai fait choix de ne pas écouter les informations, de ne pas regarder la télé, de ne pas aller sur les réseaux sociaux. Finie la pollution anxiogène, finie la manipulation par les fake news, dont la plupart sont distillées par les médias et le pouvoir.

Quant à toi qui es au pouvoir, tu veux y rester, tu n'y es que pour un temps, tu passeras de toute façon, tu es déjà passé. Il en sera de même pour tes successeurs. Tchao, pantins et magiciens.

Vous êtes au pouvoir, vous prenez des mesures, vous légiférez à tour de bras mais votre pouvoir sur moi est réduit à quasiment rien, j'ignore par ignorance 99% de vos lois qui ne modifient quasiment rien à mes conditions de vie. Je respecte le minimum, je porte un masque, je respecte les règles du savoir-vivre, du code de la route.

Je m'invisibilise de vos systèmes de contrôle, je suis cosmopoli avec ce qui existe, minéraux, faune, flore, vivants. Je choisis qui je fréquente (quelques amis), je travaille sur moi (à gérer mes émotions souvent archaïques, mes pulsions souvent excessives). Je n'ai plus d'ennemis; même les adversaires politiques, je les ignore dorénavant. Cette affirmation n'est pas à prendre comme un constat mais comme un processus vivant (quand je me découvre un ennemi, y compris moi-même, je m'observe, je me mets à distance, je me nettoie de l'agressivité avec une technique de clown s'ébrouant, se débarrassant de sa poussière jusqu'à ce que l'indifférence me gagne). Je n'ai plus de boucs émissaires (processus vivant avec nettoyage, dépoussiérage) : les arabes et musulmans pour les racistes (dont je suis parfois), les blancs pour les ex-colonisés (dont je suis parfois), les machistes pour les féministes (dont je suis parfois), les putes pour les machistes (dont je suis souvent). Ces binarisations du monde sont toutes douteuses : elles nous font croire que nous sommes du bon côté, du côté de la justice, de la vérité. Par exemple, la théorie du Grand Remplacement justifie les mouvements néo-fascistes. Inversement, le refus de toute relation avec la Haine du FN et du RN justifie l'extrême-gauche et l'islamo-gauchisme.

Qui aura raison, Michel Houellebecq avec Soumission, Boualem Sansal avec 2084, Alain Damasio avec Les furtifs... ?

J'ai vu au tout début des GJ (novembre 2018), le rejet de ceux-ci par tout un tas de gens bien-pensants (tous bords politiques) qui n'ont même pas compris que ceux qu'ils appelaient des bruns, venaient de la périphérie, les petits blancs invisibilisés par la société marchande et touristique, la société des bobos. Ce que j'ai compris et accepté, c'est que tout ça existe, co-existe, s'affronte et que c'est en moi, potentiellement, réellement. J'ai vu des GJ aux idées racistes être changés en deux, trois discussions. Cela veut dire que prendre pour du dur, des opinions de circonstances, en lien avec un mal-être, un mal-vivre est préjudiciable à la recherche de la paix, civile et sociale. Rien de pire qu'une guerre civile, qu'une société qui se délite, les uns dressés contre les autres.

Cela dit, nos opinions de circonstances peuvent tenir longtemps. Nous les faisons nôtres comme si le monde allait s'effondrer si on cessait de les croire nôtres. 60 ans pour moi de fidélité imbécile aux valeurs "humanistes" de la gauche radicale. C'est cette fidélité toxique aux "convictions politiques" d'à peine plus de 50% des électeurs (qui faisait que rien ne changeait si ce n'est l'alternance des couleurs politiques) qui a expliqué la montée de plus en plus massive de l'abstention pendant une vingtaine d'années, phénomène repéré mais pas pris au sérieux (c'étaient les déçus de la politique, les pêcheurs à la ligne du dimanche, les traîtres au devoir électoral, au droit de vote arraché de haute lutte par nos anciens) et qui explique en 2017, le dégagisme qui a frappé à droite, à gauche, a vu sortir du chapeau une bulle de savon miroitante.

Avec ces nouvelles convictions (plus question d'être fidèle sur le plan des soi-disant convictions politiques, ce ne sont qu'opinions largement induites par le milieu, l'époque et on les prétend siennes, c'est "mon" opinion et on s'y accroche, 60 ans durant comme moi), je n'attends plus du théâtre qu'il donne de la voix, qu'il m'ouvre la voie, une voie. J'ai fait partie du milieu, bénévolement, pendant 22 ans, créateur du festival de théâtre du Revest puis directeur des 4 Saisons du Revest dans la Maison des Comoni (1983-2004). J'ai cru par passion à la nécessité de soutenir la création artistique, de l'écriture à la mise en scène, de soutenir et susciter des formes innovantes, de soutenir et susciter l'émergence de jeunes créateurs. Ce fut une période passionnante que je ne renie pas. Mais j'ai pris conscience progressivement vers 2017-2019 que le "vrai" travail est à faire sur soi et par soi. Pas d'agir sur les autres, d'influencer les autres. Pas d'être agi par les autres, influencé par les autres.

Au théâtre, au spectacle, on est dans la représentation, pas dans la présence, pas dans le présent (le moment et le cadeau), je suis spectateur, spectacteur pour certains, je ne suis pas acteur de mon destin, de mes choix de vie à mes risques et périls. Le théâtre, lieu de représentation est comme la politique représentative. Enjeux de pouvoir, luttes de pouvoir, narcissisme exacerbé, carriérisme, opportunisme, compromissions, monde de petits requins persuadé d'avoir une mission de "création" et d'éducation (en fait, de formatage des goûts selon les critères de l'administration qui subventionne), se comportant comme le monde des grands requins (le marché de l'art est particulièrement instructif à cet égard).

Quand je vois l'éclectisme des programmations actuelles, quand je vois la pléthore de propositions faites par les lieux, je pourrais être au théâtre, au concert tous les soirs, si les moyens suivent, le cul dans un fauteuil, à applaudir ou à bouder, comme si je passais ma soirée devant la télé. Je suis un consommateur culturel et je perds mon temps, je me distrais. On sait ce que reproche Pascal au divertissement.

Impossible d'aller à l'essentiel : je suis mortel, le monde s'effondre peut-être, l'humanité va peut-être se suicider. En quoi puis-je me mettre au service de plus grand que moi, de quelle mission de vie ? Pour un autre et même pour moi, à mon insu ou consciemment car nous sommes tous complices du système, ce sera : en quoi puis-je profiter un max de ce système ?

Pour moi aujourd'hui après 60 ans de fixation, de fixette idéologique : Contemplation des beautés de la nature. Action personnelle sur soi par la méditation en particulier. Actions d'harmonie, d'harmonisation, d'élévation. Ne pas ajouter la guerre à la guerre, ne pas faire le jeu du conflit, de la mort, même si je sais que l'inhumanité a encore de très beaux jours devant elle.

Dernier point : il est évident que l'on sait, si on le veut, reconnaître ce qui est inhumain en soi, en autrui. On sait que c'est possible, que c'est réel, on ne juge pas, c'est dégueulasse, injuste, à combattre. On fait choix tant que faire se peut de l'amour de la vie, de la Vie.

Bémol de taille : ce que j'ai écrit vaut pour les "démocraties" à l'occidentale (je peux l'écrire, le publier). Je ne sais comment je me comporterais tant en Chine qu'en Russie, en Arabie saoudite ou en Turquie.

Merci à cette lecture de m'avoir permis de faire le point sur moi, être changeant et sur mes "engagements" changeants.

Jean-Claude Grosse, 6 octobre 2020

Antigone aujourd’hui ?

Antigone, dans la tradition venue de la mythologie et du théâtre grecs, est celle qui dit NON à une loi inique de la cité, Thèbes, gouvernée par le tyran Créon et lui oppose une loi universelle, au-dessus de la loi d’état, une loi dite de droit naturel pouvant être opposée au droit positif. À la loi écrite, édictée par le tyran lui interdisant de donner sépulture à son frère Polynice, elle oppose la loi non écrite mais s’imposant à elle et à tous que tout défunt doit avoir une sépulture digne et non être livré aux chiens.

Enterrés, incinérés comme des « chiens », ce fut le sort des décédés par la Covid 19 dans les EPHAD pendant le confinement du printemps 2020. Quelles Anti- gones ont bravé l’ignominie des directives gouvernementales ?

Dans les sociétés modernes, on a tendance à considérer que le concept de droit naturel doit servir de base aux règles du droit objectif. Kant (1785) et la révo- lution française (la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789) ont donc participé au progrès moral de l’humanité (en droit, mais pas dans les faits). Le droit naturel s’entend comme un comportement rationnel qu’adopte tout être humain à la recherche du bonheur (le droit au bonheur est inscrit dans la déclaration d’indépendance des Etats-Unis du 4 juillet 1776 : Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inalié- nables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur). Le droit naturel présente un caractère universel dans la mesure où l’homme est capable de le découvrir par l’usage de sa raison, en cherchant à établir ce qui est juste. L’idée est qu’un ensemble de droits naturels existe pour chaque être humain dès sa naissance (comme le droit à la dignité ou le droit à la sécurité) et que ces droits ne peuvent être remis en cause par le droit positif. Le droit naturel est ainsi considéré comme inné et inaltérable, valable partout et tout le temps, même lorsqu’il n’existe aucun moyen concret de le faire respecter. Les droits naturels figurent aujourd’hui dans le préambule de la Constitution française et dans les fondements des règles européennes. Le droit à la vie et le droit au respect pour tous ne sont cependant pas reconnus partout sur le globe. Pensons aux fous de Dieu. Le droit naturel selon cette conception s’impose moralement et en droit à tous. Dans les faits, ces droits naturels sont souvent bafoués, par des individus, des sociétés, des états. Ce qui fait que le droit naturel n’est pas universellement appliqué dans les faits c’est l’existence du mal radical, du mal absolu, injustifiable (la souffrance des enfants pour Marcel Conche, la souffrance des animaux d’élevage et de consommation pour d’autres), du mal impossible à éradiquer parce que si l’homme est un être de raison, il est aussi un être de liberté et c’est librement que l’on peut choisir le mal plutôt que le bien.

Le problème du mal radical et de la liberté de l’homme a conduit Kant à écrire les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)Selon Kant, la loi morale n’est imposée par personne. Elle s’impose d’elle-même, par les seuls concepts de la raison pure. Tout être raisonnable, du simple fait de sa liberté, doit respecter les deux impératifs, le catégorique et le pratiquepage19image1596576  page18image1668544 page18image1668752 page18image1668960

Impératif catégorique de Kant : «Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle. »

Impératif pratique de Kant : «Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

Un principe mauvais, que le sujet se donne librement à lui-même, corrompt à la racine le fondement de toutes nos maximes : le mal radical.
L’intérêt commun pour le beau dans l’art ne prouve aucun attachement au bien moral, tandis qu’un intérêt à contempler les belles formes de la nature témoigne d’une âme bonne

Ces considérations m’amènent à tenter de dire ce que serait Antigone aujourd’hui. Antigone pourra aussi bien être une femme qu’un homme, un jeune, adolescent, adolescente, enfant même. Devant les atteintes massives, permanentes aux droits universels de l’Homme (de la Femme, de l’Enfant, des Animaux, des Végétaux, de la Terre, de la Mer, de l’Air, de l’Eau...) partout dans le monde, individuellement comme collectivement, devant cette insistance de la barbarie, du mal partout dans le monde, j’en arrive à penser que dire NON à tout cela, à cette barbarie, à tel ou tel aspect de ce mal sciemment infligé (l’exci- sion, le viol comme arme de guerre par exemple) n’est plus la seule attitude que devrait avoir l’Antigone d’aujourd’hui. Les résistants à la barbarie, celles et ceux qui disent NON servent souvent d’exemple. Leurs méthodes comme leurs buts, leurs champs d’action sont variés, de la désobéissance civile à la lutte armée, de la non-violence à l’appel insurrectionnel, des semences libres à l’abolition de la peine de mort ou de l’esclavage, de la lutte contre l’ignorance à la lutte contre le viol. D’une action à grande échelle, internationale à une action locale.

Sappho, Marie Le Jars de Gournay, Olympe de Gouges, Louise Michel, Vandana Shiva, Angela Davis, Naomi Klein, Gisèle Halimi, Audrey Hepburn, Simone Veil, Simone Weil, Emma Goldmann, Ada Lovelace, Marie Curie, Margaret Hamilton, Germaine Tillon, Rosa Parks, Rosa Luxemburg, Joan Baez, Lucie Aubrac, Frida Khalo, George Sand, Anna Politkovskaïa, Anna Akhmatova, Sophie Scholl, Aline Sitoé Diatta, Brigitte Bardot, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Greta Thunberg, Carola Rackete, Weetamoo, Solitude, Tarenorerer, Gabrielle Russier // Gandhi, Luther King, Trotsky, Che Guevara, Lumumba, Sankara, Nelson Mandela, Soljenitsyne, Vaclav Havel, Jean Jaurès, Victor Hugo, Victor Jarra, Victor Schoelcher, Aimé Césaire, Pablo Neruda, Jacques Prévert, Primo Levi, Janusz Korczac, Federico Garcia Lorca, Emile Zola, Joseph Wresinski, le dominicain Philippe Maillard, Charles de Gaulle, François Tosquelles, Malcolm X, Célestin Freinet, Jacques Gunzig, Stéphane Hessel, Marcel Conche, Jean Cavaillès, Muhammad Yunus, Socrate, Siddhārtha Gautama, Jésus

Le mal radical étant l’expression de la liberté de l’homme, un choix donc (même si les partisans de l’inconscient freudien et jungien posent que la « mons- truosité » n’est pas choisie mais causée), une attitude possible d’Antigone aujourd’hui serait de dire OUI à tout ce qui existe, y compris le mal radical. Antigone en disant OUI à tout ce qui existe n’extérioriserait pas sa responsabi- lité (c’est la faute de l’autre, de Créon). Tout ce qui existe est en elle et donc elle est co-responsable de tout ce qui existe et co-créatrice de tout ce qui s’essaie. C’est à un travail sur soi qu’Antigone s’attelle pour mettre en lumière dans sa conscience, ses peurs, ses envies, ses jalousies, ses espoirs, ses rêves, ses désirs. Antigone tente de se nettoyer, d’élever sa conscience, de gérer ses émotions (c’est autre chose que de les contrôler, il s’agit de les laisser émerger mais sans y adhérer, en témoin). La méditation est un puissant outil pour ce travail sur soi. À partir de ce travail personnel, spirituel, Antigone agit comme le formulent les deux impératifs kantiens (« agis »). Elle agira sous l’horizon de l’universalité de son action, animée par l’amour inconditionnel de tout ce qui existe, sans jugement. Elle sera animée plus par son devoir concret à accomplir (sa mission de vie exercée avec passion, enthousiasme) que par la défense abstraite du droit naturel.

Elle saura prendre la défense du « monstre » (comme l’avocat Jacques Vergès).

Elle, Il saura proposer des actions « bigger than us ». Elle s’appelle Melati, Indo- nésienne de 18 ans, et agit depuis 6 ans pour interdire la vente et la distribution de sacs en plastique à Bali. Il s’appelle Mahamad Al Joundé du Liban, 18 ans, créateur d’une école pour 200 enfants réfugiés syriens. Elle s’appelle Winnie Tushabé d’Ouganda, 25 ans et se bat pour la sécurité alimentaire des commu- nautés les plus démunies. Il s’appelle Xiuhtezcatl Martinez des USA, 19 ans, rappeur et voix puissante de la levée des jeunes pour le climat. Elle s’appelle Mary Finn, anglaise, 22 ans ; bénévole, elle participe au secours d’urgence des réfugiés en Grèce, en Turquie, en France et sur le bateau de sauvetage Aqua- rius. Il s’appelle René Silva du Brésil, 25 ans, créateur d’un média permettant de partager des informations et des histoires sur sa favela écrite par et pour la communauté, « Voz das Comunidades ». Elle s’appelle Memory du Malawi, 22 ans, figure majeure de la lutte contre le mariage des enfants. Il s’appelle le docteur Denis M., il est gynécologue au Congo, surnommé l’homme qui répare les femmes, Nobel de la paix, menacé de mort. Elle s’appelle Malala Y., à 17 ans elle obtient le Nobel de la Paix pour sa lutte contre la répression des enfants ainsi que pour les droits de tous les enfants à l’éducation. Elle s’appelait Wangari M., surnommée la femme qui plantait des arbres, Nobel de la paix 2004.

Elle s’appelle Michelle du Revest, anime un groupe colibri et un groupe penser l’avenir après la fin des énergies fossiles. Il s’appelle Norbert du Mourillon et Gilet jaune, il anime un atelier constituant (RIC et Constitution). Elle s’appelle Marie de La Seyne, a écrit sur José Marti, soigne des oiseaux parasités par la trichomonose. Il s’appelle Guillaume et après 17 ans dans la rue, il œuvre pour un futur désirable quelque part. Elle s’appelle Chérifa de Marrakech et s’oc- cupe de 47 chats SDF dans sa résidence à Targa Ménara. Il s’appelle Alexandre, a créé son univers auto-suffisant, Le Parédé, et a rendu perceptible le Chant des Plantes au Grand Rex en 2015. Ils s’appellent Aïdée et Stéphane de Puisser- guier et créent un collectif gardien d’un lieu de vie, à Belbèze en Comminges, organisme vivant à part entière, bulle de résistance positive.

Jean-Claude Grosse, Corsavy, 9/9/2020

D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020
D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020
D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020
D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020

D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020

De quoi parler au théâtre aujourd'hui ?

D’autres mondes (Science frictions)

NOUS SOMMES tout ce que nous n’avons pas fait. Notre vie est faite de tout ce que nous n’avons pas vécu. Tous les possibles, toutes les variantes, tous les chemins pas empruntés, toutes les virtualités, toutes les bifurcations. Non seulement un autre monde est possible, mais il est probable. Peut-être même qu’un autre monde, que d’autres mondes, que des infinités d’autres mondes sont bel et bien là, qui coexistent avec le nôtre, lui sont à la fois parallèles, et superposés, et même perpendiculaires, on ne sait pas bien. Houlà. Comment faire une pièce de théâtre avec tout ça ? Avec le principe d’indétermination d’Heisenberg, la physique quantique, les particules élémentaires, le chat de Schrödinger (remplacé ici par un lapin blanc tout droit jailli du pays des Merveilles), les doutes et les tremblements et la magie que la science jette sur notre connaissance du monde, mais aussi le présentisme, qui nous fait ignorer le passé et nous rend aveugles aux multiples possibles que recèle l’avenir ?

L’auteur et metteur en scène Frédéric Sonntag a pris toutes ces questions, et même plus, à bras-le-corps, et cela donne un spectacle qui déborde de partout, plein de vie et d’élans, de chausse-trappes et de prestidigitation, d’acteurs (ils sont jusqu’à neuf sur scène, plus un enfant) et de musique (les neuf acteurs jouent de la guitare, de la trompette, du piano, de la batterie, de l’accordéon, etc.), terriblement bavard (en français et en russe) mais jamais ennuyeux, avec même quelques écrans télé et cinéma en prime (heureusement, pas trop).On y suit les trajectoires entrecroisées de deux hommes, le physicien Jean-Yves Blan-chot (l’épatant Florent Guyot) et le romancier Alexei Zinoviev (l’excellent Victor Ponomarev), qui sont censés avoir travaillé tous deux, dans les années 60, dans leur coin et à leur façon, sur les univers parallèles. Ces deux personnages imaginaires, Sonntag leur construit des biographies plus que plausibles, et les incruste astucieusement dans notre réel. C’est ainsi qu’on pourra assister à une émission d’« Apostrophes » consacrée à la nouvelle science-fiction, avec le vrai Bernard Pivot de 1978, mais avec le faux Zinoviev. Lequel sidère les participants avec cette sortie : « L’un d’entre vous se souvient-il, même confusément, d’une Terre, aux alentours de 1978, qui soit pire que celle-ci ? Moi, oui. » Une scène qui ravira tous les amateurs de science-fiction, lesquels n’ont pas l’habitude de voir leur genre de prédilection ainsi honoré sur scène.Tout ça pour quoi ? Pour nous rouvrir l’imaginaire, combattre l'« atrophie de l’imagination utopique » qui est la nôtre, ridiculiser le très dominant « Tina » (There is no alternative). Ouf, de l’air !

Jean-Luc Porquet• Le Canard enchaîné. 30 septembre 2020.

Au Nouveau Théâtre de Montreuil

1- un retour de Samuel G

Merci Jean-Claude pour cet article

Je comprends parfaitement ce que tu pointes et la nécessité d'aller trouver de l'oxygène ailleurs loin des pouvoirs et des réifications. 
Je partage comme toi cette détestation du pouvoir et rêve parfois (c'est mon défaut) à des systèmes politiques où le pouvoir pourrait circuler et où des espaces de délibération permettrait d'éviter sa confiscation. Mais ces enjeux sont vieux comme les phéniciennes d'Euripide et je comprends qu'on puisse parfois avoir envie d'ailleurs. 
Belle journée et au plaisir, 
 

2 - un retour de Philippe C

Beau texte camarade Jean Claude, très stimulant ! bon ça t’arrive à 80 ans c’est pas un hasard … 

Plaisanterie mise à part, ce retrait du monde que tu prônes et que tu t’appliques, de plus en plus de gens se l’appliquent aussi je pense, ou commencent à y penser…. C’est  dans l’air du temps je crois. Mais je reconnais que ta lucidité fait du bien : que tu te résolves après 60 ans d’activisme à lâcher prise dans une forme de bonheur et de détermination est tout à fait salutaire !  

J’ai commencé à lire Tocqueville « de la démocratie en Amérique », il dit une chose au début du bouquin que la démocratie est un mouvement qui a commencé et qui ne peut plus s’arrêter, qui va tout emporter sur son passage. Il parle du temps long et entend la démocratie par l’affirmation de chacun, si j’ai bien compris. 

Et donc si l’affirmation de chacun est, aujourd’hui, à notre niveau d’évolution démocratique de se retirer de cette grande mascarade, parce qu’il considère qu’on est arrivé à un stade qui ne correspond plus à l’idée qu’on se fait de la démocratie, il se pourrait bien que le système actuel s’effondre tout seul sans combat, ni révolution. 

De la casse, ça il va y en avoir, c’est sûr ! mais n’est-on pas arrivé au bout ?  

Bien sûr il y a la Chine et tous les nouveaux impérialistes et les grandes multinationales ; mon optimisme tendrait à me faire penser qu’ils sont des colosses aux pieds d’argile, vivant uniquement de nos superficialités (consommation, bavardage sur les réseaux, etc…). Et donc si les gens se retirent c’est la fin, et leur stratégie sera bonne pour la poubelle.

 

3 - 

un échange avec le maire du Revest informé de la démarche d'harmonie effectuée à Corsavy.

- c'est une démarche intéressante. Dommage que ça ne mobilise pas davantage

- dans l'état actuel des consciences, ça ne peut pas mobiliser beaucoup, ça mobilise au mieux les créatifs culturels, les cellules imaginatives

- ça a au moins eu le mérite de décrisper la situation provoquée par l'emplacement de la 4G ; avec la 5G, on va être confronté à un sacré problème ; comme les antennes font moins de 15 m, les fournisseurs n'auront pas besoin de demander une autorisation ; la seule façon que nous aurons de réagir sera d'empêcher le raccordement sur le réseau électrique; action en justice du fournisseur...

- quand tu penses que ça sera pour voir des films, des séries, du porno sur son smartphone

- oui et pour jouer; plus de vie sociale, le confinement permanent dans sa bulle virtuelle


 


 

 
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Je te ressers un pastis ? / Rudy Ricciotti

4 Juin 2019 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras, #note de lecture, #J.C.G.

Je te ressers un pastis ? / Rudy Ricciotti

Rudy Ricciotti

 

Je te ressers un pastis ?

Dialogue avec moi-même

L'aube, 2019

 

Ce dialogue avec moi-même est un entretien en 7 épisodes avec José Lenzini, précédé d'un préambule, illustré de quelques dessins au noir du dialoguiste. 120 pages lues en 3 jours car je prends mon temps.
Dialogue avec moi-même, sous-titre paradoxal, l'homme n'est pas unifié, il est au moins double, trop de pastis ?

Le titre Je te ressers un pastis ? est la dernière phrase du livre. Dans le livre, est proposé du thé.

Le dialoguiste, homme double, pluriel, pétri de contradictions, dialogue avec lui-même en étant interrogé par José Lenzini, journaliste et écrivain, connaisseur de Camus, questionneur de la Méditerranée en étant directeur de la collection Méditerranées (au pluriel) chez L'aube, maison d'édition dirigée par le sociologue Jean Viard.

Voilà donc un dialogue avec soi-même qui est en partie orienté par le questionneur. Le dialoguiste répond sans ambages. Il ne tourne pas autour du pot.

Le duel est lisible. Rudy Ricciotti rue dans les brancards devant certaines questions. Récusant ou affrontant les a priori, les étiquettes et les questions de José. Rudy Ricciotti, personnage public, polémique confirme, infirme. Est-il un dandy orchidoclaste ? Un maniériste transgressif ? Un artiste ? Je ne suis pas un artiste. Un cocardier ? Un xénophobe ? Lui : réac, hystérique, violent, paranoïaque, psychopathe, hargneux, accablant, viandard, séducteur, contradictoire...

Les positions de Rudy Ricciotti, argumentées mais aussi spontanées comme un cri des tripes ou du sexe plus que du cœur, sont tranchées, souvent iconoclastes. Il est patriote, la sonnerie du téléphone de son bureau c'est La Marseillaise. La gauche socialo en prend pour son grade parce qu'elle a laissé l'islamisme gangrener l'espace public avec la question du voile. Comme pour lui (et pour moi aussi), il n'y a pas la mare nostrum mais des Méditerranées, chacune avec son identité, sa culture, sa cuisine, sa langue et ses dialectes, ses conceptions de la femme, de la mer, du territoire, des traditions, la Méditerranée est nécessairement un espace de conflits. Pas de paix possible en dehors de la République, de ce qui fait la France c'est-à-dire les provinces et pas l'état centralisateur, les Parisiens, le parisianisme c'est l'incompréhension du pays profond. La violence est au cœur des rapports entre les rives (j'appelle cela Duel des rives). Gros coup de gueule à propos de l'impensable en France, l'alliance extrême-droite/extrême-gauche en Italie, chacune des deux composantes se partageant le travail législatif et exécutif, l'Italie étant ainsi devenu un poids lourd dans l'Europe. À méditer par ceux qui opposent LREM et RN, extrême-centre et extrême-droite. Pas impossible qu'ils finissent par se marier (ça c'est moi qui le pronostique).

Au panthéon littéraire de Rudy Ricciotti, on trouve Barbey d'Aurevilly, Gabrielle d'Annunzio, Curzio Malaparte, Pier Paolo Pasolini, Albert Camus. À propos de Malaparte et de la Maison rouge de Capri (qui servit à Godard dans Le Mépris, maison filmée en surplomb de la mer, avec le ciel bleu dans lequel passe un avion pendant que Brigitte Bardot dans son peignoir jaune questionne Michel Piccoli sur la joliesse de ses fesses ; en off, André Bazin disant « le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs »), il raconte que questionné par Rommel sur cette maison (l'avez-vous acheté en l'état ou l'avez-vous faite construire ?), Malaparte désignant les fenêtres répondit : vous voyez la punta, la baïa, je n'ai fait que construire le paysage.

D'autres figurent au Panthéon : le varois Joseph Lambot, l'inventeur du béton armé qui fit flotter une barque en béton, Pierre Puget, architecte mal aimé et sculpteur aussi important que Michel-Ange, Fernand Pouillon.

Rudy Ricciotti évoque p.47, son frère sudiste Jean-Paul Curnier (1951-2017) auquel il a rendu hommage dans Libération avec des mots de Jean-Paul lui-même "La mort n'est pas cruelle" et ce qu'il dit à sa femme avant de partir: "j'aimerais être une branche de céleri pour ne pas avoir à conclure." Autre citation fournie par Jean-Marc Adolphe "Il faut cesser d'avoir peur de ce que nous ferons, de comment cela sera reçu ou pas et comment les autres réagiront. Car ce que nous ferons, c'est d'abord mettre en place bout pour bout un mode de vie, d'habitat, de circulation et d'éducation qui soit basé sur le respect et le partage, et c'est cette nouveauté qui créera à son tour les conditions pour changer les façons de voir, de penser, de critiquer et de discuter. Parce que quelque chose de neuf sera arrivé."
(in "Prospérités du désastre (Aggravations, 2)", éditions Lignes, 2014).

Sont renvoyés aux enfers, les minimalistes, les décadents, le Festival de Cannes, sommet de la médiocrité, pinacle de l'impérialisme multi-média, la fondation Carmignac à Porquerolles. Il revendique d'être un réactionnaire à la modernité.

Un dialogue roboratif que je ne veux pas dévoiler complètement, un dialogue qui rend attachant l'architecte Rudy Ricciotti et peut-être aide à voir autrement ses réalisations qui plaisent au peuple. Le MUCEM, il l'a fait la peur au ventre, parce que Fort Saint-Jean à gauche, grand port à droite, horizon métaphysique en face, il fallait faire profil bas.

Dans la rubrique du même auteur est indiqué en premier le livre La Nature prisonnière, François Carrassan, Bernard Plossu, Rudy Ricciotti, publié par Les Cahiers de l'Égaré en 2017. Dialogue par livres interposés puisque je n'ai dû parler avec Rudy Ricciotti qu'une dizaine de minutes mais j'ai pu l'entendre pendant deux heures. Ce livre me confirme dans ma réception du personnage qui vaut le détour parce qu'il trouve que la violence c'est le lisse et le laid du lisse, le moralisme de la bien-pensance.

Jean-Claude Grosse, 4 juin 2019

Je te ressers un pastis ? / Rudy Ricciotti
Je te ressers un pastis ? / Rudy Ricciotti
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La Nouvelle Revue N°1 et 2 / Le Jardin d'Essai

27 Septembre 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #note de lecture, #J.C.G.

les 2 N° de La Nouvelle Revue du Jardin d'Essai; Vols de Voix de É Say Salé
les 2 N° de La Nouvelle Revue du Jardin d'Essai; Vols de Voix de É Say Salé
les 2 N° de La Nouvelle Revue du Jardin d'Essai; Vols de Voix de É Say Salé

les 2 N° de La Nouvelle Revue du Jardin d'Essai; Vols de Voix de É Say Salé

Après une interruption de 13 ans, une première Revue ayant existé de 1996 à 2004 avec 32 N° trimestriels et thématiques, La Nouvelle Revue du Jardin d'Essai prend la relève, semestrielle et éclectique, sans thème proposé aux contributeurs.

Le 1° N° de La Nouvelle Revue est paru à l'automne 2017 avec 28 entrées et des articles consacrés à Armand Gatti, au revenu universel de base, aux Saint-Simoniens, au 12° art (la chanson), à Gaston Couté, à Eduardo De Filippo... La présidentielle 2017 passée (farce pestilentielle selon l'auteur burkinabé É Say Salé qui a écrit Vols de voix s'amusant des oppositions marquées mais fausses entre patriotes, insoumis et girouettes), il est agréable de voir une revue mêlant les genres, les âges, de 19 à 93 ans, une revue patchwork, mosaïque.

148 pages, format 16 X 24, 15 €

  • C'était mieux avant, Annie Krieger-Krynicki
  • Le "petit-fils du tee-shirt" ou Che Guevara grand-père, Dominique Chryssoulis
  • Où en est le revenu de base ?, Simone Balazard
  • Filmer le réel : reportage versus documentaire, Bernard Monsigny
  • La randomisation mendélienne, Félix Balazard
  • La chanson ou le douzième Art dans tous ses états, Paul Braffort
  • Un auteur dramatique génial du vintième siècle : Eduardo de Filippo, Huguette Hatem
  • L'hymne à la France de L-D Bessières, un poète inconnu, Nicolas Grenier
  • "Ces enfants qui inquiètent, embarassent, dérangent", Nadine Gellini
  • Avignon, du "In" au "Off", pas facile de s'y retrouver, Evelyne Sellés-Fischer
  • Honneur au camarade Tito, Patrice Sanguy
  • Opus 1 : PARIS by Bus, Pascale Toussaint-Porte
  • Histoires de handicaps : ce qui nous manque, Benjamin Oppert
  • Gaston Couté et moi, Danielle Bahiaoui
  • Les ateliers de lectures sandiennes, Danièle Le Chevalier
  • L'art et la réalité, Baya Kebiri
  • Manières d'écouter, Sylvestre Balazard
  • Ma pseudo life par Flamant morose, Camille Dalo
  • Notre cerveau est un appareil photo, Mathieu Porte
  • Le Passeur des paroles de l'homme : Armand Gatti, Simone Balazard
  • Françoise Mallet-Joris, Simone Balazard
  • A Choir Adventure, Cathy Ryan-Demanoff
  • Si on parlait un peu de l'arrière-grand-mère ?, Denise Gellini
  • The Affair, série américaine diffusée sur Canal Plus, Rosemonde Cathala
  • Les Saint-Simoniens dans l'Algérie du XIXe siècle, Simone Balazard
  • Somment "Ecrire le bruit du monde" ?, Dominique Chryssoulis
  • Adélia Prado : coup de cœur, Gabrielle Yriarte
  • Alban Lefranc et le dynamitagre de la biographie, Dominique Chryssoulis

 

31 entrées dans le N°2 de La Nouvelle Revue éditée fin août 2018 par Le Jardin d'Essai, revue animée par Simone Balazard, Dominique Chryssoulis et Denise Gellini.

192 pages, format 16 X 24, 15 €, abordant littérature, théâtre, cinéma, poésie, danse, photographie, société, science, philosophie, économie; une auberge espagnole où les contributeurs ont produit une diversité d'articles, variés comme les fruits de saison. J'ai eu le plaisir de proposer Le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga.

 

  • La librairie, c'est la vie !; Armel Louis
  • Montreuil-sous-Bois, la culture en première ligne, Dominique Chryssoulis
  • Valeur dramatique des pièces d'Olympe de Gouges, Catherine Masson
  • Restons groupés !, Bernard Monsigny
  • Edith de la Hérronière, une promenade labyrinthique, Denise Gellini
  • L'esprit du corps expressif en improvisation dans la danse contemporaine, Sophie Mercadier
  • Un bilan de l'école, Michel Lobrot
  • Le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga, Jean-Claude Grosse
  • Le nouveau cinéma algérien, Simone Balazard
  • Sauvé par le gong, Dominique Pompougnac
  • Retour en Mésopotamie avec Jules Oppert, déchiffreur de l'écriture cunéiforme; Benjamin Oppert
  • Qu'est qui fait "triper" sœur Claire, Rosemonde Cathala
  • Notes de lecture du Cours de Philosophie positive d'Auguste Compte, Michel Balazard
  • Une vie de critique ferrovier, Gilles, Costaz
  • Le poète et le banquier : Henri Heine et James de Rothschild, Nicolas Grenier
  • Réflexions en photos-Opus 2 : Vanités et autoportraits en fragments, Pascale Toussaint-Porte
  • Ça commence comme ça, Claire-Lise Charbonnier
  • L'économie algérienne, Baya Kebiri
  • Du marxisme au développement personnel et inversement, Sylvestre Jaffard
  • L'Art de plaire selon Nino de Lenclos, Annie Krieger-Krynicki
  • Un métier utile et passionnant : graphothérapeute, Danièle Le Chevalier
  • Le Festival d'Avignon : 70 ans après, où en sont les objectifs qui ont présidé à sa création ?, Hugo Valat
  • La Chine et les pays étrangers de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, Wen wen
  • La vraie vie d'une fausse comédienne, Camille Dalo
  • Savoir qui on est, Mathieu Porte
  • Les Années Saint-Germain-des-Prés, Daniel Chocron
  • Edouard Louis, écrire la violence de classe, Dominique Chryssoulis
  • Joseph Czapski : Proust contre la déchéance, Denise Gellini
  • A propos du roman La Serpe de Philippe Jaenada, Pierrette Terrière
  • Voies Primitives d'Annie Quillon, Denise Gellini
  • Qui a tué Eva Freud ?, Huguette Hatem

Et voici comment je suis présenté:

Jean-Claude Grosse, né en 1940, période de l'esprit munichois, se demande depuis 1968, comme homme, comme écrivain, comme militant pourquoi nous choisissons la capitulation individuelle et collective quand on devrait choisir la résistance, pourquoi nous choisissons la servitude volontaire quand on devrait choisir la désobéissance civile. Ça donne peu d'oeuvres quand on veut devenir cause de soi-même (exception notoire, Marcel Conche)

le N° 2 accueille le dit de l'erg Chebbi à Merzouga écrit le 2 novembre 2016, fête de tous les morts, ou le saisissement devant l'échelle des grandeurs, de 10 puissance moins 43 seconde (le temps de Planck, le mur) à 10 puissance 85 atomes dans l'univers (nous ne sommes pas à la bonne échelle d'où l'effroi pascalien)
"soudain tu penses à la dune de 180 mètres qui domine le bivouac
des milliards de grains de sable accumulés / entassés
tu en es sûr / tu connais la théorie du grain de sable qui enraye toute machine /
et tu la pratiques chaque fois que tu as des chances de réussir le désordre dans l'ordre
à quelque part donc dans cette distribution / il y a
le grain de sable qui fera s'écrouler la dune de Merzouga en une grande vague ocre
quel grimpeur par une glissade aux effets secondaires inattendus provoquera l'effondrement ?
quel rapace se jetant sur le fennec des sables ?
quelle patte d'oiseau ?"

Le Jardin d’Essai
7 Square Dunois
75013 PARIS
Téléphone 01 44 24 55 08
e-mail  : sbalazard@free.fr


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Les lieux communs d'aujourd'hui / Christian Godin

25 Juin 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #note de lecture, #J.C.G.

Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre

Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre

 

Les lieux communs d'aujourd'hui

Christian Godin

collection L'esprit libre

Champ Vallon

 

J'ai découvert ce livre à la librairie Baba Yaga à Bandol en allant au vernissage de l'exposition Du papier à l'oeuvre à l'Espace Saint-Nazaire rassemblant les œuvres de 14 artistes du papier.
Ayant tenté une thèse de sociologie des lieux communs sous la direction de Henri Lefebvre, à Nanterre entre 1967 et 1969, thèse inachevée, je n'ai jamais oublié ce qui m'avait motivé dans le choix de ce sujet : le rôle des lieux communs dans la vie quotidienne, leur poids idéologique, leur rôle dans les résistances aux changements, dans l'évolution lente, très lente des mentalités. Ces formules toutes faites qui accompagnent nos propos, émaillent nos discussions, qui se présentent comme évidences, vérités éternelles, qui sont utilisées comme arguments, preuves, méritaient d'être étudiées d'un point de vue sociologique, pas simplement comme outils de discours. Classer les lieux communs selon l'origine socio-économique (lieux communs propres aux travailleurs, aux médecins, aux commerçants, aux jeunes), géographique (lieux communs propres aux chtis, aux Marseillais) du locuteur, selon l'âge (ceux des retraités, ceux des actifs), le sexe (F, H)... dégager leurs fonctions selon les situations dialogiques les plus fréquentes (brèves de comptoir, mariages, enterrements, matchs, fêtes, disputes conjugales et familiales, déclarations séductrices et amoureuses, discours de départ en retraite, discours d'accueil dans un nouveau poste, discours des prêtres accompagnant les grands moments de la vie...), c'était un défi qui me tentait beaucoup. J'avais pris au sérieux la Critique de la vie quotidienne (en 3 tomes, chez L'Arche) de Henri Lefebvre. J'avais 27 ans en 1967, j'enseignais déjà dans un lycée du nord, français en 5° et philo en terminales (quel bonheur, ce grand écart) et en même temps, je fréquentais la Sorbonne et Nanterre. J'étais rimbaldien (parce que poète ?, aujourd'hui encore, j'ai deux T-shirts avec photo et quatrain de Rimbaud), à la fois pour le dérèglement de tous les sens, la pratique des correspondances horizontales et verticales et pour changer la vie (avec ce bémol de taille, changer la vie, pour moi, c'était prendre la vie quotidienne dans toute son épaisseur, lui enlever son poids d'ennui, de répétition d'habitudes, de lassitude, la valoriser – je m'éloignais donc de l'apologie des loisirs – parce que la vie quotidienne c'est quasiment tout notre temps de vie, des temps morts des transports au temps de travail, aux temps domestiques). Je me souviens d'avoir écrit des pages et des pages dans un cahier que je possède toujours et dans lequel je décris minutieusement comment « poétiser » les moments de vie quotidienne. Je crois bien que ce programme de valorisation de la vie quotidienne m'a guidé, nourri dans l'assumation consciente des moments constitutifs d'une journée : je dis encore bonjour le jour, j'ai tout un tas de petits rituels qui m'accompagnent, renouvelables, rien de systématique, rien de pesant, du spontané, pas d'originalité à tout prix, adhésion à ce que je dis et fais, prise en compte des surprises offertes par la vie ou provoquées (il suffit de s'adresser aux gens et souvent, souvent, ce sont quelques minutes de bonheur qu'on se donne même si sont évoqués les malheurs du moment).

Ce contexte explique je pense mon absence d'hésitation quand j'ai repéré ce livre chez Baba Yaga.


La préface de 6 pages dit beaucoup sur l'intérêt que certains ont porté aux lieux communs, à commencer par Flaubert avec son dictionnaire des idées reçues ou catalogue des opinions chics (il a eu le projet de combattre la bêtise, son Bouvard et Pécuchet est une charge contre la bêtise des savoirs reçus sans distance), suivi par Léon Bloy, exégèse des lieux communs, traquant les lieux communs catholiques, par Jacques Ellul, nouvelle exégèse des lieux communs, traquant des lieux communs plutôt politiques. Les fonctions essentielles des lieux communs sont énoncées, fonction idéologique de masquage de la réalité, d'occultation de la réalité, d'inversion de la réalité, fonction de barrage à la discussion, au dialogue, à la contradiction.
154 lieux communs d'aujourd'hui sont traités alphabétiquement par Christian Godin. Pour l'essentiel des stéréotypes d'origine politique, médiatique (les grands pourvoyeurs de langue de vent et de lange de bois, les confisqueurs de la vie démocratique publique puisque la communication s'est imposée contre le débat argumenté et contradictoire : il n'y en a plus) mais aussi quelques lieux communs issus des conversations privées (il y a du bon et du mauvais en tout ; on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux). Au passage, Christian Godin introduit des considérations historiques, remarquant par exemple que les proverbes, autrefois lieux de la sagesse populaire, ne sont plus utilisés par la jeunesse, montrant, autre exemple, les transformations subies par le lieu « la dignité » au temps de l'aristocratie, puis des Lumières et au temps de la post-modernité avec ceux qui réclament le « droit de mourir dans la dignité » où se dit l'indignité de ceux qui veulent provoquer, accompagner la mort de ces vivants qui ont perdu leur dignité, devenus « légumes », « épaves ».

Prenons le lieu « différence », il faut respecter les différences. Imparable ! Y a-t-il une pensée amenant à cette injonction ? Il est évident que deux êtres humains sont différents dans les faits mais ce sont deux êtres humains, ils ont en commun d'être humains et je décide de respecter cette humanité en eux, je lui reconnais une valeur universelle, ils sont égaux en droits à moi, je les considère comme une fin, non comme un moyen, le respect est une valeur ajoutée, une valeur morale créée par l'homme, au moment des Lumières, par Kant bien sûr. Le respect des différences est donc un lieu commun idiot, on respecte ce qui est commun aux différences, l'humain. Alors pourquoi ce lieu ? La différence indique une relation, la différence est le contraire de l'identité. On est différent de. Mais avec ce lieu, la différence est substantialisée, la différence devient l'identité. Je dois respecter le fait qu'il est noir, noir est son identité = sa différence. Je dois respecter l'homosexuel, le transgenre, chaque trait identitaire entraîne obligation de respect de la différence. S'instaure une impossibilité de ne pas aimer tel mode ou style de vie, l'impossibilité de critiquer telle croyance, telle attitude. Le droit à la différence sert à mettre à l'abri de la pensée critique et de la discussion tel individu, telle culture, tel goût, telle transgression (le respect des différences ira-t-il jusqu'à respecter le sadisme de l'officier nazi?)

Un livre d'accompagnement pour diminuer la part de bêtise, de connerie, de « commerie » que nous véhiculons, croyant que ce que nous disons nous est propre alors que nous perroquons (du nom « perroquet »), répétons des idées reçues, des lieux communs. D'où la force du texte de Francis Ponge : Rhétorique.

 

« Je suppose qu'il s'agit de sauver quelques jeunes hommes du suicide et quelques autres de l'entrée aux flics ou aux pompiers. Je pense à ceux qui se suicident par dégoût, parce qu'ils trouvent que « les autres » ont trop de part en eux-mêmes.

On peut leur dire : donnez tout au moins la parole à la minorité de vous-mêmes. Soyez poètes. Ils répondront : mais c'est là surtout, c'est là encore que je sens les autres en moi-même, lorsque je cherche à m'exprimer je n'y parviens pas. Les paroles sont toutes faites et s'expriment : elles ne m'expriment point. Là encore j'étouffe.

C'est alors qu'enseigner l'art de résister aux paroles devient utile, l'art de ne dire que ce que l'on veut dire, l'art de les violenter et de les soumettre. Somme toute fonder une rhétorique, ou plutôt apprendre à chacun l'art de fonder sa propre rhétorique, est une œuvre de salut public.

Cela sauve les seules, les rares personnes qu'il importe de sauver : celles qui ont la conscience et le souci et le dégoût des autres en eux-mêmes.

Celles qui peuvent faire avancer l'esprit, et à proprement parler changer la face des choses. »

On appelle lieu commun une idée générale, dont la vérité est admise par la communauté à laquelle on s'adresse. Les lieux communs (ou clichés) sont le reflet de l'opinion d'une époque et sont souvent utilisés comme des arguments qui se passent de justification. Ils sont pour cette raison à la base du discours démagogique.
Ainsi, tel homme politique, impliqué dans une affaire de corruption, mettra en avant l'honneur de sa femme et de ses enfants ; tel autre réveillera le zèle de ses compatriotes en faisant référence aux « anciens », à « la mère patrie », au « déclin des valeurs », etc.
• En rhétorique, le mot désigne très tôt le réservoir d'arguments, mais aussi les « passages obligés » du discours (exorde, péroraison) dans lequel l'orateur vient puiser pour soutenir son propos.
l'argumentation, genèse d'une anthropologie du convaincre
sur la critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Les formes de l'argumentation
Un texte dit « argumentatif » est un texte qui défend une thèse et tente de la faire partager à son lecteur. Cet objectif particulier ne concerne pas que le « fond » : il a une influence sur la forme même du texte. 
1. Les objectifs et les procédés du texte argumentatif
Thème et thèse
Tout texte comporte un thème, c'est-à-dire un sujet dont il s'empare et qu'il traite. Mais le texte argumentatif comprend aussi une thèse, c'est-à-dire un avis, un jugement qu'un locuteur défend. Il faut donc, face à ce type de textes, identifier (et distinguer) le thème et la thèse. Par exemple, un texte peut traiter du thème de l'école, et défendre la thèse selon laquelle l'école telle qu'elle existe n'est plus adaptée au monde contemporain. 
Comme le montre cet exemple, le thème peut être reformulé par un mot ou un groupe de mots (ici : l'école), tandis que la thèse peut être reformulée par une phrase verbale (ici : l'école telle qu'elle existe n'est plus adaptée au monde contemporain). 
À la thèse soutenue par l'auteur s'oppose la thèse adverse, ou thèse réfutée. 
Arguments et exemples
Afin de défendre sa thèse, l'auteur du texte emploie des arguments : des idées, des causes, des références. Il les appuie et les rend plus concrets grâce à des exemples.
  • Un argument est abstrait, général : il fait le plus souvent appel à la logique.
  • Un exemple est plus concret, plus particulier, voire même anecdotique.
Cependant, un exemple particulièrement frappant peut prendre valeur d'argument.
Convaincre et persuader
Un locuteur cherchant à faire adhérer un lecteur à la thèse qu'il développe peut emprunter deux directions :
  • soit il s'adresse à la raison de son destinataire, auquel cas il tente de le convaincre ;
  • soit il essaie de toucher les sentiments du récepteur, auquel cas il passe par la persuasion.
En pratique, les textes mêlent le plus souvent ces deux voies, et allient la pertinence d'arguments convaincants à un style frappant et persuasif.
L'énonciation dans un texte argumentatif
Puisque l'auteur défend une position, il s'exprime généralement dans le registre du discours plus que dans celui du récit (même si des exceptions existent). On trouve donc dans le texte argumentatif :
  • la présence plus ou moins nettement marquée du locuteur : « je », termes modalisateurs (indiquant une évaluation, une vision subjective), mots mélioratifs ou péjoratifs… ;
  • la présence de l'interlocuteur : l'auteur s'adresse parfois directement au lecteur (pronom « vous »), lui pose des questions, l'interpelle… ;
  • des interrogations rhétoriques, c'est-à-dire dont la réponse est en quelque sorte contrainte ;
  • le pronom « on » qui offre des possibilités multiples : « on » généralisant, permettant de délivrer une sentence ; « on » inclusif, dans lequel l'auteur et/ou le lecteur sont compris ; « on » exclusif, grâce auquel l'auteur se détache d'un groupe pour montrer que son opinion diffère.
On trouve également, outre ces indices énonciatifs :
  • des liens logiques de cause, de conséquence, de concession… ;
  • une structure logique, visible en particulier dans l'emploi de paragraphes distincts ;
  • des figures de style : amplification, images… ;
  • un ou plusieurs registres (suivant les intentions de l'auteur) : ironique, satirique, polémique…
2. Les formes de l'argumentation
L'argumentation peut être directe ou indirecte : elle est dite « indirecte » ou « oblique » lorsque le locuteur emprunte le biais de la fiction pour faire passer sa thèse ou son message. 
Les formes directes
  • l'essai est un ouvrage, de forme assez libre, dans lequel l'auteur expose ses opinions (cf. Montaigne, Les Essais) ;
  • le pamphlet est un écrit satirique, souvent politique, au ton virulent (Voltaire) ;
  • le plaidoyer est la défense d'une cause, le réquisitoire est une accusation ;
  • le manifeste est une déclaration écrite, publique et solennelle, dans laquelle un homme, un gouvernement ou un parti expose un programme ou une position (on trouve ainsi des manifestes de groupes d'artistes, autour d'un programme esthétique : cf. Le Manifeste du surréalisme) ;
  • la lettre ouverte est un opuscule souvent polémique, rédigé sous forme de lettre ;
  • la préface est un texte placé en tête d'un ouvrage pour le présenter, en préciser les intentions, développer ses idées générales (Préface de Cromwell, ou encore Préface du Dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo) ;
  • l'éloge, le panégyrique, le dithyrambe sont des textes marquant l'enthousiasme et l'admiration que leur auteur voue à quelque chose ou quelqu'un.
Les formes liées à la presse écrite
Journaux et revues accueillent régulièrement des textes argumentatifs :
  • l'éditorial est un article émanant de la direction du journal. Il engage la responsabilité du rédacteur en chef et de l'ensemble du journal, tout en restant une parole individuelle (celle du journaliste qui le signe) ;
  • le billet d'humeur est une courte chronique où le rédacteur s'adresse en son nom à une ou plusieurs personnes, sur un sujet d'actualité ;
  • un journal peut également publier une lettre ouverte : cf. le célèbre J'accuse, de Zola, paru dans l'Aurore.
Les formes obliques
  • la fable (La Fontaine) ;
  • le conte (Perrault, Le Petit Chaperon rouge) et le conte philosophique(Voltaire, Candide) ;
  • l'apologue (récit souvent bref contenant un enseignement : on voit que les deux premières formes citées appartiennent au genre de l'apologue) ;
  • l'utopie (genre littéraire dans lequel l'auteur imagine un univers idéal, par exemple l'abbaye de Thélème, chez Rabelais) et la contre-utopie (1984, d'Orwell) ;
  • le dialogue (parfois dialogue philosophique, cf. Diderot, ou Sade) ;
  • le théâtre (Marivaux, L'Île des esclaves).
3. Littérature et argumentation
La liste des genres au travers desquels peut se déployer l'argumentation montre que celle-ci n'est pas réservée aux essais abstraits, aux traités théoriques, ou aux articles. L'argumentation a toujours été liée à la littérature, et en particulier à la fiction. En effet, pour transmettre une idée, pour convaincre et persuader, le style est un auxiliaire extrêmement efficace : la force d'un argument est d'autant plus grande qu'il est exprimé de manière séduisante. Ainsi, on comprend l'intérêt que ceux qui cherchent à étayer une thèse portent à la qualité littéraire de leurs textes. Les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, les Salons de Diderot, les préfaces de Hugo, etc. sont encore lus aujourd'hui, non seulement en raison des idées et réflexions qu'ils contiennent, mais aussi parce que la force et la beauté de leur écriture nous touchent. Sartre dit que « l'écrivain engagé sait que la parole est action […] Il sait que les mots, comme dit Brice Parrain, sont des "pistolets chargés". S'il parle, il tire ». Cette citation souligne le pouvoir qu'ont certaines formules – capables de « faire mouche » – d'atteindre ce qui est visé et celui qui est destinataire, et ce pas uniquement dans la littérature dite engagée. 
Mais l'argumentation ne se contente pas de réclamer un « style », un talent d'écriture. Elle passe parfois par la fiction, c'est-à-dire que, paradoxalement, elle utilise l'imaginaire afin de soutenir une opinion sur un élément bien réel. Cette association de l'argumentation et de la fiction existe dès les premiers récits fondateurs : dans L'Iliade et L'Odyssée d'Homère, ou encore dans les chansons de geste du Moyen Âge, s'opère une alliance entre le récit d'exploits et l'exaltation de valeurs, de positions, que l'auteur cherche à faire partager à ses auditeurs ou lecteurs. Pourquoi donc ce « détour » par la fiction ? La Fontaine écrit, dans les Fables, à propos de l'apologue :
C'est proprement un charme : il rend l'âme attentive,
Ou plutôt il la tient captive
 
Selon le fabuliste, la fiction séduit le lecteur, et fonctionne comme un appât : elle ensorcelle par le récit du conte ou de la fable, et la moralité (ou la thèse défendue) devient ainsi plus « digeste ». L'essai peut en effet apparaître comme ardu et rebutant. Un récit au contraire est toujours plaisant par les animaux qu'il met en scène, les dialogues qu'il utilise, etc. 
 
Conclusion
Les Classiques, au xviie siècle, avaient pour devise « instruire et plaire » – et l'apologue est précisément le lieu où les deux actes peuvent se conjuguer. Le xviiie siècle a lui aussi fait le détour par la fiction, pour défendre les idées des Lumières : les contes de Voltaire sont des essais ou des pamphlets rendus concrets et vivants grâce aux personnages et aux registres comique, satirique, etc. Marivaux ou Beaumarchais illustrent la réflexion sur l'individu et la justice sociale dans leurs pièces de théâtre : au travers des dialogues et des confrontations de personnages, le spectateur voit s'incarner des idées et des avis contradictoires. L'Île des esclaves, de Marivaux, mêle par exemple à la fois le genre théâtral et l'utopie. D'autres formes fictionnelles sont encore convoquées, comme le dialogue, chez Diderot (Le Neveu de Rameau). Des origines jusqu'à nos jours, la fiction est donc toujours l'alliée de l'argumentation : au xxe siècle, la contre-utopie (1984, d'Orwell) et l'apologue (Matin brun, de Franck Pavloff) sont encore bien présents. 
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Petit manuel de navigation pour l'âme / Sabrina Philippe / Flammarion

2 Juin 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #développement personnel, #note de lecture, #J.C.G.

de la part d'un gardien de phare bien à terre, un manuel de navigation sur l'immense mer dont il ne voit qu'une petite partie, paradoxe

de la part d'un gardien de phare bien à terre, un manuel de navigation sur l'immense mer dont il ne voit qu'une petite partie, paradoxe

Petit manuel de navigation pour l'âme

Sabrina Philippe

Flammarion

présentation de l'éditeur :

Petit manuel de navigation pour l'Âme
De la part d'un gardien de phare
    «Il m'a fallu du temps pour le comprendre, des expériences personnelles, professionnelles, intimes... mais la psychanalyse, la psychologie, la philosophie, la théologie, la spiritualité dans son ensemble sont les facettes d'un même diamant.»

    Psychologue de métier, Sabrina Philippe s’est donnée pour mission principale la recherche de la connaissance de soi et la transmission de son savoir. Elle en propose ici la quintessence.
    Cet ouvrage est un manuel de développement psychospirituel, offrant un chemin thérapeutique et initiatique pour aller vers un mieux-être en 25 étapes incontournables et indispensables à toute transformation. S’inspirant de l’univers maritime, l’auteur guide le lecteur sur les flots de sa vie.
    «Le navigateur, c’est votre âme, l’essence même de ce que vous êtes, votre embarcation, c’est votre existence, la mer représente le flux de la vie, et la plupart du temps, nous dérivons. […] J’ai toujours considéré le psychologue comme un gardien de phare, il éclaire la route de celui qui le consulte, lui montre les écueils, l’informe des profondeurs sur lesquelles il navigue. Il lui indique l’horizon, mais en aucun cas il ne conduit son embarcation.»
    • Corps et Âmes
    • Paru le 02/05/2018

    ma note de lecture :

    25 chapitres pour nous initier à la navigation. La vie est navigation. Faut donc apprendre à naviguer.
    La métaphore du titre est filée du début à la fin. Est-il justifié de filer la métaphore à dose aussi massive ? Sans doute pour l'auteur, filer la métaphore, c'est se rendre lisible, intelligible en s'appuyant sur des images qui parlent. Le marin, le capitaine, la barque, le paquebot, la cale, le pont, le pirate, la mer, ses différents états, calme, tempêtueuse, le soleil, les étoiles, le point, les courants, les vagues et leur énergie, la sirène, l'albatros, le phare, le gardien de phare, l'île, le port de départ, le port d'arrivée, l'arrivée à bon port, le coulage au fond, le naufrage, le sauvetage.

    25 chapitres avec en fin de chapitre des propositions pour voguer plus loin. En retraite, je pourrais m'essayer à ces exercices de notation sur un carnet de bord. Vu ce qui est demandé, c'est un gros cahier qu'il faut, c'est beaucoup de temps qu'il faut consacrer à conscientiser, essayer de conscientiser. L'objectif semble être : vivre en pleine conscience, nos forces, nos faiblesses, ce qui nous freine, ce qui nous fait avancer, comment se dégager de l'emprise du petit enfant caché en nous, comment s'avouer qu'on s'est trompé, qu'on se trompe toujours de la même façon, qu'on est plein d'illusions : ailleurs, un autre métier, un autre partenaire, qu'un pirate nous souffle les toujours mêmes mauvaises réponses, qu'on a plein de ressources, qu'il suffit de changer de regard, oser se regarder, ne pas projeter sur l'autre, qu'il suffit de changer de mots pour chasser nos maux...

    25 chapitres de considérations empiriques, de conseils de bon sens (celui des sciences humaines, celui des traditions) mais trop peu pratiqués parce qu'on n'a pas suffisamment ouvert nos perspectives, qu'on juge autrui et soi quand il vaudrait mieux ne pas juger, accepter, corriger petit à petit, à petits pas, en manoeuvrant délicatement la barre, voire en la laissant hors contrôle. Ce manuel ne s'inscrit pas dans la lignée des techniques visant à l'optimisation de nos potentiels. Il y a trop de volonté de contrôle dans nombre de démarches, forme de volonté de puissance, de toute puissance me rappelant la toute puissance de l'enfant dont les désirs veulent satisfaction immédiate (principe de plaisir) dont il apprendra des autres qu'il faut souvent les différer, les médiatiser (principe de réalité, passage de l'imaginaire au symbolique). Démarches qui pourraient engendrer des mégalomanes. Quand on voit le côté messianique de quelques grands genre Apple (Steven Job), Google, Amazon, Microsoft, FB, quand on sait que ce sont des méditants, peut-être ont-ils puisé leur volonté de changer le monde, de vaincre la mort, dans leur mental, se connectant à la puissance illimitée, infinie de la nature et de leur nature.

    Mais en même temps, il y a dans ce manuel, la perspective de la profusion, profusion créatrice de l'univers, de la nature, profusion créatrice en nous, qu'il s'agisse du corps qui se renouvelle tous les 6 mois, de l'esprit qui se tient un indéfini monologue intérieur qui peut être un ressassement, qui peut être parfois, un renouvellement. Suffit-il de se dire, je peux, pour le pouvoir ? Je ne doute pas du pouvoir de l'intention, de l'attention-concentration, de l'attente bien formulée. Mais je crois qu'il y a des limites. Je sais que bien des biens sont rares. Que la pénurie est déjà effective pour certains, que les richesses sont inégalement réparties, que cela engendre des conflits (guerres du pétrole, guerres de l'eau), même l'air, en abondance peut devenir irrespirable. La 6° extinction des espèces est en cours. Une révolution intérieure massive suffira-t-elle à nous sauver comme espèce ? Le temps nous est peut-être compté.

    La navigation proposée est un chemin initiatique, à chacun le sien, d'inventer le sien. Des postulats ou hypothèses ou croyances sous-tendent ce cheminement. Il y a du divin, du sacré, du sens, du Sens. Tout est lié, corps, esprit, âme, moi, l'univers, tout est infini, l'énergie, la vie, l'amour. Il y a peut-être une autre vie, d'autres vies après la mort. Il n'y a pas de hasard. À nous de savoir nous aligner, d'aligner sans incohérences, avec harmonie, en harmonie notre corps, notre esprit, notre cœur. Le monde est parfait, nous sommes parfaits, faits d'ombres, de lumières et nous avons une mission sur terre à découvrir, à réaliser : transmettre.

    Vivre ainsi me semble être un défi exorbitant, épuisant.

    Les méditants passent 20 à 30' par jour en méditation. Cela me semble être un temps suffisant.

    L'émerveillement devant le spectacle du monde, là à portée de vue, d'ouïe n'a pas besoin d'être permanent, il me semble qu'il ne doit être volontaire qu'à certains moments, laissons l'émerveillement se manifester presque à notre insu, venir à nous.

    La gratitude envers ce que je suis, envers mon corps, ses organes qui fonctionnent bien, envers mon esprit alerte, imaginatif, créatif doit être à l'horizon, s'incarner parfois en mots silencieux ou dits à voix haute en riant un peu de soi. Ne pas se prendre au sérieux, ne pas prendre le développement psycho-personnel trop au sérieux, c'est à pratiquer comme un jeu, d'après moi. Le rire (de soi) est formidablement libérateur.

    Je pense que c'est le bémol que j'apporterais à la navigation selon ce manuel : de temps en temps seulement la mise en pratique de certaines de ces propositions, une mise en pratique joueuse, seul ou à deux ou dans un groupe. Par exemple, le 3° été du Léthé que j'organise le 30 juin à Marseille va réunir 12 personnes, 6 F, 6 H pour écrire une lettre d'amour sublime.

    Sachant que nos chemins de vie ne sont, disait Antonio Machado avec une autre métaphore marine (qui me convient, différente de la conviction de l'auteur qui semble croire aux traces, réminiscences...), que sillages sur la mer.  

    «  tout passe et tout demeure
    mais notre affaire est de passer
    de passer en traçant des chemins
    des chemins sur la mer »

    « tout arrive et tout passe
    rien d’éternel »

    il trace pour l’éternité
    « rien que sillages sur la mer »

    Mon petit manuel, mes résolutions, mes réalisations :

    c'est en janvier 2017 que je me suis mis à la méditation, entre 20 et 30', merci Deepak Chopra; je ne suis aucun guide, aucune méthode, je ne fais aucun stage; si c'est payant, ça déconsidère la proposition, j'ai fait un cycle Deepak Chopra de 21 jours et j'en achève un de 7 jours; j'ai tenu mon journal de méditation; vouloir aider et s'aider, pour moi ça doit être gratuit; un sourire, un bonjour, un mot gentil, une caresse, un encouragement sont gratuits; l'amour et l'amitié sont gratuits; j'ai créé et dirigé le théâtre du Revest pendant 22 ans, devenu scène conventionnée dans un village de 3500 habitants, bénévolement, je dirige Les Cahiers de l'Égaré bénévolement depuis 30 ans (190 livres publiés); le bénévolat et la persévérance, l'inscription dans le temps, la fabrique de traces même si ce ne sont que sillages sur la mer, ce sont mes choix; quand je trouve des liens intéressants selon moi, (je suis un curieux) je les partage par mail, sur FB, 30 à 150 destinataires; jamais ou presque de retours, je m'en moque; la vie me semble partage plus que transmission même si, comme professeur, je fus transmetteur, passeur (j'aime ce mot, être traversé et être passeur, assumer le passage, le trépas n'en étant qu'une forme); j'ai inventé les écritures nomades avec leur site (une quinzaine ont eu lieu), les étés du Léthé; je me laisse aller à des impulsions, éditer Tu pètes plus haut que ton cul, ma fille de Clémence, décision prise suite à lecture à voix haute le 9 mai 2018; le livre est paru le 27 mai 2018 pour l'anniversaire de l'auteur; j'aime ces clins d'oeil, cette petite solennité, ce repère symbolique, cette reconnaissance de ta, votre personne, ce plus qui sort de l'ordinaire; même chose avec le livre Le bord des falaises, sorti pour l'anniversaire de la photographe dont la série de photos sur un lit de mort m'a amené à proposer des écritures à 24 personnes, 12 H, 12 F, projet réalisé entre début octobre 2017 et le 17 février 2018, son anniversaire là encore; ce fut un cadeau d'amour sublimé mais la belle histoire entre la dame et moi s'est très mal terminée; je ne rumine pas, ne juge pas: bonne rencontre au bon moment entre les bonnes personnes, donnant ce qu'elle pouvait donner et pas autre chose; acceptation donc, douloureuse un certain laps de temps mais l'acceptation permet de s'enrichir de ce qui a été vécu, de ne pas transformer en négatif ce qui a été amour et bonheur; ne pas chercher à comprendre, à expliquer l'autre, soi, le faire c'est source d'incompréhension augmentée de nos mystères, de nos parts d'ombres, de nos démons; accepter même le pire est depuis longtemps une ligne de conduite : la perte du fils et du beau-frère dans le même accident à Cuba, la perte de l'épousée en un mois après 46 ans de vie commune, d'autres pertes m'ont amené à créer une catégorie FINS DE PARTIES sur mon blog personnel; je pense ainsi laisser plus de mémoires, de légendes (tout récit qui se croit réel, reflet du réel, de ce qui a été vécu est légende) qu'en écrivant un livre rassemblant ces fins de vie;

    mes résolutions sont aussi très simples, quotidiennes : petite gymnastique, souple, joyeuse avec paroles ou pensées au corps soudain mis en action; nourriture saine, de proximité, à la vapeur; marches agréables même si demandant un effort; moments de sociabilité en prenant le café au village; pas de TV, pas de musique, le silence, lectures, écritures; quelques sorties ou rencontres avec des amis, rares quand même; je préfère les rencontres organisées avec un objectif d'offrande; réduction drastique des voyages, des déplacements (réduction de mon empreinte CO2, je ne suis pas monté à Paris depuis octobre 2015); j'essaie d'écouter mes ressentis, les signes du corps, des "intuitions", de développer le "féminin" en moi, de me mettre en paix avec moi-même (je me moque facilement de moi à voix haute quand le chauffeur que je suis s'énerve), avec les autres (réconciliation avec le maire du village qui m'a viré en 2004 du théâtre du Revest); je ne sais pas si ça apporte à la paix dans le monde mais je tente de ne pas ajouter de la violence; par exemple, après la mort de l'épousée, je me suis juré de ne jamais être à l'origine d'une rupture avec ma fille; cette attitude, malgré des clashs violents a été bénéfique, a restauré un climat d'affection profonde entre une fille se sentant reléguée derrière son frère cadet et son père; fin du petit manuel de navigation grossière et grossienne.

    Jean-Claude Grosse

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    Un an entre les mains de l'univers / Thi Bich Doan

    6 Mai 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #développement personnel, #J.C.G., #note de lecture

    Un an entre les mains de l'univers / Thi Bich Doan

    Un an entre les mains de l'univers

    Et si vous décidiez de vraiment lâcher prise ?

    Thi Bich Doan

    Flammarion

    J'ai reçu ce livre en service de presse. Ayant beaucoup de choses à faire, ma lecture a pris plusieurs semaines, quelques pages par jour. Aucune volonté ou désir de le lire d'un trait. Un peu comme l'auteur se livrant au hasard pendant un an, entre les mains de l'univers. D'un jour sur l'autre, l'oubli ou presque de ce qui a été lu la veille, revenir un peu dessus ou pas, souligner pour garder trace de ce qui retient l'attention, suscite la réflexion.
    J'ai lâché prise et ma lecture s'en est ressentie, pas à sauts et à gambades comme quand on lit Les Essais de Montaigne qu'on peut prendre à n'importe quel livre, n'importe quel chapitre, n'importe quel passage. Non, une lecture par imprégnation et qui me semble convenir au propos de l'auteur.
    Thi Bich Doan décide de renoncer à toutes sortes d'activités, de commodités pour se livrer au hasard. Finie la banque et ses opportunités de carrière, finie la recherche scientifique sur ses fonds personnels.

    Ne pas avoir de projets, se saisir de ce qui s'offre à tous les points de vue, hébergements, nourriture, stages, voyages, rencontres. Et ce qui s'offre, s'offre comme par hasard opportunément, au bon moment, au bon endroit, avec les bonnes personnes.

    Ce qui m'a frappé c'est la fringale de formations, d'expériences de l'auteur. Elle veut tout essayer, s'ouvrir à toutes les techniques de soins, de prise de conscience ou de pleine conscience. Elle essaye, évalue, opte, renonce, approfondit, questionne, investigue. Elle n'est disciple d'aucun gourou, d'aucun maître, ne décrète la supériorité d'aucune méthode. Elle choisit en fonction de ses ressentis. Ce sont ses boussoles, oui, j'y vais, j'essaie, non, je renonce en fonction de mon ressenti sur la personne, la situation, la proposition, le but poursuivi. Est-ce faire confiance à l'intuition ? Ressenti et intuition me semblent deux chemins différents, l'intuition anticipe me semble-t-il. Le ressenti suppose déjà un début d'expérience. Peut-on travailler à affiner, affirmer ressenti, intuition ? Peut-on se tromper en se confiant à l'intuition, au ressenti ? De même que les sens nous abusent, illusions d'optique, ces aptitudes peuvent être trompeuses. Il faut assumer les déceptions, la personne rencontrée n'est pas la bonne personne, le projet conçu n'est pas bien conçu.

    Dans le titre du livre, un mot, une expression intriguent : univers, entre les mains de l'univers. L'auteur reconnaît page 133 que c'est une notion indéfinissable. Univers, vie, divin sont des notions équivalentes dit-elle. Plus concrètement, il s'agit de providence, de hasard, de coïncidences, de synchronicité, de chance, de destin. Amour, harmonie, prospérité, bonheur en sont des manifestations incarnées dans un conjoint, des enfants, une maison, de l'argent, un métier bien payé. Voilà des manifestations et incarnations bien prosaïques, bien conformes et conformistes, bourgeoises ? Mon mantra sera : je veux être riche, en bonne santé, heureux, amoureux, aimé, bienveillant. Qui ne le voudrait pas ? L'auteur se demande ce qui l'a poussée à renoncer aux biens matériels pour des biens immatériels. Elle n'a plus d'argent, plus de travail rémunéré mais en échanges, en dons, en entraides, elle a le minimum, ce dont elle a besoin. L'univers lui fournit au bon moment la rencontre, la situation qui la sort de la précarité. Tout cela pour expérimenter que l'univers est agissant et que c'est d'en avoir de plus en plus conscience ou de mieux en mieux qui rend plausible et efficace cette action de l'univers, qui suppose que tout est unifié, s'unifie, qu'il n'y a pas de séparation entre l'univers et elle, entre elle et les autres, que l'univers et son environnement font un, que son environnement ne lui est pas extérieur mais est sa création, que l'intention (l'intentionnalité), son intention peut être agissante, faire surgir l'opportunité, que l'action de l'univers peut être intentionnelle, même à notre insu, qu'il y a peut-être une intelligence à l'oeuvre, à notre insu.

    Le livre de Thi Bich Doan est très agréable à lire. Il m'a fait comprendre, ce que je pratiquais déjà, que dans cet univers des techniques du corps et de l'esprit, il ne faut pas se laisser embrigader, il faut raison garder, se faire confiance, suivre, inventer sa voie, plutôt que suivre la voie d'un maître devenant un gourou.

    Jean-Claude Grosse

    présentation par l'éditeur

    Un an entre les mains de l'univers
    Et si vous décidiez vraiment de lâcher prise ?
      Quête de soi et quête de sens : quiconque s’intéresse au fonctionnement de l’esprit humain appréciera cet étonnant et passionnant voyage, où la vie intérieure guide le cheminement extérieur. Un témoignage profond et personnel, et donc parfaitement universel ! 
      Après douze ans de recherches scientifiques et vingt ans de pratique méditative, Thi Bich Doan décide de prendre un virage et de vivre en pleine conscience pendant un an. Elle quitte Paris, amis, appartement et travail pour entamer un voyage intérieur, avec pour seule règle de ne rien programmer et ne rien décider. Son périple à travers le monde l’amène à traverser des joies et des épreuves qui lui feront comprendre l’essence du véritable lâcher-prise. 
      C’est avec beaucoup de recul et d’autodérision que l’auteure nous livre son aventure forte et périlleuse et raconte comment la vie lui a « offert » exactement ce dont elle avait besoin. Certains appellent cela le hasard, d’autres le destin, Thi Bich Doan parle de l’univers. 
      Comme dans tout pèlerinage, le voyage commence quand il prend fin… La vie suit une logique parfaite, faites-lui confiance !

       

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