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ecriture- lecture

Sorcière pour l'éternité David Irtal

27 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #note de lecture, #pour toujours, #écriture- lecture

David Irtal Sorcière pour l'éternité

David Irtal Sorcière pour l'éternité

Rêve
Nuit du 25 au 26 juin 2024

Contexte :

Lors de la Sant-Joan à Corps Ça Vit, le 23 juin, il est allé spontanément à la rencontre d’un black, un peu rasta avec une femme et deux enfants. La rencontre est foisonnante.

David, guadeloupéen, au bout de quelques minutes d’échanges où ils s’aperçoivent mutuellement qu’ils ont beaucoup de points en commun, va chercher dans sa voiture, son dernier roman, Sorcière pour l’éternité. I

ls vont au cimetière, lisent le texte-épitaphe de Cyril :

Il existe encore des possibilités de départs, d’infimes moments d’absence où se retirer.
Il existe encore dans le reflux des vagues,
des lieux pour rêver, des rues qui sont des ports, des instants-navires, de longues mers pour changer d’enveloppe terrestre, de carte d’identité.
Il suffit parfois de prendre à droite,
ce chemin que je ne connais pas.
À nouveau. Voilà, peut-être, le plus beau des titres.
Il suffirait de s’accorder une trêve, un répit. Suis-je responsable des mouvements de lune? Et des courants de la mer ?
Suis-je responsable du temps?
L’eau et les vagues, le sel, l’écume, l’horizon inachevé,
à nouveau.

2001, Cyril Grosse

traduit à Corsavy en espagnol par Coralie C.

Siguen existiendo posibilidades de comienzos, instantes de ausencia en donde escaparse. Siguen existiendo en el reflujo de las olas, lugares para soñar, calles que son puertos, instantes-embarcaciones y largas mares para cambiar de cáscara terrestre, de identidad. Es suficiente a veces ir a la derecha, este camino que no conozco. De nuevo. Aquí, quizás, esta el titulo el mas hermoso de todos. Es suficiente darse una tregua. ¿Soy responsable por los movimientos de la luna? ¿Y de los corrientes del mar? ¿Soy responsable del tiempo? El agua y las olas, el sal, la espuma, el horizonte inacabado, de nuevo.

David a dédicacé ainsi son roman : Jean-Claude, tant de points en commun, la philosophie, le théâtre, le Var, les sorcières, tant de choses à recevoir de toi afin de poursuivre nos échanges.

Lui, fait la lecture du roman,  le 25 dans la journée et le soir.
Fin de lecture à 21 H 45. Mise au lit, rituel de remerciements.

Jusqu’à 1 H 15, conscient puis semi-conscient, il se demande ce qu’il va dire sur ce roman foisonnant de 158 pages à 14 entrées.
Tout ce qui relève de l’information adressée au lecteur au travers de discussions entre amis du personnage central Levy, qu’il s’agisse du microchimérisme foetal-maternel, de l’épigénétique, de la chasse aux sorcières pendant 3 siècles, des fêtes du Moyen-Âge, de l’histoire du féminisme, de la démocratie lui paraît touffu.
Ce qui l’accroche par contre, c’est ce qui concerne les vies antérieures à partir des messages que lui adresse par mail, un médium, rencontré par hasard, dans un restaurant al Casot à Alzine Redonne.
Il décide qu’il va jouer le jeu auquel Erik convie Levy : écrire une lettre à 3 siècles d’intervalle à ce paysan écossais qu’il a été, dont la femme accusée de sorcellerie a été pendue, lui-même se pendant une semaine après. Il a déjà écrit de telles lettres, jamais partagées, ensuite brûlées selon un rituel.


Après la miction de 1 H 15, jusqu’à 4 H 15, c’est la période la plus forte émotionnellement. Il prend conscience que ce qu’il appelle son travail d’épitaphier peut évoluer, se mettre plus au contact. Qu’il peut continuer bien sûr ce travail de création d’une légende pour chaque disparu à partir des matériaux laissés, donnant ainsi à lire une forte parole du vivant qu’il fut plutôt que les regrets éternels des survivants mais qu’il y a d’autres choses à faire, par exemple nettoyer la souffrance physique, psychique, morale, souvent secrète, ayant empêché le disparu de développer son être véritable, participer à l’apaisement de ces disparus qui ont nécessairement vécu comme tout un chacun, des événements qui les ont submergés, écrasés de culpabilité ou de honte, comme ce paysan, incapable de prendre la défense de sa femme innocente, y compris au prix de sa mise à mort.
Il pense au rabbin assailli et laissé pour mort par une bande de nazis sur un pont à Berlin en 1933 et qui en fin de vie revient sur ce pont pour pardonner à ses agresseurs et ainsi alléger le monde d’une violence perpétrée, acceptée, pardonnée, effacée.
Et là défilent la mère, le père, l’épousée, le fils, le gendre, l’ami Robert qui lui dit « on en reparlera en septembre ».
Il se voit en sanglots après ce que lui a raconté Robert sur son engagement.

2° miction. La fin de nuit est une clarification de ce qu’il pense être une tache nécessaire, épitaphier.
 
Lever une contradiction. Il affirme que tout est mémorisé par exemple dans les nombres univers. Que tous les Levy ayant existé, existant, devant exister sont emplacés dans le nombre univers Pi, que ce qu’ils vivent au présent est déjà écrit mais doit être vécu par chacun en son temps. Que cette chaîne infinie des Levy est à considérer comme une chaîne de vies se transmettant des enseignements, des expériences contribuant à des répétitions quand c’est sclérosé, à des transformations légères ou profondes quand c’est possible, à des métamorphoses quand un miracle a lieu.
Pour reprendre une phrase de Tsvétaïéva : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Soit Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom. Il trouve cette proposition réjouissante c’est-à-dire ouvrant des champs de possibles.
La contradiction : si tout est écrit d’une part, si tout doit tout de même être écrit par chacun d’autre part, pourquoi rajoute-t-il un travail d’épitaphier ? L’écriture de chacun s’inscrivant dans le récit infini, éternel, éternellement présent et sans nom d’auteur ne se suffit-elle pas ?
Il n’a pas de réponse logique à cela.
Il a l’intuition que c’est nécessaire.
Et il a tenté de faire cela avec les matériaux laissés par les disparus.
Pour qu’au moins le caveau familial au cimetière de son village du Vallespir devienne lieu de paroles mémorables des vivants pour leurs suivants et les visiteurs du cimetière. Mais après cette lecture et ce rêve, il saisit que la tache est plus complexe (au sens de tisser ensemble) tout en restant simple : chacun est mystère à soi-même et mystère pour tout autre.
La connaissance de soi-même ne lui semble plus indispensable. Car comme le dit un rabbi : « Tu ne sais pas à quel point, tu ne sais pas ce que tu ne sais pas. »
Mais il sait aussi que la mise en mots fait exister, que changer les mots, c’est changer ce qu’on croit être la réalité. Bref que le verbe fait chair, donne corps, que le souffle fait émerger, naître.

David Irtal, l’auteur du roman Sorcière pour l’éternité, paru en juillet 2023, auteur de 4 romans précédant celui-ci, a mis l’accent sur la souffrance subie, sur la violence infligée, sur les souffrances subies par les femmes victimes, sur les violences infligées par les hommes bourreaux.
L’histoire récente avec la réhabilitation officielle par leurs noms des sorcières en pays catalan, en Écosse, en Suisse (on attend l’équivalent pour les massacrés et brûlés Cathares) semble montrer que les mentalités évoluent (pas linéairement ; il y a toujours des régressions possibles pour peu que les conditions de vie connaissent des reculs), que des prises de conscience se font, plus ou moins massives. Cette histoire nous échappe. S’agit-il du résultat de combats menés, de résistances visibles ou souterraines ? Difficile de trancher.


Par contre, tu peux être de plus en plus responsable ce qui n’annule pas le fait que tu sois complice des dominants de la société dans laquelle tu vis.
Tu peux être de plus en plus conscient, vigilant quant à tes choix de vie, quant au choix des mots, des réalités qu’avec eux tu crées.
Tu peux opter pour l’empathie, la compassion, le pardon, l’amour, la générosité, la bienveillance, la patience, le silence, le rire franc, la sincérité, le non-jugement, le non-agir…
Tu acquiers des outils comme rire de toi-même en te parlant à voix haute avec accent catalan pour calmer tes pulsions, réguler tes émotions, dégoupiller tes préjugés.

Il a décidé d’écrire à David :

Cher David,
tu as de toute évidence des acquis et un potentiel dans le domaine de l’éveil. Mais je sens que par la masse d’informations que tu brasses, historiques, scientifiques, tu sembles chercher des preuves à ce dont tu as l’intuition, à savoir que tout est continuum, qu’il n’y a pas de séparation. Je suis tenté de te dire : il n’y aura jamais de preuves scientifiques éternelles, incontestables, immuables. La science, la techno-science, l’IA sont outils de pouvoirs, de manipulations plus que de savoirs aujourd’hui et sont à traiter avec prudence, voire méfiance pour nos usages réflexifs. Il vaut mieux s’en passer. Elles sont déjà trop présentes dans nos vies.
Si tu crois que tout est continuum, alors avec tes mots, pourquoi pas ceux des psychologues américains Hal et Sidra Stone puisque c'est ton choix, décris-toi comme succession, émergence de sous-personnalités selon les moments, humeurs, circonstances.
Accentue ta perception de la fluidité de tout ce qui existe. Évite de catégoriser, de nommer car alors tu essentialises, tu figes, tu solidifies, tu scléroses, tu nécroses.
Préfère les verbes, invente-les.
Évidemment, ça te sera plus difficile de trouver une compagne de vie. Mais ce sera ta sorcière (comme c’est le mot de ceux qui leur font la chasse, raye-le de ton vocabulaire, change de titre), ta thérapeute, ta pharmacienne, ta Hildegarde de Bingen. Elle te délivrera deux pharmacons : Tu es aimé. Tu es mon bien-aimé.

Il me semble aussi cher David que malgré ton intuition du continuum, de l’UN, tu es tenté par la séparation, la dualité. Tu fais partie du groupe des éveillés. Les autres, non. Il y a toi, les tiens et les autres. Tu n’es pas contre les autres. Tu essaies de leur apprendre à Savoir Être Vivre Ensemble (SEVE). Tu t’es investi dans une mission. Cela est certainement gratifiant. Tu as tes raisons de penser cela. Peut-être cela  ralentit-il le retour du deux à l’UN.

Il a décidé de ne pas écrire de lettre à Levy. Levy a écrit les lettres qu’il pensait devoir écrire. Elles ont eu des effets. Histoire donc en cours pour Levy, sa mère, son frère, son père écossais retrouvé…, histoire pas seulement de papier car sur papier, elle devient réelle et se poursuit sans romancier.

Il a décidé, mis en mouvement par une intrigue tirée par les cheveux, d’écrire des lettres, à brûler, selon un rituel  qu’il a déjà pratiqué.
Il demandera pardon pour le mal fait par lui et tant d’autres aux disparus.
Il remerciera les disparus pour l’amour dispensé à lui et à tant d’autres.

Il a compris que les lettres mises dans les cercueils de deux amis récemment disparus, Georges et Alain, auraient pu, même si personne ne les lirait, être comme les charbons dont se servirent les hommes premiers pour inventer sur les parois des cavernes leur bestiaire.                       

À Corps Ça Vit, le 26 juin 2024

Billet de contrebande pour l’âmi Georges


À l’âmi Georges, âmi avec accent circonflexe. Pour faire vibrer ce mot, désignant la réalité immatérielle qui fait de nous des êtres vibrants, vivants.
Âme, voyelle d’arrière, bouche grande ouverte pour l’attaque en expir ou inspir, au choix, suivie de la labiale m, aime à durée variable selon l’émetteur. Absorption pleine  comme l’inspir régénérant (oxygène O), restitution lente comme l’expir empoisonné (gaz carbonique CO2). D’où de l’insolence du bavochard glouglouteux, selon l’expression de Frédéric Dard, alias San Antonio, ou le baiser comme empoisonnement consenti.
Âme comme souffle, notre souffle à chacun, échange intérieur-extérieur permanent, comme source de vie, cadeau de la Vie qui donne vie.
Chacun a sa version de ton âme, Georges :
âme mortelle, âme immortelle, âme éternelle.
En langue des oiseaux la mort peut s’entendre l'âme hors, l'âme or.
Dans 30 jours, soit 40 jours depuis le 18 mai, selon certaines très anciennes traditions, ton âme pourra se libérer de son enveloppe charnelle et entreprendre sa migration :
Réincarnation pour épuration karmique, résurrection pour se mettre debout.
Certains ne croient pas à cela, ton âme mortelle s'est éteinte avec la paix de ton corps réduit en cendres par le feu de la crémation.
A été choisi le temps très court de la destruction, sans possibilité aucune de te reproduire par clonage d’ADN, qui t’aurait survécu 1 million d’années, comme pour chacun d’entre nous.
Je choisirai le temps long de la décomposition, avec cette possibilité via le nonos cubitus, l’os qui a changé de sexe en devenant l’ulna.
D'autres se posent des questions ou s'abstiennent de trancher.
Aucune certitude fondée sur des preuves dans un sens comme dans l’autre. Des croyances, seulement des croyances et leur force créatrice de réalité (les mots que nous employons créent ce que nous croyons être la réalité, ma maladie c’est mon mal a dit)
Réalité de néant pour certains, d'éternité pour d'autres, de mystères insondables pour d’autres encore. Chacun ses mots et ses silences sur ces questions peu abordées, peu débattues.

Tu as fait un choix toi qui es mort depuis 10 jours déjà (18 mai-28 mai 2024).
Aujourd’hui, chacun des participants à cette cérémonie d'hommage choisit en son âme et conscience ce qu'il en est de ton âme et de la sienne
Je vous dirai donc, chers âmis, avec accents circonflexes ce que je crois aujourd’hui.

Un double pharmacon m’a été offert en décembre 2020, offert sans attente de ma part, surgissant dans ma conscience qui est d’une autre nature (on sait très peu de choses sur ce qu’est la conscience) que mon cerveau (on sait aussi très peu de choses sur ce qu’est le cerveau) :
Tu es aimé. Tu es mon bien-aimé.
Que j’ai reçu ainsi : Tu es aimé à égalité avec tout ce que je-euh crée, puissance créatrice que tu peux appeler comme tu veux (cessez donc de vous faire la guerre au nom de Dieu, non-de-dieux !), que je-euh crée par amour inconditionnel, sans tri, sans jugement (cessez donc de juger, donc de vous séparer, chacun étant évidemment du bon côté des gentils, les autres du mauvais côté des méchants ; trop habitués à juger, nous jugeons sans cesse, ne pas s’en vouloir, se distancier, tiens tu viens de juger).  De la bactérie à la galaxie, tout naît et meurt de cette force, l’agapé. J’ai compris que cet agapé est inépuisable, gratuit, grâce. Et que ma réponse à ce Kdo que je suis ne peut être que la gratitude. Pas l’inconvénient d’être né, pas le je n’ai pas demandé à naître mais merci comme sentiment à éprouver, mot à dire, redire jusqu’au sentiment éprouvé.
Tu es mon bien-aimé.
Que j’ai reçu ainsi : Tu es aimé dans ta singularité, ton unicité. Le Sans-Forme, le je-euh, Dieu, le Soi, יהוה , YHWH, l’imprononçable, Kyrios m’a donné forme pour s’éprouver, pour vivre avec ma forme. Alors Jean-Claude, éclate-toi. Vis dans la joie, l’enthousiasme. Laisse-toi inspirer par les dieux. Apparemment Georges s’est éclaté, inconscient de sa divinité.

Peut-être m’étais-je préparé à ce Kdo après une série de deuils violents, acceptés selon ce que j’avais compris d’un titre de spectacle du fils (c’est possible) ça va.
Ce qui arrive devait arriver, entre parenthèses. Tu ne peux rien changer. Tu ne peux que dire : ça va, accepter. Être dans l’acceptation sans colère, sans ressentiment, sans révolte, sans accusation, sans regret, sans espoir. Qu’il s’agisse d’événements douloureux pour toi, qu’il s’agisse d’événements douloureux pour des multitudes. Ça peut ressembler à de l’indifférence. Ça s’appelle l’ataraxie. Elle n’empêche pas sensations, émotions, ressentis, la compassion pour les victimes, le pardon pour les bourreaux, la gratitude parce qu’on apprend aussi des horreurs, des malheurs, des KO et du chaos.
Avec le temps, j’ai compris  qu’à partir de l’acceptation, une voie s’ouvrait, un chemin de vie : devenir l’épitaphier de celles et ceux qui sont partis, écrire, dire, raconter, inventer leur légende. Rien de mensonger dans cette démarche.

En effet, ma lecture de ce texte est un moment qui passe, never more, jamais plus. Mais il sera toujours vrai que j’ai fait cette lecture, for ever, pour toujours. Donc le passé passe mais ne s’efface pas. Où passe le passé qui ne s’efface pas ? Cela veut dire que tout est mémorisé, de toute éternité, pour l’éternité. Que le présent est éternel comme moment et comme Kdo.


Le 18 avril, je t’ai dit, âmi Georges, que dans le nombre univers PI, la séquence Georges soit 7515187519 est emplacée un nombre infini de fois, mais pas dans les deux cent millions premières décimales, la séquence Perpes soit 16518519 est emplacée 3 fois dans les deux cents millions premières décimales, en positions 6160060, 16518519, 79188721, que tous les Georges ayant existé, existant, à exister étaient emplacés, qu’un singe tapant infiniment à la machine sans savoir écrire, finit par taper l’oeuvre de Shakespeare, qu’on trouve dans tout nombre univers tous les livres déjà écrits et à venir, y compris celui de l'histoire de notre vie passée et future.
Ce fut un moment euphorique qui ne changea pas le choix déjà mûri de la destruction par crémation.

À se chercher dans la spirale du symbole infini, à positionner verticalement (être éveillé)  et non horizontalement (être aveugle, sourd et muet) et te dire ma gratitude pour t’avoir rencontré.
Katia et feu Vitya s’associent à moi pour ce billet de contrebande.

Adieu Georges, à dieu Georges, reconnaissons le divin en ton âme.

PS : je réserve à ceux qui me le demanderont, ce que j’ai dit à l’âmi Georges sur l’âme éternelle du théâtre et ses deux masques tragédie et comédie.

achevé l'écriture du billet de contrebande écrit pour l'âmi Georges
je ne le lirai pas, je l'offrirai à la famille pour mise avec le cercueil avant crémation et à quelques personnes quand on arrivera aux 40 jours, par mail,

le vendredi 28 juin 2024

 

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Histoire de bifurquer / Virginie Despentes

12 Avril 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #assaisonneur, #écriture- lecture

Despentes Virginie

Despentes Virginie

La douceur et la bienveillance, c’est le contraire de l’exploitation capitaliste : de demander la permission, me demander si je consens. La douceur et la bienveillance, c’est ce qu’on ne trouve pas sur les marchés, c’est ce qu’on ne trouve pas dans l’armée, c’est ce qu’on n’enseigne pas dans les polices. Toutes les propagandes me traversent, toutes les propagandes parlent à travers moi. Rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Rien, sauf le désir de croire que ce monde est une matière molle, que ce qui est vrai aujourd’hui peut avoir disparu demain, et qu’il n’est pas encore écrit que cela soit une mauvaise chose.

Virginie Despentes

Virginie Despentes publie son premier roman, Baise-moi, en 1993. Il est traduit dans plus de vingt pays. Suivront Les Chiennes savantes, en 1995, puis Les Jolies Choses en 1998, aux éditions Grasset, prix de Flore et adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner avec Marion Cotillard et Stomy Bugsy en 2000. Elle publie Teen Spirit en 2002, adapté au cinéma par Olivier de Plas, sous le titre Tel père, telle fille, en 2007, avec Vincent Elbaz et Élodie Bouchez. Bye Bye Blondie est publié en 2004 et Virginie Despentes réalise son adaptation en 2011, avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Soko et Pascal Greggory. En 2010, Apocalypse bébé obtient le prix Renaudot. Virginie Despentes a également publié un essai, King Kong Théorie, qui a obtenu le Lambda Literary Award for LGBT Non Fiction en 2011. Elle a réalisé sur le même sujet un documentaire, Mutantes, Féminisme Porno Punk, qui a été couronné en 2011 par le prix CHE du London Lesbian and Gay Film Festival.

Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer
Virginie Despentes
Lecture du vendredi 16 octobre 2020 au Centre Pompidou
Invitée par Paul B. Preciado

Virginie Despentes : « Création d'un corps révolutionnaire » Lecture au Centre Pompidou, Paris, le vendredi 16 octobre 2020 dans le cadre du séminaire public et performatif de Paul B. Preciodo sur le thème : « Une nouvelle histoire de la sexualité ». (Développer un projet de pensée collectif). "

J’ai l’impression de vivre avec dix mille keufs à l’intérieur de ma tête : les vrais keufs, les keufs des autres, les keufs des adversaires, les keufs de mes amis. Je suis devenue un camp pénitentiaire à moi toute seule, avec des frontières de partout, entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre ce qui me plaît et ce qui me déplaît, entre ce qui me sert et ce qui me dessert, entre ce qui est bénéfique et ce qui est morbide, entre ce qui est permis et ce qui est interdit : toutes les propagandes me traversent et parlent à travers moi. Je ne suis imperméable à rien, et j’en ai marre de surveiller ce que je dis sans même avoir le temps de m’en rendre compte. Je n’ai pas besoin que la police menace, je me nasse toute seule. Je n’ai pas besoin d’un couvre-feu pour m’enfermer en moi, je n’ai pas besoin de l’armée sous mes fenêtres pour surveiller ce que je pense, parce que j’ai intériorisé tellement de merdes qui ne servent à rien. Je rampe sous des barbelés parfaitement inutiles mais que j’ai avalés, et j’en ai marre de prétendre que j’ai la force de les repérer et de les pulvériser, alors qu’ils me lacèrent à chaque pas. Rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Je dépense tellement d’énergie à m’asphyxier, à dire que c’est un choix moral. Je passe mon temps à faufiler sous des radars de contrôle et attendre des raclées chaque fois que j’ouvre ma bouche, quand les vraies raclées, je suis celle qui me les administre parce que les flics les plus efficaces sont désormais ceux qui sont passés dans ma tête. Et j’en viens à surveiller mes moindres propos, comme si quelque attitude qui soit pouvait faire que je mérite d’être innocentée, que je mérite le premier prix de pureté, que je mérite d’être désignée comme le meilleur, comme s’il existait une frontière qui nous sépare les uns des autres. L’illusion que c’est chacun son stand, chacun sa biographie, chacun sa récompense en fonction de son comportement, chacun son bout de trottoir pour y faire le tapin, ou la manche, ou son petit numéro de gloriole – quand c’est le même trottoir pour tous. Mais chacun ses limites et chacun son prestige, chacun son lectorat, chacun son auditoire. On aurait tous un univers. Bullshit ! Il n’y en a qu’un, d’univers : le même pour tous ! Et tirer son épingle de ce jeu n’est jamais une question de force, encore moins de mérite, juste d’agencements et de chances, et rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Le frontière de mon corps, ce n’est pas le bout de mes doigts, ni la pointe de mes cheveux. La frontière de ma conscience n’est pas ma force de conviction : c’est l’air vicié que je respire et l’air vicieux que je rejette. La boucle dans laquelle je m’inscris est bien plus large que celle que ma peau définit. L’épiderme n’est pas ma frontière. Tu n’es pas protégé de moi. Je ne suis pas protégée de toi. Ta réalité me traverse même si on ne se regarde pas, même si on ne baise pas, même si je ne vis pas sous ton toit. Nous sommes en contact permanent. Le procédé que la pandémie rend visible sous forme de contagion, il est temps d’en prendre conscience sous forme de guérison. Chaque fois que tu as le courage de faire ce qu’il te convient de faire, ta liberté me contamine. Chaque fois que j’ai le courage de dire ce que j’ai à dire, ma liberté te contamine. Nous avons avalé ces histoires de frontières, cette fable du chacun pour soi, chacun chez soi, cette fable qui veut que les choses telles qu’on les connaît soient la seule réalité possible et qu’elle soit immuable. La fable selon laquelle la race humaine n’aurait qu’un seul destin collectif possible : l’exploitation impitoyable des uns par une élite, le pouvoir par la force, et le malheur pour tous. Toutes les propagandes me traversent, et m’habitent, et me gèrent. Je ne suis pas un territoire de pureté ni de radicalisme, et je ne suis pas du bon côté de la barrière. Rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Rien, sauf le désir de croire que ce monde est une matière molle. Ce qui est vrai aujourd’hui peut avoir disparu demain. Et j’en ai marre de croire en des frontières qui ne me servent à rien, d’y adhérer comme si elles avaient été tracées par une main divine qui ne se trompe jamais, alors qu’elles sont juste gribouillées au hasard par des cons, et j’en ai marre de croire en des choses qui ne me servent à rien. C’est la rage d’avoir raison qui nous lamine. La rage de tracer des frontières entre le domaine du bien et le domaine du n’importe quoi, la rage d’être du bon côté, comme s’il existait quoi que ce soit dans ce capharnaüm qui soit une position juste, une position pure, une position idéale, une position définitive dont on ne bougerait plus. Et alors, ce sont les armes de l’ennemi que nous utilisons, les armes de ceux qui ne nous veulent aucun bien car nous constituons une menace à leurs yeux : les outils de l’exclusion et de la disqualification, et de l’humiliation, et de la silencialisation, et de l’invisibilisation. Et au bout du compte, c’est comme vouloir faire la révolution mais juste pour remplir les prisons d’autres populations, pour donner d’autres ordres aux mêmes policiers, donner d’autres consignes aux mêmes juges, c’est comme changer les joueurs mais ni le terrain ni le genre de jeu. Alors cette révolution se transforme en un roulement des équipes dirigeantes, la même connerie, mais avec d’autres qui en profitent. Et je ne dis pas que ça ne sert à rien. Ce mouvement a quelque chose de sain – sauf qu’il n’y a pas de rêve là-dedans, aucun. Une révolution dans laquelle on ne met ni rêve ni joie, alors il ne reste que la destruction, la discipline et l’injustice, et si on dit « révolution » : il faudra dire « douceur », c’est-à-dire commencer par accepter d’être du côté d’une stratégie non productive, non efficace, non spectaculaire, et que seule la ferveur permet d’embraser. Seule la conviction que nous n’avons besoin ni d’avoir raison, ni de donner tort, pour donner corps collectif à autre chose que ce qui existe déjà. Et la chose qui compterait le plus ne serait plus d’accumuler le maximum de likes pour le jour du jugement dernier, mais de commencer à ressentir que nous sommes en position de force. Même si nous occupons moins de surface spectaculaire, nous sommes en position de force, car nous faisons déjà l’expérience de vies différentes dans des corps différents, qui ne nous font plus honte. Nous modifions nos vies, nous modifions les discours, nous modifions l’espace de notre seule présence. Et c’est la joie que nous en tirons qui fait de nous des corps collectifs révolutionnaires. Voilà pourquoi beaucoup d’entre nous ici déjà on fait l’expérience du tir de barrière assassin de ceux qui ne nous supportent pas – tout simplement pour ce que nous sommes. (1/3)

Ils sont toujours convaincus que la douceur justement doit être réservée au foyer, à la bonne-femme et à son chien, et jamais à l’espace public, et jamais dans le monde dans lequel on vit. Ceux-là, nous devons comprendre que s’ils sont ivres de rage, c’est parce que nous avons commencé à gagner. Ils voudraient pouvoir pédaler en arrière de toutes leurs forces pour revenir au temps où ils pouvaient dire : toi tu te caches et tu te tais, ta parole n’est pas politique, toi tu te caches et tu te tais. Mais ils savent, une fois sorties, que nos libertés contaminent et que nous avons déjà commencé à changer le monde. Ceux qui pensent qu’on devrait nous faire taire pensent : prisons, soumission par la force à une réalité unique. Ils pensent : droit divin, police, bain de sang, enlèvement, interrogatoire, torture, censure, surveillance, prison, ils rêvent d’un papa absolu, d’un adulte qui saurait tout sur tout et les protègerait d’eux-mêmes. Ils rêvent obéissance, soumission, discipline. Ils ont cet avantage de rêver d’un monde qui existe déjà, qui a raison partout. Et nous avons cet avantage de ne pas croire qu’il soit immuable. Ce qui est irrémédiable, c’est la mort de tout ce que nous connaissons comme réalité. Ce qui est irrémédiable, c’est le changement. Ce qui est irrémédiable, c’est la rapidité avec laquelle la réalité se réinvente contre la lourdeur de nos consciences. Il y a la plasticité du réel. Leur narration n’est pas solide, voilà ce que le Covid nous apprend. Ils se défendent comme des diables et prennent toutes les décisions débiles, ils se frottent les mains en pensant : on va en profiter pour tourner tout ça à notre avantage. Leur narration n’est pas solide. Ils se racontent des histoires. Ce dernier tour de force est un dernier tour de piste. Leur réalité tombe en poussière, et ils sont des baltringues enchantés d’eux-mêmes, des imbéciles convaincus de leur importance. Ils s’époumonent, mais ce n’est pas parce qu’ils gueulent en cœur que ce qu’ils disent est vrai. Leur stratégie du bruit donne l’impression qu’elle est plus efficace que jamais, mais s’ils crient aussi fort, et qu’ils semblent si sincèrement souffrir, c’est qu’ils sentent qu’ils sont à bout de souffle. Et pour le dire simplement : cette autorité des puissants, on peut se la carrer au cul. Ils ont plus ou moins mon âge. Ils savent qu’ils vont bientôt mourir et, d’une certaine façon, ça leur fait plaisir d’imaginer qu’après eux rien ne subsistera. En attendant, les plus puissants lèguent à leurs enfants les rênes du pouvoir – et leur seul pouvoir, c’est la force de destruction. La rafale de balles est réelle, l’impact de la bombe est réel, l’efficacité des armes est réelle. Quel que soit l’imbécile qui s’en sert, c’est lui qui écrira l’histoire. Mais quand bien même ils ont les armes et le commandement des armées, et les flics pour se protéger, ils auront toujours besoin de corps gratuits pour faire leur guerre et enclencher leur répression. Et rien ne dit que demain ces soldats et ces flics ne changeront pas d’avis. Rien ne dit que demain ces soldats et ces flics ne décideront pas de changer de programme et de ne plus tirer sur les hommes et les femmes et les enfants. Rien ne dit que demain les hommes ne diront pas : le viol ne me fait pas bander, violer les femmes et les gamins devant les parents égorgés ne me fait pas bander. Je n’ai plus envie d’appartenir à cette histoire de merde sous prétexte que trois débiles au sommet ne connaissent pas la satiété. Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer. Qu’on nous répète le contraire à longueur de journée n’en fait pas une loi. Rien n’a jamais empêché l’histoire de disjoncter. Et rien ne s’oppose à ce que l’espèce humaine change de narration collective. Au contraire, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, elle n’a pas d’autre choix que le faire. Il faudra bien changer de narration. Les marchés, ça n’existe pas. On ne parle pas de montagne, d’ouragan, d’incendie, d’océan, de grand gel. On ne parle pas de choses réelles quand on parle des marchés. Ce ne sont pas des géants à la colère desquels on n’échappe pas. Ce que nous enseigne le Covid, entre autres choses, c’est que le jour où on arrête d’y aller, tout s’arrête. Et c’est tout. Nous ne sommes pas gouvernés par des dieux tout-puissants qui peuvent se passer de notre accord pour asseoir leur bordel. Nous sommes gouvernés par de vieux imbéciles qui ont peur que leurs cheveux frisent sous la pluie, qui posent à moitié nus sur des chevaux pour exhiber leur grosse virilité. Nous sommes gouvernés par de vieux impossibles à qui il est tout à fait possible de dire demain : mais va donc la faire toi-même, ta guerre ! S’il est si important de tout confier toujours aux plus violents, organisez donc de grands matchs entre dirigeants. Et qu’ils se démerdent entre eux sur le ring avec le goût qu’ils ont pour le sang. Il est temps de se soustraire aux évidences. Le monde tel qu’on le connaissait s’écroule. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle. C’est le moment de se souvenir qu’on n’est pas obligés pour les armes, qu’on n’est pas obligés pour la guerre, qu’on n’est pas obligés pour la destruction des ressources, qu’on est pas obligés de tenir compte des marchés. Le patriarcat est une narration et elle a fait son temps. Terminé de passer nos vies à quatre pattes sous les tables de vos festins, à grignoter vos restes et sucer vos bites à l’aveugle, gratuitement, aimablement, en remerciant abondamment à chaque éjaculation – « ça nous fait tellement plaisir de vous voir heureux, vous qui êtes à table »… Terminé maintenant : quand on ouvre la bouche, c’est pour mordre, ou pour parler. Parler est plus important que mordre. Parler est ce qu’on a fait de plus important ces dernières années, nous qui n’avions jamais parlé. Et ce qui compte aujourd’hui, c’est de prendre soin de nos paroles. Si nous voulons dire « révolution », nous devons permettre à la parole de se prendre là où elle ne se prenait jamais. Il nous faut ouvrir des espaces, non pas « safe » parce que « safe » ça n’existe pas quand il faut déballer sa merde, mais d’écoute sincère. Ce n’est pas une affaire de bienveillance mais de sincérité. Écouter sincèrement est peut-être ce que l’on doit apprendre. Pas écouter pour se conforter dans ce qui nous arrange. Pas écouter en se demandant si ça peut améliorer la visibilité de nos boutiques respectives. Écouter sincèrement en prenant le temps d’entendre. On ne peut pas écouter sincèrement la parole si elle est confisquée par les tribunaux. Il nous faut apprendre à écouter sans que notre but soit systématiquement de déclarer coupable ou non-coupable. Tout le cirque du jugement relève du vieux monde. On s’en fout de savoir qui est coupable. Comment entendre, recevoir, soigner, pour ensuite transmettre autre chose que de l’abus de pouvoir. Nous devons apprendre à nous démettre des autorités. Je sais et je sens qu’il n’existe pas de séparation nette non plus entre moi et le ministre pointeur raciste, entre moi et l’idiote ménopausée qui vient parler de la douceur des hommes, entre moi et la féministe surveillante d’une nouvelle prison, entre moi et la meute des tarés agressifs qui s’insurgent de ce que l’on oublie un peu vite l’importance de la testicule dans l’art, entre moi et les harceleurs de merde exigeant le silence de celles qui évoquent notre histoire coloniale commune, et entre moi et les idiots utiles des sous-doués du IIIème Reich. Entre moi et eux, il n’y a pas non plus de frontières fixes. (2/3)

Je suis aussi les imbéciles, je suis aussi leur colère, leur dépit, je suis aussi leur agonie fétide, puisque rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Ce qui n’équivaut toujours pas à dire que tout se vaut, mais qu’il y a contagion, propagation, impact, et que toute idée de pureté, d’isolement, de protection, est à peu près aussi crédible que de porter un masque en papier dans la cohue du RER de 19h30. Probablement utile, mais tout à fait dérisoire. Nous sommes exposés les uns aux autres, ce qui signifie que tout ce qui est émis nous impacte et réciproquement. Car si je commence par dire : il n’y a pas de frontières si claire entre moi et les autres, je ne le dis pas de façon poétique… Je dis : l’Arménienne sa souffrance, la Libanaise son désarroi, la femme sans toit son errance, la femme en prison son chagrin, la chanteuse à Hong Kong sa détermination, l’étudiante précaire en foyer sa rage… Quand je dis : nous somme le monde tous en même temps, je ne viens pas chercher la culpabilité dans mon corps, de ne pas sentir le drame. Je n’ai pas froid, je ne dors pas en cellule, je n’ai pas été battue aujourd’hui, mes poumons ne sont pas dégradés, je ne sers pas les dents quand arrive une facture, j’ai des papiers, ma peau est blanche, j’ai bien mangé, etc., etc… Mais la culpabilité est un isolement qui ne sert à rien d’autre qu’à rendre impuissant. Oui, les vêtements que je porte aujourd’hui c’est la vie détruite des enfants qui les ont fabriqués, c’est la pollution des pays, c’est la honte d’appartenir à la classe de ceux qui ont eu le culot de décider de délocaliser. Oui, la nourriture que j’absorbe, c’est l’empoisonnement de la terre et la destruction des espèces animales, c’est la détresse de l’exploitant agricole, c’est la fatigue du routier espagnol que je dépasse en pestant sur l’autoroute. Oui, l’institution-musée que j’occupe ce soir est une histoire d’exclusion d’une rare violence. Oui, les livres que j’écris et que je vends, c’est la honte de mon exhibition médiatique. Oui, chaque mot que je prononce aujourd’hui est dégueulassé par la honte non seulement de la somme de mes privilèges, mais encore de ma passivité, et aussi de mes facultés de jouir des injustices tout en les dénonçant. Oui, je me sens coupable. Non, je ne suis pas pure. Mais la culpabilité est toxique et ne me sert à rien. De cette honte-là, je ne peux rien faire d’utile. Oui, j’ai conscience aussi d’un autre privilège qui est le mien et qui est la notoriété – la notoriété étant devenue une méta-valeur. Séparatisme entre ceux qui comme moi ont un nom qui provoque une onde de choc sur internet, et ceux qui galèrent à se faire entendre, à se singulariser, à se faire remarquer, qui veulent percer – et moi qui trône comme un furoncle invincible, un furoncle qu’on ne finirait jamais de percer. Et j’ai conscience de toutes mes positions de privilèges, et je ne veux pas dire que toutes les positions se valent. Toutes les conditions de vie de tous les corps ne sont pas équivalentes sous prétexte qu’elles sont reliées, mais ce que je dis : il faut prendre conscience des liens invisibles, parce que c’est de ce tissu que sera fait la révolution – pas de nos culpabilités juxtaposées. Mon corps blanc non-soumis au travail forcé, qu’on n’a pas violé dans l’impunité, mon corps chrétien qui fête le 11 novembre sans penser à la ville de Sedan, mon corps goy qui s’accommode de la propagande antisémite, mon corps bien nourri, trop soigné, pour qui le Capitalisme travaille et fait le sale boulot sans que j’ai besoin de m’en préoccuper, et je peux même m’en émouvoir et en jouir en même temps… Ce corps blanc pour lequel on a défini tant de frontières. J’en ai ma claque de répondre à des matons et à des patrons. Ce que je veux nourrir aujourd’hui, c’est ma faculté d’écouter quand ceux qui n’ont jamais parlé ouvrent la bouche. Ce que je veux nourrir, c’est ma faculté de désirer autre chose. Ce que je veux ressentir, c’est que j’appartiens à la race humaine et aucune autre. Et je veux entendre ce que disent les enfants, de ceux qui ont l’âge d’être les enfants de mes enfants, et les croire quand ils disent : nous allons faire la révolution ! Et sachant ce que je sais, je désire les y aider. Je ne veux plus dire « intersection » parce qu’à la longue, le terme donne l’impression que je vends des tomates et que je m’interroge sur la pertinence de vendre un peu de patates du voisin sur mon étalage – alors que de facto, tes patates poussent sur le même terrain que mes tomates. Et de toute façon, savoir si j’ai intérêt à ce que mes luttes coïncident avec les tiennes est une préoccupation boutiquière qui n’a aucun sens. Il ne s’agit pas d’une carte routière, ni d’un problème de maths. Quand nous dirons « révolution », je veux me souvenir que je ne suis pas isolée de toi, et que tu n’es pas protégée de moi. On peut lever des murs, jeter des filets dans la mer, multiplier les frontières et les procédures pour les traverser – à la fin c’est inepte. Ta réalité traverse la mienne, ma réalité pèse sur toi. Les frontières fixes sont toxiques et ne servent à rien. Ce qui est immuable, c’est que tout se traverse. Ce qui ne veut toujours pas dire que tout se vaut. J’écoute les gens de mon âge parler des gens qui ont vingt ans aujourd’hui, et je les entends dire, comme toutes les générations avant eux : « ils désirent changer le monde », sur le ton blasé et serein de ceux qui en ont vu d’autres, de ceux qui savent comment ça se passe. Mais je peux témoigner : ma génération ne voulait pas changer le monde. Certains d’entre nous le désiraient, mais ma génération n’a jamais voulu changer le monde : elle y croyait trop, à ce monde, et elle croyait à tout ce qu’on lui disait. Toutes les générations n’ont pas voulu changer le monde. A toutes les générations n’a pas échu le devoir de changer le monde. A ma génération, on n’a jamais dit, avant même qu’on sache lire : « si vous ne changez pas le monde, vous allez tous crever. » Ils sont gender-fluides et ils sont pansexuels, ils sont racisés ou solidaires des racisés. Ils ne veulent plus être enfermés et définis par la misère et l’injustice. Ils sont chamanes, ils sont sorcières. Et ce qui m’intéresse aujourd’hui n’est plus ma honte, ni ma culpabilité, ni ma rage, ni mes keufs intérieurs, mais bien de me rendre capable de leur dire : tout est possible, à commencer par le meilleur. Et c’est une affaire de désirer autre chose. Je choisis de les croire quand ils disent qu’ils veulent le sauver, ce monde. Je choisis de croire que nous ne savons rien de ce dont seront fabriqués les jours à venir. Je choisis de croire que quand les plus puissants nous répètent à longueur de journées : « nous savons tout de l’avenir car nous connaissons le passé – il n’y a pas d’alternative, les choses sont comme elles sont parce que c’est dans la nature humaine d’en arriver là. C’est ainsi que Dieu l’a voulu dans son immense sagesse. Et s’il y a cruauté gratuite, et injustice, et grand saccage, c’est que la cruauté, l’injustice et le saccage font partie du réel ». Et ils disent : « regardez les animaux », et chaque fois qu’ils les regardent, c’est pour observer comme ils tuent. Alors moi aussi je regarde les animaux qui tuent et j’observe : je ne vois pas leurs camps de migrants, je ne vois pas leurs frontières, je ne vois pas d’éléphant barbeler son terrain pour ne jamais y voir de zèbres, parce qu’il a décidé que les zèbres ça ne devrait pas exister, je ne vois pas les animaux enfouir leurs déchets nucléaires. Alors je me demande : que dois-je comprendre des animaux dans nos histoires humaines ? La douceur est utile. La douceur et la bienveillance sont les notions les plus antinomiques avec le système qui nous opprime. La douceur et la bienveillance, c’est le contraire de l’exploitation capitaliste : de demander la permission, me demander si je consens. La douceur et la bienveillance, c’est ce qu’on ne trouve pas sur les marchés, c’est ce qu’on ne trouve pas dans l’armée, c’est ce qu’on n’enseigne pas dans les polices. Toutes les propagandes me traversent, toutes les propagandes parlent à travers moi. Rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Rien, sauf le désir de croire que ce monde est une matière molle, que ce qui est vrai aujourd’hui peut avoir disparu demain, et qu’il n’est pas encore écrit que cela soit une mauvaise chose." (3/3)

 

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Metamorphosis

19 Janvier 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #J.C.G., #assaisonneur, #pour toujours, #écriture- lecture

je commencerai dès le 17 janvier 2024 vers 21 H 30, l'heure où je me couche, où sur le dos,
- je manifeste à tue-tête ma gratitude pour la journée passée, journée de merde (quand j'accepte d'être percuté par la fureur dans le monde) et de bonheur (quand je suis centré sur ce que je fais)
- et récite les mots de l'ho'oponopono : « désolé», « pardon », « merci », « je t'aime ».
puis me mets en position foetale et laisse le corps s'élever avec grâce ou plonger sans
c'est le temps des rêves, des petites morts, du corps sans pensée
du 18 au 21 janvier, je continuerai ces apesanteurs, je ne lirai aucun texte, surtout pas ceux de la bibliographie proposée par l'institution, sauf un, d'inactualité, Gros dégueulasse de Reiser, 1982
je mettrai en ligne, le poème kosmorgasmik, conçu avec une IA
et je me préparerai à inventer mon printemps des poètes avec grâce, sans la boussole sur l'axe du loup de son président Sylvient, ainsi que ma semaine de la langue française
doit-on dire merci au ministère de la culture en ces temps de reniements sinistériels qui veut baliser nos échappées belles ?
 
le corps en corps et décors pour ces inofficielles nuits de mes abords du corps
metamorphosis en 6 infographies générées par IA à partir des mots qui vibrionnent autour du petit bonhomme en construction
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Ça m’a beaucoup intéressé de travailler avec Gaby pour le choix des animations infographiques générées en partie par des mots du texte
 
Aucune comparaison entre la 1° et la 2° version you tube  
du même poème final
Kormorgasmik
d’une série de poèmes 
Métamorphosis
dont voici le 1°Papillon de nuit et fleur équinoxialeécrit nuit d’équinoxe à 22 H 24’ 24"Kosmorgasmik étant rendu publicnuit de solstice à 3 H 27’ 19"raison suffisante pour livrer ce poème aux vents et aux sables aux pollens et aux écumes
 
 
Metamorphosis
 
Poème venu de la nuit du 20 au 21 mars 2023 
1° nuit du printemps
équinoxe à 22 H 24’ 24’’ 
égalité de la nuit et du jour
12 H chacun
——————————————
 
Metamorphosis
du sourire de chat sans chat
 
Papillon de nuit et fleur équinoxiale
 
La fleur équinoxiale :
assise dans coin droit du canapé
bien
 
Le papillon de nuit :
s’assoit à côté d’elle
 
Son corps d’elle-fleur pas bougé
Son corps intérieur s’est ramassé en boule
Chatte 
L’instant du suspens
Accueil de la caresse ?
Coup de griffe acéré ?
 
Son corps de lui-papillon pas bougé
Son corps intérieur s’est déployé
Désir d’homme
Prendre visage dans les mains ?
Poser lèvres sur sa bouche ?
L’instant de l’impulsion
 
Au-dessus d’eux
nuit enlunée
sourire de chat sans chat
 
Chut 
chute
Culbute
 
La boule de fourrure noire électrique
aux pupilles mystiques se love 
coin gauche du canapé
parapet du vertige
 
Verte tige, tu me fais éjaculubrer
 
La chatte - mon dieu, il est fou !
 
un texte poétique, une méditation peut-être emphatique, empathique sûrement, sur une métamorphose du corps devenant cosmique (comique forcément), par une transformation du coeur (du coeur rancoeur au coeur bonheur), une voix maladroite, une infographie générée par IA adorant les boobs, une production éditoriale peut-être innovante
 

 

presque en haut des marches, en bas de l'échelle tout en étant les pieds sur terre

presque en haut des marches, en bas de l'échelle tout en étant les pieds sur terre

Metamorphosis
Kosmorgasmik

Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère,
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers
En déviant ton désir sexuel de l’autre
en mettant à mort, façon matador, ton sentiment d’amour pour l’autre,
tu découvres, trois mois après,
que tu ne sors nullement mutilé de cette castration,
nullement effondré par cette relation sans réciprocité.
Cette mise à mort, façon matador, t’a fait passer en douceur,
parce que tu étais prêt, d’une sexualité exclusive à une sexualité inclusive, de l’amour possessif à l’amour oblatif.
Cette mise à mort, façon matador, a été guérison, résurrection.
Tu t’es mis debout, tu t’es métamorphosé.
Tu sors apaisé, sans ressentiment envers l’autre, la femme-toute-autre, la Trop Femme des inquisiteurs, la pas-Toute des lacaniens, qui s’exprime jour après jour, sans relecture ni correction,
exprime
- ses sensations marines, sous-marines, célestes, nuageuses, florales, lumineuses, ombreuses, oiseleuses,
- ses émotions devant les beautés offertes,
- ses sentiments d’absence, de deuil, de perte
- ses sensations d'avoir un coeur comme une passoire,
de vivre une vie vacharde répétant ses estocades,
une chienne de vie ne laissant aucun répit, même au lit.
Tu sors agrandi
de ce douloureux travail de mise à mort, façon matador, de ton sexe et de ton coeur,
de ce joyeux travail de guérison que tu as décidé quand tu as pu renoncer à ta dépendance et recouvrer ta liberté de choix.
Tu as changé ton sexe raide en sexe flexe.
Tu as changé ton coeur rancoeur en coeur bonheur.
Tu es passé de l’arbre rabougri de Godot
à la forêt primaire des hommes premiers.
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,  
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux  sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.

 

‘‘AU NOM DU CORPS’’

Au cœur de sa chair, il y avait sa propre musique,

Mais aussi la force cosmique.

Elle savait que cette force était dans son corps,

Qu'elle n'est pas en dehors !

Elle savait que dans les profondeurs de son corps,

Il y avait un trésor.

 

Pourtant, comme beaucoup, elle en avait perdu la clé,

Et il lui appartenait de la retrouver.

Elle observait alors ce corps plus concentrée,

Et elle voyait qu'il n'avait pas besoin de sa pensée rationnelle pour qu'il puisse fonctionner.

 

Elle pressentait que si elle était plus consciente de cette fabuleuse intelligence à l'oeuvre dans son propre territoire et dans sa propre maison,

Elle serait moins égarée par le discours de sa raison.

Elle sentait que si elle se reliait à cette intelligence corporelle,

Elle trouverait sa place à elle.

 

Comme le têtard de spermatozoïde savait où il devait aller sans la raison pour le guider,

Comme la fleur savait comment elle devait pousser sans un cerveau pour la tirer, Comme l'oiseau sent où il doit voler en harmonie avec sa race ;

Elle sentirait grâce à ce biais où est son endroit, sa véritable place.

 

Avant, elle ne le savait plus,

Car elle ne ressentait plus et elle était perdue.

La tête avait pris le contrôle de la situation,

Et l'empêchait de jouer sa propre partition.

Mais, elle décida enfin de suivre son corps et sa vibration.

Au nom du corps qui est ma terre

Que ta volonté soit faite

Que ton règne arrive

 

Certains prient Dieu et puis le ciel

Pensant que là, se trouve l’essentiel

Moi, je prie mon Corps et la Terre

Car c’est elle, ma Mère

 

Sentez-vous ce lien entre vos corps, mon corps, et le corps de la Terre ?

Ils sont faits de la même matière

Sentez-vous qu’il faut en prendre soin ?

Pourtant ils sont des temples encore trop lointains

 

Continuons à nous prendre la tête

Et la terre, elle, elle tempête

Continuons à nous meurtrir

Et la terre, elle, elle va mourir

Continuons à souiller, violer les corps meurtris

Et nous aurons des tsunamis

Renions nos corps

Et c’est la mort

 

Tais-toi… Fais pas ça… Pleure pas… Bouge pas… Va par là… Non par ici…

Continuons à nous parler ainsi

Et la Terre va trembler

Pour enfin nous réveiller

 

Au nom du corps qui est notre terre

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne arrive

Avant que le monde parte à la dérive.

 

 

Soyons vivant

Et la terre se détend

Soyons vibrant

Et les temps redeviendront cléments

Vivons notre belle matière

Et nous en serons fiers

 

Le sacré se loge dans notre nature vivante, et dans nos corps vibrants ;

Pour intégrer la connaissance spirituelle, il convient de plonger dedans.

Les rythmes vitaux de nos organismes sont en résonance avec le cosmique ;

Intégrant cela, nous rencontrerons Dieu dans notre physique.

 

Plongeons dans nos ventres et dans nos grottes profondes ;

Nous y trouverons les racines et les fondations de la nature du monde ;

La connaissance nous sera alors révélée,

Et nous accèderons à notre unité.

 

Si nous cherchons Dieu dans l’extérieur,

Ce ne sera que malheurs.

Cherchons-le dans notre intérieur,

Et nous sentirons sa chaleur.

Car c’est dans la rencontre de notre dualité que nous serons mariés ;

La croix sera bien le trait d’union entre des opposées.

Plus aucun monde ne sera séparé.

 

Nous aurons en amour tous nos contraires ;

Et la Mère rencontrera le Père ;

Le féminin et le masculin danseront pour que rien ne se fane ;

Pour découvrir le sacré au coeur du profane ;

Le haut et le bas sur la même échelle,

Le spirituel au sein du matériel.

 

Au nom du corps qui est mon temple et ma terre

Que ton règne arrive

Toi qui es la fondation de toutes nos églises érigées vers les Cieux,

Tu es le réceptacle qui peut accueillir Dieu.

Tu es le lien entre le ciel et la terre ;

Ce contenant qui accueille la lumière.

Toi qui étais assimilé au mal,

Tu redeviens le réceptacle et le Graal.

Au nom du corps qui est ma terre ;

Que ta volonté soit faite.

 

Caroline Gauthier

« Elle est là… cette Femme «Trop».
Celle qui aime trop fort, celle qui ressent trop profondément, celle qui demande trop souvent et celle qui désire trop.
Elle est là, elle prend beaucoup trop d’espace, avec son rire, ses courbes, son honnêteté et sa sexualité. Sa présence est aussi grande qu’un arbre et aussi large qu’une montagne. Son énergie occupe chaque anfractuosité de la pièce. Elle prend trop de place.
Elle est là, elle gêne par ses envies persistantes, elle a trop d’envie. Elle désire beaucoup. Elle veut tout, trop de bonheur, trop de temps seule, trop de plaisir. Elle traversera le soufre, la rivière trouble et le feu de l’enfer pour l’obtenir. Elle risquera tout pour étouffer les angoisses de son cœur et de son corps. Cela la rend dangereuse.
Elle est dangereuse.
Ensuite, cette Femme «Trop» fait trop réfléchir les gens, ressent trop, se pâme trop. À travers sa posture, on découvre sa confiance en soi et sa prose authentique. Elle a un rire franc qui vient du cœur, un appétit insatiable et une propension à la passion ardente. Tous les yeux sont rivés sur elle, pensant qu’elle pète plus haut que son derrière.
Oh, cette Femme «Trop»… Trop forte, trop vibrante, trop honnête, trop émotive, trop intelligente, trop intense, trop jolie, trop grosse ou trop mince, trop difficile, trop sensible, trop sauvage, trop intimidante, trop réussie, trop joyeuse, trop indigente ; trop quoi.
Elle devrait se calmer un peu, baisser le ton quelque peu. Quelqu’un devrait la remettre dans le droit chemin. Quelqu’un devrait lui dire.
Je suis là… La Femme «Trop», avec mon cœur trop tendre et mes émotions de trop.
En tant qu’empathique et hédoniste en constante recherche de plaisir, je veux une profusion de justice, de sincérité, d’espace, de facilité, d’intimité, de respect, d’être vue, d’être comprise, de votre attention complète et que toutes vos promesses soient tenues.
J’ai été appelée très exigeante parfois parce que je veux ce que je veux, et aussi, intimidante à cause de la place que j’occupais. J’ai été appelée égoïste parce que je m’aime moi-même. J’ai été appelée une sorcière parce que je sais comment me guérir.
Mais encore et encore… Je me relève. Encore et toujours, je veux, je ressens, je demande, je risque et je prends de la place.
C’est nécessaire.
Trop de femmes ont été confrontées à l’extermination depuis des siècles. Nous avons tellement peur d’elles. Nous sommes terrifiées par leur grande présence, par leur manière de commander le respect et de brandir la vérité de leurs sentiments. Nous avons essayé d’étouffer la Femme «Trop» depuis trop longtemps, chez nos sœurs, chez nos compagnes et chez nos filles. Et même maintenant, même aujourd’hui, dans un certain sens, nous continuons à couvrir de honte cette Femme «Trop» pour sa grandeur, son désir et sa nature passionnée.
Et encore… elle relève le défi.
La femme, dans sa pleine puissance, se déplace à travers le monde avec grâce et confiance. Dorénavant, sa sagesse tempère son esprit fougueux. Calmement mais fermement, elle dit la vérité sans aucun doute ni hésitation et la vie qu’elle mène est enfin sapropre création.
Dans mon propre monde et sous mes yeux, je suis témoin de l’ascension et de la remise en valeur de la Femme «Trop». Cette Femme «Trop» est également connue de certains comme la femme sauvage ou le divin féminin. Dans tous les cas, elle est moi, elle est toi et elle adore avoir enfin la place de s’exprimer librement.
Si vous avez déjà été appelée «Trop» ou «trop émotive» ou «trop garce» ou encore «trop coincée», vous êtes probablement une vrai Femme «Trop».
Et si vous l’êtes… Je vous implore d’embrasser tout ce que vous êtes, toute votre profondeur, toute votre immensité ; de ne pas vous retenir et de ne jamais abandonner votre grandeur ou votre éclat brillant.
Oubliez tout ce que vous avez entendu ! Votre côté «Trop» est un don. Oh oui, un don qui peut guérir, inciter, libérer et transpercer directement au cœur des choses.
N’ayez pas peur de ce don, et ne laissez personne vous en détourner. Votre coté «Trop» est magique, c’est une médecine. Il peut changer le monde.
Vous ne me croyez pas ? Vérifiez ceci : Toutes vos femmes préférées, celles qui ont fait l’histoire, celles qui ont prêté leur voix pour le changement et celles qui se sont courageusement autorisées à être exactement qui elles sont. Quelques exemples : Oprah, Ronda Rousey, Beyoncé, Kali, Misty Copeland, Janet Mock, Marie-Madeleine… Elles sont toutes des Femmes «Trop» !
Alors je t’en prie Femme «Trop» : Demande, Cherche , Désire, Grandis, Bouge, Ressens, Sois.
Fais des vagues, attise tes flammes et donne-nous des frissons.
Je t’en prie, lève-toi.
Nous avons besoin de toi ! »
~ Ev’Yan Whitney
Traduit de l’anglais.
Ev’Yan Whitney est une éducatrice sexuelle et une doula ™ en sexualité qui aide les femmes à sortir de la honte et de la peur pour entrer dans leur pouvoir érotique.
Son site : https://www.evyanwhitney.com/
magnifique témoignage d'une femme ayant cheminé en corps, et encore de masculin à féminin
« Dans ce jeu pervers, où j’ai été entraînée, très jeune, j’ai choisi la conduite des dominants, avec mes atouts de femme. J’ai brimé le féminin en moi et donné beaucoup de place à mon masculin. J’ai séduit les hommes et adopté l’attitude de la préhension envers les hommes mais aussi envers mon propre féminin que je n’ai pas écouté. Je suis devenue victime et bourreau de moi même.
A présent, je demande pardon, je ne veux plus survivre de mes blessures passées. Je suis prête à t’écouter, à t’aimer, à exprimer ce que je ressens et à vivre la joie de l’être. J’ai confiance en ton écoute, j’ai foi dans nos actes.
Je demande pardon aux femmes, à la femme que j’ai reniée en moi, je demande pardon au féminin sacré que je n’ai pas honoré à travers ma conduite, je demande pardon aux hommes que j’ai essayé de dominer pour me venger, je demande pardon au masculin sacré que j’ai castré du plaisir de me rencontrer vraiment.
A présent je te dis où je ressens tes gestes trop intrusifs et où ils sont bons pour moi. Je t’accueille tel que tu es, sans attente, sans volonté.
C’est cet Amour qui m’apprend à être, élève mon esprit et rejoint mon âme. »
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écouter le poème magnifique lié à un geste (la main de désir sans amour) lors d'une rencontre festive, proposé en audio sur l'article, à gauche : ah ce corps !
texte de Patrick Burensteinas sur le corps
pour de meilleurs ressentis de nos 3 règnes intimes et terrestres
minéral, végétal, animal
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LA TRAME : CORPS OU CITÉ...
Le corps est l’agrégat temporaire des 3 règnes comme une fourmilière qui, pour former sa colonie, aurait pris les caractéristiques du minéral, du végétal et de l’animal.
Le minéral
Le minéral a comme particularité de donner une rigidité, un fondement à toute structure ; il a aussi le pouvoir de stocker en lui de l’information. C’est pourquoi il est utilisé dans notre corps comme charpente (le calcium de nos os), comme mémoire ou transmetteur de l’information (tels les neurotransmetteurs qui sont tous des métaux ou des métalloïdes), mais aussi pour fixer les gaz comme le fer de notre sang fixe l’oxygène.
Le végétal
Le végétal est le seul des 3 règnes capable de transmuter. C’est en effet le seul qui transforme l’énergie en matière par la photosynthèse. Pour prouver cet acte quasiment magique, vous pouvez faire l’expérience suivante : Prenez une graine et pesez-la.
Ensuite, procurez-vous du coton que vous imbibez d’eau. Naturellement vous avez pesé l’eau avant. Vous placez le coton dans une bouteille en plastique et la graine par-dessus.
Fermez hermétiquement la bouteille et placez-la au soleil.
Au bout d’un certain temps, la plante pousse. Bien sûr quand la nourriture contenue dans la graine est épuisée la plante s’étiole. À ce moment-là, vous prendrez la plante et vous la pèserez. Oh miracle ! La plante pèsera plus lourd que le poids de la graine initiale et le poids de l’eau.
D’où vient cette différence de masse ? Eh bien, la plante a transformé la lumière en matière ! Notre corps a donc tout naturellement placé les végétaux, à l’endroit où nous transformons la matière en énergie : dans nos intestins. C’est la flore intestinale ; sans elle, nous serions tout simplement incapables de digérer.
L’animal
L’animal est représenté par les cellules qui fournissent le transport et permettent le mouvement de la colonie pour lui donner toujours la position la plus favorable.
La vie organisée et a fortiori le corps humain ont peut-être commencé comme ceci : Une cellule rencontre une autre cellule, et comme dit la chanson que croyez-vous qu’elles se racontent ? Des histoires de cellules : « C’est bien compliqué d'être un si petit animal. Et si on fondait une société ? Une espèce de copropriété où chacun serait à sa place selon ses compétences ? »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les premières cellules se regroupent et puis d’autres et d’autres encore. Au-delà d’un certain nombre, des problèmes d’intendance commencent à se faire sentir. Les cellules du milieu ne sont plus capables de se nourrir, la nourriture étant à l’extérieur de l’amas. Elles ne sont plus capables non plus de respirer pour la même raison. Elles menacent alors de quitter la colonie.
Quelques cellules disent : « Vous ne pouvez pas faire ça, on va trouver un moyen, certaines d’entre nous vont vous nourrir, d’autres vous apporter de l’air et d'autres encore ce qui vous manque. »
Alors certaines cellules se spécialisent.
– Il y a les «rouges», celles qui sont chargées d’apporter de l’oxygène. Elles trouvent le moyen de transporter du fer sur leur dos, de le faire rouiller à l’extérieur pour le porter tout chargé d’oxygène à l’intérieur.
– Il y a celles chargées du nettoyage, de la sécurité et de la poste. Et plus la « ville » devient importante, plus il y a d’habitants, plus le besoin de services spécialisés se fait sentir. Cette ville forte de 40 milliards de milliards d’habitants, c’est notre corps, où chaque règne est représenté selon sa place et son utilité.
QU’EST-CE QUE LA TRAME I
Imaginez une ville aussi complexe que celle que nous venons de décrire. Comment se peut-il qu’elle soit cohérente, que les cellules qui forment le foie ne se mélangent pas avec celles des os ? Ou plus simplement pourquoi tout cela reste-t-il en place ?
Si vous prenez une cellule de votre corps, et que vous lui donniez à manger, elle vit très bien sans vous ; alors pourquoi reste-t-elle ? Pourquoi ne nous décomposons-nous pas de notre vivant ?
Et qu’est-ce qui fait qu’un jour, celui de notre mort, nous nous décomposons ? Notre corps est maintenu cohérent par une sorte de canevas, un schéma d’information qui dicte à chaque cellule quelle est sa place et quelle est sa fonction. Comme pour une tapisserie où la Trame maintient les fils ensemble, dans un ordre précis.
Trame le mot est lâché.
La Trame est un ensemble d’informations, un quadrillage quantique, le plan, qui fixe l’organisation des cellules de notre corps, mais aussi des minéraux et des végétaux qui participent à la colonie.
COMMENT L’INFORMATION CIRCULE SUR LA TRAME
Dans notre univers, ici et maintenant, l’information, l’énergie, circulent de manière ondulatoire, plus exactement sinusoïdale. Par exemple, prenez par une extrémité un tapis posé sur le sol, et secouez-le. Vous vous apercevrez que l’onde créée se déplace d’une manière sinusoïdale.
Il en est de même pour notre corps. Supposons maintenant que l’information soit bloquée sur la Trame par un obstacle ou une rupture de continuité, comme une pierre sur le tapis.
À partir de l’obstacle, l’information est altérée voire absente. Les cellules et autres composants ne reçoivent plus d’ordre de cohérence et se trouvent livrés à eux-mêmes : c’est la désorganisation. Dans certains cas, les cellules livrées à elles-mêmes décident de créer une colonie locale, un nouvel organe qui les satisfera elles, mais pas forcément l’unité du corps. C’est une tumeur.
COMMENT REMÉDIER À UNE SITUATION DE BLOCAGE
Pour remettre le système en état, il faut opposer au blocage une énergie légèrement supérieure. Il faut vigoureusement secouer le tapis.
C’est le premier effet que nous apprendrons à produire et à contrôler dans l’apprentissage de la Trame. Le second effet découle de l’observation suivante : une sinusoïde est aussi caractérisée par sa régularité. Celle-ci dépend de la cohérence de ses composantes. Imaginez une chorale où chaque chanteur chanterait ce qu’il veut. Il s’ensuivrait immanquablement une cacophonie. La courbe représentant cette musique sera chaotique.
Si par contre le chef de chorale est là, alors tous les chanteurs chanteront à leur place exacte et le résultat sera harmonique.
Toutes les cellules de notre corps chantent (ou plutôt vibrent), chacune avec sa propre voix. Nous serons alors le diapason, le chef d’orchestre, qui permettra à tous les composants de notre corps d’être en harmonie. La notion d’harmonie n’est pas métaphysique. Elle est physique. Dans une propagation harmonique, l’énergie est bien plus grande et bien plus pertinente (comme un laser par rapport à une lampe).
Nous gagnerons donc à harmoniser notre corps pour que l’énergie qui circule entre chaque cellule soit le moins altérée possible et que l'information aille bien là où elle doit aller.
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en complément, ce texte sur les modes de dissipation thermique ou dynamique de l'énergie des émotions :
SOURCES DE PERTURBATIONS DE LA TRAME
La première cause de perturbation de la Trame est l’émotion ou plutôt le surcroît d’émotions. Qu’est-ce que l’émotion ? L’émotion est de l’énergie que nous fabriquons. Une fois cette énergie fabriquée, nous avons deux possibilités majeures de l’utiliser : thermique ou dynamique. C’est-à-dire que nous avons chaud et que nous bougeons. Par exemple, vous avez peur, et cette peur peut vous donner des ailes. Vous transformez alors l’énergie de la peur en mouvement. Un autre cas, la colère. Si vous êtes en colère, vous devenez tout rouge (vascularisation pour dissiper l’énergie d’une manière thermique) et vous faites de grands gestes (dissipation dynamique). Il n’y a pas de mystère ; dès que vous fabriquez de l’émotion-énergie, le corps tente de la dissiper. Si vous êtes en colère, le fait de faire trois fois le tour du pâté de maisons vous calmera. Vous avez transformé votre énergie/colère en mouvement. Vous vous mettez un coup de marteau sur les doigts. Pouvez-vous me dire pourquoi vous mettez-vous à sauter partout en criant ? Est-ce que votre doigt en sera moins écrasé ? Bien sûr que non ! Mais l’émotion que vous avez créée vous pousse à l’action. Prenez une émotion dite positive comme une grande joie. Regardez les gens qui gagnent à un jeu, eux aussi se mettent à sauter partout en criant. Là encore vous avez transformé votre émotion-énergie en mouvement. Ce fonctionnement est normal et ne saurait être pathogène, sauf si vous fabriquez plus d’énergie que vous ne pouvez en dépenser. Nous, êtres humains, avons un problème majeur, nous avons le sens du temps qui passe. Nous sommes capables de souffrir aujourd’hui de quelque chose qui nous est arrivé hier. Plus fort encore, nous sommes capables de souffrir de quelque chose qui nous arrivera peut-être demain. Si quelqu’un me dit un mot qui me déplaît, je peux fabriquer de l’émotion pendant des mois. Une émotion sans sens ni fonction. Ces émotions s’accumulent, car elles n’ont aucune possibilité de s’écouler. Au-dessus d’un certain seuil, cette énergie devient pathogène, elle engorge, perturbe la Trame. Elle tente de se frayer un passage vers l’extérieur du corps. Elle crée : – Dans un premier temps, des inflammations, des éruptions, des brûlures (voyez comme ces termes sont ignés). – Dans un second temps, des surtensions pouvant conduire à une rupture mécanique de l’organisme. Remarquez comment les animaux, qui, eux, ont la chance de ne pas avoir la notion du temps qui passe, transforment instantanément l’énergie en mouvement. Par exemple, vous faites peur à un lapin, c’est tout de suite qu’il se met à courir, pas demain. Quoiqu’un surplus d’émotions puisse le paralyser. Par contre, regardez ce qui se passe pour un animal vivant comme un homme ou plutôt ayant un rythme humain. Un chien domestique sait qu’il va avoir sa pâtée, qu’il va sortir, que son maître peut partir. Il va donc acquérir la notion du temps qui passe, et par là même sera capable de faire de l’émotion décalée. Il aura donc les mêmes maladies que l’homme, de l’eczéma par exemple... L’émotion est nécessaire, c’est la vie, le mouvement ; mais en trop grande quantité, c’est l’explosion de la Trame. Comme une chaudière surchauffée fait exploser ses tuyaux. Maintenant que nous avons une idée un peu plus précise de la Trame, et de ce qui peut l’empêcher de fonctionner, nous allons pouvoir entrer dans le vif du sujet.
Trouvé sur le blog La Vie est le plus grand des Gourous, actif jusqu'en 2019 mais où on peut lire les articles archivés depuis 2013
Souviens-toi que :
"Cet Univers s'éveille quand tu t'éveilles et s'abolit quand tu te retires.
Donc, la totalité de ce qui existe et de ce qui n'existe pas
n'est rien d'autre que toi."
(Abhinavagupta, Shivaïsme du Cachemire (fin Xe s. début XIe s.)
Souviens-toi que tu sécrètes ce monde à chaque instant. Tu en rêves chaque nuance, chaque situation, chaque ombre et chaque lumière, tu es en la trame, la substance et la coloration. Tu en es la chair et le souffle. La limpidité joyeuse et l'épais brouillard des peines.
Non pas toi en tant que rêvé, mais toi en tant que rêveur.
Le rêvé n'est qu'une petite chose en perdition, le Rêveur est tous les mondes en formation.
Souviens-toi de toi en prenant conscience que la totalité de ce qui est vu est toi, non pas un toi circonscrit à une forme particulière , mais toi en tant que la vision de ce qui est vue. Toi en tant qu'espace contenant tout ce qui est perçu, toi en tant que substance de ce qui apparaît et disparaît. Tu es l'Océan, de ton frémissement amoureux naissent les vagues qui bondissent de joie sur la plage ou qui viennent se fracasser sur les rochers. Tu n'es pas une vague particulière, tu es toutes les vagues en même temps et dans la sérénité du silence de ta profondeur rien n'est affecté par le bruit des vagues ni par leur mort ni par leur renaissance, car tu es l'Immobile d'où émerge tous les mouvements.
Jamais tu ne meurs car jamais tu ne nais, toujours Cela tu es, indéfiniment.
Sors-toi des limites de ce petit personnage en te percevant l'illimité contenant toutes les choses. Déborde-toi de ce contenu restreint et révèle-toi dans ton infinité bienheureuse. Dénoue ce nœud qui t'étrangle en une histoire particulière et ouvre-toi en ta lumière traversée par toutes les images de l'Univers.
Quelles que soient les circonstances, rappelle-toi à toi en étant conscient que tu es toute la scène qui est en train de se produire. Elle vient de jaillir de ton cœur et déjà s'en retourne et y meurt. Tu es l'éternel immobile en qui tout se manifeste et s'estompe.
Touche-toi d'azur et de terre, embrasse-toi d'eau et de lumière, respire-toi de feu et du souffle de l'éther, chacun de tes mouvements crée des étoiles et des galaxies, des empires, des civilisations et des mystères...
Tout cela est vrai et tout cela est faux, tout n'étant que le reflet de ta réflexion. Souviens-toi de toi et tu verras que tu es le berceau de toutes ces chimères douces amères. Le chaos de ces mondes n'étant que l'inversion de ta propre sérénité.
C'est dans ces projections que tu viens t'aimer en te reconnaissant non né. Et c'est en t'embrassant dans ton immensité que tu t'éveilles à ta réalité. Tu te souviens alors que depuis toujours tu es cette Eternité.
Domiji
article publié le 9 Janvier 2016

les 44 pages de Metamorphosis du 21 mars 2023 au 21 décembre 2023

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Kdo

5 Décembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #album, #pour toujours, #écriture- lecture

Kdo pour un anniversaire de 83 ans
Kdo pour un anniversaire de 83 ans
Kdo pour un anniversaire de 83 ans
Kdo pour un anniversaire de 83 ans

Kdo pour un anniversaire de 83 ans

c'est parti de Saint-Maixent l'École, Deux-Sèvres,
le 21/10/2023
c'est arrivé dans le bon tempo
ça s'appelle un Kdo
Kdo de 144 pages, avec 56 poésies écrites à la main
des peintures, des cyanotypes, des dessins
je n'ai vu l'expéditrice qu'une fois, chez des amis
j'étais allé la chercher à la gare et nous avions fait connaissance pendant le temps de la longue montée en lacets vers un village de 50 âmes et le temps d'un repas partagé

merci Rachel K.

j'évoque deux autres Kdo

- celui de Virginia G., faisant imprimer spécialement L'éternité d'une seconde Bleu Giotto en format 21 X 29,7

- celui de Dominique Lardenois  m'offrant une traversée dans mon oeuvre, avec Katia Ponomareva, le 29 septembre 2023

les billets que m'envoie Alain Cadéo sont Kdo / j'en ai mis plusieurs dans Le cerf-volant de l'égaré N°2 / j'en ai reçu 2, ce lundi 4 décembre 12 H 40 et 12 H 50


je me suis demandé en me replongeant dans cet objet magnifique, unique
si j'avais été soucieux de Kdo de ce genre;

je recense :
- le livre unique sur papier de liège trouvé en Corse, écrit et illustré pour K.
- l'album de photos d'artiste réalisées par Hélène Théret à ses 3 ans, que R. découvrira à ses 18 ans
- l'oeuvre réalisée pour les 75 ans de l'épousée par DSJ (qu'elle ne verra jamais)
- les oeuvres réalisées en dentelles végétales par Aïdée B. : jupe de correspondance, testament amoureux (dans le sillage de Baïkala), photo de la Belle avec sa déclaration d'amour éclairée par LED

et de fil en aiguille, c'est la Vie-Kdo qui offre à foison

il me semble que les livres pluriels que j'ai initiés sont aussi des Kdo :

- Envies de Méditerranée

- Gabrielle Russier / Antigone

- Elle s'appelait Agnès

- Baïkal's Bocal

- Avec Marcel Conche

- Marilyn après tout

- Diderot pour tout savoir

- Cervantes-Shakespeare, cadavres exquis

- Le passage du temps

- Au bord des falaises ou comment se relever de ses morts ?

- Le siècle de Marcel Conche

- Cahier des futurs désirés

Puis j'ai élargi au Kdo que fut la fréquentation des oeuvres de Christian Bobin, Christiane Singer, Jean-Yves Leloup, Deepak Chopra, Eckhart Tolle, Thierry Zalic

Et last but not least

- la correspondance heureuse de 17 ans avec Emmanuelle Arsan, du 19 mars 1988 au 31 mars 2005

- l'amitié et les rencontres avec Marcel Conche (contacté dès la revue Aporie vers 1986-1987). Rencontré en 2003 pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, il fit cadeau aux Cahiers de l'Égaré du petit livre De l'amour. À partir de 2010, je le vis une à deux fois l'an, souvent avec François Carrassan. À La Maisonneuve à Altillac en Corrèze puis à la fin à Treffort, dans l'Ain.

- l'amitié et les rencontres avec Edgard Gunzig, à partitr du salon du livre à Paris, en 2005

- le 30 avril 2010, la visite exceptionnelle de la grotte Chauvet, Kdo dû à Roger Lombardot et Dominique Baffier

Kdo pour un anniversaire de 83 ans
Kdo pour un anniversaire de 83 ans
Kdo pour un anniversaire de 83 ans
Kdo pour un anniversaire de 83 ans

Kdo pour un anniversaire de 83 ans

Aucun mot n’est fondamentalement inutile, démodé ou idiot. C’est la manière dont il est entouré qui le rend glacial, terne, sans intérêt, autrement dit qui l’annihile et qui souvent le tue. Ainsi j’essaie toujours de rassembler mon petit peuple familier au cœur d’une clairière où aucun ne se sent étranger. J’appelle ça mon cirque. C’est le seul nom que j’ai trouvé collant le mieux à ma manière très intuitive de fonctionner, de fusionner avec cette tribu sauvage cherchant abri et bonne compagnie. Je n’utilise jamais la force. C’est foin à volonté et le bon goût de la luzerne, poignée de myosotis, deux chardons, boutons d’or et un soupçon de mandragore, marmites de tripailles, pommes en quantité, toute la moelle des consonnes, le petit gras de l’alphabet. Je les laisse venir. Les auges sont remplies, de l’eau à volonté. Il faut les voir rappliquer de tous les côtés! Ils sont de toutes les espèces. Reptiles, amphibiens, rampants, insectes, gros et petits animaux à plumes et à poils, bêtes mythiques, fauves, arbres, roches, fleurs et tout un peuple de nuages, d’astres, de constellations, mille sons et couleurs se déployant au rythme de leur brassage, de leurs accouplements souvent inattendus. Terre, mers, ciels, montagnes, plaines, le doux regard aussi de très rares humains croisés, stupéfaits de voir passer la horde affamée de ces indésirés. C'est là que les mots dansent, jonglent, font des sauts périlleux, s’acoquinent en figures exaltant leur sens premier, deviennent acrobates sans filets, aventuriers, filles de l’air et trapézistes, célestes voyageurs épris de liberté.

On dit à juste titre que chaque écrivain possède son lexique. Et les plus grands d’entre eux ferraillent avec un bataillon fidèle mais restreint de mots très forts mais admirablement entrelacés leur permettant d’exprimer les plus belles nuances de l'âme. Trois cents mots pour Racine! Cent de plus peut-être pour Corneille… Après c’est affaire de rythme, de cadences du cœur, métronome des nerfs, du sang et des artères. Autrement dit tout est affaire de souplesse et d'ondes musicales. Et ceux et celles qui savent faire chanter et danser les mots sont des sorciers de pleine lune. Bons à brûler
 
Moi, c’est plutôt Freaks ou la monstrueuse parade des noms bien tarabiscotés, des adjectifs vêtus de leurs vieux costumes de lumière, des verbes rutilants qui roulent sous la langue, un carnaval que plus personne n’utilise ou que personne ne comprend. Mais je ne m’en plains pas, car ma tribu jamais ne m'a quitté. Je les vois même défiler, comme en rêve, lorsque les yeux fermés je me repose. Et le soir venu je m’en vais avec mon cirque et ses lampions, dans des bruits de chariots et tous les grincements de mes hallucinations, hennissements, barrissements, rugissements, le flamenco des écuyères et leurs éclats de rires, le tout sans cages ni aucune sorte d’enfermement. La nuit, mes virgules et mes points se plantent où ils veulent. Personne ne rechigne. Tout le monde est partant pour un bon feu de camp dont les brindilles étincellent et grimpent en pétaradant vers la grande ourse ou les nuages de Magellan... jusqu’au soleil levant. Repus et reposés, là tous s’alignent en paix et je n’ai plus qu’à recopier leurs quatre volontés. Ce sont mes vrais amis, car ce qu’ils me confient est en principe intraduisible. Je ne peux même pas appeler ça de la poésie. C’est le substrat ou l’essence même d’un drôle de paradis.  
Alain Cadéo, 4 décembre 2023

Vous remarquerez peut-être que ces billets, qu’ils soient le fruit d’une pensée, d’une anecdote, d’une soudaine révélation ou simple évocation d’un souvenir très cher, finissent par posséder une sorte de structure pouvant être l’objet d’un monstrueux roman en permanence inachevé. Roman dont l’écriture elle-même serait le personnage énigmatique, masqué, fuyant toujours devant. 

Courir après cet animal changeant de forme à chaque instant fut ma joie et jamais un tourment. Et aujourd’hui, là, je voulais la remercier cette écriture, d’avoir été présente, sans faillir, tout le long de ma vie. Elle fut mon dragon, mon lion, ma belette, mon petit « cheval blanc ». Elle fut aussi ma symphonie, mon menuet, ma chansonnette. Je l’ai suivie comme un enfant, fasciné par ses couleurs, ses voltiges, ses ruades, ses merveilleux emballements et n’ai jamais douté qu’elle me menait, tout en jouant à m'égarer, vers la claire lisière où sommeillent les vibrations secrètes du VERBE... devant qui, tous les mots, humblement, s’agenouillent et se taisent.
Alain Cadéo, 4 décembre 2023
Annie magnifiée par Aïdée
Annie magnifiée par Aïdée
Annie magnifiée par Aïdée
Annie magnifiée par Aïdée

Annie magnifiée par Aïdée

Je m’en irai par les avenues des villes prospères je m’en irai sans me laisser séduire par les promesses qui s’affichent je m’en irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où s’achèvent les villes aux filles de rêve qui enlèvent le haut puis les bas je ne t’aurai pas trouvé(e) Alors j’irai par les campagnes en jachère abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère sans m’attacher aux filles légères qui te montrent tout par petits bouts j’irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où se ressourcent les nostalgies de belle époque je ne t’aurai pas trouvé(e) Mais quand je m’arrêterai où commencent les marées je crois bien que je te connaîtrai  au Cap de Bonne Espérance
Je m’en irai par les avenues des villes prospères je m’en irai sans me laisser séduire par les promesses qui s’affichent je m’en irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où s’achèvent les villes aux filles de rêve qui enlèvent le haut puis les bas je ne t’aurai pas trouvé(e) Alors j’irai par les campagnes en jachère abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère sans m’attacher aux filles légères qui te montrent tout par petits bouts j’irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où se ressourcent les nostalgies de belle époque je ne t’aurai pas trouvé(e) Mais quand je m’arrêterai où commencent les marées je crois bien que je te connaîtrai  au Cap de Bonne Espérance
Je m’en irai par les avenues des villes prospères je m’en irai sans me laisser séduire par les promesses qui s’affichent je m’en irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où s’achèvent les villes aux filles de rêve qui enlèvent le haut puis les bas je ne t’aurai pas trouvé(e) Alors j’irai par les campagnes en jachère abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère sans m’attacher aux filles légères qui te montrent tout par petits bouts j’irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où se ressourcent les nostalgies de belle époque je ne t’aurai pas trouvé(e) Mais quand je m’arrêterai où commencent les marées je crois bien que je te connaîtrai  au Cap de Bonne Espérance
Je m’en irai par les avenues des villes prospères je m’en irai sans me laisser séduire par les promesses qui s’affichent je m’en irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où s’achèvent les villes aux filles de rêve qui enlèvent le haut puis les bas je ne t’aurai pas trouvé(e) Alors j’irai par les campagnes en jachère abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère sans m’attacher aux filles légères qui te montrent tout par petits bouts j’irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où se ressourcent les nostalgies de belle époque je ne t’aurai pas trouvé(e) Mais quand je m’arrêterai où commencent les marées je crois bien que je te connaîtrai  au Cap de Bonne Espérance

Je m’en irai par les avenues des villes prospères je m’en irai sans me laisser séduire par les promesses qui s’affichent je m’en irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où s’achèvent les villes aux filles de rêve qui enlèvent le haut puis les bas je ne t’aurai pas trouvé(e) Alors j’irai par les campagnes en jachère abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère sans m’attacher aux filles légères qui te montrent tout par petits bouts j’irai à ta rencontre sans te chercher car je sais que là où se ressourcent les nostalgies de belle époque je ne t’aurai pas trouvé(e) Mais quand je m’arrêterai où commencent les marées je crois bien que je te connaîtrai au Cap de Bonne Espérance

l'épreuve d'artiste toujours embalée, format 40 X 30, tirage argentique / R. par Hélène Théret
l'épreuve d'artiste toujours embalée, format 40 X 30, tirage argentique / R. par Hélène Théret

l'épreuve d'artiste toujours embalée, format 40 X 30, tirage argentique / R. par Hélène Théret

Kdo fait par Virginia G. à JCG, L'éternité d'une seconde Bleu Giotto en format 21 X 27 et le livre réalisé lors d'un stage de 5 jours chez Aïdée Bernard en 2014
Kdo fait par Virginia G. à JCG, L'éternité d'une seconde Bleu Giotto en format 21 X 27 et le livre réalisé lors d'un stage de 5 jours chez Aïdée Bernard en 2014
Kdo fait par Virginia G. à JCG, L'éternité d'une seconde Bleu Giotto en format 21 X 27 et le livre réalisé lors d'un stage de 5 jours chez Aïdée Bernard en 2014

Kdo fait par Virginia G. à JCG, L'éternité d'une seconde Bleu Giotto en format 21 X 27 et le livre réalisé lors d'un stage de 5 jours chez Aïdée Bernard en 2014

Au bord des falaises ou comment se relever de ses morts, livre choral d'accompagnement d'une femme augmentée par le chagrin
Au bord des falaises ou comment se relever de ses morts, livre choral d'accompagnement d'une femme augmentée par le chagrin

Au bord des falaises ou comment se relever de ses morts, livre choral d'accompagnement d'une femme augmentée par le chagrin

monologue du vieil homme de 79 ans, le 15 mai 2020, depuis chez lui et pas depuis la Maison des Comoni au Revest où la lecture était programmée à partir de 19 H 30, avec JCG, le vieil homme, le comédien Yves Ferry, la Voix, la comédienne Moni Grego, les femmes, la clown Claudine Herrero et à la caméra en live, Samir Bouallegue. Mais les théâtres sont fermés pour encore un bon moment. Donc, petit intermède en attendant. Un texte testament de vieil homme (aux environs de 80) en recherche sur le plan métaphysique (hésitant encore entre hasard, destin, dessein, entre Nature et Conscience) et dialoguant crument et cruellement, avec une voix d'intelligence artificielle, sur son dernier amour et sur le fiasco, la foirade des relations sexuelles et amoureuses entre F/H; le malentendu universel dont parle Baudelaire dans Mon coeur mis à nu ; évidemment Samuel Beckett est dans le coup avec sa Dernière bande et son Premier amour.

le moment du clown : (un lacet de basket qui se défait, tu n'as rien fait pour le défaire, tu n'as rien vu venir et tu te trouves délivré d'une chaussure, d'un attachement / situation typiquement clownesque partagée entre clownerie et clown ne rit / t'es dans l'embarras / cherche pas la solution, refaire le nœud / ça, c'est le raisonnable / ta question comme clown d'une situation, c'est la chaussure défaite / t'as pas à choisir entre t'immobiliser sur la paille ou sautiller à petits sauts / ça, c'est le cérébral, le mental / t'as la chaussure défaite / y a ton pied et ta chaussure, est-elle à ton pied ? es-tu le bon pied ?... / ces questions ne se posent même pas, ce serait encore du cérébral / quel duo complice, antagoniste, mixte, ton corps sans pensée mais prenant son pied va faire avec ta basket parce que ce soir, t'as mis tes baskets, si légères)

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La mémoire et la mer / Léo Ferré

16 Novembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #J.C.G., #album, #note de lecture, #pour toujours, #écriture- lecture, #FINS DE PARTIES

l'album de 70 et Léo Ferré en 70 chantant la mémoire et la mer / partitions de Léo Ferré, exposées à Beaune pour les 100 ans
l'album de 70 et Léo Ferré en 70 chantant la mémoire et la mer / partitions de Léo Ferré, exposées à Beaune pour les 100 ans
l'album de 70 et Léo Ferré en 70 chantant la mémoire et la mer / partitions de Léo Ferré, exposées à Beaune pour les 100 ans

l'album de 70 et Léo Ferré en 70 chantant la mémoire et la mer / partitions de Léo Ferré, exposées à Beaune pour les 100 ans

La mémoire et la mer
par Léo Ferré


La marée, je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l’arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j’en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre
Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l’écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
O l’ange des plaisirs perdus
O rumeurs d’une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu’un chagrin de ma solitude
Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ö parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j’allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d’aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen
Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu’on dirait l’Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s’immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu’on pressent
Quand on pressent l’entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D’où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles
Cette rumeur qui vient de là
Sous l’arc copain où je m’aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l’anathème
Comme l’ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S’en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C’est fini, la mer, c’est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d’infini…
Quand la mer bergère m’appelle

 

Texte intégral
 
Christie quand je t'ai vue plonger
Mes vergues de roc où ça cogne
Des feuilles mortes se peignaient
Quelque part dans la Catalogne
Le rite de mort aperçu
Sous un divan de sapin triste
Je m'en souviens j'étais perdu
La Camarde est ma camériste
C'était un peu après-midi
Tu luisais des feux de l'écume
On rentrait dans la chantilly
Avec les psaumes de la brume
La mer en bas disait ton nom
Ce poudrier serti de lames
Où Dieu se refait le chignon
Quand on le prend pour une femme
Ô chansons sures des marins
Dans le port nagent des squelettes
Et sur la dune mon destin
Vend du cadavre à la vedette
En croix granit christ bikini
Comme un nègre d'enluminure
Je le regarde réjoui
Porter sur le dos mon carbure
Les corbeaux blancs de Monsieur Poe
Géométrisent sur l'aurore
Et l'aube leur laisse le pot
Où gît le homard nevermore
Ces chiffres de plume et de vent
Volent dans la mathématique
Et se parallélisent tant
Que l'horizon joint l'ESThétique
L'eau cette glace non posée
Cet immeuble cette mouvance
Cette procédure mouillée
Me fait comme un rat sa cadence
Me dit de rester dans le clan
A mâchonner les reverdures
Sous les neiges de ce printemps
A faire au froid bonne mesure
Et que ferais-je nom de Dieu
Sinon des pull-overs de peine
Sinon de l'abstrait à mes yeux
Comme lorsque je rentre en scène
Sous les casseroles de toc
Sous les perroquets sous les caches
Avec du mauve plein le froc
Et la vie louche sous les taches
Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du flafla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur qui me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
A dessiner mon théorème
Et sur mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue aux musiques mortes
C'est fini la mer c'est fini
Sur la plage le sable bêle
Comme des moutons d'infini
Quand la mer bergère m'appelle
Tous ces varechs me djazzent tant
Que j'en ai mal aux symphonies
Sur l'avenue bleue du jusant
Mon appareil mon accalmie
Ma veste verte de vert d'eau
Ouverte à peine vers Jersey
Me gerce l'âme et le carreau
Que ma mouette a dérouillé
Laisse passer de ce noroît
À peine un peu d'embrun de sel
Je ne sais rien de ce qu'on croit
Je me crois sur le pont de Kehl
Et vois des hommes vert-de-gris
Qui font la queue dans la mémoire
De ces pierres quand à midi
Leur descend comme France-Soir
La lumière du Monsignor
Tout à la nuit tout à la boue
Je mets du bleu dans le décor
Et ma polaire fait la moue
J'ai la leucémie dans la marge
Et je m'endors sur des brisants
Quand mousse la crème du large
Que l'on donne aux marins enfants
Quand je me glisse dans le texte
La vague me prend tout mon sang
Je couche alors sur un prétexte
Que j'adultère vaguement
Je suis le sexe de la mer
Qu'un peu de brume désavoue
J'ouvre mon phare et j'y vois clair
Je fais du Wonder à la proue
Les coquillages figurants
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Je fais les bars américains
Et je mets les squales en laisse
Des chiens aboient dessous ton bien
Ils me laisseront leur adresse
Je suis triste comme un paquet
Sémaphorant à la consigne
Quand donnera-t-on le ticket
A cet employé de la guigne
Pour que je parte dans l'hiver
Mon drap bleu collant à ma peau
Manger du toc sous les feux verts
Que la mer allume sous l'eau
Avec les yeux d'habitants louches
Qui nagent dur dedans l'espoir
Beaux yeux de nuit comme des bouches
Qui regardent des baisers noirs
Avec mon encre Waterman
Je suis un marin d'algue douce
La mort est comme un policeman
Qui passe sa vie à mes trousses
Je lis les nouvelles au sec
Avec un blanc de blanc dans l'arbre
Et le journal pâlit avec
Ses yeux plombé dessous le marbre
J'ai son Jésus dans mon ciré
Son tabernacle sous mon châle
Pourvu qu'on s'en vienne mouiller
Son chalutier sous mon bengale
Je danse ce soir sur le quai
Une rumba toujours cubaine
Ça n'est plus Messieurs les Anglais
Qui tirent leur coup capitaine
Le crépuscule des atouts
Descend de plus en plus vers l'ouest
Quand le général a la toux
C'est nous qui toussons sur un geste
Le tyran tire et le mort meurt
Le pape fait l'œcuménique
Avec des mitres de malheur
Chaussant des binettes de biques
Je prendrai le train de marée
Avec le rêve de service
A dix-neuf heures GMT
Vers l'horizon qui pain d'épice
O boys du tort et du malheur
O beaux gamins des revoyures
Nous nous reverrons sous les fleurs
Qui là-bas poussent des augures
Les fleurs vertes des pénardos
Les fleurs mauves de la régale
Et puis les noires de ces boss
Qui prennent vos corps pour un châle
Nous irons sonner la Raison
A la colle de prétentaine
Réveille-toi pour la saison
C'est la folie qui se ramène
C'est moi le dingue et le filou
Le glob'trotteur des chansons tristes
Décravate-toi viens chez nous
Mathieu te mettra sur la piste
Reprends tes dix berges veux-tu
Laisse un peu palabrer les autres
A trop parler on meurt sais-tu
T'a pas plus con que les apôtres
Du silence où tu m'as laissé
Musiquant des feuilles d'automne
Je sais que jamais je n'irai
Fumer la Raison de Sorbonne
Mais je suis gras comme l'hiver
Comme un hiver analgésiste
Avec la rime au bout du vers
Cassant la graine d'un artiste
A bientôt Raison à bientôt
Ici quelquefois tu me manques
Viens je serai ton fou gâteau
Je serai ta folie de planque
Je suis le prophète bazar
Le Jérémie des roses cuisses
Une crevette sur le dard
Et le dard dans les interstices
Je baliverne mes ennuis
Je dis que je suis à la pêche
Et vers l'automne de mes nuits
Je chandelle encore la chair fraîche
Des bibelots des bonbons surs
Des oraisons de bigornades
Des salaisons de dessous mûrs
Quand l'œil descend sous les oeillades
Regarde bien c'est là qu'il gît
Le vert paradis de l'entraide
Vers l'entre doux de ton doux nid
Si tu me tends le cœur je cède
Ça sent l'odeur des cafards doux
Quand le crépuscule pommade
Et que j'enflamme l'amadou
Pour mieux brûler ta chair malade
O ma frégate du palier
Sur l'océan des cartons-pâtes
Ta voilure est dans l'escalier
Reviens vite que je t'empâte
Une herbe douce comme un lit
Un lit de taffetas de carne
Une source dans le Midi
Quand l'ombre glisse et me décharne
Un sentiment de rémission
Devant ta violette de Parme
Me voilà soumis comme un pion
Sur l'échiquier que ta main charme
Le poète n'est pas régent
De ses propriétés câlines
Il va comme l'apôtre Jean
Dormant un peu sur ta poitrine
Il voit des oiseaux dans la nuit
Il sait que l'amour n'est pas reine
Et que le masculin gémit
Dans la grammaire de tes chaînes
Ton corps est comme un vase clos
J'y pressens parfois une jarre
Comme engloutie au fond des eaux
Et qui attend des nageurs rares
Tes bijoux ton blé ton vouloir
Le plan de tes folles prairies
Mes chevaux qui viennent te voir
Au fond des mers quand tu les pries
Mon organe qui fait ta voix
Mon pardessus sur ta bronchite
Mon alphabet pour que tu croies
Que je suis là quand tu me quittes
Un violon bleu se profilait
La mer avec Bartok malade
O musique des soirs de lait
Quand la Voie Lactée sérénade
Les coquillages incompris
Accrochaient au roc leurs baroques
Kystes de nacre et leurs soucis
De vie perleuse et de breloques
Dieu des granits ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leurs castagnettes figures
Le dessinateur de la mer
Gomme sans trêve des pacages
Ça bêle dur dans ce désert
Les moutons broutent sous les pages
Et la houle les entretient
Leur laine tricote du large
De quoi vêtir les yeux marins
Qui dans de vieux songes déchargent
Ô lavandière du jusant
Les galets mouillés que tu laisses
J'y vois comme des culs d'enfants
Qui dessalent tant que tu baisses
Reviens fille verte des fjords
Reviens gorge bleue des suicides
Que je traîne un peu sur tes bords
Cette manie de mort liquide
J'ai le vertige des suspects
Sous la question qui les hasarde
Vers le monde des muselés
De la bouche et des mains cafardes
Quand mon ange me fait du pied
Je lui chatouille le complexe
II a des ailes ce pédé
Qui sont plus courtes que mon sexe
Je ne suis qu'un oiseau fardé
Un albatros de remoulade
Une mouche sur une taie
Un oreiller pour sérénade
Et ne sais pourtant d'où je viens
Ni d'où me vient cette malfide
Un peu de l'horizon jasmin
Qui prend son "té" avec Euclide
Je suis devenu le mourant
Mourant le galet sur ta plage
Christie je reste au demeurant
Méditerranéen sauvage
La marée je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur
De mon enfant et de mon cygne
Un bateau ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années-lumière et j'en laisse
Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baisers
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre
Rappelle-toi le chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le matin mouillé de mousse
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais géométrisant
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé par les draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus
Et toi fille verte de mon spleen
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où nous remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles
Ces étoiles qui font de l'œil
A ces astronomes qu'escortent
Des équations dans leur fauteuil
A regarder des flammes mortes
Je prierais Dieu si Dieu priait
Et je coucherais sa compagne
Sur mon grabat d'où chanteraient
Les chanterelles de mon pagne
Mais Dieu ne fait pas le détail
Il ne prête qu'à ses Lumières
Quand je renouvelle mon bail
Je lui parlerai de son père
Du fils de l'homme et du chagrin
Quand je descendais sur la grève
Et que dans la mer de satin
Luisaient les lèvres de mes rêves
Je ne suis qu'un amas de chair
Un galaxique qui détale
Dans les hôtels du monte-en-l'air
Quand ma psycho se fait la malle
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Je vais tout à l'heure fauchant
Des moutons d'iceberg solaire
Avec la Suisse entre leurs dents
A brouter des idées-lumière
Et des chevaux les appelant
De leur pampa et des coursives
Que j'invente à leurs naseaux blancs
Comme le sperme de la rive
Arrive marin d'outre temps
Arrive marine d'extase
Quand je m'arrête tu me prends
Comme je te prends dans ta case
Négresse bleue blues d'horizon
Et les poissons que tu dégorges
Depuis ton ventre et tes façons
Quand ton "sexo" joue dans ta gorge
Dans cette plaie comme d'un trou
Grouillant de cris comme la vague
Quand les goélands sont jaloux
De l'architecte où s'extravaguent
Des maçons aux dents de velours
Et le ciment de leur salive
A te cimenter pour l'amour
Ton cul calculant la dérive
Mes souvenirs s'en vont par deux
Moi le terrien du Pacifique
Je suis métis de mes aveux
Je suis le silence en musique
Le parfum des mondes perdus
Le sourire de la comète
Sous le casque de ta vertu
Quand le coiffeur sèche ta tête
Muselle-moi si tu le peux
Toi dans ton ixe où le vacarme
Sonne le glas dans le milieu
Moi planté là avec mon arme
Tu es de tous les continents
Tu m'arrives comme la route
Où s'exténuent dix mille amants
Quand la pluie à ton cul s'égoutte
Ô la mer de mes cent mille ans
Je m'en souviens j'avais dix piges
Et tu bandes ton arc pendant
Que ma liqueur d'alors se fige
Tu es ma glace et moi ton feu
Parmi les algues tu promènes
Cette déraison où je peux
M'embrumer les bronches à ta traîne
Et qu'ai-je donc à lyriser
Cette miction qui me lamente
Dans ton lit j'allais te braquer
Ta culotte sentait la menthe
Et je remontais jusqu'au bord
De ton goémon en soupente
Et mes yeux te prenaient alors
Ce blanc d'écume de l'attente
Aime-moi donc ta parallèle
Avec la mienne si tu veux
S'entrianglera sous mes ailes
Humant un peu par le dessous
Je deviendrai ton olfacmouette
Mon bec plongeant dans ton égout
Quand Dieu se vide de ta tête
Les vagues les vagues jamais
Ne viendront repeupler le sable
Où je me traîne désormais
Attendant la marée du diable
Ce copain qui nous tient la main
Devant la mer crépusculaire
Depuis que mon cœur dans le tien
Mêle ton astre à ma Lumière
Cette matière me parlant
Ce silence troué de formes
Mes chiens qui gisent m'appelant
Mes pas que le sable déforme
Cette cruelle exhalaison
Qui monte des nuits de l'enfance
Quand on respire à reculons
Une goulée de souvenance
Cette maison gantée de vent
Avec son fichu de tempête
Quand la vague lui ressemblant
Met du champagne sur sa tête
Ce toit sa tuile et toi sans moi
Cette raison de ME survivre
Entends le bruit qui vient d'en bas
C'est la mer qui ferme son livre
 
 
La mémoire et la mer / Léo Ferré
La mémoire et la mer / Léo Ferré

En 1960, Léo Ferré réalise un rêve en acquérant en Bretagne l’île du Guesclin, sur laquelle est bâti un ancien fort datant de 1026, grâce à la vente de ses droits d’auteur. C’est sur cet îlot minuscule relié à la terre ferme à marée basse que Léo Ferré habitera jusqu’en 1968, avec sa femme Madeleine, sa belle-fille et sa femelle chimpanzé Pépée. Quoique le cadre fût idyllique, l’histoire finira en drame : Madeleine sombrera dans l’alcoolisme tandis que Pépée, gravement blessée et refusant de se laisser soigner, devra être abattue, précipitant la séparation du couple. La chanson « La mémoire et la mer », parue en 1970, fait référence à cette période et à sa relation avec sa femme Madeleine. Lors d’un enregistrement public en 1990, Léo Ferré explique vaguement le contexte dans lequel il l’a écrite : « J’ai acheté une île, en Bretagne, entre Saint Malo et Cancale et, quand je suis arrivé là-bas, je me suis agenouillé, j’ai regardé cette maison, c’était fantastique, c’était le crépuscule qui s’évanouissait, enfin, c’était extraordinaire. Et après, j’ai fait un jour une chanson. Je ne comprends pas, les gens aiment beaucoup cette chanson ; elle n’est compréhensible que pour les gens qui ont connu ma vie à cette époque-là et, enfin, je peux vous en raconter là-dessus, vraiment il y a des choses qui se passent dans la vie qui ne sont pas très belles… »

 

La mémoire et la mer / Léo Ferré

Clefs


RAPPELLE-TOI CE CHIEN DE MER QUE NOUS LIBÉRIONS SUR PAROLE Évocation d’une
partie de pêche de Léo Ferré avec son ami Maurice Frot. Le « chien de mer » est une petite roussette (Scyliorhinus canicula). Ce requin de petite taille est surnommé ainsi à cause de son habitude de se déplacer et de chasser en meute. Robert Belleret raconte cet épisode dans « Léo Ferré : une vie d’artiste » : « Une roussette se prit dans le filet des deux amis. “Qu’est-ce que c’est ?demanda Léo – C’est un chien de mer ! répondit Maurice, plutôt fier de ramener sa science acquise lors de son équipée chez les terre-neuvas. – Quoi un Arkel [nom du berger allemand de Léo Ferré] ! refous-le vite à l’eau !” s’exclama Ferré. »

Dans son livre « Comment voulez-vous que j’oublie... », Annie Butor a contesté cette version : « Le “chien de mer” était une roussette qui a émis un bruit tel un aboiement. Cette roussette, la première que nous ayons pêchée, ne fut pas remise à la mer, il était
trop tard, mais elle avait la vie dure et ce fut pénible de la voir agoniser en se tortillant sur le sol.
Nous étions seuls, nous trois. Toutes les roussettes pêchées par la suite furent rejetées
immédiatement à l’eau. » Mais une petite roussette peut-elle aboyer ? Si les requins sont dépourvus d’organes pour émettre des sons, quelques rares espèces ont la capacité d’émettre un bruit semblable à un aboiement en relâchant l’air qu’elles aspirent : l’holbiche ventrue (Cephaloscyllium ventriosum) des côtes californiennes, mexicaines et chiliennes, et l’holbiche à damier (Cephaloscyllium isabellum) de Nouvelle-Zélande. En revanche ce n’est le cas, semble-t-il, d’aucun requin vivant le long des côtes françaises, ce qui rend dès lors le témoignage d’Annie Butor sujet à caution.
CELUI QUE JE VOYAIS BRILLER AU DOIGT DU SABLE DE LA TERRE L’île du Guesclin
possède un bras de sable, ressemblant à un doigt, qui est recouvert par la mer à marée haute. Léo Ferré y installait probablement, à marée basse, un filet de pêche. Pris dans ses mailles une nuit de juillet, un loup de mer, scintillant par la magie de l’éclat lunaire, semblait être une bague (un « solitaire ») au doigt de sable de l’île du Guesclin.
D’OÙ ME REMONTE PEU À PEU CETTE MÉMOIRE DES ÉTOILES Cette mémoire des étoiles : la lumière ne voyageant qu’à une vitesse limitée, ce que nous voyons n’est donc pas vraiment les étoiles, mais l’image qu’elles avaient il y a des milliers ou des millions d’années, leur mémoire.
JE SUIS SÛR QUE LA VIE EST LÀ AVEC SES POUMONS DE FLANELLE Flanelle : tissu doux
et léger La vraie vie est dans cet environnement naturel, où l’air est tellement pur qu’il laisse les poumons aussi doux et légers que de la flanelle.
REVIENS VIOLON DES VIOLONADES Violonade = morceau joué au violon Il assimile le départ de Madeleine et d’une manière, la perte de ce cadre idéal, à la disparition de la musique dans sa vie, laquelle symbolise le bonheur.
QUAND TU PLEURES DE CES TEMPS-LÀ LE FROID TOUT GRIS QUI NOUS APPELLE
Quand tu te remémores avec nostalgie la vie là-bas. Le froid tout gris : hypallage consistant à attribuer la couleur grise au froid, et non au temps qui était à la fois gris et froid.
REVIENS FILLE VERTE DES FJORDS Fjord : ancienne vallée glacière envahie par la mer qui
s’enfonce profondément dans les terres. On en trouve notamment dans le nord de l’Écosse, pays célèbre pour le phénomène des Green Ladies (filles vertes), apparitions fantomatiques de jeunes femmes. En comparant Madeleine à un fantôme, Ferré veut dire que son souvenir, en s’estompant, devient comme irréel.
LA MARÉE, JE L’AI DANS LE CŒUR Sens équivoque : « La marée me tient à cœur, j’y suis
profondément attaché » ou « J’ai en moi des remous, mon âme est agitée ».
IL PLEURE DE MON FIRMAMENT DES ANNÉES-LUMIÈRE ET J’EN LAISSE Des années-
lumière : par métonymie, les étoiles situées à des années-lumière L’assimilation des pleurs à la pluie ou à la neige est une figure de style fréquente. Ainsi Albert Samain a-t-il écrit : « Le ciel pleure ses larmes blanches sur les jours roses trépassés. » D’autre part, pleuvoir signifie au sens figuré « survenir à profusion ». Cf. Victor Hugo : « Il pleut des pardons ! Il grêle de la miséricorde ! » Léo Ferré évoque les étoiles qui émaillent le ciel (« le firmament ») ; par leur apparition en grand nombre à la tombée de la nuit, elles semblent en pleuvoir. Quant à l’emploi du verbe pleurer plutôt que pleuvoir , il évoque le sentiment de tristesse que font naître en l’auteur ces souvenirs. Et j’en laisse : Des années-lumière et plus encore.
C’EST FINI, LA MER, C’EST FINI SUR LA PLAGE, LE SABLE BÊLE COMME DES
MOUTONS D’INFINI... QUAND LA MER BERGÈRE M’APPELLE L’épisode de la vie sur l’île
du Guesclin est bien fini, mais Ferré en garde une nostalgie lancinante. Bien d’autres poètes avant lui ont comparé la mer à un troupeau de vagues en jouant sur la double acception du nom « mouton » (mammifère de la famille des ovinés ou vague frangée d’écume). Cf. Victor Hugo dans « Pasteurs et troupeaux » : « Regarde se lever la lune triomphale / Pendant que l’ombre tremble, et que l’âpre rafale / Disperse à tous les vents avec son souffle amer / La laine des moutons sinistres de la mer ». Ou Arthur Rimbaud dans « Le bateau ivre » : « J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides /Mêlant […] des arcs-en-ciel tendus comme des brides / Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux ! » Ferré assimile le doux chuintement des vagues venant caresser le sable de la plage à un bêlement. La mer, gardienne (« bergère ») de moutons d’écume qui s’étendent à l’infini, continue de l’appeler vers elle.
CELUI QUI VIENT LES SOIRS DE FRIME La beauté de ce phénomène naturel est assimilée à de la frime. La nature, ici personnifiée, se pare de ses plus beaux atours pour impressionner le spectateur.
QUAND J’ALLAIS, GÉOMÉTRISANT MON ÂME AU CREUX DE TA BLESSURE
Géométrisant mon âme : donnant à mon désir une forme géométrique. Les métaphores du géomètre, comparant le coït à l’acte du géomètre-expert effectuant des mesures, et de la blessure, symbolisant le sexe de la femme, se retrouvent dans la chanson de Ferré intitulée « Cette blessure » : « Cette blessure, drapée de soie sous son triangle noir / où vont des géomètres de hasard / bâtir de rien des chagrins assistés / en y creusant parfois pour le péché. »
JE ME SOUVIENS DES SOIRS LÀ-BAS ET DES SPRINTS GAGNÉS SUR L’ÉCUME CETTE
BAVE DES CHEVAUX RAS AU RAS DES ROCS QUI SE CONSUMENT L’île du Guesclin,
accessible à pied à marée basse, est entourée par les flots à marée haute. Si l’on est à mi-chemin par la montée des eaux, il faut donc courir (« sprinter ») pour arriver sur l’île avant d’être submergé. L’écume qui monte rapidement est comparée à une bave, à des chevaux qui engloutissent les rochers à mesure que les eaux atteignent une hauteur plus élevée. On retrouve la même image chez Mallarmé : « Comme un vierge cheval écume de tempête. »
QUI ME REMONTE COMME UN SIGNE Deux significations possibles, dans la continuité de
l’ambiguïté précédente : 1) la mer, qu’il porte dans son cœur, revient subitement à sa mémoire, apparaissant ex nihilo comme un signe divin ; ou 2) le mal de mer symbolique qui l’incommode entraîne une remontée, une régurgitation des sentiments qui l’habitent.
Ô PARFUM RARE DES SALANTS DANS LE POIVRE FEU DES GERÇURES Salant : terrain
proche de la mer qui contient du sel Gerçure : petite fissure douloureuse apparaissant sur la peau ou les muqueuses Les métaphores comparant le sexe de la femme à la mer sont récurrentes dans les chansons de Ferré. Cf. Cette blessure (« Cette blessure / Où meurt la mer comme un chagrin de chair / Où va la vie germer dans le désert »), Géométriquement tien (« Ma symphonie dans ton jardin, / La mer dans ta rivière close, / L’aigre parfum de mon destin / Sur le delta d’où fuit ta rose ») ou encore Ta source (« Elle naît tout en bas d’un lieu géométrique / À la sentir couler, je me crois à la mer » ; « Ta dune, je la vois, je la sens qui m’ensable / Avec ce va-et-vient de ta mer qui
s’en va / Qui s’en va et revient mieux que l’imaginable »). La strophe étant de nature érotique et ayant pour cadre un décor marin, il est malaisé de savoir si la mer dont il est question ici est à prendre au sens propre ou au figuré. Au sens propre, on comprendra qu’au cours d’une partie de jambes en l’air sur la plage, le sel contenu dans le sol et dans l’eau provoque chez Léo Ferré une vive sensation de brûlure (« poivre feu ») dans le creux de ses gerçures, que celles-là fussent occasionnées à ses mains et à ses pieds par une exposition régulière au sel ou à une autre partie de son corps par la pratique assidue d’une activité plus intime. Au sens figuré, l’odeur reconnaissable entre mille de la mer est comparée à celle, tout aussi caractéristique quoique très différente, de la cyprine. Le « poivre-feu des gerçures » doit alors se comprendre comme le processus d’inflammation et l’état d’intense excitation causés par le frottement des muqueuses des organes
sexuels.
CETTE RUMEUR ME SUIT LONGTEMPS COMME UN MENDIANT SOUS L’ANATHÈME
COMME L’OMBRE QUI PERD SON TEMPS À DESSINER MON THÉORÈME Le bruit des
vagues reste présent à son esprit, sans qu’il puisse s’en défaire. Il le compare à un mendiant qui refuse de nous lâcher quand bien même on l’agonit d’injures, qu’on le frappe d’anathème, ou encore à sa propre ombre, qui s’ingénie à reproduire sa silhouette en appliquant quelque savant théorème mathématique.
JE MEURS DE MA PETITE SŒUR, DE MON ENFANT ET DE MON CYGNE Mourir de
quelqu’un : en éprouver un manque tel qu’on a la sensation de mourir. Cf. Anna de Noailles : « Je meurs de vous. Si j’étais gaie, ô morts, vous ne le sauriez pas ! » Ma petite sœur : Annie Butor, fille unique de Madeleine Rabereau. Elle a cinq ans lorsque sa mère épouse Léo Ferré en secondes noces en 1952. Mon enfant : Pépée, femelle chimpanzé, que Léo Ferré et sa femme Madeleine considéraient comme leur enfant. Robert Belleret, dans son livre Léo Ferré : une vie d’artiste, cite ces propos du chanteur monégasque : « Il faudrait pour nous voir maintenant accepter notre enfant Pépée… » Mon cygne : cet oiseau majestueux est considéré par les poètes comme un symbole de la beauté. « Son œil, à l’horizon de lumière gorgé / Voit des galères d’or, belles comme des cygnes »,
écrit ainsi Stéphane Mallarmé. Léo Ferré utilise ce vocable pour désigner sa femme Madeleine.
UN BATEAU, ÇA DÉPEND COMMENT ON L’ARRIME AU PORT DE JUSTESSE Évocation de
souvenirs sur l’île du Guesclin. Le verbe « arrimer » est utilisé ici dans le sens d’« amarrer », emploi impropre mais largement entré dans l’usage. Lorsque la mer est agitée, il faut promptement amarrer le bateau pour que celui-ci ne soit pas emporté par les flots.
S’EN VIENT BATTRE COMME UNE PORTE CETTE RUMEUR QUI VA DEBOUT DANS LA
RUE AUX MUSIQUES MORTES Et tandis qu’il porte encore le deuil de sa relation et de ses
souvenirs, le chahut de la ville, le bruit des gens marchant (« allant debout ») dans la rue, le vacarme de cette vie moderne désenchantée, sans musique, c’est-à-dire sans joie ni beauté, vient frapper à sa porte, perturbant sa méditation et l’invitant à le rejoindre.
DANS CETTE MER JAMAIS ÉTALE Étale : immobile L’eau de la mer, par le jeu de la succession des marées, n’est jamais stagnante.
UNE MATHÉMATIQUE BLEUE, Une infinité bleue, se multipliant à l’identique à perte de vue. L’idée est la même que dans le célèbre vers de Paul Valéry : « Et c’est la mer, la mer toujours recommencée. »
ET SUR MON MAQUILLAGE ROUX Ses yeux sont cerclés d’un maquillage roux car il a pleuré des larmes de sang, symbolisant l’extrême douleur. Cf. Voltaire : « Pourvu qu’Adélaïde, au désespoir réduite, / Pleure en larmes de sang l’amant qui l’a séduite. »
ET JE VOYAIS CE QU’ON PRESSENT QUAND ON PRESSENT L’ENTREVOYURE ENTRE
LES PERSIENNES DU SANG ET QUE LES GLOBULES FIGURENT Persienne : sorte de volet
muni de lamelles disposées de sorte qu’il existe entre chacune d’elles une fine ouverture laissant passer la lumière. Contempler l’immensité bleue de la mer lui procure la même sensation d’infini que lorsqu’on observe des amoncellements de cellules sanguines (« globules ») à travers la fine ouverture de la lentille du microscope (= « les persiennes du sang »).
Ô L’ANGE DES PLAISIRS PERDUS Probable référence à Madeleine, qui incarne les plaisirs de la chair. Le mot en apostrophe est précédé de l’article pour éviter l’hiatus, interdit en poésie classique.
CETTE RUMEUR QUI VIENT DE LÀ SOUS L’ARC COPAIN OÙ JE M’AVEUGLE Arc :
portion de la circonférence d’un cercle Ferré contemple le spectacle aveuglant du coucher du soleil, où seul un arc du disque solaire en train de passer sous l’horizon reste visible. Rumeur : bruit de la mer La rumeur de la mer vient du fond de l’horizon, là où se couche le soleil.
ET LE DIABLE DES SOIRS CONQUIS AVEC SES PÂLEURS DE RESCOUSSE Le soleil
couchant, en raison de sa couleur rouge, est comparé à un diable. Étant donné le caractère profondément intimiste du texte, il n’est pas à exclure que Ferré fasse référence à un épisode précis où le soleil couchant, dardant derrière les nuages, laissa apparaître une forme ressemblant à un diable. Des soirs conquis : L’adjectif « conquis » peut ici être compris de deux manières : envahi ou séduit. Dans le premier cas, il fait référence à la lumière rouge du soleil qui envahit le ciel crépusculaire ; dans le second, il veut dire que devant la beauté d’un tel spectacle, le soir lui-même fut conquis (= séduit). Avec ses pâleurs de rescousse : La pâleur du ciel gris de Bretagne, dont les couleurs froides contrastent avec les couleurs chaudes des rayons du soleil, vient à la rescousse pour
accroître la beauté de la scène.
Ô RUMEURS D’UNE AUTRE HABITUDE Rumeur est à prendre ici dans son acception de « bruit sourd, confus ou lointain d’origine naturelle ou produit par des objets ou des mécanismes ». On parle ainsi des rumeurs de la forêt, de la mer, de cloches, d’une usine… Les rumeurs dont il est question sont les bruits diffus de la mer, du mouvement habituel des marées. Une autre habitude : autre que celle des bruits de la ville, dans laquelle Ferré est depuis retourné vivre.
CES MAINS QUI ME FONT DU FLA-FLA CES MAINS RUMINANTES QUI MEUGLENT
Faire du fla-fla : faire de l’effet Il compare la caresse des vagues à des mains, mais des mains qui émettent un bruit semblable au meuglement des vaches (animaux ruminants). L’assimilation du murmure des vagues à un mugissement est une image courante dans la langue poétique, dont l’exemple le plus célèbre se trouve dans le Lac de Lamartine : « Ô lac ! […] tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ». De même chez Chateaubriand : « Les vagues [...] n’offraient plus qu’une surface huileuse, marbrée de taches noires, cuivrées ou verdâtres, selon la couleur des bas-fonds sur lesquels elles mugissaient. » Les verbes « mugir » et « meugler » sont synonymes, si ce n’est que le premier est plus soutenu et a donc eu la faveur de la plupart des poètes. Ferré emploie le second pour les besoins de la rime. De même, la figure de style consistant à attribuer aux forces agissantes de la nature des membres humains n’est pas rare dans la poésie classique. Cf. Théophile Gautier : « Vous n’aurez pas de croix ni de marbre superbe, / Ni d’épitaphe d'or, où quelque saule en pleurs / Laisse les doigts du vent éparpiller sa gerbe ». Et Joachim Gasquet : « Dans les bras de la mer dorée, / Midi sommeille, l’air est lourd. / Comme tes yeux, mon adorée, / Le ciel est imprégné d’amour. »
ET QUI GUEULE DANS LE DÉSERT DES GOÉMONS DE NÉCROPOLE Dans le désert : Tout
comme le désert est souvent comparé à une mer de sable, la mer est souvent assimilée à un désert. Cf. Théophile Gautier : « Des flots rasant la cime, / Dans le grand désert bleu / Nous marchons avec Dieu ! » ; Éphraïm Mikhaël : « Viens, nous sommes les souverains / Des lumineux déserts marins / Sur les flots ravis et sereins. » Qui gueule : Une roussette ne poussant pas de cris, gueuler doit ici être compris dans son emploi transitif signifiant « saisir avec la gueule ». Les dépôts de goémons, algues vertes dont la forme rappelle celle d’ossements, sont comparés à une nécropole. Ferré joue sur cette ressemblance et sur le surnom de chien de mer donné à la roussette en imaginant que celle- ci prend ces algues dans sa gueule, comme un chien le ferait avec un os.
TE LANCER LA BRUME EN BAISER En baiser : en guise de baiser. Le baiser lancé symbolise le sentiment d’amour et la vive émotion que fait naître ce spectacle grandiose dans le cœur de celui qui le contemple. Léo Ferré, comme on peut le voir dans certaines vidéos, avait pour habitude de porter sa main aux lèvres et de lancer un baiser chaque fois qu’il se retrouvait face à une expression particulièrement saillante de la beauté.
JE SUIS LE FANTÔME JERSEY Le fantôme Jersey : l’île anglo-normande de Jersey, visible
depuis l’île du Guesclin où résidait Léo Ferré. Certains soirs de brume, le brouillard confère à l’île de Jersey un aspect fantomatique. On retrouve une image similaire chez Paul Verlaine : « Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie / Au long de l’étang, parmi la saulaie / Où la brume vague évoquait un grand / Fantôme laiteux se désespérant. » En s’identifiant à un fantôme, Ferré indique qu’il se sent sans consistance, presque irréel. Ernest Renan écrivait : « Je ne pourrai arrêter un moment son regard ? Il ne m’accordera pas que j’existe ? Je ne serai, quoi que je fasse, pour lui qu’une ombre, qu’un fantôme, qu’une âme entre cent autres ? »
DIEUX DES GRANITS, AYEZ PITIÉ DE LEUR VOCATION DE PARURE QUAND LE
COUTEAU VIENT S’IMMISCER DANS LEUR CASTAGNETTE FIGURE Les coquilles du
coquillage, une fois ouvertes et débarrassées du mollusque qu’elles abritent, ont vocation à servir de bijou. Il prie pour que, ce faisant, le coquillage ne se brise pas quand s’y introduit le couteau et qu’il puisse donc se transformer en parure.
COMME LE TRÉMAIL DE JUILLET OÙ LUISAIT LE LOUP SOLITAIRE Trémail : grand filet
de pêche Comme un trémail : La façon dont la scène captive le spectateur est assimilée à la capture d’un poisson dans un filet de pêche. Loup solitaire : détournement de l’expression commune « loup solitaire » (personne qui vit ou agit seule, à la manière d’un loup qui aurait quitté sa meute). Le loup ne désigne pas ici le mammifère carnassier, mais le poisson aussi connu sous le nom de bar. Solitaire n’est pas l’adjectif signifiant « sans compagnie » mais le substantif désignant le diamant monté seul en bague.
ET TOI FILLE VERTE, MON SPLEEN L’ellipse du verbe rend le vers équivoque. Faut-il
comprendre ce passage comme « je voyais un vitrail et toi fille verte, tu voyais mon spleen » ou comme « je voyais un vitrail et je te voyais fille verte, toi qui est mon spleen » (c’est-à-dire : la source de mon spleen) ? La première explication nous semble plus convaincante.
LES COQUILLAGES FIGURANT SOUS LES SUNLIGHTS, CASSÉS, LIQUIDES, JOUENT DE
LA CASTAGNETTE TANT QU’ON DIRAIT L’ESPAGNE LIVIDE Figurer sous les sunlights :
être sous les projecteurs, être l’objet de toutes les attentions La lumière du soleil est comparée à des projecteurs éclairant un spectacle, en l’occurrence de castagnettes. Castagnette : petit instrument de musique espagnol, composé de deux coquilles que l’on fait claquer l’une contre l’autre Livide : d’une pâleur terne Accrochés aux récifs de granit, les coquillages cassés dont les deux coquilles s'entrechoquent au gré du vent rappellent des castagnettes et, partant, le pays d'origine de ces instruments à percussion. Mais alors que l’Espagne, pays de soleil, évoque des couleurs chaudes, il en va tout autrement des paysages grisâtres qui prédominent sur les côtes du nord de la Bretagne.
On dirait donc l’Espagne, mais une Espagne aux couleurs froides, une « Espagne livide ».
DANS LE PORT FANFARENT LES CORS POUR LE RETOUR DES CAMARADES Fanfarer =
sonner Tout en lui l’appelle à un retour à la situation antérieure, à ce que les camarades d’antan soient réunis.
DANS LE DÉSORDRE DE TON CUL POISSÉ DANS DES DRAPS D’AUBE FINE JE VOYAIS
UN VITRAIL DE PLUS, S’agit-il de draps véritables éclairés par la lumière de l’aube, ou
simplement de cette dernière qui semble couvrir le postérieur de Madeleine d’un drap lumineux ? Le « désordre » fait penser à un drap froissé, et nous inciterait à privilégier la première interprétation. Quoi qu’il en soit, ses fesses couvertes de transpiration (« poissées ») et revêtues d’un drap, réel ou métaphorique, rappellent à Ferré, qui s’extasie devant un tel spectacle, les vitraux des églises.
ET LE SQUALE DES PARADIS DANS LE MILIEU MOUILLÉ DE MOUSSE Squale : requin.
Probable métaphore sexuelle. Ferré a en effet recouru à la même image pour désigner son phallus, de manière plus explicite, dans sa chanson « Géométriquement vôtre » : « Tes bijoux, ton blé, ton vouloir / Le plan de tes folles prairies / Mon squale qui viendra te voir / Du fond de moi si tu l’en pries. » Des paradis : qui apporte un plaisir paradisiaque. Le milieu mouillé de mousse : le vagin humide de la femme La reprise oratoire de la conjonction « et » au début de chaque vers donne l’impression d’une énumération de souvenirs revenant comme des flashs, sans lien véritable les uns avec les autres.

 

Sur la couverture du Cahier d’études Léo Ferré n° 11- mai 2013 - "La
Mémoire et La Mer", Richard Martin est avec Léo Ferré qui disait à
Françoise Travelet :
 « À propos de cette chanson, il se passe une chose extraordinaire et
inexplicable : l’engouement du public. Pourtant, il n’est pas possible
qu’il la comprenne parce que c’est une poésie à décrypter et, pour la
lire, il faut avoir la grille de ma vie. Si quelqu’un me connaît, il comprend
tout, mot après mot. S’il ne connaît pas ma vie, tous les mots lui
échappent. "La Mémoire et la Mer" n’est pas une poésie hermétique : si
elle l’était, on pourrait tout y mettre, tout prétendre.
Or c’est impossible ! C’est pourquoi, je l’affirme, c’est une poésie qui
possède une clé précise et cette clé c’est moi-même ».
Léo Ferré, dans les années soixante, écrit sur l’îlot du Guesclin, à
proximité de Saint-Malo et de Cancale, dans cette Bretagne tant
aimée, "La Mémoire et la Mer" qui se nommera d’abord "Ma Bretagne à
moi" puis "Les Chants de la fureur" dans un seul chant intitulé
"Guesclin". Ce monument (selon Robert Belleret), cette œuvre dans
l’œuvre (selon Bruno Blanckeman), se compose de 55 strophes,
chacune de 8 octosyllabes, soit 440 vers. Il aura fallu une quinzaine
d’années à Léo Ferré pour y mettre le point final. Le poète musicien en
tirera comme d’un vin nouveau sept partitions/chansons : "FLB", "La
Mer noire", "Géométriquement tien", "Des Mots", "La Marge",
"Christie" et cette "Mémoire et la Mer", clé de voûte du fameux double
album "Amour Anarchie" des années soixante-dix.
Richard Martin, homme-comédien, homme-metteur en scène, homme-
diseur de poèmes, interprète sur scène ces 440 vers et donne à
entendre et à lire un Léo Ferré différent et particulièrement émouvant
sur les origines de ce poème-monde. Richard est le seul à dire ce
magnifique élan qui est un des sommets de la poésie et de la chanson
française peut-être jamais égalé. Ce n’est pas le seul texte de Ferré que
Martin joue. "Poètes… vos papiers !" fut parmi les concerts
mémorables que Richard donna sur le bateau de l’Odyssée, au service
de la poésie de son frère-ami. Ses "Nuits de l’Anarchie" au Toursky
illustrent l’âme vivante de son théâtre. Si Richard sert inlassablement
cette œuvre, Léo s’est mis
au service de Richard humblement sur la création théâtrale de son
"Opéra des rats" en lui écrivant le livret. Richard, en jouant "La
Méthode" a fait toucher du doigt à l’artiste l’art du théâtre et son
miracle.
Trente ans déjà que le poète-musicien nous a quittés. Trente ans que
son œuvre gueule dans le désert médiatique. Dérangerait-il ? Ce
silence autour de son lyrisme est d’ailleurs un hommage involontaire.
Sa révolte est celle du poing levé et dans le même mouvement de la
main tendue. Ce qui caractérise l’homme-artiste Léo Ferré c’est
l’insurrection du cœur et de l’esprit. Voilà une œuvre haute, fine et libre
programmée pour le service de l’amour et de la paix.
Richard Martin, en son théâtre Toursky, s’est fabriqué une âme tissée
par la même étoffe créatrice et fraternelle.
Richard à son tour est parti, le 16 octobre 2023.
Pour leur œuvre respective et leur amitié indéfectible, les deux hommes
sont deux frères inséparables en éternité.

Bienvenue sur la Terre à Laurac-en-Vivarais ou sur les traces de Léo Ferré / Dans la continuité de Voyage autour de ma cabane, l’auteur raconte un autre voyage, celui qu’il a fait de l’Ardèche à la Toscane sur les traces de Léo Ferré. Il le raconte à une enfant qui vient de naître, lui parle des poètes, des musiciens, des peintres... de tous les artistes qui enchantent le monde. Il lui dit aussi la beauté de la nature, à l’heure où elle est plus que jamais menacée par nos excès. Une manière pour lui de souhaiter la bienvenue sur la Terre à tous les enfants qui naissent aujourd’hui. Roger Lombardot sera accompagné dans cette aventure par son fils Manuel, auteur des photos du voyage, et par Gari Grèu (Massilia Sound System) au chant.
Bienvenue sur la Terre à Laurac-en-Vivarais ou sur les traces de Léo Ferré / Dans la continuité de Voyage autour de ma cabane, l’auteur raconte un autre voyage, celui qu’il a fait de l’Ardèche à la Toscane sur les traces de Léo Ferré. Il le raconte à une enfant qui vient de naître, lui parle des poètes, des musiciens, des peintres... de tous les artistes qui enchantent le monde. Il lui dit aussi la beauté de la nature, à l’heure où elle est plus que jamais menacée par nos excès. Une manière pour lui de souhaiter la bienvenue sur la Terre à tous les enfants qui naissent aujourd’hui. Roger Lombardot sera accompagné dans cette aventure par son fils Manuel, auteur des photos du voyage, et par Gari Grèu (Massilia Sound System) au chant.

Bienvenue sur la Terre à Laurac-en-Vivarais ou sur les traces de Léo Ferré / Dans la continuité de Voyage autour de ma cabane, l’auteur raconte un autre voyage, celui qu’il a fait de l’Ardèche à la Toscane sur les traces de Léo Ferré. Il le raconte à une enfant qui vient de naître, lui parle des poètes, des musiciens, des peintres... de tous les artistes qui enchantent le monde. Il lui dit aussi la beauté de la nature, à l’heure où elle est plus que jamais menacée par nos excès. Une manière pour lui de souhaiter la bienvenue sur la Terre à tous les enfants qui naissent aujourd’hui. Roger Lombardot sera accompagné dans cette aventure par son fils Manuel, auteur des photos du voyage, et par Gari Grèu (Massilia Sound System) au chant.

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