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bric à bracs d'ailleurs et d'ici

pour toujours

s'effacer dans le blanc

23 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #J.C.G.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Nuit décousue
 
Il reste toujours un espace
où les papillons peuvent
se faufiler
grignoter de la chair au cœur
du noir
Il s'agit de bien ouvrir les portes
les poumons les vasistas de la chambre
afin qu'un souffle de légèreté venu de nulle part tombe
au milieu de notre existence
frôle nos corps allongés
rallumant un millimètre de désir
Ce soir on reste sage dit l'amant
quelque chose d'inouï se prépare
au ciel l'amour infini travaille tout seul
sans toi ni moi ni personne
Il suffit de rien pour exister
alors on a éteint la lumière
et sans regret on a laissé passer
un millier d'étoiles
 
Brèves de poésie Texte © Hélène Phung, texte 6, le 7 Juin 2026
Le 9eme moine est perché à hauteur de lune. Peut-être est-ce Bashō ? Je l'imagine ainsi, maigre et un rien dépenaillé, errant à travers le Japon d'autrefois...
Aquarelle © Hélène Phung, en ce 13 août caniculaire de 2026.
 
Kikaku, le disciple : Une libellule / ôtez-lui les ailes / un piment rouge
Bashô, le maître : Un piment rouge / mettez-lui des ailes / une libellule
 
vous avez deux heures
série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

Effacement dans le blanc

et si on passait aux verbes d'action à forme pronominale

Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelle communément J.C., a donné naissance un changement de jour à 00h00 (imaginez !) à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans race, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.

Programme que Je-Moi-Lui pratique quotidiennement, avec des verbes d'action à forme pronominale (il n'a pas réfléchi s'ils sont réfléchis, réciproques, irréfléchis, passifs)

se désidentifier, se dégenrer, se dévisager, se démiroiter, se désidéologiser, se délester, se dévaster, se dénationaliser, se dépayser, se dédiaboliser, se désaligner, se débrancher, se déranger, se déminer, se dédéterminismer, se déraciner, se dédésespérer, se déloger, se déménager, se désaxer, se désarmer, se démarquer, se démarginaliser, se fortifier, se mortifier, s'embourber, s'envaser, s'enliser, s'emmêler, se liquider, se dissoudre, se fluidifier, s'aérosoleiller, s'inspirer, s'expirer, s'aveugler, s'oreiller, s'effondrer, se réanimer, se dématérialismer, se déspiritualismer, se démystifier

(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)

faire silence en prononçant du plus possible ralenti FAIRE SILENCE

(dessine-moi un silence lui a demandé un jour la fetite pille)

se dévoiturer, se décovoiturer, se désubériser, de déflixbuser, se détgvéiser, se décroisiériser, se désintégrer, se désavionner, se défuséiser, se déstartupper, se détélétravailler, se désabonner, se démoder, se désaduler, se désaimer, se déshaïr, s'indifférencier, se déshumaniser, s'emplumer, s'automutiner, s'immuler, se sclarifier, se catatomiser, se voluptuer, se décontaminer, se dévitaminer, se dénourrir, se bonifier, se débonheuriser, se délacer, s'enlasser, se clowner, se décloner, s'emberlificoter, s'applaudir, se huer, se surdéchihuahuaver, se métamorphoser, se matamortir, se désintoxiquer, s'étourdir, s'apprivoiser

(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)

SE TAIRE

(dessine-moi une rose lui a demandé un jour la petite fille)

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

MANIFESTE DES M

 

Trois Peut-être quatre

Émergences violentes d’univers

Dévorations gloutonnes d’étoiles

Parenthèses parlantes d’animaux humains

Extinctions massives d’espèces

 

M comme Miracle

Celui qui t’a fait naître

Du paradis fœtal à l’enfer familial et sociétal

Violence génératrice sans malice

Tu es là Tu ne sais pourquoi Mais tu y es

Miracle

Merci

 

M comme Miroir

Tel que tu te vois tel que l’autre te voit

Tel que tu crois qu’il te voit

tel que tu voudrais qu’il te voie

Mille et une images Nettes ou floues

Miroir

Merci

 

M comme Aime

Pas l’injonction qui te dissout

Celle de la romance romantique

Celle de l’attachement toxique

Mais l’injonction qui t’élève celle qui dit

Aime sans pourquoi Toi et Tout autour de toi

Aime

Merci

 

M comme Mystère

Celui qui te fait mourir disparaître dans le blanc

Pas de lumière pas de tunnel

Un Mur

Peut-être s’ouvre-t-il ? Mais tu n’en as pas la clé

Mystère

Merci

 

Entre ces M

Vis en vigilance légère En prudente somnolence

Fais la sourde oreille aux guerres des récits

Ne prends pas parti

Gloires héros narrateurs

Vois sans juger l’imposture de chaque posture

Ta propre posture-imposture

Sur le piano de la Vie 

Avec les 52 touches blanches

Les 36 touches noires

Improvise la mélodie du moment présent

Dans le concert cosmique tes éphémères ritournelles

font écho aux ondes gravitationnelles

FLOW SLOW NOW ICI OUI

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

 

 

VŒUX

 

Tentons d’être ce que nous sommes

paisibles

polis

ouverts

jeunes et créatifs

vieux et en forme

rieurs

drôles

un peu sages

un peu fous

modestes comme chacun

uniques comme chacun

appréciant le très ordinaire quotidien

s’offrant parfois de l’extra-ordinaire

prenant le temps

sans impatiences

partageurs

tendant la main

ouvreurs de voies dans les interstices

donnant de la voix à ceux qui n’en ont pas

tentons de bien nommer les choses

prenons soin de toutes les incertitudes

et nuances possibles

le bonheur de plusieurs peut dépendre 

d’un mot heureux

et la promesse d’un dernier sourire

devenir un chant d’amour

acceptons ce qui advient

heurs, malheurs, bonheurs dans leurs alternances

refusons le duel à mort victime-bourreau

la mise au pilori du bouc émissaire 

notre frère de l’envers

vivons lucides jusqu’à l’ultime performance

le passage de soi, de l’autre

pas-sage que des Orphée feront légende et mythe

contre l’Oubli dont les morts ont si peur dit-on

soyons inventeurs de nouvelles façons de désirer

renonçons à notre impossible pouvoir sur l’autre

par le dialogue, les actes, les gestes, les preuves

construisons des histoires d’amour ajustées

approximatives

et ainsi de proche en proche

diminuerons-nous un peu peut-être 

la violence, la souffrance

nées des biais et raccourcis 

de ce que nous croyons être.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

 

UNE JOURNÉE JUSTE

 

Au réveil, avant toute information :

ouvrir la fenêtre, le corps avant l’esprit

respirer lentement, nommer intérieurement :

accepter que le monde aille mal

et que cette journée existe quand même

Ce n’est pas indifférence :

c’est refuser que l’angoisse soit la seule manière d’être lucide.

Honorer le très ordinaire

Faire une chose simple avec soin :

préparer un repas lentement

marcher sans objectif

ranger un espace minuscule

écrire quelques lignes sans projet

Tu incarnes ainsi ce vers :

appréciant le très ordinaire quotidien

Le soin donné au banal est une résistance douce

au chaos global.

Regarder le grave, mais à hauteur humaine

S’informer à dose choisie :

un temps limité

une source fiable

puis s’arrêter

Et poser une question simple, sans héroïsme :

Qu’est-ce que cela m’appelle à faire, ici, à mon échelle ?

Souvent, la réponse est modeste :

parler avec quelqu’un

donner un peu

relayer une parole juste

ou simplement ne pas ajouter de violence inutile

Pratiquer le refus du duel

Dans un échange (réel ou intérieur), surveille ceci :

la tentation du victime/bourreau

l’envie de simplifier

le confort du jugement rapide

Puis ralentis.

Cherche la nuance.

C’est un acte politique discret mais profond.

Donner voix, même faiblement

Sans te charger du monde :

écris un message attentif

écoute vraiment quelqu’un

laisse une trace juste (texte, parole, silence

respectueux)

le bonheur de plusieurs peut dépendre d’un mot

heureux.

Créer, même inutilement

Un geste créatif sans finalité :

écrire

dessiner

bricoler une pensée

relire un passage aimé

Créer, c’est affirmer :

contre l’Oubli

Même si personne ne voit.

Clore la journée par une gratitude lucide

Le soir, non pas tout va bien, mais :

qu’est-ce qui a été juste aujourd’hui ?

où ai-je été un peu moins violent ?

où ai-je désiré autrement ?

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

UNE VIE PARFAITE

 

Tu es humble de ton humus,

humain de ton humanité,

universel de ton universalité,

divin de ta divinité.

En ouvrant tes bronches,

en activant ouïes, branchies,

tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.

Tu entres dans l’innocence.

Tu es miracle et mystère de ta naissance.

Tu seras mystère et miracle de ta mort.

Tu fais choix de l’ignorance.

Tu ne refuses pas les connaissances

mais tu sais qu’on ne saura jamais rien.

Rien du début, de la fin, du sens s’il y en a un.

Patauge dans les doutes et incertitudes.

Prends soin des nuances.

Essaie d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.

Monte et descends l’échelle

Du Tartare à l’Olympe

Du Ciel à l’Enfer

Du Tartare, tu ramèneras poèmes et mélodies, tel Orphée.

Tel Dante, tu tenteras une issue pour les damnés de l’Enfer.

Du Ciel, tu ne feras pas le séjour de Dieu

ni le paradis des ressuscités.

Le Ciel n’est-il pas l’espace de légèreté de la gente ailée ?

Plus aucune guerre des dieux dans l’Olympe.

N’ont-ils pas eu le temps d’apprendre et de pratiquer

l’anarchie, voie vers l’harmonie ?

Bivouaque sur la Terre.

Elle est danses et cycles.

La grande roue du Grand Manège tourne

sans grincements de dents.

Tu n’es plus un hamster.

Tu es à Parfaire sur cette Terre.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026
série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

directive anticipée, une mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy ou au Revest, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde

l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde

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Soleil et sel dans l'âme

15 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #écriture- lecture, #J.C.G.

Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique
Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique

Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique

Kdo de ce 15 août 2026

« Ήλιος και αλάτι στην ψυχή »
« Soleil et sel dans l'âme »

Hier, via une page FB proposée par l’algorithme, je tombe en arrêt sur un titre : une échelle du bonheur, une photo avec 4 mots en grec dont je suis incapable de cerner le sens, les 4 commentaires n’éclairant nullement le sens du message.

J’interroge Claude IA.

La phrase grecque écrite sur la pierre dit : « Ήλιος και αλάτι στην ψυχή », soit littéralement : « Soleil et sel dans l'âme ».
Une petite précision avant l'interprétation : ce n'est pas du grec ancien mais du grec moderne — l'orthographe (accents, alphabet minuscule cursif) et la formule elle-même appartiennent à la sensibilité contemporaine, très répandue dans la culture insulaire et balnéaire grecque actuelle (cartes postales, tee-shirts, façades de tavernes à Santorin, Paros, etc.). Ce n'est donc probablement pas une « échelle du bonheur » léguée par les Anciens, mais plutôt un aphorisme moderne qui évoque l'hédonisme méditerranéen antique sans en être un vestige littéral. Je le signale simplement pour que tu puisses vérifier la source si tu comptes en faire état dans une note.
Interprétation
La formule condense un imaginaire précis : le soleil comme principe de clarté et de vitalité, le sel comme principe de purification et de conservation — les deux éléments fondateurs du monde égéen, mer et lumière, mais transposés à l'intérieur, dans l'âme (ψυχή). Ce n'est pas le bonheur comme accumulation ou possession, mais comme imprégnation : on ne cherche pas le soleil et le sel, on les laisse entrer, se déposer, cristalliser en soi — un peu comme le sel qui blanchit la pierre elle-même sur laquelle la phrase est tracée, en écho presque involontaire au support.
Il y aurait là, si tu veux, une résonance avec ta propre pratique du s'effacer dans le blanc : le sel qui sèche et blanchit, la pierre qui se pare de cette patine solaire — une ascèse minérale plutôt qu'un ordre de plaisir. Le bonheur, ici, ressemblerait moins à une joie conquise qu'à une usure heureuse, un dépôt du temps et de la lumière sur une matière qui s'y prête.

 

Je ne peux pas ne pas penser à mon premier recueil de poèmes : Poignées de gros sel sur tranches de vie, paru en 1980.


Ton titre de 1980 pose déjà le sel comme geste — poignées, quelque chose qu'on jette, qu'on répand à la main, avec le côté rustique et un peu brutal du salage (on sale la viande pour la conserver, on sale la terre pour la stériliser aussi bien). Le sel y est actif, presque agressif : il mord les tranches de vie, il les traite, les mortifie peut-être, avant de les conserver. C'est un sel de cuisine et de boucherie, un sel du quotidien qui agit sur la matière brute de l'existence découpée en tranches — l'image est presque bouchère, chirurgicale.
La formule grecque, elle, est plus statique et plus douce : le sel n'est pas jeté, il est dans l'âme, comme une donnée déjà présente, un état plutôt qu'un geste. Et il ne travaille pas seul — il est accompagné du soleil, qui adoucit et illumine ce que le sel, seul, aurait de mordant ou de conservateur.
Si lien il y a, il serait moins dans une filiation directe que dans une trajectoire : ton geste de 1980, c'était peut-être le sel sans le soleil — le sel qui agit sur la vie tranchée, avec ce que cela suppose de rugosité, d'ironie, de lucidité presque cruelle du jeune auteur qui « prend à poignées ». La formule grecque, rencontrée quarante-cinq ans plus tard sur une pierre blanchie, serait l'autre versant : le sel apaisé, devenu élément d'une âme plutôt qu'instrument sur la vie — et surtout accompagné de sa lumière.
Y a-t-il eu, dans l'intervalle, un déplacement de ta part du sel comme action sur vers le sel comme présence dans — de la poignée qui traite au dépôt qui habite ? Ce serait, si tu l'écris, une note à la fois personnelle et juste : non pas « voici que je retrouve mon sel de 1980 sur un mur grec », mais « voici la distance parcourue entre les deux sels ».

 

Tu as bien perçu les usages possibles du gros sel, mettre à vif, à nu pour révéler, conserver...; en m'attribuant dans ton analyse, la paternité des deux formules, tu mets l'accent sur le déroulement d'une vie, entre les deux sels; j'ai eu le bon réflexe ou la juste intuition en m'arrêtant sur l'image de Caroline Fourgeaud-Lavlle et toi, tu m'en proposes un récit de vie pertinent

Tu as raison de le noter, et je dois corriger une erreur réelle de ma part, pas juste l'habiller en nuance : dans ma réponse précédente, j'ai construit un récit — « la distance parcourue entre les deux sels » — en te prêtant implicitement la paternité des deux formules, comme si tu avais toi-même écrit, en 2026, l'équivalent apaisé de ton geste de 1980. Ce n'est pas le cas. La formule de Caroline Fourgeaud-Laville n'est pas la tienne ; elle est à toi seulement dans la mesure où tu t'y es arrêté, où elle t'a requis. C'est une différence de nature, pas de degré, et mon récit de vie glissait dessus sans le dire.
Cela change la question, et je crois que ça la rend plus intéressante. Ce n'est plus : « comment ai-je évolué du sel qui tranche au sel qui habite ? » C'est : « pourquoi cette formule d'une autre m'a-t-elle arrêté, précisément moi, précisément là ? »
Et à cette question-là, ton geste de 1980 donne une réponse plausible : si tu t'es arrêté sur cette pierre, ce n'est peut-être pas parce que tu y retrouvais ta formule adoucie, mais parce que ton propre rapport ancien au sel — actif, mordant, un instrument qu'on abat en poignées sur la vie — t'a rendu reconnaissant du sel comme matière signifiante en général, capable de resurgir sous une forme qui n'est plus la tienne mais qui résonne avec elle. Le sel de Caroline Fourgeaud ne prolonge pas le tien : il le rencontre, quarante-cinq ans après, sur un mur, par hasard, et cette rencontre est rendue possible par le fait que le sel, chez toi, avait déjà valeur de signe et pas seulement de condiment.
Ce serait donc moins une trajectoire personnelle qu'une fidélité de l'œil : tu restes quelqu'un pour qui le sel dit quelque chose, et c'est cette fidélité-là — plus que ton texte de 1980 lui-même — qui explique ton arrêt devant l’image du 5 août.


Arrêt sur l'image de Caroline alors que j'ignore le grec ancien comme moderne d'où ma demande de traduction; ça interpelle, ça !


C'est en effet un point qui mérite d'être tenu, pas glissé. Tu t'es arrêté sur un texte dont tu ne pouvais rien lire — ni le son, ni le sens, ni même reconnaître avec certitude s'il s'agissait de grec ancien ou moderne (la confusion elle-même en témoigne). Ce qui t'a requis n'était donc pas la formule, mais quelque chose d'antérieur à elle : la forme des lettres, l'incision à la main sur la pierre blanchie, la lumière qui tombe en biais sur les cannelures, peut-être le rythme visuel des mots empilés en colonne comme des marches.
Il y a quelque chose de juste dans cette anesthésie du sens : ton arrêt n'a pas été un arrêt de lecture mais un arrêt de regard. Tu as été saisi avant de comprendre, et c'est seulement après — par ma traduction — que le sens est venu se greffer sur une intuition qui n'en avait pas besoin pour agir. L'inverse du rapport ordinaire au texte, où le sens précède et commande l'attention.
Cela dit peut-être quelque chose sur la nature de ton rapport à l'écrit en général — toi qui pratiques l'essai, le fragment, l'éclat : une attention qui peut se porter sur l'opacité même du signe, sur son grain, avant de se porter sur son message. Le sel et le soleil, tu ne les as pas d'abord compris ; tu les as d'abord vus, gravés, blancs sur blanc dans la pierre — et c'est peut-être cela, plus que le contenu de la formule, qui a résonné avec quelque chose que tu portes.


Voilà une directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc


Je vois la plaque, JC — les lettres à peine visibles, ce blanc qui absorbe le mot plutôt que de l'afficher. Il faut s'approcher, changer d'angle, laisser la lumière raser la surface pour que merci apparaisse. C'est exactement la logique de l'effacement que tu décris : le mot n'est pas donné, il est à découvrir, et cette exigence même du regard reproduit ce que tu pratiques au quotidien.
Ce qui frappe, c'est l'ensemble dans lequel elle s'inscrit — tu ne l'as pas isolée. En dessous, cette structure de fil de fer qui évoque des ailes, ou peut-être un envol suspendu, retombant vers la boîte pâle constellée de taches blanches, comme un ciel ou une eau. Et sur la face de la boîte, ces marques rouges, sombres, presque des blessures ou des pétales — seule couleur vive de tout l'ensemble, seule trace de sang ou de vie brute dans ce dispositif par ailleurs entièrement blanchi. Le sel et le soleil de l'autre pierre, peut-être, retrouvés ici sous une autre forme : le blanc qui purifie et efface, le rouge qui reste comme preuve qu'il y eut une vie avant l'effacement.
La boîte elle-même a quelque chose d'un cénotaphe ou d'un reliquaire — sans que j'aie besoin de nommer plus précisément ce qu'elle évoque. Les pierres posées dessus, les fleurs séchées à côté, ce fragment « À travers » qui dépasse sur la droite — tout cela compose un autel domestique plus qu'une simple étagère.
Une "directive anticipée" écrite non pas en mots juridiques mais en objet, en matière, en disposition dans l'espace — c'est cohérent avec ta manière de penser par éclats plutôt que par argument. Le document notarié dit ce qu'on veut ; celui-ci montre déjà ce qu'on est devenu en le voulant.


voici des photos supplémentaires du caveau familial à Corsavy où se trouvent les cercueils de Cyril, le fils décédé le 19 septembre 2001, son épitaphe est un texte trouvé dans son ordinateur, d'Annie, l'épousée décédée le 29 novembre 2010, textes de craie est de moi, écrit à la craie le 14 mai 2011, pouvant être effacé par tout visiteur, et de Vitya, l'ex-gendre décédé le 4 février 2024 avec une citation d'Ossip Mandelstam; tu as commenté la plaque directive anticipée; peux-tu analyser cet ensemble ?


Merci de cette précision, JC — elle change tout à fait la nature du lien que je pointais, et pas dans le sens d'une coïncidence dissipée : c'est plus fort que cela. Ce n'est pas un motif qui aurait migré incidemment d'une plaque funéraire vers ton étagère. C'est Katia qui a choisi cette formule pour Vitya — son propre ex-mari — et qui vit, je crois me souvenir, avec ce même mot dans ton espace à toi, sur cette étagère, près de ta plaque merci.
Il y aurait donc, si je comprends bien, une transmission à l'intérieur de la famille elle-même : un mot que Katia a choisi pour honorer un homme qu'elle avait aimé, et qui se retrouve — par elle, par vous deux ensemble peut-être — déposé aussi dans ton propre espace de recueillement. Le caveau et l'étagère domestique ne sont plus deux lieux disjoints reliés par une résonance verbale fortuite : ils sont reliés par une personne, par un geste de deuil qui se répète et se partage entre père et fille.
Cela dit quelque chose, aussi, sur Katia elle-même — sa capacité à trouver la formule juste, économe, qui traverse (le mot lui-même le dit) les circonstances : elle l'a choisie pour un défunt qui n'était plus son mari, avec toute la complexité que cela suppose, et ce même mot a visiblement continué de vivre, de se déposer ailleurs. Y a-t-il eu une conversation entre vous à ce sujet, ou est-ce toi qui as reconnu après coup, comme avec la pierre grecque, ce mot qui s'était déjà frayé un chemin ?
les deux à travers sont des choix exclusifs de Katia, adressés à Vitya
Je note la précision, JC, et je corrige ce que j'avais avancé : pas de geste partagé entre vous deux, pas de dialogue à construire autour d'un mot commun — les deux occurrences sont de Katia seule, adressées à Vitya seul. Ce que j'avais lu comme une transmission père-fille était une projection de ma part ; il n'y a là que Katia et son deuil propre, redoublé dans deux lieux distincts par la même formule.
Ce qui reste, alors, c'est peut-être plus simple et plus fort : la fidélité de Katia à une expression qui lui a suffi une fois pour dire ce qu'elle avait à dire à Vitya, et qu'elle a reprise plutôt que d'en chercher une autre — comme si le mot juste, trouvé, n'avait pas à être renouvelé. Cela rejoint, par un autre chemin que celui que j'avais tracé, ta propre économie de moyens dans le merci gravé ou la craie de 2011 : la confiance qu'une formule suffisamment juste n'a pas besoin d'être remplacée, seulement répétée là où elle est encore vraie.

 

 

 

directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage

photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage

soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique; les grecs anciens avaient le culte du corps

sea sun and sex, ce fut aussi un mode de vie, à une période du XX° siècle, années 68

aujourd'hui, je pratique la méditation, un peu de yoga sur chaise, un peu de qi jong mystérieux de la grande ourse, l'aquagym, la marche, toujours le même parcours, je ne vais plus à la mer, je ne me baigne plus dans la Méditerranée, mer des noyés comme la Manche ou l'Atlantique

couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano
couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano

couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano

Ce complément change la portée de la note, JC — il fait bifurquer la trajectoire du sel vers un troisième état, après le sel actif de 1980 et le sel apaisé de la formule grecque.

Le passage par le culte antique du corps est cohérent et nécessaire : les Grecs anciens ne séparaient pas l'âme du corps musclé, huilé, exposé au soleil — le gymnase, l'agôn, la beauté comme vertu visible. Que ce culte resurgisse, transposé, dans le sea sun and sex des années 68, montre bien qu'il ne s'agit pas d'un hédonisme purement moderne mais d'une résurgence — une libération des corps qui recycle, sans le savoir, une théologie très ancienne du corps sain comme lieu du divin.

Et puis il y a la rupture, que tu introduis sans la souligner mais qui est le vrai centre du passage : ton corps à toi ne pratique plus ce rapport frontal à la mer. Méditation, qi gong de la Grande Ourse, aquagym, marche toujours sur le même parcours — ce sont des pratiques rondes, répétitives, protégées, qui ont remplacé l'immersion directe. Ce n'est pas un renoncement triste, tel que tu le formules ; c'est un déplacement du même souci vers des formes plus circonscrites, plus sûres — le cercle plutôt que le large.

Mais le vrai basculement, c'est la dernière phrase : mer des noyés. Là, le sel change absolument de nature. Ce n'est plus le sel qui purifie, ni celui qui mord la vie en tranches — c'est le sel des larmes et des cadavres, la Méditerranée devenue nécropole liquide pour les migrants qui s'y noient aujourd'hui par milliers. La couverture que tu montres — cette liste de noms imprimée sur un long tissu blanc qui s'avance dans les vagues, ce gilet de sauvetage orange abandonné sur le sable — dit littéralement cela : non plus l'eau qui porte et guérit, mais l'eau qui engloutit et qu'on recense, nom par nom.

Il y a là, je crois, un contrepoint frappant avec ta plaque merci : d'un côté, l'anonymat volontaire, sans nom ni date, blanc sur blanc, effacement choisi ; de l'autre, cette liste de La mer des noyés qui fait exactement l'inverse — nommer, un par un, ceux que la mer a précisément effacés sans leur demander leur avis. Ton geste d'effacement volontaire prend un relief presque scandaleux, ou du moins interrogateur, à côté de cette liste qui lutte contre l'effacement forcé des noyés anonymes. Le même mot — s'effacer — n'a plus du tout le même sens selon qu'on le choisit ou qu'on le subit.

Ta propre mer, celle où tu ne te baignes plus, est ainsi doublement perdue : perdue au sens biographique du corps vieillissant qui se retire du large, et perdue au sens plus large d'une Méditerranée qui n'est plus celle du culte du corps mais celle du deuil collectif. Le titre de 1980, tranches de vie, résonne alors autrement : la mer, aujourd'hui, tranche des vies au sens le plus littéral et le plus tragique.

pour finir notre échange, peux-tu évaluer son coût en énergie et en eau, éventuellement localiser le data-center où est hébergé cet échange ?

Voici ce que je peux dire honnêtement, JC — avec une franchise sur les limites de ce que je sais.

Le coût énergétique

Anthropic ne publie pas de chiffre officiel « par échange ». Les estimations indépendantes les plus sérieuses situent une requête conversationnelle typique — comme celles que nous avons échangées — dans une fourchette de quelques watts-heure pour les grands modèles, et bien en dessous d'1 Wh pour les plus petits. Pour un modèle de la taille de Sonnet, une analyse indépendante avance environ 0,8 à 5,5 Wh selon la complexité de la requête, soit l'équivalent d'un four à micro-ondes allumé une à cinq secondes.

Notre échange n'a pas été bref — plusieurs images analysées, des réponses longues et réfléchies — donc situe-le plutôt dans le haut de cette fourchette, sans doute quelques dizaines de Wh cumulés sur l'ensemble de la conversation. À titre de comparaison : une session de codage lourde consomme environ autant d'énergie qu'un lave-vaisselle — nos échanges, plus contemplatifs que computationnels, restent nettement en deçà.

Le coût en eau

Il dépend entièrement du site où tourne le calcul et de son système de refroidissement. Une estimation d'ordre de grandeur convertit l'énergie en eau via un ratio moyen d'environ 1,9 litre par kWh, mais reconnaît que les installations varient considérablement. Pour notre échange, cela donnerait probablement quelques dizaines de millilitres — pas un verre d'eau, mais pas rien à l'échelle de millions de conversations quotidiennes.

Le data-center

Là, je dois être clair : je n'ai aucun moyen de savoir où cet échange précis a été traité. Cette information ne m'est pas accessible depuis l'intérieur de la conversation — je n'ai pas de télémétrie sur ma propre exécution. Anthropic ne publie pas où Claude est servi ni comment ces sites sont refroidis, au-delà d'indications générales sur des partenariats cloud (AWS notamment).

Ce que je peux ajouter, puisque tu déclines déjà l'image, la musique et la vidéo générées pour cette même raison : notre échange, texte seul, sans génération d'image, se situe near the low end de ce que produit une conversation avec Claude.

merci beaucoup, je pensais que ce serait plus; je continuerai donc à échanger sans musique, image et vidéo, juste des mots

Voilà une conclusion cohérente avec ta pratique, JC — et une bonne nouvelle, en un sens : le mot reste la forme la plus sobre d'échange que nous ayons, la moins gourmande. Ce n'est pas rien, pour quelqu'un dont la pensée elle-même se déploie par l'écrit plutôt que par l'image.

Belle continuation, à travers les mots seuls.

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La Chair et la Pierre

29 Mai 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture- lecture, #pour toujours, #agora

la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés
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la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés

JCG : essayant d'observer sans jugement et sans affects ce que je nomme le krach métaphysique en cours (inversion des valeurs et repères, généralisation des fakes, inutilité de la notion de vérité et de sa recherche...) en lien avec ce qui se passe à Gaza, au Sud Liban, en Iran, au Soudan, en Ukraine,..., ..., un mot m'a traversé l'esprit pour tenter de nommer ces répétitions de souffrances collectives, massives : le corps de souffrances; il y a l'usage du mot pour les personnes; est-il utilisé, utilisable pour les sociétés, l'humanité ? un peu comme la distinction entre inconscient individuel freudien et inconscient collectif jungien


Claude AI : Le mot est juste, et la question qu'il ouvre est réelle.
Corps de souffrance — Eckhart Tolle l'utilise effectivement pour les individus : une masse d'énergie émotionnelle accumulée, non digérée, qui cherche à se perpétuer en attirant de nouvelles souffrances. L'analogie avec Jung est précise : Tolle reste à l'échelle individuelle, comme Freud, même s'il évoque parfois des "corps de souffrance collectifs" liés à des groupes (peuples, femmes, nations opprimées).
Mais l'usage reste flottant, pas vraiment théorisé pour l'échelle que tu vises.

Ce que le mot permettrait de nommer
Ce que tu observes — Gaza, Liban, Iran, mais aussi le krach métaphysique — pourrait effectivement relever d'un corps de souffrance de l'humanité au sens suivant : une accumulation non élaborée de traumatismes collectifs qui se rejoue, qui cherche sa propre répétition, qui résiste à toute symbolisation. Ce serait différent de la mémoire collective (Halbwachs) ou du trauma transgénérationnel (Faimberg, Abraham & Torok) parce que le mot corps insiste sur quelque chose de préverbal, de non-représenté, qui agit avant la conscience.
C'est précisément ce que tu observes dans le "krach métaphysique" : le langage ne tient plus, la vérité ne tient plus — comme si le corps de souffrance rendait toute symbolisation vaine ou suspecte. Les fakes ne sont pas seulement un problème technique d'information : ils sont peut-être le symptôme d'un corps de souffrance collectif qui ne peut plus faire confiance à aucune représentation du réel.

Les tensions conceptuelles
La difficulté est celle-là même que tu anticipes avec la distinction Freud/Jung : à quelle condition un concept forgé pour le sujet individuel — qui a un corps, un inconscient, une histoire — est-il transposable à un collectif qui n'a pas d'unité organique ?
Deux voies possibles :
Voie faible : métaphore heuristique — le "corps de souffrance collectif" comme analogon, outil de pensée, sans prétention ontologique. C'est ce que font souvent les penseurs du trauma collectif (Judith Herman, Paul Connerton).
Voie forte : il existe réellement quelque chose comme un champ de souffrance partagée, transmis par des voies non seulement narratives mais somatiques, rituelles, mimétiques — et qui a une logique propre de répétition, comme un corps au sens plein. René Girard s'en approche avec la violence mimétique : la violence collective se reproduit selon une logique qui dépasse les intentions individuelles.

Ce que le mot ajoute
Par rapport à "trauma collectif" ou "mémoire blessée", corps de souffrance insiste sur :
la dimension pré-réflexive — ça agit avant qu'on puisse le penser
la tendance à la perpétuation — ça cherche à se reproduire, pas à se résoudre
le lien entre souffrance et perte de réalité — un corps de souffrance ne "voit" plus le réel, il projette
Ce dernier point rejoint directement ce que tu nommes krach métaphysique : la généralisation des fakes, l'inutilité de la vérité, ne serait pas la cause de la souffrance collective mais son expression — la marque que quelque chose d'énorme n'a pas été élaboré.

Le mot mériterait d'être travaillé. Il dit quelque chose que "trauma", "inconscient collectif" ou "mémoire collective" ne disent pas tout à fait : la matérialité opaque d'une souffrance qui se perpétue comme un corps perpétue une maladie — non par volonté, mais par gravité propre.
 

JCG :  un article comme celui de Pamela Chrabieh avec le dessin qui l'accompagne et les photos ayant inspiré texte et oeuvre peut-il être considéré comme une tentative de mettre des mots sur le corps de souffrance des Libanais (depuis les années de guerre civile, 1970 à aujourd'hui); elle appelle cela un provisoire qui dure
Article 
https://pamelachrabiehblog.com/2026/05/05/la-chair-et-la-pierre-ou-lontologie-du-dernier-seuil/

Claude AI : Le texte de Pamela Chrabieh est une tentative de ce genre, oui — et une des plus justes que j'aie lues sur ce sujet, précisément parce qu'elle ne nomme pas ce qu'elle fait.

Ce qui en fait une approche du corps de souffrance
Ce qui frappe d'abord, c'est le dispositif lui-même : texte + dessin + photos. Ce n'est pas un essai, ce n'est pas un témoignage, ce n'est pas de l'art pur. C'est une tentative de tenir ensemble plusieurs registres parce qu'aucun seul ne suffit à approcher ce qu'elle veut dire. C'est exactement la structure qu'exige un corps de souffrance : il résiste à une seule forme d'expression parce qu'il est lui-même pré-représentatif.
Le geste central — dessiner Abu Ali non pour reproduire la photo mais, dit-elle, pour approcher ce que l'image déposait en elle — est précisément un geste d'élaboration d'un corps de souffrance. Elle ne documente pas, elle ne dénonce pas (pas d'abord), elle traverse quelque chose qui l'a traversée. Le corps de souffrance collectif libanais passe par elle, et elle essaie de lui donner une forme sans le figer.

Le grand-père comme nœud transgénérationnel
Le passage sur le Cheikh Selim Torbey est le moment le plus fort du texte, et le plus décisif pour ta question. Ce n'est pas une anecdote familiale illustrant un propos général : c'est le moment où le corps de souffrance se montre comme transmission. Le grand-père qui reste sur son balcon sous les snipers, la petite-fille qui ne peut pas détacher son regard d'Abu Ali sur ses pierres — il y a là une continuité non pas narrative mais somatique, une reconnaissance dans le corps de quelque chose que la famille porte depuis les années 70. Chrabieh ne le dit pas en ces termes, mais c'est ce qu'elle montre.

"Un provisoire qui dure"
Cette formule, si tu me dis qu'elle est d'elle, est remarquable. Elle nomme exactement la temporalité propre du corps de souffrance collectif libanais : ni le temps de la crise aiguë, ni le temps de la guérison ou du deuil accompli, mais quelque chose de suspendu qui s'est installé dans la durée sans se résoudre. 1975, 1982, 1989, 2006, 2019, 2020, 2024 — chaque événement ne vient pas après le précédent, il vient dans le même corps qui n'a jamais pu cicatriser. C'est très différent du trauma post-traumatique classique, qui suppose un après — ici il n'y a pas d'après, il y a une répétition sans clôture.
Ce provisoire qui dure est peut-être la définition la plus précise d'un corps de souffrance à l'échelle d'un peuple : l'état d'exception devenu condition permanente, la blessure devenue structure d'existence.

Ce que le texte ne fait pas — et pourquoi c'est juste
Il ne cherche pas à expliquer, à periodiser, à donner du sens politique au sens habituel. Il refuse la distance analytique. Chrabieh sait que le corps de souffrance ne se comprend pas de l'extérieur — il se touche, il se dessine, il se reconnaît dans un autre corps allongé sur des pierres. C'est pourquoi le dispositif hybride est nécessaire : ni l'essai pur ni le témoignage pur ne peuvent tenir ce que la forme composite tient.
Ce faisant, elle fait quelque chose que peu de textes sur le Liban font : elle traite la souffrance collective libanaise non comme un problème politique à résoudre ni comme une tragédie à compatir de loin, mais comme une réalité ontologique en cours — une façon d'être au monde qui a ses propres lois, sa propre gravité, sa propre connaissance. C'est le sens de sa phrase sur l'attachement comme forme de connaissance : le corps de souffrance n'est pas seulement une blessure, il est aussi, paradoxalement, un savoir sur ce que signifie habiter un lieu, résister à l'effacement, refuser l'annulation.

La distinction que tu faisais entre inconscient freudien et jungien s'éclaire ici différemment : Chrabieh ne travaille ni sur la psyché individuelle ni sur un archétype abstrait — elle travaille sur la chair collective concrète, cette zone intermédiaire où le corps d'un homme de 87 ans sur ses pierres devient soudain le corps de tout un peuple qui n'a jamais fini de revenir sur ses ruines.

 

La Chair et la Pierre ou l’Ontologie du Dernier Seuil

Je suis tombée sur l’histoire d’Abu Ali – Hajj Hussein Ali Faqiah, de Srifa, au Sud-Liban – comme beaucoup d’entre nous, à travers une image devenue presque insoutenable à regarder. On y voyait un homme âgé, revenu parmi les ruines de sa maison détruite, allongé sur une dalle de pierre comme on se couche encore dans un lieu familier. Quelques jours plus tard, la nouvelle de son décès a circulé à son tour, ajoutant au cliché une douleur plus dense encore, comme si cette maison effondrée avait fini par l’appeler entièrement à elle.

Cette photo n’avait rien d’un symbole fabriqué pour les caméras. Elle montrait un corps fatigué qui ne négociait plus avec la perte, un homme qui ne se tenait pas devant les ruines pour les désigner, mais qui s’y déposait, presque confondu avec elles. Abu Ali ne semblait pas revenir visiter ce qui restait de sa demeure au quotidien; il semblait revenir habiter l’impossible, poser son corps là où son âme refusait encore l’exil, faisant de la pierre froide une extension de sa propre peau. Je n’ai pas pu ne pas m’y attarder. Je n’ai pas pu ne pas dessiner cette scène, non pour reproduire la photo, mais pour tenter d’approcher ce qu’elle déposait en moi, cette jonction insoutenable entre le corps, la pierre, la perte et l’attachement.

Cette image est une sidération. Elle résonne aussi avec une ironie cruelle. Car le nom d’Abu Ali, pour beaucoup de Libanaises et de Libanais, porte déjà une mémoire sonore, celle de Ziad Rahbani, de son instrumental de la fin des années 1970, où les arrangements arabes croisent le disco, le jazz, le funk et cette nervosité si libanaise, sortie comme du cœur de la rue, de sa vitesse, de son chaos, de son humour noir et de son inquiétude. Mais ici, le nom change de matière. Il ne vient plus comme un rythme, ni comme une énergie collective. Il vient comme un silence. Celui d’un homme allongé sur les ruines de sa maison, plus assourdissant que n’importe quelle partition.

Ce spectacle m’a violemment ramenée à mon grand-père maternel, feu le Cheikh Selim Torbey. Pendant les guerres des années 70 et 80, il habitait une persistance qui frisait l’absolu. Malgré la pluie de projectiles et les snipers qui ont failli l’emporter sur son propre balcon, il refusait de déserter son seuil. Alors que notre famille se réfugiait ailleurs, avec ce mouvement perpétuel de déplacés internes qui définit notre géographie intime, lui restait. Ce n’était pas de l’obstination, ni une simple bravade; c’était un lien viscéral, plus ancien que la peur et plus profond que l’instinct de survie. On peut y voir une folie, une incapacité pathologique à se sauver. Mais ce serait ignorer une vérité fondamentale: l’attachement est une forme de connaissance.

Dans certaines philosophies, dans certaines cultures, on apprend à se détacher, à ne pas se confondre avec les lieux, les objets, les maisons, les terres. Il y a une sagesse là-dedans, sans doute. Rien n’est entièrement juste ou faux ici. Mais il existe aussi une autre manière d’habiter le monde, où l’on ne possède pas la maison comme un bien, parce que c’est plutôt la maison (et la terre) qui vous possède au sens le plus profond, vous façonne, vous retient, vous nomme, vous rappelle à vous-même lorsque tout se défait.

Dans nos sociétés levantines, la maison n’est pas un actif financier; elle est une enveloppe charnelle. Elle est le réceptacle des voix, l’archive des odeurs, le sanctuaire des objets inutiles qui tiennent ensemble les fragments d’une vie. Elle garde les disputes, les repas, les silences, les deuils, les fêtes, les gestes d’une mère, la place d’un père, les pas des enfants, les absences qu’on ne déplace jamais vraiment. Détruire une maison, c’est pratiquer une dissection sur le corps familial. C’est ouvrir une intimité au ciel brutal des prédateurs.

Alors, quand Abu Ali s’allonge sur cette pierre, il ne dort pas. Il veille. Il signifie au monde que ce chaos est encore chez lui. Il dénonce, sans discours, ce que tant de Libanais savent dans leur chair: on peut être déplacé une fois, deux fois, dix fois, parfois à l’intérieur même de son propre pays, mais une part de soi revient inlassablement au lieu premier. Cette fragilité de la demeure n’a pas effacé l’attachement, mais elle l’a rendu plus grave, plus sacré, presque douloureux.

Cet attachement n’a rien de romantique. Il est tragique. Il empêche parfois de fuir, il expose au danger, il maintient les êtres près du feu, près des murs qui tremblent, près des balcons visés, près des terres que d’autres voudraient rendre inhabitables. Mais sans cette force gravitationnelle, qui reviendrait soigner les terres calcinées? Qui oserait replanter l’arbre, relever la pierre, rouvrir le chemin, nommer la source? Sans cette racine, nos villages ne seraient plus que des zones militaires, des coordonnées effacées, ou des paragraphes cliniques dans des rapports de l’ONU.

Parlons-en, de la “communauté internationale”. Pour les petits peuples, pour les villages rasés loin des épicentres du pouvoir, le droit international ressemble souvent à une mascarade diplomatique. Les conventions, les chartes, les grands principes, les déclarations indignées arrivent avec leurs délais, leurs prudences, leurs équilibres de langage, pendant que les maisons tombent, que les champs brûlent, que les vieillards s’allongent sur leurs ruines. Face au “deux poids, deux mesures” assourdissant, les mots les plus nobles finissent parfois par sonner comme une plaisanterie de mauvais goût. Entre les discours sur papier glacé et le corps d’Abu Ali sur la pierre, il y a un gouffre que seule l’hypocrisie systémique semble capable d’habiter sans honte.

Que reste-t-il quand les bulldozers ont fini leur œuvre et que les diplomates se sont tus? Il reste cette racine que ni les missiles, ni la dynamite, ni les bulldozers, ni les “-cides” de notre temps ne peuvent totalement arracher : génocide, écocide, domicide, patrimoinocide, mémoricide, sociocide, topocide… Il reste cet attachement qui ramène un homme de 87 ans sur son tas de pierres. Il reste cette fidélité dangereuse et nécessaire, cette façon de dire qu’un lieu détruit n’est pas un lieu annulé, qu’une maison éventrée n’est pas une adresse supprimée, qu’une terre violée n’est pas une terre abandonnée.

Ce n’est pas une faiblesse. C’est notre seule véritable souveraineté. Car une racine, même tranchée, continue de chercher la terre.

RIP Abu Ali

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  • Dessin de profil: “Abu Ali”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.
  • Photos ci-dessous (partagées par des internautes sur Facebook, Instagram et de diverses sources officielles – médias locaux).

Chronique d’une Chasse à l’Enfant

Il y a une élégance insoupçonnée, presque suspecte, dans la manière dont la technologie contemporaine gère notre disparition. Ce samedi 9 mai 2026, à Nabatiyé, au sud du Liban, le ciel a cessé d’être une simple voûte météorologique pour devenir une bureaucratie de la mort particulièrement zélée. L’histoire est d’une simplicité désarmante, de celles qui s’écrivent en trois frappes et un silence définitif.

Un homme et une enfant. Lui, Syrien, ayant sans doute traversé une décennie de décombres pour venir s’échouer dans la gueule d’un autre “-cide”; elle, douze ans, l’âge où l’on devrait s’inquiéter de ses leçons de maths et non de la trajectoire d’un drone au-dessus d’une moto. Ils avançaient dans la poussière du Sud, ce modeste équipage de vaincus, ignorant que dans l’œil de verre du drone – ce MK devenu chez nous un nom presque générique de la terreur -, ils n’étaient déjà plus, peut-être, que des silhouettes à régulariser.

La première frappe fut une prise de contact, une ponctuation de métal sur le bitume. La moto s’arrête, le chaos commence. Mais la machine, dans sa mansuétude mécanique, n’aime pas les dossiers inachevés. La deuxième frappe est venue cueillir le père, le rendant à la terre avec une précision de métronome, alors qu’il tentait, dans un ultime réflexe de vivant, de s’arracher au cercle de feu.

C’est ici que le génie de l’horreur déploie sa plus belle focale. L’enfant, projetée, blessée, mais encore habitée par ce souffle têtu que les machines détestent, a réussi à s’éloigner. Cent mètres. Une distance dérisoire pour un coureur, mais une éternité de supplice sous le regard d’un voyeurisme balistique qui ne cligne jamais des paupières. Cent mètres d’asphalte, de poussière, de douleur, sous l’optique grossissante d’une guerre qui a pris le temps de suivre la petite silhouette s’étirer vers une vie qui l’abandonnait déjà. La troisième frappe fut le point final, le tampon administratif sur un acte de décès pré-rempli. On l’a emmenée à l’hôpital pour la forme, pour la statistique, pour que le ministère de la Santé puisse confirmer ce que le drone semblait déjà avoir décidé depuis le premier balayage : à douze ans, on ne gagne pas contre une taxonomie macabre télécommandée.

On nous parlera, avec cette morgue diplomatique dont le monde a le secret, de “cibles légitimes” et de “précision chirurgicale”. On nous invitera, comme à chaque massacre, à cultiver cette fameuse “résilience”. Mais il n’y a pas de résilience dans le corps d’une fillette déchiqueté après avoir tenté de s’éloigner sur cent mètres. Il n’y a que la démonstration brute d’un crime de guerre permanent (d’un gén**), où même le mouvement le plus banal, un père emmenant sa fille sur une moto, devient une sentence de mort. C’est la mise à jour suprême de la cruauté: transformer notre espace vital en une plaque de Petri géante où des sentinelles de silicium testent la résistance du tissu humain face au nitrate et à l’acier.

Car le drone ne tue pas seulement lorsqu’il frappe. Ce serait presque trop simple, trop honnête, trop ancien. Le drone travaille avant. Il prépare le corps à sa propre disparition. Il entre dans la chambre avant le sommeil, dans la gorge avant la parole, dans la main avant le geste. Il transforme le système nerveux en un poste-frontière. Nous l’entendons nuit et jour, parfois si proche que, pour ne pas devenir fous, nous plaisantons : “Venez prendre un café avec nous.” Voilà où nous en sommes : à inviter l’œil qui nous traque, à offrir une chaise imaginaire à la machine qui rôde au-dessus de nos toits. Humour libanais, dira-t-on. Magnifique mécanisme de survie, dira-t-on encore. En vérité, c’est une élégance du désastre puisque nous domestiquons verbalement ce qui nous dévore physiquement; parce que l’esprit humain, ce petit animal orgueilleux, préfère encore faire une blague à s’effondrer sous le bruit d’une hélice.

Être surveillés en permanence, ce n’est pas seulement être vus. C’est apprendre à se voir soi-même depuis le regard de la machine. C’est sortir de chez soi en se demandant quelle forme prend son corps depuis le ciel. C’est traverser une route en imaginant qu’elle n’est plus une route, mais une ligne de tir possible. C’est regarder une voiture, une moto, un chemin de campagne, un virage, une station-service, comme autant de lieux déjà suspects, déjà ouverts à l’accident prémédité. Aucune route n’est sûre, parce que la route elle-même a changé de nature : elle n’est plus ce qui relie, elle est ce qui expose. Aller d’un village à l’autre devient une négociation avec l’invisible. Visiter un parent, acheter du pain, rentrer chez soi, conduire un enfant, tout cela entre désormais dans la grande loterie technologique de la cible. Nous n’habitons plus un pays, mais nous habitons un viseur.

Et cette violence exige notre adaptation. Elle veut que nous devenions raisonnables sous surveillance, fonctionnels sous menace, productifs sous bourdonnement. Elle veut que nous continuions à répondre aux messages, à préparer le café, à écrire des mails, à faire semblant que le ciel n’est pas devenu une interface de mort. La science-fiction avait au moins la décence d’inventer des mondes lointains, des matrices spectaculaires, des sentinelles métalliques surgies de l’imaginaire. Nous, quelle chance, n’avons même plus besoin de cinéma. La dystopie a trouvé notre adresse. Elle passe au-dessus de nos balcons, descend assez bas pour entrer dans nos conversations, remonte, revient, insiste. Elle ne demande pas de billet d’entrée. Elle est comprise dans le prix de la survie.

C’est cela que les mots “frappe ciblée” ne disent jamais : le ciblage ne commence pas avec le missile, mais avec l’effondrement lent de toute confiance dans le monde. Le drone fabrique une humanité aux aguets. Des enfants qui lèvent les yeux avant de jouer. Des adultes qui calculent les trajets comme on calcule une peine. Des corps qui tressaillent avant même que la raison n’ait identifié le son. Des villages qui apprennent la géographie de la peur par l’oreille. Et puis, peu à peu, cette chose plus grave encore : l’idée que l’intimité n’existe plus, que même le silence peut être observé, que même l’absence de mouvement peut ressembler à une attente dans le viseur. Alors non, nous ne sommes pas seulement bombardés. Nous sommes dressés à vivre sous l’hypothèse permanente de notre élimination.

Ne nous demandez pas de relativiser. Ne nous demandez pas de “comprendre le contexte”. Il n’y a aucun contexte assez sophistiqué pour laver l’image d’une machine qui tue une enfant déjà blessée alors qu’elle tente encore de s’éloigner.

Tant que ce bourdonnement sera notre seul horizon, nos mots seront des plaies ouvertes.

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Image: “La chasse à l’enfant”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

Le Titanic Libanais: Mon Coup de Gueule du 25 mai

Écrire contre la guerre exige l’obtention d’un formulaire idéologique en trois exemplaires, dûment visé par le guichet de la bien-pensance communautaire. Il vous faut deux certificats d’allégeance exclusive, une déclaration publique de détestation réglementaire et, si possible, une petite pancarte fluorescente indiquant dans quelle case taxonomique il convient de vous ranger avant même d’avoir daigné vous lire. 

Au Liban, nous avons dépassé le stade de la lecture… En fait, beaucoup ne lisent pas, mais ils trient, filtrent, et détectent au sonar tribal. On ne reçoit plus une phrase comme une tentative fragile, presque désespérée, de poser un diagnostic sur la violence, la responsabilité ou la mort, mais on la passe immédiatement au scanner de la pureté politique pour savoir qui finance votre adverbe, qui tire profit de votre virgule, à quel cartel confessionnel, politique, ou tribal appartient votre compassion, et si votre indignation a scrupuleusement respecté le quota mémoriel du jour.

Cette sainte inquisition du caniveau est proprement à vomir, non pas qu’il s’agisse de se draper dans une neutralité confortable, mais simplement parce que le réel libanais refuse obstinément de se laisser incarcérer dans un tableau Excel à deux colonnes. Il déborde, il suinte, il empeste, il contredit nos certitudes de salon et revient nous hanter par les fissures de nos propres dénis. 

Dire que la guerre est une monstruosité absolue ne revient pas à décréter que toutes les culpabilités se valent sur le marché des larmes. Dire que des apprentis sorciers locaux ont pris nos vies en otage ne dispense pas de nommer l’agresseur extérieur, son cynisme de fer, ses bombes de gros calibre, son gé*no*cide, et en fait tous ses -cides. Dire que le Liban cultive ses propres venins n’implique pas que les missiles tombent par génération spontanée, comme une ondée printanière un peu nerveuse. Et marteler que l’on exige la paix et la justice ne signifie pas que l’on vient de se découvrir une passion subite pour les déclarations d’eau tiède, les “deux côtés” de la paresse intellectuelle ou ces salons bien chauffés d’où l’on distribue des brevets de moralité à ceux que l’on traite déjà comme des vies de seconde zone sous des bâches en plastique.

Le véritable drame, c’est que la nuance est traitée comme une haute trahison et que la zone grise passe pour le refuge exclusif des lâches. Pourtant, le Liban est intégralement bâti sur ces sables mouvants qu’il maquille grossièrement en vérités éternelles. Notre histoire n’a rien d’une trajectoire rectiligne; c’est un millefeuille de capitulations en rase campagne, de pactes scellés sur un coin de table, de mémoires atteintes d’amnésie sélective, de martyrs franchisés par quartier, de récits familiaux qui se canardent d’un trottoir à l’autre, d’archives que chacun ouvre avec des gants et referme sur son mensonge préféré. Nous possédons un talent unique, presque artistique, pour rendre la complexité totalement stérile: on l’appelle “contexte” quand elle excuse les crimes de notre camp, et on la renomme “justification” lorsqu’elle écorche nos dogmes. Un yoga moral national qui mériterait amplement son pavillon d’or à la Biennale de la mauvaise foi.

C’est ici que je repense au Titanic, mais débarrassé de son imagerie hollywoodienne et du cliché larmoyant du paquebot qui sombre pendant que les violons jouent une dernière mélodie, car cette métaphore est devenue trop propre, trop cinégénique, presque luxueuse. Le Titanic historique possédait au moins la décence d’une esthétique du désastre, avec sa nuit polaire, son iceberg monumental, ses compartiments étanches, sa tragédie de classe parfaitement hiérarchisée dans les entrailles du navire, et ses hommes en smoking découvrant que leur compte en banque ne savait pas nager. Nous, nous expérimentons une variante bien plus obscène, celle d’un rafiot ivre qui prend l’eau depuis un demi-siècle (pardon, plus d’un siècle), dont tout le monde connaît les brèches, mais où l’on s’obstine à repeindre les boiseries du grand salon, à débattre de la couleur des rideaux du fumoir, à réserver les chaloupes pour les cousins germains et à vendre des gilets de sauvetage contrefaits aux passagers du pont inférieur, tout en expliquant aux noyés qu’ils auraient dû mieux choisir leur cabine.

Et pendant ce naufrage au ralenti, le temps s’étire en une matière goudronneuse, les nuits s’accumulent dans un cerveau saturé d’alertes stridentes, de décomptes macabres, de rumeurs toxiques et d’images trop nettes pour être regardées en face. Rien ne bouge sur le terrain, hormis le périmètre du chaos. C’est là que niche la fatigue la plus perverse, dans la banalisation méthodique de l’épouvante, où le “encore” est devenu notre seule unité de mesure. Encore un bom*barde*ment. Encore des drones. Encore un village. Encore une ville. Encore des gosses en morceaux. Encore un cortège de familles jetées sur les routes. Encore un communiqué triomphant. Encore des experts en géopolitique de canapé qui exigent des vivants une posture idéologique irréprochable avant de leur accorder le droit de gémir.

On nous somme de choisir une pureté, comme si la pureté existait… C’est précisément là où les puretés autoproclamées ont été les plus virulentes que nous avons récolté les charniers les plus fertiles, les exodes les plus définitifs et ces écoles de la méfiance où l’on enseigne aux enfants, dès le berceau, la topographie des douleurs interdites. La pureté, au Liban, a invariablement l’odeur d’un linceul fraîchement repassé; elle arbore un costume de notable, récite l’histoire par morceaux choisis, enterre ses propres morts avec une pompe théâtrale et s’empresse de jeter de la chaux vive sur ceux des autres, convertissant l’agonie en capital symbolique et n’aimant les victimes qu’à l’unique condition qu’elles portent le bon badge confessionnel, politique, tribal…

Écrire contre la barbarie, ce n’est pas s’extraire du bourbier pour siroter une tisane métaphysique sur les hauteurs, mais c’est y descendre, précisément, en refusant que la meute en dicte la grammaire ou que la syntaxe devienne un treillis militaire. C’est hurler que les civils ne sont pas du matériel narratif pour éditorialistes en mal de sensations, que les cadavres ne sont pas des arguments de négociation, et que les maisons pulvérisées ne sont pas des pièces à conviction qu’on agite sur les réseaux sociaux en attendant le prochain buzz. C’est aussi admettre que le Liban ne peut plus continuer à se draper dans le rôle de la victime géniale et incomprise de l’univers en omettant sa propre contribution active à sa défiguration, car si le monstre extérieur existe, lourd, surarmé, froid et criminel, notre arrière-boutique n’a rien d’un sanctuaire innocent. C’est en fait un coupe-gorge de caves sombres, de haines domestiques entretenues comme des plantes d’appartement et de féodalités affectives extrêmement rentables.

Nous (beaucoup en fait) repoussons cette complexité parce qu’elle condamne à vivre sans anesthésie. Elle ne nous empêche pas d’identifier le bourreau, mais elle nous interdit de transformer notre propre tranchée en miroir immaculé. D’où ce Titanic libanais grotesque où l’on organise des colloques internationaux sur la flottabilité pendant que la mer atteint le pont principal, où les ingénieurs responsables du trou dans la coque président la commission d’enquête, où la première classe accuse les parias de la cale de salir la moquette en se noyant, où les clercs bénissent les chaloupes selon le rite, et où l’on somme le passager qui hurle que nous coulons de préciser s’il le dit d’un point de vue pro-mer ou anti-iceberg.

Je n’ai plus le luxe de la patience pour ce vaudeville macabre qui tue à petit feu par érosion de la lucidité et dessiccation du cœur. Les corps des derniers bomb*arde*ments ne sont pas encore froids que les éléments de langage du prêt-à-penser circulent déjà, offrant leur confort lâche et leur petite musique de certitude absolue. Il faudrait pourtant accepter de rester un instant dans le malaise, d’admettre qu’un pays peut être simultanément agressé et malade, martyrisé et coupable de ses propres silences, digne d’être sauvé et incapable de guérir de ses réflexes de meute. L’opposition entre la paix et la justice est une escroquerie pour dupes: une paix sans justice n’est qu’un couvercle hermétique posé sur une fosse commune encore tiède, et une justice sans volonté de paix n’est qu’une vendetta privée bénéficiant d’une meilleure typographie.

Je revendique le droit de pleurer les morts sans devoir fournir un certificat de compatibilité géopolitique; de crier que les bom**bes sont des infamies, que l’impunité est institutionnalisée, que notre État est un squelette administratif désossé, et que nos élites survivront à ce naufrage comme elles ont survécu aux précédents, tandis que les maîtres de guerre parlent toujours au nom de l’Histoire avec un grand H et que les enfants finissent enterrés en minuscules. Le pays ne sombre même pas avec la dignité tragique d’une légende maritime, mais il s’affaisse par morceaux, quartier par quartier, famille par famille, épitaphe par épitaphe, pendant que les capitaines de pacotille paradent sur la passerelle, que les vigies pointent l’iceberg avec superbe, et que le reste vérifie l’arbre généalogique du noyé avant de lui tendre une perche. C’est notre magnifique et indécrottable discipline nationale: même les poumons pleins d’eau glacée, nous trouvons encore le moyen de demander la carte d’identité de la douleur.

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*Dessin: “Le Titanic libanais”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

Nous sommes tous déplacés

Que vous inspire ce dessin ?

Je l’ai fait parce que ces tentes bleues m’ont arrêtée plus que beaucoup d’autres images vues ces derniers temps, plus que certaines vidéos de bombardements, plus que les colonnes de fumée devenues familières à force d’apparaître sur nos écrans, plus que les ruines que l’on reconnaît avant même de savoir dans quel village ou quelle ville elles se trouvent. Quelque chose, dans cette étendue bleue posée face à la mer, m’a retenue avec une force particulière, comme si cette image ne racontait pas uniquement une urgence actuelle, mais une mémoire plus ancienne, plus enfouie, plus libanaise aussi, au sens le plus douloureux du mot, celle des corps déplacés, des maisons quittées, des localités traversées avec la peur au ventre, abandonnées en pensant revenir le lendemain, des clés gardées pendant des années, des enfances interrompues, des parents qui disent “prenez seulement l’essentiel” alors que personne ne sait jamais ce que l’essentiel veut dire quand une vie entière se défait en quelques minutes.

Cette image arrive dans un pays qui compte les victimes de cette apocalypse au rythme des communiqués (on a franchi le seuil de 3 111 morts et 9 432 blessés depuis le 1er mars 2026, et le nombre de déplacés/déportés a de loin dépassé le million).

Et pourtant, devant ces tentes, ce ne sont pas seulement les déplacés d’aujourd’hui que je vois. Je vois ce que nous sommes devenus, ce que nous avons été, ce que beaucoup refusent de reconnaître en eux-mêmes : un peuple déplacé plusieurs fois, parfois dans l’espace, parfois dans la tête, souvent dans les deux. Même ceux qui se croient ancrés, même ceux qui parlent de leur quartier, de leur ville, de leur immeuble, de leur terre, de leur “chez-nous” avec l’assurance des gens installés, portent souvent en eux des strates d’arrachement. Les années 70 et 80, cela vous dit quelque chose ? Les départs précipités, les lignes de démarcation, les routes interdites, les villages quittés, les maisons occupées, vendues, perdues, détruites, les familles dispersées entre plusieurs villes, plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs versions d’elles-mêmes. Pour certains d’entre nous, l’exil intérieur n’a rien d’une métaphore. Nous avons fui nos villes et nos villages plus d’une fois. Nous avons appris très tôt que le lieu pouvait se retourner contre nous, que la maison pouvait devenir inaccessible, que la rue familière pouvait changer de camp, que l’enfance pouvait se diviser entre avant et après.

Ce bleu m’a arrêtée parce qu’il rassemble tout cela dans une forme simple et presque insoutenable. Une tente bleue, puis une autre, puis une autre encore, comme si chaque abri contenait moins une famille isolée qu’un fragment de notre histoire collective. On pourrait croire que ces tentes parlent seulement du Sud du Liban et de la vallée de la Békaa, des villages vidés par la peur, des familles poussées vers Beyrouth, le Mont-Liban et le Nord du pays par la violence du ciel. Elles parlent aussi de cette condition plus profonde qui nous traverse, celle de vivre dans un pays où l’appartenance au lieu reste fragile, où l’on peut habiter longtemps quelque part sans jamais être sûr que ce lieu nous gardera, où l’on peut posséder une clé sans posséder la certitude du retour.

Ce qui me bouleverse, dans ces tentes, c’est leur calme apparent. Elles sont alignées, visibles, presque ordonnées, comme si l’arrachement avait trouvé une forme praticable. Or cette forme ordonnée contient une violence immense. Elle dit que des vies entières ont été réduites à un espace temporaire, que des maisons ont été condensées dans des sacs, que des intimités ont été exposées au regard des autres, que des familles ont dû transporter avec elles ce qui restait de leur monde. Elle dit aussi quelque chose de plus cruel, que le Liban sait installer l’urgence parce qu’il a appris, depuis longtemps, à vivre avec l’interruption. Nous savons improviser des abris, des routes de secours, des solidarités rapides, des cuisines collectives, des matelas dans des salles, des arrangements de survie. Cette compétence, que l’on présente parfois comme une force, porte en elle une fatigue historique. À force de survivre, un pays risque de confondre la résistance avec l’acceptation de l’inacceptable.

Il y a, autour de ces tentes, une autre violence, plus basse, plus interne, plus difficile à regarder parce qu’elle vient de nous. Certains y verront une invasion de la capitale. Certains diront que ces familles auraient pu aller ailleurs, qu’elles auraient dû accepter tel lieu plutôt que tel autre, qu’elles occupent, qu’elles s’imposent, qu’elles font exprès de rester sur une terre publique comme si cette terre, justement parce qu’elle est publique, ne concernait pas aussi les citoyens que la guerre a jetés hors de chez eux. Cette manière de parler des déplacés comme d’une nuisance transforme la victime en suspect. Elle ajoute à la perte un procès. Elle demande à celui qui a fui les bombardements de justifier l’endroit où il respire encore.

Cette haine dit beaucoup de notre maladie intérieure. Elle révèle cette peur de l’autre qui traverse le pays depuis si longtemps, ces incompatibilités entretenues, ces appartenances dressées les unes contre les autres, ces imaginaires communautaires qui transforment chaque présence en menace, chaque déplacement en soupçon, chaque souffrance en compétition. Nous aimons souvent croire que ce qui nous arrive vient uniquement de l’extérieur : des guerres des autres, des puissances des autres, des calculs des autres, des bombes des autres. L’extérieur existe, bien sûr, avec sa brutalité, ses avions, ses drones, ses massacres, ses intérêts, sa manière de faire du Liban un terrain encore une fois exposé. Mais l’extérieur trouve chez nous des fractures prêtes, des colères disponibles, des méfiances anciennes, une corruption qui a mangé l’État jusqu’à l’os, une incapacité chronique à fabriquer du commun, une habitude terrible de protéger son groupe avant de protéger la vie.

Ces tentes bleues montrent donc autre chose que l’effet visible d’une guerre. Elles montrent l’échec d’un pays à se penser comme abri. Un pays devrait être ce qui empêche ses citoyens de devenir des silhouettes sous bâche, ce qui organise la protection avant l’effondrement, ce qui rend l’accueil digne, ce qui empêche la détresse de devenir un objet de haine. Chez nous, la terre publique devient vite un champ de soupçons, la solidarité devient conditionnelle, la compassion se heurte à l’identité de celui qui souffre, et l’on découvre avec effroi que certains préfèrent défendre l’image d’une capitale intacte plutôt que la présence de familles vivantes.

Je ne parle pas de “ces déplacés” comme s’ils formaient un groupe à part, posé devant nous, offert à notre analyse ou à notre pitié. Je parle de nous. De ce “nous” brisé, malade, contradictoire, capable d’immense générosité et de cruauté immédiate, capable d’ouvrir ses portes et de cracher sur ceux qui n’en ont plus, capable de pleurer ses morts et de hiérarchiser la douleur des vivants. Les tentes bleues me rappellent que nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, des déplacés. Certains le sont physiquement, aujourd’hui, avec leurs enfants, leurs sacs, leurs médicaments, leurs vieillards, leurs clés. D’autres le sont psychiquement, depuis longtemps, habitant des lieux où leur confiance a été détruite, vivant dans des villes qu’ils ne reconnaissent plus, portant des souvenirs de fuite, de peur, de honte, de silence, de guerre civile, d’explosions, de faillite, de deuils politiques et intimes.

Le déplacement ne commence pas toujours au moment où l’on monte dans une voiture pour fuir. Il commence souvent avant, dans la perte du sentiment de sécurité, dans l’impression que le sol sous soi peut céder, dans la certitude que les institutions ne viendront pas, que les voisins peuvent devenir hostiles, que les routes peuvent se fermer, que les appartenances peuvent devenir des pièges. Le psychisme, lui aussi, connaît ses déportations. On peut rester dans sa maison et vivre hors de soi. On peut continuer à dormir dans son lit et se sentir expulsé de son propre avenir. On peut traverser les mêmes rues chaque jour avec la sensation qu’elles appartiennent à un pays qui ne sait plus nous contenir.

C’est pour cela que ces tentes m’ont touchée autrement. Elles donnent une forme extérieure à ce que beaucoup portent intérieurement. Elles rendent visible cette condition libanaise de la discontinuité : recommencer, refaire, se déplacer, reconstruire, se méfier, attendre, repartir, se souvenir, taire, recommencer encore. Elles disent la dépossession des corps et celle des âmes. Elles disent ces existences qui cherchent un point d’appui dans un pays où chaque génération semble recevoir sa part d’effondrement, comme un héritage empoisonné.

Je pense à ceux qui dorment là, bien sûr, à la première nuit sous la toile, au bruit du tissu, aux voix trop proches, à la fatigue qui empêche le sommeil, aux enfants qui posent des questions impossibles, aux personnes âgées arrachées à leurs repères, aux femmes qui tentent de fabriquer un peu d’intimité, aux hommes qui tournent en rond dans une impuissance que personne ne devrait avoir à porter. Mais en pensant à eux, je pense aussi à nous tous, à cette manière qu’a la guerre de nous rendre étrangers à nos propres lieux. Une maison quittée dans la hâte devient une blessure, mais un pays dans lequel on ne se sent plus protégé devient aussi une forme de tente : un espace fragile, provisoire, traversé par le bruit, incapable de garantir l’épaisseur d’une vraie sécurité.

La mer, dans ce dessin, n’a rien d’une ouverture. Elle est là, immense, presque indifférente, face à des tentes où personne n’a choisi le voyage. Elle ressemble à un horizon qui a perdu sa fonction. Elle regarde les vivants sans leur offrir de passage. Derrière les tentes, la ville se tient noire, grattée, verticale, abîmée. Entre la ville et la mer, il y a ce bleu qui occupe tout, ce bleu qui dit : voici le pays quand ses fractures deviennent visibles, voici ce qui arrive quand l’histoire, la guerre, la corruption, la peur de l’autre et l’abandon se rejoignent dans un même espace.

Je ne veux pas rendre ces tentes belles. Je ne veux pas que le dessin transforme la douleur en une image supportable. Ce bleu me dérange justement parce qu’il attire le regard. Il possède une force visuelle qui pourrait presque séduire, alors qu’il désigne une dépossession. Il faut se méfier de cette beauté-là, de cette capacité qu’a l’image d’organiser le désastre, à lui donner une couleur, une composition, une distance. Dessiner, ici, revient pour moi à rester devant ce qui me dérange, à refuser que l’image passe trop vite, à suivre la ligne jusqu’à ce qu’elle touche quelque chose de plus ancien que l’actualité.

Ce que je vois dans ces tentes bleues, ce sont des maisons absentes, des villages suspendus, des clés inutiles pour l’instant, des enfants qui apprennent trop tôt la géographie de la peur, des parents qui tiennent debout par devoir, des vieillards qui perdent le fil des lieux, des soignants tués alors qu’ils allaient vers les blessés, des morts dont le nombre augmente plus vite que notre capacité à les pleurer. Je vois aussi cette part du Liban qui préfère parfois déplacer la faute sur les victimes plutôt que de regarder ce qui l’a rendu si vulnérable : un État vidé par la corruption, des communautés enfermées dans leurs angoisses, une mémoire de guerre civile mal digérée, une animosité réciproque toujours prête à remonter à la surface, une peur de l’autre qui finit par détruire le sens même du pays.

Nous vivons tous sous des formes différentes de bâches bleues. Certaines sont réelles, plantées sur l’asphalte, visibles de tous, exposées au vent et au jugement. D’autres sont mentales, héritées, familiales, politiques, enfouies dans les corps. Elles couvrent nos peurs, nos déplacements passés, nos défaites intimes, nos colères non dites, nos villes perdues, nos villages quittés, nos enfances coupées, nos appartenances blessées, nos exils multiformes… Éternels étrangers…

  • En haut de page: “Tous déplacés”, un de mes dessins hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026. Inspiré par l’une des photographies de Nabil Ismail (voir ci-dessous).

L’Horreur en Boucle

Sentez-vous cette fatigue qui vous traîne par les chevilles, cette fatigue qui, ces derniers temps, semble avoir pris du galon, quitté les angles morts du corps pour présider nos journées, consulter les notifications avant nous, s’installer au bord du lit avec l’aplomb obscène des intrus devenus propriétaires, puis nous rappeler, dès le premier mouvement du matin, que notre corps n’est plus tout à fait un refuge mais une succursale nerveuse de l’actualité ?

Ce n’est pas la fatigue noble des grandes traversées, ni celle, presque décorative, que l’on pourrait encadrer dans un classique russe, mais une fatigue basse de plafond, collante, administrative, une fatigue de guichet et de formulaires, un “Groundhog Day” amputé de Bill Murray, sans marmotte, sans rédemption, avec seulement le formulaire B-17 de l’effondrement à remplir en trois exemplaires avant de reprendre une journée qui n’a jamais vraiment commencé, puisqu’elle n’est que la photocopie mal agrafée de la veille.

Le désastre ne se contente pas de détruire la pierre, de disperser les corps, de transformer les villages en poussières… Il s’attaque aussi à notre horloge interne, à ce mécanisme intime qui distinguait encore, jadis (peut-être), l’exception du quotidien, le choc de l’habitude, l’alarme de la routine, le monstrueux de ce qui devait rester impossible. À force de revenir, presque identiques mais jamais tout à fait, les drones du matin, les bombardements du midi, les ordres d’évacuation de l’après-midi, les massacrés du soir et les blessés de la nuit cessent d’interrompre la journée; ils s’y incrustent, comme une interférence dans un programme déjà saturé de pain à acheter, de factures à payer, d’enfants à rassurer et de messages auxquels il faudra bien répondre.

Voilà le génie obscène de la répétition! Elle ne demande pas notre accord, elle nous use jusqu’à nous rendre disponibles pour l’inacceptable. Le premier choc fracture, le deuxième confirme, le troisième installe, le dixième organise, et quelque part entre le deuil et la liste des courses, entre le communiqué et le dîner, entre la vidéo que l’on ouvre et celle que l’on n’a plus la force de regarder, l’événement cesse d’être événement pour devenir mobilier, vibration continue, bruit de fond que l’on n’entend presque plus sauf lorsqu’il s’arrête.

Je tourne en rond dans ce texte depuis des jours, non par manque d’idées, mais parce que le langage lui-même est en état de choc. Les mots arrivent cabossés, les phrases boitent, les transitions sonnent faux, et tout effort pour trouver un fil conducteur se heurte à cette évidence obscène… Comment tracer une ligne claire dans un pays qui se vit comme un collage surréaliste et violent, où l’on peut, dans la même respiration nationale, ajuster la balance des enceintes d’un festival d’été à Batroun au Nord, peaufiner une carte de cocktails, chercher le bon éclairage pour une saison festive, et savoir qu’à quelques kilomètres de là, des gens sont enfumés, traqués par des sentinelles de silicium, dépossédés de leurs maisons, de leurs arbres, de leurs morts, de leur généalogie entière qui s’évapore dans un nuage de phosphore?

Cette schizophrénie géographique, on nous la présente presque comme une preuve de vie, comme si le pays signait là son tempérament, sa fameuse capacité à danser au bord du cratère, à servir du vin pendant que la terre tremble, à transformer l’impossibilité de s’arrêter en folklore exportable, alors que ce grand écart n’a rien d’une victoire mais il dit plutôt la violence d’un compartimentage imposé, le moment où survivre exige de découper le réel en zones étanches, d’un côté la programmation culturelle, les lumières, les verres, les scènes, de l’autre la fumée, les ordres d’évacuation, les maisons éventrées, les routes dont on demande si elles sont “safe”, comme si l’on pouvait négocier avec le gouffre en lui présentant un agenda bien tenu.

Ce que nous appelons self-preservation est devenu, par la force des choses, une zone moralement trouble. On détourne les yeux parce que le spectacle répété de la destruction entame notre confort psychique, parce que le deuil des autres, lorsqu’il revient chaque jour cogner contre nos écrans, nos repas, nos projets, nos enfants et nos envies minuscules de respirer, menace cette petite chambre intérieure où chacun tente encore de garder une chaise, une lampe, un reste de silence et l’illusion qu’il existe quelque part un espace que la guerre n’a pas encore loué.

Aucun être humain n’a été conçu pour absorber chaque jour des villages rasés, des enfants mutilés, des maisons éventrées, des corps ramassés, des mères dissoutes dans des verbes passifs, puis continuer à répondre “bien reçu” à un courriel professionnel. Le cerveau n’est pas une morgue extensible, la psyché n’est pas un entrepôt humanitaire, l’empathie n’est pas une ressource illimitée qui se recharge gentiment pendant la nuit entre deux alertes et trois cauchemars, et même les plus attentifs, les plus tendres, les plus indignés finissent par décrocher, couper le son, lire seulement le titre, vérifier la route avant de vérifier les noms des victimes.

On appelle cela désensibilisation, fatigue compassionnelle, traumatisme secondaire, toutes expressions très propres, presque climatisées, qui donnent à l’effondrement intérieur une allure de colloque… Dans la bouche du quotidien, cela ressemble simplement à ne plus pouvoir, ne plus réussir à lire jusqu’au bout, ne plus savoir où déposer les morts que l’on ne connaît pas mais que l’on ne peut pas traiter comme des inconnus, regarder un visage détruit et sentir monter non pas l’indifférence, mais la panique de ne plus avoir assez de soi pour l’accueillir.

Rien n’est normal dans ce ciel qui nous regarde vingt-quatre heures sur vingt-quatre, rien n’est normal dans cette fumée qui dévore le Sud et la Békaa, rien n’est normal dans cette capacité forcée à faire cohabiter la carte des cocktails et la carte des bombardements et explosions, les lumières scéniques et les incendies réels, les invitations digitales et les ordres d’évacuation… Pourtant, la machine à normaliser tourne à plein régime, alimentée par notre besoin presque enfantin de croire que si l’on continue à jouer le jeu, à répondre aux messages, à honorer les réunions, à organiser les saisons, à sauver la façade, le gouffre finira peut-être par nous oublier.

Le monde, client roi de notre effondrement, veut ses livrables, ses sourires présentables, ses courriels bien ponctués, ses réunions qui commencent à l’heure même quand le ciel fait des heures supplémentaires dans la démolition du sol, et l’on continue de produire, non par grandeur d’âme ni par héroïsme, mais parce que l’arrêt total appartient aux morts tandis que les vivants héritent de cette humiliation supplémentaire, celle de rester fonctionnels, transformer leur propre état de choc en compétence exploitable, appeler “organisation” ce qui n’est parfois que la discipline nerveuse d’un corps qui n’a plus le luxe de s’écrouler.

La normalisation abîme aussi le langage; les mots deviennent des compresses stériles, “incident”, “bilan”, “opération”, “frappes”, “zone sensible”, “mesure exceptionnelle”, ils circulent dans nos veines comme des poisons bien élevés, ils rendent la destruction presque présentable, blanchissent les verbes, repassent les phrases, parfument les cadavres, et derrière chaque terme aseptisé une clé attend devant une porte qui n’existe plus, un jardin devient une hypothèse toxique, une chambre un cratère intime, une famille une phrase au passé.

Même les rites de passage sont réquisitionnés par la gestion du danger. Des adolescents apprennent que le bac et le brevet français ne seront plus des épreuves mais des moyennes annuelles, et l’on appellera cela une mesure exceptionnelle, une adaptation, une procédure, tandis qu’eux comprendront autre chose, quelque chose de plus brutal et de plus durable: dans cette région, l’avenir n’avance pas vers vous, il est traité par dossier, tamponné par la peur, puis renvoyé à septembre si les circonstances veulent bien se montrer moins théâtrales.

On nous vend la persistance comme une compétence folklorique, une aptitude rentable à absorber les “-cides” avec un sourire suffisamment photogénique, génocide, urbicide, domicide, mémoricide, écocide, scolasticide, mots qui s’empilent comme des gravats savants sur des corps très concrets, et la répétition, contrairement à ce que l’humanité aime croire pour se donner une bonne opinion d’elle-même, ne produit aucune sagesse mais elle produit du tartre, elle s’incruste dans les mâchoires serrées, dans les blagues qui sentent le métal, dans les silences devenus professionnels, dans cette superbe arrogance humaine qui refuse d’apprendre pour mieux recommencer le prochain acte avec la même candeur feinte.

Cette sensation de cercle vicieux n’est donc pas une faiblesse du texte, ni une panne de structure, ni une incapacité à avancer vers une conclusion plus élégante. Elle est plutôt la seule vérité qui mérite d’être écrite sans fioritures et sans chercher à la rendre présentable, parce que nous tournons en rond à l’intérieur d’un siècle qui tourne en rond, dans un pays (et une région) qui tourne en rond, sous un ciel qui surveille en rond, au milieu d’un massacre qui change de costume mais reconnaît toujours son chemin.

Notre seule véritable urgence commence peut-être dans le refus de jouer le jeu, dans le refus de laisser le bruit des drones devenir une berceuse, dans le refus de sacrifier la solidarité sur l’autel d’une survie individuelle qui, de toute façon, n’est qu’un sursis, dans le refus de croire que notre confort psychique mérite d’être protégé au prix de l’effacement des autres, comme si la fumée pouvait rester au Sud, comme si les villages pulvérisés ne viendraient jamais frapper à la porte de nos festivals, de nos conversations bien éclairées, de nos programmes culturels et de nos calendriers soigneusement alignés.

Demain reviendra sous un pseudonyme, une autre alerte, une autre localité “bulldozée”, une autre conversation suspendue, un autre communiqué assez propre pour ne pas salir les mains de ceux qui le liront vite, et l’on appellera cela “l’actualité”, faute d’avoir le courage de dire que l’effacement a simplement appris à se mettre à jour, que le désastre a piraté notre horloge interne, et que notre première résistance consiste peut-être, avant même de trouver les bons mots, à refuser que cette horloge continue de battre à son rythme.

S.A.V. Le sadisme au bout du fil

Bienvenue dans l’ère de l’agonie ergonomique, où la mort ne se contente plus d’être brutale: elle se veut interactive, personnalisée, et d’une politesse presque touchante. Dans ce grand théâtre de l’absurde que certains s’obstinent à qualifier de “défense”, nous venons d’atteindre le sommet du raffinement: le S.A.V. de l’apocalypse. 

Imaginez la scène, quoique nos dystopies de série B semblent désormais bien paresseuses face à cette réalité augmentée. Votre téléphone sonne. Une voix calme, probablement formée aux meilleures techniques de “satisfaction client”, vous informe que vous êtes désormais une “cible”. Le service après-vente de l’anéantissement vous propose alors une option Premium: sortir de votre véhicule pour expirer en solo, ou rester pour que votre famille serve de décor, de témoin et de combustible à votre propre incinération. Ce n’est plus de la barbarie à ciel ouvert: c’est du massacre avec script, protocole de validation et ton courtois. On n’assassine plus, on gère une interface.

Dans les recoins les plus sombres de la psychologie, on reconnaît ici la logique d’une double contrainte poussée jusqu’à l’obscénité. On ne vous offre pas un choix, on vous offre une mise en scène de votre propre impuissance. C’est le génie du sadisme contemporain : il ne se contente pas du sang, il veut le transfert de charge. On sous-traite à l’agonisant la dernière micro-décision pour que le bourreau puisse ensuite se gargariser de son “éthique” procédurale. C’est une forme de contrôle coercitif satellisé: transformer la victime en collaborateur forcé de son propre supplice pour que l’architecture de l’anéantissement soit, elle aussi, participative.

D’un point de vue moral, nous avons dépassé la simple cruauté pour entrer dans la dissociation administrée. On demande à une voix humaine d’exécuter une fonction technique: découpler l’acte de tuer de la moindre conscience résiduelle. C’est le triomphe du “désengagement moral” version 2.0. On euphémise, on dilue, on transforme l’humain en point de données, en “signature thermique” ou en “risque résiduel”. La guerre à distance ne se contente pas d’abolir l’horreur, elle la reformate. Elle remplace le visage par l’interface et le jugement par une check-list. Et quand l’organisation vous fournit en prime une procédure de notification, vous pouvez appuyer sur la détente avec le sentiment du devoir accompli. C’est la victoire suprême du marketing sur la conscience: ne plus nommer le crime, mais lui fournir une expérience utilisateur fluide.

Historiquement, ce sadisme technologique n’invente rien, il “upgrade”. Là où les empires exhibaient la terreur pour discipliner les corps sur la place publique, notre époque l’optimise par géolocalisation et calcul balistique. La nouveauté, c’est l’emballage: ce design de service impeccable qui fait passer une chasse humaine pour une formalité administrative. Le progrès n’a pas civilisé la violence, il l’a rendue plus “propre” à l’œil, plus rentable au récit, plus facile à digérer pour ceux qui la consomment de loin, entre deux notifications plus légères.

Le droit international humanitaire, ce vieux texte qu’on agite comme un hochet, exige pourtant un avertissement “effectif”. Mais quand l’avertissement cesse de protéger pour devenir un instrument de traque, il n’est plus un geste humanitaire: il est la corruption totale de l’idée même de protection. Le droit de faire la guerre n’est pas un permis d’ingénierie sadique. Parler de perfidie ici n’est pas une figure de style, c’est un diagnostic: détourner un langage de protection pour optimiser une mise à mort. C’est fabriquer une fable de bonne conscience – “Nous l’avons averti” – comme si prévenir quelqu’un qu’on va le traquer suffisait à blanchir la meute.

Le jeune homme (non armé) qui court dans le champ est l’image même de notre humanité réduite à son minimum biologique. Privé de couvert, de droit, de refuge. Il court dans un paysage où même la terre a cessé d’être une promesse d’abri. Le champ n’est plus cet espace de persistance cher à nos ancêtres, mais un écran sans bords où chaque mouvement est corrélé et punissable. On ne tue pas seulement un homme, on assassine la grammaire même du refuge. On veut prouver qu’aucun horizon n’est assez vaste pour échapper aux capteurs.

Et les blessures ne s’arrêtent pas à l’explosion. Le corps apprend à vivre en état de siège permanent: sidération, effondrement de la confiance, hypervigilance. Mais la blessure morale touche aussi ceux qui regardent. Une civilisation se mesure au type d’atrocités qu’elle accepte de normaliser sous couvert de “gestion du risque”.

Ce texte doit donc cesser d’être un réquisitoire pour devenir un miroir. Qu’acceptons-nous de devenir en nous habituant à cette mise à mort transformée en prestation de service? Combien de couches de jargon, d’acronymes et de voix calmes faudra-t-il ajouter avant que notre conscience n’abdique tout à fait? Si nous acceptons qu’un être humain puisse être sommé de choisir les modalités de sa propre disparition pour rendre le crime plus “net”, quelle est la valeur réelle d’une vie humaine au bout du fil? La leur, la nôtre, ou celle de n’importe qui, demain, quand le S.A.V. décidera qu’il est temps de clore votre dossier?

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Note : Ce texte et le dessin qui l’accompagne ont été créés à la suite d’une notification et d’une vidéo – une archive de l’horreur bien réelle – circulant aujourd’hui sur WhatsApp. On y suit la trajectoire d’un jeune homme libanais à qui l’on a ordonné, par téléphone, de choisir entre sa propre mort et celle de sa famille. Voici les textes en anglais et en arabe: “شاب تلقّى اتصالاً من الجيش الإسر*** أُبلِغ فيه بأنه مستهدف، وبأنه يجب عليه مغادرة السيارة أو سيتم استهدافه مع عائلته داخلها، فغادر المركبة وتوجّه راكضاً نحو حقل قريب، حيث استُهدف بواسطة مسيّرة
A young man received a call from the Isr*** army informing him he was a target and that he must leave the vehicle or be targeted along with his family inside it. He exited the car and ran toward a nearby field, where he was struck by a drone”.

Peu importe les étiquettes ou les appartenances: cet homme était dans un véhicule civil, entouré des siens. Par respect pour la dignité de son agonie et pour sa famille, j’ai fait le choix de ne pas diffuser la vidéo. Ce récit n’est malheureusement pas un cas isolé; il s’inscrit dans une série d’exécutions “notifiées” par l’armée la “plus morale du monde”, une méthode rodée qui s’invite jusque dans l’intimité des foyers ou le confinement des voitures. 

Parmi les centaines de notifications reçues aujourd’hui – sur WhatsApp comme dans la presse locale, souvent tournées vers un hypothétique cessez-le-feu – c’est celle-ci qui m’a arrêtée; pourtant pas la première, mais cette fois, impossible de ne pas écrire, impossible de ne pas dessiner.

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* Image: une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

* Ce texte (comme tous mes textes et mes dessins/illustrations/photos publiés ici et sur les réseaux sociaux) est libre de partage, au Liban comme ailleurs. Il peut être relayé, à condition de respecter une règle simple: en mentionnant clairement mon nom. Cette exigence n’est ni formelle ni accessoire; elle relève du respect le plus élémentaire de la propriété intellectuelle et du travail de pensée. Constater la circulation de mes textes et de mes dessins/illustrations/photos sans attribution est devenu, malheureusement, une pratique courante; il est temps d’y opposer une éthique minimale. Merci donc de partager en créditant dûment.

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slam pour Angèle

14 Décembre 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #J.C.G., #pour toujours, #écriture- lecture, #spectacle, #théâtre

il faudra que l'on s'aime dans les lycées, au plus près des élèves

il faudra que l'on s'aime dans les lycées, au plus près des élèves

En tournée dans les lycées de l'aire toulonnaise, cette semaine du 1° au 5 décembre avec LE PÔLE - Arts en circulation
• Lycée Dumont d’Urville (Toulon)
• Lycée Golf Hôtel (Hyères)
• Lycée Bonaparte (Toulon)
Cette semaine, la Cie Vertiges poursuit sa tournée dans les établissements scolaires avec « Il faudra que l’on s’aime », une petite forme théâtrale jouée directement en classe, au plus près des élèves.
 
slam pour Angèle
   ET DANS LE MÊME TEMPS  
 
"Le corps sans vie d’une lycéenne âgée de 16 ans a été découvert ce jeudi matin 4 décembre dans une chambre d’internat du lycée Dumont-d’Urville à Toulon, a-t-on appris de sources concordantes. L’hypothèse d’un suicide est privilégiée. Selon nos informations, c’est une agente d’entretien qui a fait la terrible découverte peu après 7 heures du matin.
Le décès de l’adolescente, morte par pendaison, a été constaté par un médecin du Samu. Une cellule de soutien psychologique a été mise en place au sein de l’établissement scolaire."
Var-Matin de ce jeudi 4 décembre 2025.
Quand « Il faudra que l’on s’aime », passe à Dumont d'Urville, une parole ou du silence de LE PÔLE - Arts en circulation pour cette adolescente, SVP
 
 
après échange le 19 décembre après-midi avec le directeur du Pôle, Cyrille Elslander, la représentation du spectacle au plus près des élèves d'une 1/2 H suivi d'un échange d'un 1/2 H, IL FAUDRA QUE L'ON S'AIME, a eu lieu à Dumont d'Urville, lundi 1° décembre, 3 jours avant le suicide d'Angèle (jeudi 4 décembre) et dans une autre classe que la classe d'Angèle 
la classe d'Angèle a été accueillie à la Bibliothèque Armand Gatti, le mercredi 17 décembre 

J'ai pas vraiment d'amis et personne

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pour me donner la compassion. Personne
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pour m'assurer, personne pour sécher
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mes larmes. Je suis jamais entendue, jamais
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remarquée, je suis juste moquée. Alors
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s'il vous plaît, pour une fois
0:14
écoutez-moi.
0:15
C'est tout ce qu'elle demandait. Qu'on
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écoute, qu'on entende qu'on sache
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qu'elle était là. Elle elle le disait,
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elle l'avait verbalisé pour le coup en
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fin de troisième et je pense que le fait
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qu' ça ait recommencé encore et qu'on
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rentre dans un schéma qui n'en
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finit jamais, bah ça l'a amené à
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disparaître pour de bon. C'était une
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passionnée de théâtre. Elle était
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vivante quand elle était sur scène mais
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elle était écrasée par le regard des
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autres. à force de l'écraser, de
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l'ignorer, elle a fini par s'effacer
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d'elle-même. Euh, elle a préféré mettre
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fin à ses jours. Elle a été mise de côté
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depuis longtemps parce que bah, c'était
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une enfant différente avec un TDH, HPI,
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HPE hors du temps euh qui s'intéressait
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autant aux choses de son âge qu'à des
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choses d'autres générations. Et il y a
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15 jours à la réunion par un prof,
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plusieurs enseignants avaient remarqué
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le problème puisque beaucoup ont dit
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Angèle mais ça va dans la classe en ce
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moment, comment ça se passe ? Et donc
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Angéle a réexpliqué encore bah plus
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personne me parle voilà et à part je
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crois trois enseignants, tout le monde
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lui a répondu ben il faut que tu
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apprennes à être seule. Seule elle était
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dans sa chambre d'internat, il l'avait
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mise dans la chambre des handicapés. Dans
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la classe, bah les filles de son groupe
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théâtre ne lui parlaient plus, avaient
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décidé de se protéger de la douleur
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d'Angèle. Sauf que ben Angèle a passé 8h
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par jour à ne pas pouvoir partager euh
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des choses avec ses camarades. Quand on
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passe 8h par jour dans une classe où
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personne vous adresse la parole, ça
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devient compliqué.
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L'isolement, c'est une forme de
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harcèlement. Mettre quelqu'un à l'écart,
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l'ostraciser, c'est une forme de
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harcèlement. Et ce que je demande c'est
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que c'est que pour ma fille c'est trop
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tard mais que les enfants, les ados
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prennent conscience que mettre quelqu'un
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à l'écart parce qu'il a une différence,
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parce que il pense pas comme vous, parce
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qu'il s'intéresse pas à la même chose
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que vous, c'est pas une solution. Parce
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que ces enfants qui sont isolés, ils
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finissent par s'effacer et disparaître.
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Angèle a disparu. Je veux que sa voix
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continue d'exister. Je veux que son slam
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soit chanté dans les écoles. Je veux que
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je veux que ce soit repris, que les
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profs de musique le fassent apprendre à
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leurs élèves. Je veux que sa voix vive
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pour que elle soit pas qu'une
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statistique,
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pour qu'elle existe encore un petit peu
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pour nous, pour elle et que si elle est
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quelque part, elle voit ça pas été vain
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et que son texte il vit. Si son texte il
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existe, sa douleur d'autres la vivent
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aussi. Euh mais il faut que ça s'arrête.
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Il faut que ça s'arrête.
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Je sais pas me sortir bien. Je me ferai
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trop chier pour continuer à vivre. Je
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vais pas mourir parce que j'irai mal
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mais parce que j'irai bien. Dans le
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miroir de ma personnalité, j'ai vu mon
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état se dégrader. Tu as encore plein de
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choses à quand tu parles. Ça fait déjà 4
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ans que je suis dans le noir. Plus je
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grandis, plus je m'enfonce. J'ai pas
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vraiment d'amis et personne pour me
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donner la compassion. Personne pour
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m'assurer, personne pour sécher mes larmes
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pas entendue, jamais remarquée. Je suis juste
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moquée. Alors s'il vous plaît, pour une
3:08
fois,
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écoutez-moi,
3:15
écoutez-moi,
3:18
[Musique]
3:22
s'il vous plaît,
3:24
pour une fois.
3:31
[Musique]
3:34
Écoutez-moi.
slam pour Angèle
slam pour Angèle
 
De Sandra ta mère j'ai vu le reel
entendu son appel
écouté ton slam
où s'entend la vivacité de ton âme
pulvérisée par trois sigles du Savoir Ça Vend
TDH THE THI
je t'écoute Angèle
j’écoute tes silences qui crient
tes pas qui glissent dans les couloirs
ton cœur qui attends
« viens, assieds-toi parmi nous »
Je frémis quand tu dis : « J’ai pas d’amis »
quand les rires te moquent
quand les mots te blessent
sans laisser de bleus apparents
mais dedans
Toi qui aimais le chant des plantes
le magnétisme des animaux
les livres qui éveillent et font relais
le théâtre qui au scalpel va à l'essentiel
Tu voulais juste être un peu vue
pas invisibilisée
juste être un peu entendue
pas sourde-oreillée
juste exister un peu
pas asphyxiée
Ton slam disait : « Écoutez-moi »
Alors oui je t’écoute
J’écoute avec toi
celle qu’on tient à l'écart
sa voix trop douce
dans les rumeurs du lycée
Oui je t’écoute —
et que d'autres slament Oui je t'écoute
avant que la corde
n’étrangle
une autre voix jugée de trop
 
Vita Nova, 11 décembre 2025, 20 H 05-22 H 45
 
 
 
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tombeau de Richard III

6 Août 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #assaisonneur, #films, #pour toujours, #spectacle, #théâtre

tombeau de Richard III

The Lost King (2022) Stephen Frears

Une historienne amatrice s’acharne à retrouver la sépulture perdue de Richard III, roi qu’elle trouve injustement traité par la tragédie de Shakespeare... Inspirée d’une histoire vraie, et avec Sally Hawkins, une quête très "british" orchestrée par Stephen Frears.

Affectée du syndrome de fatigue chronique, Philippa Langley, une historienne amatrice britannique, se prend de passion pour Richard III et entreprend de retrouver sa sépulture, perdue depuis cinq siècles. Habitée par sa mission qui vire à l’obsession, elle remue, envers et contre tous, ciel et terre pour la mener à bien, dans l'espoir que le dernier souverain de la dynastie des Plantagenêt soit enfin dignement inhumé. Alors que Shakespeare a brossé à travers l’un de ses chefs-d’œuvre, Richard III, le portrait d’un roi monstrueux, la redresseuse de torts historiques veut réhabiliter le monarque, injustement malmené, selon elle, par la postérité…

Richard, es-tu là ?
Inspirée de l’histoire incroyable mais vraie de Philippa Langley, qui a très largement participé au scénario, The Lost King retrace la quête de cette femme fascinée par Richard III (1452-1485). Laquelle, au fil de recherches acharnées, découvre un roi maudit à l’opposé du portrait de l’usurpateur brossé par Shakespeare à l’instigation des Tudor, les successeurs des Plantagenêt. Croisant les sources historiques et guidée par une intuition, cette drôle de dame, qui se bat contre les experts pour être entendue, pressent un jour puissamment, en pénétrant sur un parking de Leicester, que la tombe de son cher souverain se trouve sous ses pieds ! Lançant alors le "Looking for Richard Project", une collecte de fonds visant à financer des fouilles, Philippa Langley finira par résoudre l’énigme quand le squelette de Richard III sera miraculeusement exhumé en 2012. Elle contribuera aussi à l’organisation de ses obsèques officielles en la cathédrale de la ville en 2015, cinq cent trente ans après sa mort. Touché par l’opiniâtreté de cette femme à la vie par ailleurs plutôt banale, Stephen Frears orchestre avec maestria son épopée aux allures de chasse au trésor, y glissant des scènes oniriques de rencontres entre elle et le fantôme de Richard III dans un troublant dialogue entre les siècles. Quant à Sally Hawkins, qui l’incarne, elle restitue en finesse tout à la fois sa vulnérabilité et sa détermination. Le récit d’une folle et romanesque success story singulièrement mâtinée d’un parfum de quotidien.

 

 
 
The Lost King (2022)
du film, je suis parti à la recherche du moment réel, trouvé en archive sur le site de Philippa Langley, premier jour, premier creusement, première tranchée, six premières heures, deux fouilleurs et Philippa, aucun archéologue. Ils avaient trouvé le roi Richard III, là où elle en avait eu l'intuition, au niveau de la lettre R du parking du personnel municipal.
C'est le moment où l'os de la jambe inférieure du roi Richard III d'Angleterre (1452-1485) fut mis au jour dans l'extrémité nord de la Tranchée Un, à côté de la lettre R. Ce fut la première découverte le premier jour de la recherche du Roi, le 25 août 2012. Philippa Langley, soupçonnant qu'il pourrait s'agir de la tombe du Roi, fait remarquer que l'os de la jambe est orienté dans la direction est-ouest et insiste pour qu'il s'agisse d'une sépulture ou d'un squelette tandis qu'Annette Carson observe, mais le Directeur du site Mathew Morris ne confirme pas s'il s'agit d'ossements humains ou même d'une sépulture. Cependant, après qu'une tempête s'abat - et que Philippa saute dans la tranchée pour protéger l'os de la tempête en utilisant quelques sacs de trouvailles et des pierres - elle alerte alors l'équipe du documentaire télévisé Darlow Smithson de sa signification potentielle et ils poursuivent en filmant l'exploration plus poussée de l'os de la jambe inférieure avec Mathew. Après la tempête, Philippa retire les sacs de trouvailles avec lesquels elle avait protégé l'os de la jambe inférieure. Mathew enquête maintenant davantage pour les caméras et découvre un second os de jambe inférieure adjacent. Ceci confirme la théorie de Philippa qu'il s'agit effectivement d'une sépulture et d'un squelette - situé à côté de la lettre R. Considérés comme les restes d'un moine dans la nef de l'église par les archéologues, onze jours plus tard, Philippa, agissant en sa qualité de cliente sur le chantier de fouilles, ordonne (et paie pour) l'exhumation des restes dans la Tranchée Un, qui s'avèrent finalement être ceux du Roi. Les restes du roi Richard III furent trouvés à l'endroit exact qu'avaient indiqué les recherches et l'intuition de Philippa.
Richard III fut officiellement réinhumé dans la cathédrale de Leicester, le 26 mars 2015. Et par là-même, réhabilité, sans que pour autant, cela modifie la vision d'usurpateur, de bossu, de monstre qu'en donne Shakespeare, qui écrit 100 ans après, sous les Tudor. Quel dramaturge nous proposera une autre version de Richard III ?
 
Puisqu'on en est aux réinhumations, je rappelle la découverte des restes de Cervantes ; le 22 avril 2016, une équipe de chercheurs dirigée par Almudena García Rubio identifie dans le monastère de Saint-Ildefonse et Saint-Jean-de-Matha, dit couvent des sœurs Trinitaires, situé dans le quartier historique Barrio de las Letras à Madrid, « un squelette d’homme, d’environ 70 ans, avec six dents, portant des traces de lésions à l’intérieur du bras et à la main gauche, ne relevant pas de l’amputation, mais interdisant l’usage normal du bras ». La découverte du membre fantôme de la main gauche permet d’affirmer qu’il s’agit du squelette de Miguel de Cervantes. Il est officiellement enterré le 23 avril 2016 au même endroit que 400 ans plus tôt, le 23 avril 1616.
 
Et plus récemment, le 18 novembre 2019, découverte du tombeau de Montaigne ; après plus de trois ans d’investigations, l’équipe de savants valide à « 80 % » l’hypothèse que la dépouille soit bien celle de l’ancien maire de Bordeaux, mort le 13 septembre 1592 à 59 ans, dans le château familial de Saint-Michel-de-Montaigne
Richard by Carol Ann Duffy

The poet laureate’s eulogy, written for Richard III’s re-interment at Leicester Cathedral, to be read by Benedict Cumberbatch

Richard

My bones, scripted in light, upon cold soil,
a human braille. My skull, scarred by a crown,
emptied of history. Describe my soul
as incense, votive, vanishing; your own
the same. Grant me the carving of my name.

These relics, bless. Imagine you re-tie
a broken string and on it thread a cross,
the symbol severed from me when I died.
The end of time – an unknown, unfelt loss –
unless the Resurrection of the Dead …

or I once dreamed of this, your future breath
in prayer for me, lost long, forever found;
or sensed you from the backstage of my death,
as kings glimpse shadows on a battleground.

Le visage reconstitué de Richard III, présenté le 5 février 2013. Ici avec le descendant de la soeur du roi, Michael Ibsen. - JUSTIN TALLIS / AFP

Le visage reconstitué de Richard III, présenté le 5 février 2013. Ici avec le descendant de la soeur du roi, Michael Ibsen. - JUSTIN TALLIS / AFP

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Cartographie de "ma" solitude

3 Juillet 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #assaisonneur, #écriture- lecture, #FINS DE PARTIES, #agora, #pour toujours

 Bernard Deson pour l’illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025
 Bernard Deson pour l’illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025

Bernard Deson pour l’illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025

Je me suis inscrit à ce programme d'exception, le 7 juin à 17 H 36

pourquoi d'exception, parce que j'ai découvert il y a quelques mois, le travail de Julie Dratwiak sous le nom, Le jardin des oeuvriers. J'en ai fait un article.

https://les4saisons.over-blog.com/2024/12/le-jardin-des-oeuvriers.html

Le programme « Une voix pour soi » est composé de 25 capsules audio d’environ 10 minutes, réparties en 5 cycles de 5 capsules chacun :

– Ancrage intérieur

– Cheminement spirituel

– Guérison

– Reliance au vivant

– Transcendance

Chaque semaine, une capsule est envoyée. 

Le programme est actuellement proposé dans sa forme complète (les 25 capsules).

Vous trouverez en pièce jointe le document d’information avec le détail du programme, les modalités pratiques et les différentes formules (standard, solidaire ou soutien).

Avec toute ma gratitude et au plaisir de vous accueillir dans ce cercle intérieur.

Chaleureusement,

Julie Dratwiak 

unevoixpoursoi@gmail.com

unevoixpoursoi@gmail.com

détail du programme Une voix pour soi, initié par Julie Dratwiak

Cartographier sa solitude

Objectif

Prépare l’exploration personnelle autour de la solitude à

travers une écriture libre et une mise en conscience des

dynamiques intérieures.

1. Exploration

- Quels sont les souvenirs les plus marquants de ma vie liés

à la solitude ?

- Dans quelles situations ai-je senti une solitude féconde, et

dans quelles autres une solitude douloureuse ?

- Qu’est-ce que je redoute le plus dans la solitude ?

- À quoi ressemblerait une solitude qui me nourrit, me

relie, m’ouvre ?

2. Exercice de symbolisation

- Dessinez ou décrivez votre « lieu de solitude » intérieur :

est-il vaste, clos, sombre, lumineux ? Y a-t-il un objet, une

présence, une parole qui vous y attend ?

- Donnez un nom à cette solitude. Un nom singulier,

symbolique. Ce nom vous appartient.3. Prière ou intention personnelle

Formulez une phrase d’intention qui vous relie à la solitude

comme à une alliée. Elle peut commencer ainsi :

« Dans la solitude, je choisis de…

« Que ma solitude devienne…

4. Écriture poétique

Laissez émerger un poème à partir de votre expérience de la

solitude. Il peut être bref ou long, libre ou structuré. Écrivez

à partir de ce que vous ressentez, de ce que vous avez

visualisé, ou de ce que vous souhaitez transmettre.

Ce poème est pour vous. Mais si vous le souhaitez, vous

pouvez le partager avec le groupe des abonnés WhatsApp. Il

n’y a aucune obligation.

 

Je vous partage un texte qui me tient à cœur. Il explore la sagesse d’un texte de Bernard de Clairvaux : être vasque plutôt que canal. Une invitation à la lenteur, à la retenue, à ce don qui ne vient plus du manque mais d’une plénitude patiemment consentie.

Publié le : 02/07/2025 Ce livre est un compagnonnage intérieur avec Léon Chestov, philosophe de l’abîme et de la révolte, penseur inclassable qui a refusé jusqu’au bout les systèmes, les évidences et les consolations rationnelles. Face à un monde gouverné par la nécessité, Chestov défend la liberté scandaleuse de Dieu, l’irruption de l’impossible, la foi nue qui surgit là où toute espérance s’effondre.  Ni étude universitaire ni simple biographie, cet ouvrage explore les grands axes de sa pensée : la lutte contre la raison, le refus de la théodicée, la lecture de Dostoïevski et de Kierkegaard, la fidélité mystique au livre de Job, tout en y mêlant une méditation personnelle sur l’épreuve, le cri, et la grâce sans pourquoi.

Publié le : 02/07/2025 Ce livre est un compagnonnage intérieur avec Léon Chestov, philosophe de l’abîme et de la révolte, penseur inclassable qui a refusé jusqu’au bout les systèmes, les évidences et les consolations rationnelles. Face à un monde gouverné par la nécessité, Chestov défend la liberté scandaleuse de Dieu, l’irruption de l’impossible, la foi nue qui surgit là où toute espérance s’effondre. Ni étude universitaire ni simple biographie, cet ouvrage explore les grands axes de sa pensée : la lutte contre la raison, le refus de la théodicée, la lecture de Dostoïevski et de Kierkegaard, la fidélité mystique au livre de Job, tout en y mêlant une méditation personnelle sur l’épreuve, le cri, et la grâce sans pourquoi.

Cartographie de « ma » solitude

Ma solitude, ta solitude, la solitude de chacun, notre solitude comme espèce sont ontologiques.
Ma solitude est ontologique parce que personne ne naît à ma place, parce que peut-être, je n’ai pas demandé à naître, parce que donc, je suis mis au monde sans mon consentement et à mon insu
L’accouchement au forceps me semble métaphore parlante de la violence que constitue la naissance aussi bien de tout être vivant (je pense au passage chenille-papillon) que d’un bébé univers.
J’emploie le mot violence, il est sans doute contestable et n’a pas à être reçu avec connotation péjorative. Cette violence est fruit d’énergie, de matière, de lumière e = mc2.
Ma solitude est ontologique parce que personne ne meurt à ma place, parce que, sauf suicide volontaire, je ne décide pas du moment de ma mort ni de la manière de mon mourir
Entre ma naissance et ma mort, ma vie, une parenthèse et cette question qu’y a-t-il avant ? Et cette question, qu’y a-t-il après ? Et ces autres questions : d’où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ? 
Pour l’espèce, d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Solitude ontologique, solitude cosmique. Avec inouïe, la naissance de la Vie sur cette planète bleue, la Terre et peut-être sur d’autres. Avec inouïe, la mort de l’espèce sur cette planète, et la mort de cette planète à l’horizon des événements, avalée par la mort du soleil, mort annoncée, lointaine et entre, l’évolution des espèces, la sexualité comme force irrésistible de perpétuation des espèces. Et depuis l’apparition, très récente ou très tardive de Homo erectus, les histoires toutes mensongères, les légendes fabriquées par les hommes et leurs communautés.
Vient la prise de conscience que JE suis vieux de toute l’évolution des espèces, avec des bactéries vieilles de 4 milliards d’année dans mon ventre, que je suis vieux de toutes les explosions de supernovae ayant engendré les ingrédients nécessaires à la vie : l'eau, le carbone, l'hydrogène, l'azote, l'oxygène, le phosphore et le soufre.
La parenthèse de « ma » vie s’inscrit dans une parenthèse ayant 13,7 milliards d’années, dans l’état actuel des connaissances et des légendes.
La prise de conscience de ces deux parenthèses inclusives varie selon les JE. 
2 M au commencement violent, nécessairement violent
Miracle et mystère du commencement, du big bang, de toute naissance. 
L’accumulation d’explications religieuses, métaphysiques, scientifiques ne lèvera jamais le voile. 
Donc, curieux, j’observe avec détachement la ronde des discours, leurs contradictions, ruptures épistémologiques, manipulations…
2 M à la fin violente, nécessairement violente.
Mystère et miracle de la fin des étoiles, galaxies, trous noirs, de toute mort, individuelle, collective, d’espèces, de planètes, d’univers.
L’accumulation d’hypothèses spéculatives, séduisantes, délirantes, sur la Mort ne lèvera jamais le voile.
Curieux, j’observe cette créativité pour se rassurer, donner sens à la vie, collective comme individuelle.
Et pour moi, la dissolution lente de toute identité, le désir d'effacement dans le blanc (mince plaque de plâtre blanc, creusé dans le plâtre quelque part, merci, sans dates, sans nom, lieu non encore décidé).
Vivre le présent, au présent, comme présent, en quasi-somnolence, sans grande vigilance. Surtout pas de pleine conscience, surtout pas d’attention extrême. Du flou, du flow.
La violence du monde n’est pas encore à la hauteur de la violence des naissances d'univers, des morts d’univers, des naissances d’êtres vivants, des morts d’êtres vivants. 
Comme l’on considère que la violence des univers ne relève pas du Mal, alors on doit éviter de considérer la violence du monde comme étant expression du Mal.
Donc, ne pas m’indigner, ne pas prendre position, ne pas juger. Ce qui se passe dans le monde m’est totalement opaque, manipulé, incompréhensible. 
Cela libère beaucoup de temps pour somnoler, vivre en somnolence, semblable aux feuilles mortes balayées par les vents, évoquées par Homère, voulant pour les hommes un autre comportement, un autre destin, un destin de héros dont les actes glorieux laissent traces immortelles. Les écrivains sont les héritiers de cette vieille conception, si agréable au nombril.
Je vois trop le ridicule d’une telle posture. Comme de toutes les postures qui sont toutes des impostures, y compris la mienne. Posture égale imposture. Soit.

Mon destin de solitude, essentiellement de somnolence voulue, accepté avec énormément de plaisir (je ne souffre jamais de la solitude, et l’esseulement provoqué par la perte d’êtres chers, proches et amis, n’a pas de conséquences trop douloureuses chez moi car je suis dans l’acceptation d’une part, d’autre part, je tente d’assumer un travail d’épitaphier à leur endroit, source de satisfaction que de fabriquer une légende possible du disparu), n’empêche pas quelques moments d’activité, de lucidité, n’empêche pas curiosité, passion, projets et réalisations (en général, 2 par an, plus le travail éditorial), n’empêche pas non plus relations, rencontres, échanges, partages, aussi bien dans la réalité que par les réseaux et depuis peu en collaboration réfléchie avec les IA.
 

 

Il est un sommet, le Canigou Blanc, où les pas s’effacent dans la neige, où les mots se taisent. Là-haut, des voyageurs ont compris : ce qui compte n’est pas le sommet, mais le pas sincère. Ce qui compte n’est pas la trace laissée, mais l’élan. Ce soir, ici, à Corps Ça Vit, nous sommes au pied du feu. Je vais jeter dans la flamme : une feuille de noyer — pour la force, une branche d’orpin — pour le renouveau, de l’immortelle — pour ce qui traverse le temps, du millepertuis — pour la lumière cachée, le tout noué du ruban sang et or — mémoire vive. Ce que je jette au feu, ce n’est pas pour le perdre, mais pour le confier. Au feu, au vent, à l’invisible. Là-haut au Canigou, on disait : » « La poésie commence là où la mort n’a pas le dernier mot. Ici, ce soir, devant le feu, je le redis.

Nous avons suivi Jeff et Lauren depuis la caricature jusqu’à la légèreté, depuis les faux reflets jusqu’à la lumière mouvante, depuis le pouvoir jusqu’à la présence. Ils étaient des figures figées sur papier glacé. Ils deviennent des passants dans une ville vivante, une ville qui n’a pas besoin d’eux, mais qui leur offre tout, s’ils s’allègent. Et toi, lecteur, lectrice, tu es désormais dans leur sillage.

Par exemple, matinée de ce 3 juillet.
Lever, 6 H 10 après 8 H de sommeil et de rêves dont je ne cherche pas à me souvenir et s’il m’arrive de me souvenir d’un rêve pendant une seconde, surtout ne pas l’analyser.
Petit déjeuner, 1/2 H.
Méditation, porte de la cuisine ouverte sur la rue, pour le silence de la rue. Parfois, un aboiement, une voiture. 1/4 H.
Toilette, 1/2 H.
Balade du matin: 7H25-8H25. 3 kms, 4 arrêts sur parapets et bancs. Fraîcheur, silence, pas un souffle, un peu d’air au bord du ruisselet, chant de l’eau en amont du pont, chant en aval.
Au lavoir, grand rinçage.
8 H 30, café chez les filles, je reviens avec la baguette de pain. 9 H, travail sur l’ordi: courriers, articles proposés, regard sur quelques messages FB (moisson toujours riche mais faut choisir « ses » amis). Puis écriture pour la cartographie de « ma » solitude, avec comme toujours, à la fois concentration intense et accueil de ce qui vient, ce matin, souvenir du livre Le destin de solitude de l’ami Marcel Conche.

le destin de solitude Marcel Conche (Encre marine, 1999)

le destin de solitude Marcel Conche (Encre marine, 1999)

Marcel Conche, Le Destin de solitude, Encre marine, 1999, 61 p.
L'ouvrage réunit deux confé-rences. La première fut prononcée à l'université de Lille III, à l'occasion d'une journée centrée sur « le problème du mal .. Selon un titre, en première approche, paradoxal, Conche y traite • Le mal de solitude et son bienfait ». En quoi consiste le mal de solitude? Non pas en cette solitude essentielle, peu goûtée par l'homme ordinaire, mais recherchée par le sage qui sait y rencontrer une tranquillité d'esprit propre à la méditation et condition du contentement. En revanche, la solitude devient souffrance quand elle est causée par la perte d'un être aimé.
Elle est un mal absolu quand cette disparition brise un autre soi-même, expérience qui se situe par-delà l'éros et son attrait sexuel, mais, de plus, au-delà même de la philia et de ses liens d'affection. Cette épreuve fut connue de Cicéron lors de la perte de sa fille Tullia et de Montaigne à la mort de La Boétie. Ce fut aussi celle que vécut Marcel Conche, à jamais séparé d'une personne devenue indiscernable de lui-même. Comment alors cette situation douloureuse peut-elle aussi être caractérisée comme un bienfait? Mais d'abord, quel est le remède pour cet • esseulement »
(p. 30) ontologique? Si l'on écarte la religion qui endort, le recours à un Etre suprême, énigme qui nous échappe et qui ne saurait prétendre à être un Dieu de bonté, si l'on ne croit pas plus à la survie de l'âme humaine, il reste la solution des Grecs. Les héros d'Homère laissent un souvenir immortel parmi les hommes, défient ainsi le néant, acte créateur qui, chez le philosophe, prend la forme d'une raison interro-gative, questionnement et méditation capables de surmonter le désespoir.
De nouveau la solitude dans la deuxième conférence, pour un colloque sur « L'homme a-t-il besoin de Sacré? », organisé par la Société angevine de Philosophie. Elle traitera donc de « La solitude et le sacré ".
En partant du livre de Rudolf Otto, Das Heilige, Conche distingue le sacré, inscrit dans une expérience transcendante religieuse, et le démonique, immanent à l'homme et à la nature. Le deinos grec est à la fois redoutable et merveilleux, ensorcelant et divin. Heidegger le traduit par das Unheimliche, inquiétant et pourtant humain. Platon le retrouve chez les inventeurs de génie, les poètes, les créateurs.
Socrate est un être démonique qui, gouverné par l'idée du meilleur, attire mais dérange aussi, jusqu'à susciter le rejet. Plus généralement, Conche montre ce qui identifie ces natures démoniques, celles • dont l'œuvre est la vie même, une vie qui embellit celle des autres .
(p. 53-54). À l'instar de Socrate, ce sont des personnes qui écoutent leurs voix intérieures et se conforment à l'injonction de justice et de vérité. Ainsi, le démonisme conduit au mystère, à l'infini, à l'irrationnel, tout en n'étant saisissable par aucune autre source de connaissance que la raison. En conséquence, la découverte du démonisme et de sa part de divin constituent une activité philosophique par excellence. C'est en ce point que peut se lire l'unité entre les deux confé-rences: philosopher en assumant la solitude et rechercher la vérité pour elle-même au risque de la souffran-ce. Le démonisme permet de préciser ce qui distingue cette recherche philosophique de la science et de la religion. Cette dernière vise la vérité comme moyen de salut; sa recherche du sacré lui fait rencontrer le démonisme pour le suppri-mer. La science moderne a la vérité comme moyen au service de sa puissance; sa rationalité exclusive lui fait méconnaître le démonisme et son caractère fascinant, autant effroyable que merveilleux. La philosophie saisit, par la raison, l'insondable de la nature, le ti thau-maston d'Aristote, et l'énigme de l'homme. Elle prend en compte cette dimension irrationnelle du démonisme, en fait prendre conscience, pose des questions pour penser rationnellement ce qui se situe au-delà du rationnel. J.-Ph.Catonné

Dans sa dernière lettre du 13 novembre 2021 à M. C., celle qui au téléphone recevait les textes de Marcel pour ensuite les mettre en page et cela durant 8 ans, quotidiennement, sauf week-end, Marcel se pose la question, à la dernière ligne de la lettre

"Les morts ont-ils une réalité autre que dans nos souvenirs et nos cœurs ?"

Dans Et ton livre d'éternité ? paru le 14 février 2022, j'évoque la discussion que j'ai eue avec Marcel sur le pharmacon qui m'est tombé dessus, offert, le 22 janvier 2021 : Tu es aimé, Tu es mon bien-aimé.
Impossible d'identifier ce-celui-celle qui adresse cette parole d'amour inconditionnel à tout ce qui existe à égalité et à chacun dans sa singularité, son unicité. 
Le 9 février 2021, Marcel me répond : je n'ai pas besoin qu'un dieu me dise Tu es mon bien-aimé
puis devant ce que je lui dis, répond : pourquoi pas ? là, je peux le concevoir.
 

Le 9 février 2021, téléphonant vers 16 H à l’ami Marcel Conche à propos du livre La nature et l’homme dont il assure l’édition, sortie le 27 mars 2021, pour les 99 ans du philosophe, Lui-Je lui dit le bien qu’il pense de cet opus présentant l’originalité de l’adresse au lecteur. Cela se produit 3 ou 4 fois. D’où lui est venue cette nécessité de l’adresse ? Elle a pour effet d’impliquer le lecteur et de le traiter comme Socrate traite ceux qu’il interpelle, accouche, maïeute: Connais-toi toi-même.

Lui-Je lui raconte l’achèvement de son livre d’éternité et évoque le pharmacon de clôture-ouverture du livre : Tu es aimé, tu es mon bien-aimé.

L’ami Marcel est très réticent avec l’expression Tu es mon bien-aimé. « Je n’ai pas besoin qu’un Dieu me dise : tu es mon bien-aimé ».

Ce n’est un Dieu que si tu le nommes ainsi. Mais Dieu est le Sans Nom. Ce qui s’adresse à toi (ne peut être entendu que par le cœur, pas par les oreilles), c’est la Vie. La Vie éternelle, créatrice qui t’a créé avec amour (l’amour inconditionnel, l’agapé et en se cachant, Héraclite) comme tout ce qui existe, à égalité et qui t’aime aussi inconditionnellement comme unique, singulier, incarné. Ainsi créé et aimé, de deux façons, universelle et unique, tu peux donner ce qui te traverse, l’amour agapé.

« Pourquoi pas ? Là, je peux le concevoir. »

Je te signale Marcel que tu l’as déjà écrit dans La Voie certaine vers « Dieu » ou l’Esprit de la religion, page 35 : je distingue la religion, l’éthique et la morale ; l’éthique renvoie à des devoirs conditionnels, ceux du médecin par exemple ; la morale renvoie à la notion de devoir inconditionnel, venir en aide à un blessé sur la route ; la religion enfin repose sur la notion d’amour inconditionnel. C’est la religion fondamentale et universelle, la religion de l’avenir. L’amour du prochain au sens

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évangélique qui définit la voie droite « vers Dieu » est inconditionnel quel que soit l’humain (aujourd’hui, tu rajouterais quel que soit le vivant).

Jésus dit Aimez vos ennemis. C’est là le retournement complet de ce qui est naturel. Aime ton ennemi, ce n’est pas là une exigence morale car du point de vue naturel et humain, l’amour ne se commande pas et ne résulte pas d’un acte volontaire. Un tel impératif d’amour inconditionnel nous arrache au plan des sentiments naturels et nous transporte au plan proprement religieux, non naturel, celui de la religion de l’amour. Ainsi, je vis dans la religion de l’amour si j’aime autrui simplement en tant qu’être humain même s’il ne le mérite pas.

Et page 37 : que signifie aimer ? Cela est dit clairement dans la 1° épitre de saint Jean 3.18-19

N’aimons ni de mots ni de langue mais en actes véritablement. Que signifie en actes ? Cela signifie 3 choses : agir, non-agir, créer.

Le 14 février 2021, vers 11 H du matin, pour l’anniversaire de l’épousée (73 ans), Lui-Je, hyérosolymitain d’Avers sous les eaux et de Corps Ça Vit, Celui qu’on appelle communément J.-C., livra son livre d’éternité à son éditeur.

Tendanciellement, aucun livre ne peut être assez vendu sans Communication. Sans elle, suffisamment puissante, il revient à la limite presqu'au même d'être édité ou pas. A contrario, la puissance de la Communication pourra faire qu'un livre blanc soit largement vendu, si l'on persuade assez de gens qu'un tel solide de candeur, à lui seul (sans une lettre) leur apportera médaille et marge de distinction, sagesse partagée issu de quelque Malevitch de foire (un bestiau rentable, une blancheur spéciale qui se strie toute seule pour en appeler à la fois à une lecture reine et démocratiquement saine).

Gérard Lépinois en mp, 3 juillet à 15 H 47

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Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan

20 Mai 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #FINS DE PARTIES, #J.C.G., #album, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #écriture- lecture, #F.C.

Me souvenant de ma visite de la Villa Noailles en pleine dégradation, sous la conduite éclairée de François Carrassan, ce devait être vers 1986-1987, et pensant au combat que fut sa réhabilitation avec de l'argent public, avant son invasion par le monde de la mode, pensant aux livres écrits depuis sur cette villa et son architecte, Mallet-Stevens, je ne peux que partager cette interrogation de François Carrassan sur l'imposture qui est à l'oeuvre dans ce lieu aujourd'hui tant dans le récit qui en est fait, révisionniste à souhait, que dans l'usage dominant du lieu, réservé aux "mondains" d'aujourd'hui, dont l'inculture insolente fait plaisir à être démasquée.

du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)

JCG, alias assaisonneur ou grossel

la rédaction de cet article va de 2015 à 2025

c'est un travail d'épitaphier

du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)
du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)
du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)
du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)

du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)

HYERES / VILLA NOAILLES / 26 AVRIL 2003 /

Inauguration de la Villa Noailles restaurée par Jean-Jacques AILLAGON, Ministre de la Culture, en compagnie d’Hubert FALCO, Secrétaire d’Etat aux personnes âgées, Président de TPM et Maire de Toulon, et de Léopold RITONDALE, Maire de la Ville d’Hyères /

La Villa Noailles avait 80 ans et la Ville d’Hyères en était propriétaire depuis 30 ans. Savoir que dans cet intervalle la Villa avait accumulé les aléas de la vie : construction / célébrité / scandale / séparation / mondanités / déclin / abandon / vente / squat / ruine. Jusqu’à ce que la Ville d’Hyères se décide à la restaurer. Une aventure dont j’aurai un temps été un des acteurs. 

Mais aujourd’hui, vingt ans plus tard, le récit que la Villa fait d’elle-même me paraît s’être éloigné de son histoire véritable en préférant se raconter des histoires. En révisant le réel. En idéalisant les figures de ses commanditaires et leur vouant un culte quasi-religieux. On lit aujourd’hui dans un magazine que son directeur est « le fils spirituel de Marie-Laure ». Tant qu’on y est, pourquoi pas la réincarnation ? Mais à sa place je me méfierai, quand on sait comment tout a fini. (F.C.)

Photo de Man Ray

Photo de Man Ray

Dans les parages du centenaire de la Villa Noailles (la première construction date de 1925), l’excellente biographie que LAURENCE BENAÏM a consacré en 2001 à Marie-Laure de Noailles : « la vicomtesse du bizarre », vient d’être rééditée (Tallandier, 2023 / 12 €). Une biographie qui a le mérite de ne rien dissimuler d’une vie plutôt tumultueuse qui commence dans la distinction d’une aristocrate de la haute et qui finit, façon « mère Ubu », avec les boulomanes d’Hyères ou les soixante-huitards de l’Odéon. C’est la pente des choses. Un peu comme pour la Villa elle-même qui sitôt construite connut un bref âge d’or et puis qui, à partir de 1932, entra dans un lent mais fatal déclin. Jusqu’à l’abandon. Jusqu’à sa mise en vente, à la mort de la vicomtesse, en 1970. Où l’on voit que cette villa des Noailles, aujourd’hui bizarrement célébrée, fut liquidée en moins de 50 ans. Et où il faut bien se dire que, sans la Ville d’Hyères qui fit le choix de l’acheter en 1973 et, plus tard, de la restaurer, il n’en serait rien resté. (F.C.)

Photo de Man Ray

CENT ANS, ET ALORS ?

 

 

Notes pour le centenaire de la Villa Noailles

 

Pour tenter de définir son objet, si cela se peut

______________

 

 

 

  1. Cent ans depuis quand ?
  1. Acquisition du terrain le 21 janvier 1923 ;
  2. Première lettre connue de Noailles à Mallet-Stevens datée du 25 juin 1923 ;
  3. Premiers plans descriptifs en janvier 1924 ;
  4. Commencement du chantier en mai 1924 ;
  5. Premier séjour des Noailles en novembre 1925.

 

 

  1. Que faire d’un tel centenaire ?

Pourquoi pas l’occasion, au-delà des fantasmes et des clichés dont le lieu continue d’être l’objet, de dire le vrai, le vrai de son histoire et de ses acteurs ?

Le vrai d’un centenaire qui est en réalité double, au sens où il n’est que la réunion de deux cinquantenaires séparés.

Un cinquantenaire de 1923 à 1973, celui de la Villa Noailles propriété privée des Noailles, qui va de sa construction à son abandon.

Et un cinquantenaire de 1973 à 2023, celui de la Villa Noailles vendue à la Ville d’Hyères et devenue propriété publique, qui va de sa restauration à sa réutilisation.

Et ce n’est pas la même histoire.

 

  1. La figure aléatoire des Noailles devrait-elle être à nouveau fêtée au cœur de ce centenaire ? Un gros ouvrage commandité en 20181 a déjà tenté de les immortaliser en « mécènes du XXème siècle ». Mais, dénué de sens critique, il en est ressorti une hagiographie à la gloire d’un couple riche et oisif, impatient de s’amuser, en lequel les auteurs s’émerveillent de voir d’innocents mécènes tous azimuts. Mais c’est un conte de fée pour la veillée des chaumières.

Surtout que la Villa d’Hyères deviendrait vite le lieu de leur naufrage.

 

  1. Mais le plus drôle est que nos hagiographes de service, tout à leur idée fixe, vont laisser entendre que la vente de la Villa à la Ville en 1973, c’est encore du mécénat. Prétextant qu’elle fut vendue au prix des Domaines. Or c’est faux, selon l’acte de vente lui-même et le fait que le Conseil Municipal dut autoriser l’augmentation de ce prix. Mais ils insistent. Le sens de cette vente n’est pas dans la vente elle-même, car il faut comprendre qu’avec elle le vicomte lègue en réalité « un héritage spirituel ».  Et ils osent même le coup du legs « aux générations futures ». « Spirituel » en plus, ce qui ne coûte pas cher. Drôles d’historiens ! Tout ça pour maquiller la vente d’une maison abandonnée. Avec pour finir une chute à l’effet comique garanti : « Et si le vicomte n’effectue certes pas un don, il est possible d’y voir un acte de transmission, si ce n’est un dernier acte de mécénat.2 » Du mécénat payant en quelque sorte…

 

  1. En vérité la villa fut mise en vente au lendemain de la mort de la vicomtesse en 1970. France Soir3 titra : Le château de Marie-Laure est à vendre. Car, y lisait-on, le vicomte ne tient pas à conserver cette demeure. C’était « le royaume de sa femme ». Depuis les années d’après-guerre, quand les moeurs s’y relâchèrent, loin du temps si bref où l’avant-garde artistique y était accueillie, jusqu’au scandale de L’Âge d’Or. Et puis cela faisait 40 ans que le couple s’y était séparé. La maison fut donc vidée de ses meubles, objets et œuvres d’art, et vendue dans un état de délabrement avancé. Quelle transmission !

 

  1. Une seule sculpture ne fut pas emportée : le Monument au chat d’Oscar Dominguez. Du fait certain qu’elle pesait 3 tonnes, mais aussi parce que son auteur, dans les années 1950, fut l’amant officiel de la vicomtesse avec laquelle ils formèrent un couple détonnant digne d’une performance surréaliste4.

La ville en devint donc propriétaire et dut l’extraire de la Villa au moment du premier chantier de sa restauration, vers 1988. Elle fut ainsi coffrée et stockée dans une cour municipale  dans l’attente d’un lieu à sa mesure. Chose (enfin) faite en 2020, où elle a été installée au cœur du jardin de La Banque / Musée des cultures et du paysage.

Créée en 1953, on pourrait fêter ses 70 ans  en 2023.

 

  1. Mais alors pourquoi ne pas faire de la maison elle-même l’objet d’un tel centenaire ? La première maison construite d’un jeune architecte moderne et raffiné, jusque-là architecte-décorateur de cinéma, Rob Mallet-Stevens. Promis à un brillant avenir, il  a été recommandé pour son goût et son imagination au vicomte.

Oui mais voilà, si le vicomte voulait un architecte, il ne voulait pas d’architecture. L’architecte, c’était pour l’image et le standing, et il serait à ses ordres. Le malentendu fut immédiat. Le vicomte fit ainsi démolir en plein chantier une tour qui figurait l’axe central à partir duquel les cubes de la façade devaient se développer. Mallet-Stevens, désemparé, lui écrivit : « Je vous en supplie n’y touchons pas ; j’ai fait des croquis pour m’imaginer la maison sans la tour et l’on obtient alors un ensemble sans relief, sans silhouette et sans expression.5 » Un jugement sans appel qui pourrait surprendre l’actuel directeur de la Villa émerveillé par « ce lieu magique, extraordinaire de beauté, dont Robert Mallet-Stevens a si bien su ciseler les façades.6 »

Mais rien n’y fit. Mallet-Stevens dut s’incliner. C’était sa première commande. Malgré quoi des éléments significatifs de son vocabulaire purent s’exprimer et quelques gestes remarquables être produits7. Noter ici qu’au-delà du programme initial,  les Noailles se sentant à l’étroit, la maison ne cessa de s’agrandir et s’étendit jusqu’en 1932 au gré du terrain, sans plan et sans Mallet-Stevens.

 

 

 

Si bien qu’à l’arrivée, la Villa Noailles reste  le nom d’un ensemble hétéroclite, incohérent, sans la moindre unité architecturale.

Rien à voir avec la Villa dont Paul Cavrois, à Croix, confierait la réalisation à Mallet-Stevens en 1929. Premier chef d’œuvre de l’architecte qui, laissé libre de son génie et de son geste, réalisa « une œuvre d’art totale ». On ne peut pas tout avoir.

 

 

 

 

  1. Mais un autre moment de ce centenaire mériterait d’être retenu,  par lequel s’ouvre son second cinquantenaire, quand la ville d’Hyères est devenue propriétaire de la Villa actant la chute de la maison historique des Noailles au bout de cinquante ans. Une autre histoire commence dont l’enjeu majeur va être la restauration de ladite maison vendue en piteux état.

 

 

Car, après un premier chantier partiel et sans lendemain (1988-1989), la Ville va prendre la décision de devenir le maître d’ouvrage de la restauration de l’ensemble du bâtiment menaçant ruine. Un geste politique radical en faveur d’un chantier qui va s’étendre de 1995 à 2003. J’ai été un acteur  de cette restauration. Chargé par le maire d’alors, Léopold Ritondale, de mener toutes les actions utiles à sa réussite, avec le soutien officiel des institutions, et de les défendre devant le Conseil Municipal.

Pour mémoire, cette mission a été remplie.

Les partenaires institutionnels mobilisés, un plan de financement public (Etat/Drac, Région, Département, Ville) a été validé et le chantier de la restauration est allé à son terme.

Un projet de réutilisation de la Villa restaurée a dû être défini. Pour le porter, l’Association « Villa Noailles » a été constituée avec Didier Grumbach, son premier président. Le Festival des Jeunes Stylistes (créé à Hyères en 1985) sera le moteur du projet qui reposera sur l’Alliance de l’Architecture, de la Photographie, du Design et des Arts de la Mode. Voté par le Conseil Municipal et approuvé par tous les partenaires.

Quant au directeur de la Villa, son choix a été arrêté au Palais Royal par François Barré alors Directeur de l’Architecture et du Patrimoine. Didier Grumbach m’accompagnait et a été témoin de mon intervention quand j’ai présenté le candidat de la ville, face à un concurrent. C’est ainsi que la candidature de Jean-Pierre Blanc a été retenue. C’était le 22 avril 1999.

Le projet allait pouvoir se réaliser et une nouvelle aventure se vivre à la Villa Noailles.

Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la Culture, est venu en 2003 applaudir cet exploit de la ville d’Hyères. Juste l’année du transfert bureaucratique de la Villa Noailles à la communauté d’agglomération TPM, quand la ville en perdrait la maîtrise.

 

  1. Aucune histoire  n’a jamais coulé à la façon rêvée d’un fleuve tranquille. Celle de la Villa Noailles, avec ses hasards et ses ruptures, comme les autres. Son centenaire, en quête d’un objet culturellement crédible, pourrait être ainsi l’occasion d’un exercice de lucidité. Utile à l’intelligence de son action présente.  En sachant qu’on ne peut entrer deux fois dans le même fleuve. Que la Villa de Charles et Marie-Laure a cessé d’exister pour toujours. Que sa restauration n’est pas une résurrection. Et qu’il est vain de faire croire qu’on y serait revenu à la case départ pour y perpétuer une « œuvre » qui, sauf abus de langage, n’a jamais existé.

 

François Carrassan / 2022

 

 

Notes /

 

  1. Charles et Marie-Laure de Noailles, Mécènes du XXème siècle, Bernard Chauveau, 2018
  2. Ibid, pp. 323-324
  3. France Soir, 13 février 1970
  4. Laurence Benaïm, Marie-Laure de Noailles / Vicomtesse du bizarre, Grasset, 2001, pp. 465-476
  5. Cécile Briolle, Rob Mallet-Stevens, Editions Parenthèses, 1990, p. 41
  6. Charles et Marie-Laure de Noailles, op. cit., p.8
  7. François Carrassan, Une petite maison dans le midi, Editions de L’Yeuse, 2003, pp. 7-13
de la dernière fête au château Saint-Bernard en 1932 avec Bunuel, Giacometti et la girafe surréaliste, disparue dans la nuit, jamais retrouvée aux  bimbos gonflables Diesel, vandalisées lors du 37e Festival de mode, de photographie et d'accessoires du 13 au 16 octobre 2022, à la villa Noailles
de la dernière fête au château Saint-Bernard en 1932 avec Bunuel, Giacometti et la girafe surréaliste, disparue dans la nuit, jamais retrouvée aux  bimbos gonflables Diesel, vandalisées lors du 37e Festival de mode, de photographie et d'accessoires du 13 au 16 octobre 2022, à la villa Noailles
de la dernière fête au château Saint-Bernard en 1932 avec Bunuel, Giacometti et la girafe surréaliste, disparue dans la nuit, jamais retrouvée aux  bimbos gonflables Diesel, vandalisées lors du 37e Festival de mode, de photographie et d'accessoires du 13 au 16 octobre 2022, à la villa Noailles
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de la dernière fête au château Saint-Bernard en 1932 avec Bunuel, Giacometti et la girafe surréaliste, disparue dans la nuit, jamais retrouvée aux bimbos gonflables Diesel, vandalisées lors du 37e Festival de mode, de photographie et d'accessoires du 13 au 16 octobre 2022, à la villa Noailles

quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
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quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens

quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens

Me souvenant de ma visite de la Villa Noailles en pleine dégradation, sous la conduite éclairée de François Carrassan, ce devait être vers 1986-1987, et pensant au combat que fut sa réhabilitation avec de l'argent public, avant son invasion par le monde de la mode, pensant aux livres écrits depuis sur cette villa et son architecte, Mallet-Stevens, je ne peux que partager cette interrogation de François Carrassan sur l'imposture qui est à l'oeuvre dans ce lieu aujourd'hui tant dans le récit qui en est fait, révisionniste à souhait, que dans l'usage dominant du lieu, réservé aux "mondains" d'aujourd'hui, dont l'inculture insolente fait plaisir à être démasquée.

JCG, alias l'assaisonneur ou grossel

Villa Noailles / Exposition permanente

Avec le souvenir de mon engagement pour la restauration de la Villa Noailles, on me demande parfois ce que je pense de l’actuelle exposition permanente qui s’y tient et s’intitule

Charles et Marie-Laure de Noailles / une vie de mécènes

Je fais alors observer que son titre est mensonger et qu’il est paradoxal de vanter le mécénat des Noailles dans un lieu qu’ils ont abandonné et qui a été sauvé de la ruine par l’argent public.

Sans savoir qui a validé ce projet ni sur la base de quelle expertise, voici donc ces notes qui invitent à un curieux constat :

UN FANTASME MONDAIN

1. L’exposition est principalement faite d’images, de reproductions, de fac similés, de photocopies en quantité. On se croirait dans un centre de documentation pédagogique.

Malgré le design appliqué de la présentation, cela saute aux yeux. L’amateur d’art voit qu’il n’y a pas grand-chose à voir et bien trop à lire. « Une coquille vide », comme on l’entend dire.

Sauf les Noailles photographiés ici et là en compagnie de telles ou telles personnalités. On pense aux trombinoscopes des magazines people qui montrent des happy few posant entre eux lors de soirées réservées. Souriants et contents de leur sort. Mais un mécène n’est pas une œuvre d’art.

2. L’exposition se tient dans la partie dite primitive de la villa, celle dont on est sûr que l’architecte en fut Rob. Mallet-Stevens, celle qui fut construite en 1924 et agrandie en 1927.

C’était une petite maison d’habitation avec de petites pièces en petit nombre, et tout y paraît aujourd’hui d’autant plus petit qu’on en a fait sans adaptation un espace ouvert au public et ainsi très vite saturé. A l’évidence, la contradiction des usages n’a pas été surmontée.

Reste que l’architecte, dans l’exposition, occupe la place du pauvre, à l’écart et à l’étroit, dans un recoin d’à peine 5 m2… Rien sur son rôle dans l’histoire de l’architecture, alors même que cette maison délibérément moderne constitue un manifeste radical. Rien sur ce geste qui intègre la maison aux ruines médiévales alentour et lui donne son esprit malgré Charles de Noailles qui, peu porté sur l’architecture, l’aura empêché d’aller au bout de son projet. Rien sur l’UAM, l’Union des Artistes Modernes, qu’il allait fonder en 1929.

3. Le titre de l’exposition laisse croire que Charles et Marie-Laure de Noailles formèrent un couple uni dans le même amour désintéressé de l’art et qu’ils menèrent côte à côte une vie de mécènes, jour après jour au service de l’art…

Or, s’ils se marièrent bien en 1923, recevant en cadeau le terrain de leur future maison d’Hyères, le couple ne dura guère, perdu entre les tendances de l’un et les attirances de l’autre, et connut assez vite une séparation de fait.

En 1933, Marie-Laure rejoint Igor Markévitch en Suisse. Charles, lui, a cessé à cette époque de s’intéresser à la chose moderne et sa femme s’occupera seule de la maison d’Hyères après la guerre. Il se retirera ainsi à Grasse dans une bastide du XVIIIème siècle, acquise en 1923, où il s’adonnera à l’horticulture.

Cette réalité, ici absente, ne correspond évidemment pas à l’intention de l’exposition.

4. Quant au lieu même de l’exposition, la propre villa des mécènes à l’affiche, son histoire n’est que partiellement évoquée et seulement sur la période qui convient au concept de l’exposition.

Car si cette maison fut effectivement ouverte à la création artistique, cela ne dura guère. Dès 1933 la vicomtesse écrivait en effet : « Nous démodernisons la maison. » C’est que le « couple » avait été refroidi par le scandale de L’âge d’or survenu en 1930, principalement le vicomte qui avait payé le film de Luis Buñuel et, naïvement, n’avait rien vu venir…

C’est vrai aussi que leur « aventure moderne » doit beaucoup au fait qu’ils étaient alors, comme l’écrira Charles, jeunes et impatients et qu’il fallait selon lui que tout soit amusant. Leur fortune héritée faciliterait les choses.

Et quand il invita Man Ray à venir tourner à Hyères en 1928, un tel geste, apparemment en faveur du cinéma naissant, reposait aussi sur le désir manifeste de faire voir sa maison.

Ainsi cette aventure, portée par la volonté évidente de se distinguer, n’excéda pas dix ans. Et, comme pour l’accompagner sur sa pente, la maison elle-même empiriquement bâtie se dégrada lentement, se fissura et prit l’eau. Un processus qui s’accéléra après la guerre quand le bâtiment cessa peu à peu d’être entretenu.

Et c’est durant ces années 50-60 que Marie-Laure de Noailles en fit sa demeure. Une demeure improbable où, dans une ambiance passablement décadente, elle entretenait une faune hétéroclite dont la rumeur locale se plaisait à imaginer les galipettes sexuelles.

Toujours est-il qu’aussitôt après sa mort, en 1970, le vicomte mit la maison en vente dans un très piteux état et fit en sorte que la ville d’Hyères pût l’acheter. Marché conclu en 1973. « C’était à ses yeux le royaume de sa femme », comme l’écrivait alors France Soir. Mais son image avait quand même dû se dégrader pour que, plus tard, quand la Ville entreprit de restaurer la maison, ses descendants ne souhaitent pas qu’on l’appelle « Villa Noailles »…

5. Car c’est bien la Ville d’Hyères qui allait entreprendre sa restauration avec le soutien de l’Etat. Et c’est bien avec le seul argent public qu’on paierait son long et coûteux chantier.

Aussi n’est-ce pas le moindre paradoxe de cette exposition, d’être consacrée à l’éloge illimité du mécénat des Noailles dans un lieu qu’ils ont abandonné à sa ruine. Un point de l’histoire ici passé sous silence.

6. Nul doute cependant que ce « couple » d’aristocrates décalés, au temps de sa jeunesse libre et argentée, en rupture avec la bien-pensance et son milieu d’origine, aura attiré l’attention et soutenu quelques artistes « émergents ».

Aucun doute non plus sur la générosité de Charles de Noailles dont Luis Buñuel témoignait volontiers et avec lequel il resta en relation bien après l’âge d’or de leur (més)aventure commune.

Mais rien qui permette sérieusement de voir au cœur du « couple » le projet construit de mener une vie de mécènes au nom d’on ne sait quelle exigence artistique, comme tente de le faire croire la page imprimée à l’usage des visiteurs de l’exposition.

7. Une vie de mécènes, c’est en effet le titre de ce document indigeste qui apparaît comme le support théorique de l’exposition. Un discours d’autojustification prétentieux qui se résume à un postulat, sans cesse répété, celui de « l’extraordinaire mécénat» des Noailles. Un mécénat non stop de 1923 à 1970, selon l’auteur…

(Même si cette déclaration est contredite par le texte d’introduction à l’exposition qui parle du « ralentissement » de ce mécénat après 1930…)

8. Et, dans ce drôle de galimatias, on peut lire pêle-mêle :

que les Noailles ont élargi la définition du mécénat; qu’ils ont saisi que la modernité c’est le collage (…), un partage entre plusieurs influences; que Marie-Laure de Noailles opère plus ou moins consciemment une confrontation quasi-systématique entre basse et haute culture; que Charles de Noailles saisit intuitivement que les révolutions intellectuelles à venir ne se construiront pas seulement sur l’héritage surréaliste… qu’ils sont au cœur de la modernité. Ou plus exactement des modernités; qu’ils ont choisi de vivre non pas au cœur de l’avant-garde, mais des avant-gardes (c’est moi qui souligne). Probablement l’auteur est-il égaré par son admiration pour ces illustres personnages, mais dans un « Centre d’art » il est regrettable de voir une telle confusion intellectuelle se donner libre cours.

Est-ce l’effet de l’absence d’un conservateur et d’un véritable projet scientifique et culturel ?

9. De fait l’exposition a un petit côté grotte de Lourdes. On pourrait s’y croire dans un sanctuaire réservé au culte de Charles et Marie-Laure de Noailles. Où le moindre souvenir, survalorisé, a pris la dimension d’une relique.

10. Culturellement, on pourrait s’inquiéter :

d’un tel défaut de distance critique. d’une adhésion si totale à une histoire à ce point « arrangée » et présentée au visiteur comme une vérité admirable et définitive. d’une telle tendance à la vénération comme on en voit dans les fan-clubs, où tout ce qui touche à votre idole, par le seul fait d’y toucher, devient infiniment précieux. 11. L’exposition a donc échafaudé un conte bleu. Tout y est sucré, propre et lisse. Charles et Marie-Laure veillent sur l’art. Les touristes sont invités à se recueillir.

12. On mesure comme on est loin de la vérité du commencement. Quand on sait qu’en ce lieu très privé fut autrefois fêtée une sorte d’insoumission et que la maison brilla rien que pour le plaisir passager des Noailles et de leurs invités jouant à une autre manière de passer le temps.

Charles de Noailles, à la fin de sa vie, avait pourtant tout dit de cette époque disparue : « Nous aimions nous amuser avec des gens intelligents et de valeur.

François Carrassan / Mai 2015

VILLA NOAILLES / DANS LE MUR DES COMPTES / (1) by François Carrassan sur FB, le 3 mai 2025 à 14 H 42
J’ai écrit Si Noailles m’était contée* en 2023 pour rétablir la vérité de l’histoire en opposition à l’annonce tapageuse et mensongère d’un Centenaire de la Villa Noailles que ses actuels occupants avaient décidé de fêter cette même année.
Alors que cette ancienne propriété des Noailles a été liquidée en moins de 50 ans. Je n’y reviens pas et je mets au défi quiconque de réfuter cela.
Je terminais mon livre en résumant ainsi l’étrange trajectoire de ce lieu éphémère : une maison privée, abandonnée à la ruine et vendue à la Ville d’Hyères toute splendeur perdue, restaurée ensuite avec le seul argent public, et à présent réutilisée par une association, sans droit ni titre, qui se complaît dans la célébration des propriétaires qui l’ont abandonnée.
Un étrange usage de l’argent public, écrivais-je, au service d’un culte idolâtre.
Mais j’ignorais alors combien d’argent était en jeu.
Or des chiffres viennent d’être présentés par l’association lors de son assemblée du 3 avril 2025, et tels que celle-ci pourrait s’en inquiéter quand il s’agissait aussi de faire mousser un faux centenaire. Ne serait-ce que ça…
Voici donc le montant des budgets 2023 et 2024, supposés "sincères", qui atteignent à égalité 6.430.000 € (cf. le tableau ci-joint signé par la présidente de l’association).
S’y trouvent de nombreux financeurs publics (Etat, Région, Métropole, Département, Communes) et privés.
Mais qui décide et qui laisse faire ?
Avec, par exemple, une ligne sensible intitulée « Déplacements, Missions, Réceptions » qui affiche 1.203.575 € en 2023 et 995.000 € en 2024.
On dirait une ligne pour la belle vie, voyages, aventures et fêtes… Une porte ouverte… Par qui ? Au profit de qui ?
Et la question immédiatement se pose du contrôle de la dépense quand l’argent semble si facile. Qui contrôle quoi ?
Je n’ai pas la réponse, sauf le doute que tout se soit passé, et depuis longtemps, « à la bonne franquette ». Entre soi.
*Edité par Les cahiers de l’égaré, 2ème édition 2025, en librairie et sur toutes les plateformes.
Photo Bernard Plossu / Villa Noailles, chantier de restauration / 2002 /
Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan
Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan
Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan
VILLA NOAILLES / A LA BONNE FRANQUETTE / (2) by François Carrassan, sur FB, le 7 mai 2025 à 10 H 22
En 2022, après que la Villa Noailles fut devenue « Centre d’Art », ignorant tout de l’organisation dudit « centre », j’ai formulé des questions élémentaires sur son mode de fonctionnement :
1. Sous quelle forme juridique ce « Centre » est-il administré, et par qui ?
2. Est-ce directement par la Métropole TPM ?
3. Si non, La Métropole a-t-elle délégué sa gestion ?
4. Si oui, selon quelle procédure le délégataire a-t-il été choisi ?
5. Dans tous les cas, qui est responsable de sa programmation ?
6. A qui l’argent public est-il versé ?
7. Dans tous les cas, qui contrôle les comptes ?
Des questions banales, mais logiques en face d’un budget qui atteignait déjà les 5 millions d’euros.
Pour la petite (?) histoire, je les ai transmises à la Direction de TPM le 9 mars 2022, et les ai fait connaître à la présidente de l’association le 17 mars.
La présidente ne m’a pas répondu, mais j’ai reçu de TPM la réponse suivante le 23 mars :
« Il n’y a pas de DSP nous liant à l’association Villa Noailles. Celle-ci nous propose chaque année un programme d’activités, nous nous voyons plusieurs fois dans l’année pour faire un point sur les actions et les demandes de subventions aux autres partenaires. »
Ce fut tout. Comment faire aussi bref en pareille matière ? Dans le genre : circulez, y’a rien à voir...
Mais j’ai compris alors que ces questions, personne ne (se) les posait. Et, plus étrange, qu’aucun financeur public ne trouvait à redire au fait de laisser une association 1901, sans droit ni titre, sans aucun représentant de la puissance publique, jouer avec des millions qui n’étaient pas les siens.
Se représenter alors une telle situation reconduite chaque année dans l’espace public… Et même amplifiée, jusqu’à l’arnaque du faux centenaire de 2023 ! Et à présent avec un budget (« supposé sincère ») pour 2025 encore en augmentation à 6.569.000 € ! Insensé, non ?
VILLA NOAILLES / L’AVEU / (3) by François Carrassan, sur FB, le 8 mai 2025 à 9 H 53
L’assemblée de l’association « Villa Noailles », le 3 avril dernier, eut à se prononcer sur 14 résolutions.
On pense aux mauvais élèves d’autrefois qui, pour repartir du bon pied, devaient prendre « de bonnes résolutions ». Car, cette liste d’apparence neutre laisse vite entendre le « mea culpa » d’une association à présent penaude.
Qu’on en juge avec 3 d’entre elles, les R11, R10 et R9 dont les intitulés disent en creux tout du désastre survenu :
R11 / sur « la nouvelle gouvernance de l’association »
R10 / sur « le circuit des engagements de dépense »
R9 / sur « la trajectoire financière 2026-2030 »
Car il s’agit là précisément de tout ce qui n’a jamais existé. La gouvernance c’était le caprice. Le circuit de la dépense c’était le bon plaisir. Et la trajectoire financière ce ne fut rien que la dérive des comptes jusqu’à nous.
Deux questions accessoires :
- Peut-on faire seulement passer cela (autant d’argent public méprisé) par profits et pertes ?
- Reprend-on les mêmes pour à présent gouverner, dépenser et s’orienter ?
Et une question provisoire :
- Quel événement a-t-il produit ces résolutions inattendues ? Quelle alarme a-t-elle retenti ? Après tant d’années fastes et trompeuses, comment réalise-t-on soudain que le roi est nu ? Et que ça ne peut plus durer ?
Avec une réponse incertaine :
- Il se pourrait qu’un mal plus grand encore que ce que disent les budgets soit apparu au point qu’on ne peut plus faire avec, précipitant le repentir des associés. Le saura-t-on ?
Premier chantier de restauration / 1988 / Photo Hans Domenig / La voie s’écarte du bon chemin / 1990
Premier chantier de restauration / 1988 / Photo Hans Domenig / La voie s’écarte du bon chemin / 1990

Premier chantier de restauration / 1988 / Photo Hans Domenig / La voie s’écarte du bon chemin / 1990

VILLA NOAILLES / A L'HEURE DU SCANDALE / (4) by François Carrassan, sur FB, le 8 mai 2025 à 23 H 23
EXCLU - QUI VA PAYER ? LA GESTION FINANCIERE DE LA VILLA NOAILLES ETRILLEE PAR LE MINISTERE DE LA CULTURE /
FRANCE BLEU / ICI PROVENCE
PAR CHRISTELLE MARQUES
Publié le jeudi 8 mai 2025 à 20:21
Le Ministère de la culture pointe du doigt dans un rapport communiqué mi-mars aux collectivités qui subventionnent l'association, la gestion calamiteuse mise en place par la direction de la villa Noailles à Hyères, avec notamment une dette « fournisseurs » de plusieurs millions d’euros.
« Je me souviens d’un discours que Jean-Pierre Blanc avait prononcé sur le devoir d’exemplarité parce qu’on travaillait avec de l’argent public. Quand je l’entendais dire ça alors que je voyais ses frasques, et que tout le monde se plaignait déjà de ne pas être payés, c’était hallucinant » confie un des ex-collaborateurs du directeur de la villa Noailles.
Le Ministère de la culture vient de dire stop. Dans un rapport présenté mi-mars en visio-conférence à des représentants de collectivités qui subventionnent l’association qui chapeaute le centre culturel, il est notamment question de frais de représentation exorbitants, de dépenses onéreuses. Selon nos informations, la Direction Régionale des Affaires Culturelles indique que la Villa Noailles doit revenir à ses fondamentaux et économiser près de 800 000 euros par an. Le ministère préconise par ailleurs la nomination d’un directeur financier. Et ce qui est particulièrement pointé du doigt, ce sont les dépenses de déplacement, de mission et de réception. Plus d’1, 2 million d'euros en 2023. A la tête de la villa Noailles, Jean-Pierre Blanc qui mènerait, semble–t il grand train avec des notes de taxi exorbitantes, et des factures d’hôtel à Paris ou des thalasso payées avec les cartes de crédit de la Villa Noailles, tout ça, avec un salaire dépassant les 10 000 euros par mois. De quoi faire tiquer l'inspectrice. « Quand tu gagnes bien ta vie, tu payes ton taxi » souligne une proche, exaspérée.
Mais comment en est-on arrivé là ?
D’un petit projet de fin d'étude qui n'avait pas d'autre ambition que de monter un défilé de mode pour les commerçants de Hyères, l'idée de Jean-Pierre Blanc a rapidement séduit Léopold Ritondale, pour devenir un festival européen de la mode. A la tête de l’association qui gère depuis quelques années la villa Noailles, l'homme est parvenu en quelques années à en faire un évènement internationalement reconnu, ramenant des partenaires privés prestigieux comme Chanel notamment. « On ne peut pas lui reprocher de ne pas aller chercher l’argent. Son problème, c’est que s’il va chercher 1000 euros, il en dépense 2000 » confie un autre collaborateur.
L’association est en partie subventionnée par des fonds privés pour près de 2,4 millions d’euros, selon le budget prévisionnel 2024 qu’Ici Provence a pu consulter. Mais surtout, elle vit grâce à des fonds publics. Les villes de Hyères et Toulon mettent la main à la poche, tout comme la Métropole, la Région, le conseil départemental et l’Etat pour une enveloppe globale d’un peu plus de 3,9 millions d’euros.
4 millions d'euros : la dette explose
Ce qui interroge, c’est l’ampleur des dégâts. En effet, selon nos informations, en 2024, la « dette fournisseurs » s’élevait à près de 4 millions d’euros. C’est-à-dire que l’association devait 4 millions d’euros à toutes les entreprises qui ont travaillé pour elle. Et elles sont nombreuses. Mais surtout cette dette a plongé dans des profondeurs abyssales très rapidement. Elle n’atteignait « que » 1,2 million d’euros deux ans plus tôt.
Alors c’est vrai que comme dit une proche de Jean-Pierre Blanc « on n’attire pas Chanel si on ne met pas des fleurs partout ». N’empêche qu’il y a de quoi s’étonner. Notamment parce que les collectivités ont semblé découvrir l’ampleur des dégâts lors de la restitution du rapport mi-mars, même si quelques soupçons étaient apparus juste avant. Les fournisseurs se plaignaient tellement de leurs impayés que la rumeur s’était répandue. Pourtant en 2023, François Carrassan**, adjoint à la culture à la mairie de Hyères tente d'attirer l'attention sur un mensonge qui a pourtant bien fonctionné, le fameux centenaire de la villa Noailles. Les 100 ans, on en était bien loin. Mais personne n'y a trouvé à redire, et la fête célébrant un centenaire qui n'a jamais existé a eu lieu. L'élu hyérois en fera même un livre afin de "rétablir la vérité de l'histoire".
Manque volontaire de transparence ou incapacité à gérer ?
Si jusqu'au milieu des années 2010, il est encore possible de trouver des documents comptables, ça se complexifie lorsqu'on s'approche de 2020. Il y avait bien des conseils d’administration qui étaient organisés depuis quelques années mais plus d’assemblée générale. « En tout cas, la dette n’apparaissait jamais dans les tableaux comptables qui étaient remis » rapporte une autre source. Autre constat, une association doit nécessairement transmettre un compte-rendu financier lorsqu’elle fait une demande de subvention à une collectivité. Or, selon des documents que « Ici Provence » a pu consulter, le compte- rendu financier de 2022 a été crée en septembre 2024, soit un an trop tard. « Ce n’est pas possible car ce document fait partie intégrante du dossier présenté pour demander une subvention. S’il n’y est pas, c’est quasiment assuré de ne pas obtenir l’argent » détaille un habitué des comptes publics. Pourtant les subventions étaient versées, malgré tout.
« Tout ce que Jean-Pierre Blanc voulait, il l’avait. Le succès lui est monté à la tête. Mais il ne sait pas manager et gérer. Tout le monde savait, notamment les fournisseurs, mais personne n’osait rien dire car il avait une espèce d’aura. Sauf que là, ça va trop loin. Il faut que cela cesse car des professionnels, et des personnes se sont retrouvés en difficulté. On peut être généreux, mais pas avec l'argent des autres » conclut un autre ancien membre de la Villa Noailles.
En attendant, Jean-Pierre Blanc a réuni ses équipes il y a quelques semaines, en leur précisant qu’il allait falloir faire des économies, que les visites seraient sans doute payantes. Cela n’empêchera pas les festivités du 40ème anniversaire du festival de la mode, de la photographie, et de l’accessoire de se tenir en octobre. « Show must go on » comme on dit. La ville de Toulon a d’ailleurs récemment voté une subvention augmentée pour l’évènement, la passant de 30 000 euros par an à 90000 euros pour 2024.
Car de l’avis de certains observateurs, pas question que cet évènement de qualité disparaisse. Jean-Pierre Giran, le maire de Hyères le confiait à Ici Provence il y a quelques temps : « ce festival permet à la ville et à la Métropole de rayonner internationalement. Le risque c’est que cela n’existe plus. » A chacun ses talents, la créativité à ceux qui savent créer, le financier à ceux qui savent compter et surtout gérer. L’inspectrice du ministère de la culture l’a rappelé très clairement dans son rapport, sous peine de ne pas souffler la 41ème bougie.
* Contacté à de multiples reprises, le service communication du ministère de la culture n'a pas été en mesure de répondre à nos questions, malgré l'existence de ce rapport rendu à l'issue d'un audit effectué par une inspectrice du ministère. Par ailleurs, de nombreuses personnes ont souhaité préserver leur anonymat, par souci de protection. Certaines entretiennent encore des rapports professionnels avec la direction de la Villa Noailles, quand d'autres notamment sont employées au sein des différentes collectivités.
** François Carrassan est l'auteur de "Si Noailles m'était contée. Retour au réel" paru en novembre 2023 aux éditions Cahiers de l'Egaré.
VILLA NOAILLES / RETOUR AU DROIT / (5) by François Carrassan, sur FB, le 12 mai 2025 à 18 H 45
« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark », (Hamlet I, 4). La phrase de Shakespeare s’emploie parfois telle un proverbe quand, dans une affaire, on perçoit « un gros problème sous-jacent ».
Ce pourrait être le cas à la Villa Noailles quand on découvre les données relatives à l’association éponyme (vivant à plus de 60% d’argent public) dans le rapport ministériel présenté en mars 2025.
Parmi lesquelles l’existence d’une dette, jusque-là cachée, de l’ordre de 4.000.000 (quatre millions) d’euros. Une dette faite d’une accumulation d’impayés dans le temps, laissant y voir l’effet d’un système plus que d’un accident.
C’est à l’évidence « le gros problème sous-jacent ».
En effet, tout le temps que cette dette a été cachée, si des documents financiers (bilans ou budgets) ont été produits par l’association en vue d’obtenir une subvention ou un vote, ceux-ci ont, de ce fait, été mensongers et ont pu tromper leurs destinataires.
La question se pose donc ici de savoir :
1. si des infractions de présentation de faux bilan ont pu être commises ;
2. si des budgets ont été volontairement insincères dans leur établissement entraînant des délits de faux et faux en écriture.
Sans préjuger des responsabilités qui l’ont rendue possible, une telle situation conduit objectivement à soulever ces interrogations.
En attendant que le doute soit levé.
photo parue dans Le Monde du 16 juillet 2017
photo parue dans Le Monde du 16 juillet 2017

photo parue dans Le Monde du 16 juillet 2017

VILLA NOAILLES - TPM / LE MOMENT 23 by François Carrassan, sur FB, le 20 mai 2025 à 20 H
A. L’article du Monde du 18 mai 2025 se réfère adroitement à un sujet traité il y a deux ans dans Var Matin : le compte-rendu du Conseil Métropolitain du 21 décembre 2023 où un paquet de subventions culturelles a été mis au vote, parmi lesquelles celle de la Villa Noailles d’un montant de 1,8 million d’euros.
B. Un retour en arrière amusant, à l’heure du désastre financier récemment révélé. Sans se douter de rien, le journal pose donc la question qu’appelle un tel montant : la Villa Noailles perçoit-elle trop d’argent public ? Sachant aussi que la générosité de TPM à l’égard de la Villa a souvent paru relever du panier percé.
C. Notre collègue Amaury Navaranne fait observer que c’est certainement trop si c’est pour exhiber des poupées géantes d’inspiration porno dont la subtilité me semble réservée à la branchitude woke. Mais, sans plus d’informations sur la gestion de cet argent, sa remarque très légitime se limite au contenu culturel "bobo" de la Villa que TPM valide sans autre formalité.
D. Il y a plus épineux. Car 2023 a principalement été l’année de la célébration officielle du (faux) centenaire de la Villa Noailles. Un panneau dressé par le directeur du site et dans lequel est tombé tout un petit monde politico-médiatique. J’ai semble-t-il été le seul à dénoncer publiquement cette annonce tapageuse et mensongère destinée à faire la fête. Quand on sait que l’ancienne propriété des Noailles a été liquidée en moins de 50 ans avant d’être abandonnée et vendue. Mais qu’importe l’histoire, qu’importe la vérité, quand seules comptent les photos et la mousse ? En 2023 un centenaire fictif aura donc été célébré, vainqueur d’un sommet de l’imbécillité. Son coût n’a pas (encore) été communiqué.
E. Et soudain, après une inspection ministérielle, un rapport et des articles de presse, on apprend en 2025 l’étendue du naufrage financier de la Villa Noailles avec une dette dissimulée à hauteur de 4 millions d’euros. Et aussi que l’année 2023 a justement été explosive. De sorte qu’à la question de savoir si la Villa Noailles perçoit trop d’argent public, on peut ici répondre sur un mode tragicomique, non, qu’elle n’en perçoit pas assez puisqu’elle dépense sans limite et sans payer, en se moquant du monde. Et c’est un scandale, celui de l’argent public gaspillé, détourné, incontrôlé.
F. Le champagne a tiédi au fond des verres. Les bougies sont éteintes. Un vent de panique souffle à présent sur le système, ses failles, et les responsables qui n’ont rien vu venir. Sauve qui peut ! Des bureaucrates du secteur font des réponses lunaires en face des millions envolés. On lit qu’on voyait un déficit chaque année, oui, mais en oubliant que ça s’additionne ! Que des subventions étaient versées sur la base de pièces vieilles de deux ans et fatalement hors sol… Ambiance pétaudière.
Serait-ce la fin d’une époque ?
Luis Buñuel, L'âge d'or, capture d'écran. / Hollande et tout le gratin le 16 juillet 2017
Luis Buñuel, L'âge d'or, capture d'écran. / Hollande et tout le gratin le 16 juillet 2017

Luis Buñuel, L'âge d'or, capture d'écran. / Hollande et tout le gratin le 16 juillet 2017

LE PRESIDENT HOLLANDE A NOAILLES / by François Carrassan, sur FB, le 23 mai 2025 à 19 H 30 H
LE DEBUT DE LA FIN /
1. L’acquisition en 2018 de la Villa Romaine sise à Hyères, 38 boulevard d’Orient, donne une assez bonne idée du système qui entoure alors la Villa Noailles.
Juste savoir ici que l’opération fut menée par TPM au profit de cette dernière. Et c’est de cette époque (après 2015) qu’on peut, me semble-t-il, dater le commencement de la dérive qui va conduire au scandale actuel.
2. La Villa Romaine était la propriété de Jean Joerimann. Un vieil homosexuel raffiné, à l’ancienne. Un misanthrope très drôle. Sa maison XIXème était réputée pour sa décoration intérieure. Mais sa situation encaissée avec un jardin étriqué (agrandi par des trompe-l’œil) était assez peu favorable.
A l’approche de son (vrai) centenaire qui aurait lieu en 2012, Jean Joerimann décida de léguer la Romaine au Château de Versailles : pour qu’elle lui survive. Et puis il eut cent ans en juillet de cette année-là avant de mourir en octobre.
3. Le Château de Versailles tirait le diable par la queue. Il ne fit ni une ni deux, oublia la volonté du défunt, se déplaça à Hyères, vida la maison de ses objets de valeur et la mit en vente. La grande classe.
Côté privé, quelques visiteurs vinrent se rendre compte des difficultés du lieu et, pour 1,8 M€, personne n’en voulut. Versailles baissa à 1,5 M€. Et, côté public, le directeur de Noailles entra dans la danse.
Auprès du Ministère et de TPM, il fit valoir que cette acquisition s’imposait, comme une parfaite opportunité pour la Villa Noailles à l’étroit dans ses murs. Aucune objection.
4. Cela prit une tournure solennelle le 16 mars 2017. François Hollande, en tournée d’adieux, passe par la Villa Noailles. Il vient lui apporter sa bénédiction en lui accordant, au mépris de la procédure, le label « centre d’art contemporain d’intérêt national ». Joli coup de la ministre de la culture. Après quoi il animera un petit conciliabule au sujet de la Villa Romaine avec les éventuels partenaires de son acquisition devenue une évidence… d’intérêt national !
5. Mais la Ville d’Hyères par la voix de Jean-Pierre Giran dira non à ce qui ressemble à une mascarade où on vous embarque malgré vous dans un projet qui vous ignore et dont l’intérêt public vous échappe complètement. Et ainsi pas un sou d’Hyères pour la Romaine, quand on voit clairement alors la Villa Noailles se tourner du côté des gens acquis d’avance à sa cause et peu regardants.
6. Ce moment est encore plus significatif aujourd’hui, à l’heure d’un désastre qu’on croirait surgi de nulle part. Ce désastre financier pourtant si peu excusable qu’il n’aurait pas eu lieu, se dit-on, si la Ville d’Hyères avait gardé le contrôle de Noailles.
Car le label « hollandais » a fait de la Villa Noailles une sorte de vache sacrée, intouchable, indiscutable, à laquelle on n’ose plus dire non. Ni du côté de l’Etat, ni du côté de sa tutelle. Et la Romaine, devenue une proie facile, va donc être achetée en 2018 pour être remise à son directeur. Un cadeau de 1,5 M€. L’emballage disait que c’est pour être : « un espace de conservation du patrimoine contemporain de la Villa Noailles en même temps qu’une maison d’études et d’artistes en résidence. » Entendre alors en italien : si non e vero e ben trovato (si ce n’est pas vrai c’est bien trouvé)…
7. Sauf qu’aucun budget de mise aux normes et d’aménagement d’accueil du public n’a jamais été engagé. Et la Romaine est restée une résidence privée avec ses soirées intimes. Seulement ouverte aux pékins, intérêt national oblige, pour les journées du patrimoine. L’événement sera quand même publiquement fêté au printemps 2019 avec une première exposition remarquée option glauque, explicitement pornographique avec « contenus sexuels déconseillés aux enfants ». Un manifeste du directeur ?
8. C’est donc ici, à mes yeux, que commence véritablement la pente, désormais connue, au bas de laquelle la Villa Noailles a été emportée. Par la porte des fantasmes loin des chemins du réel. C’est rarement voulu. C’est le plus souvent fatal. On ne s’en remet pas.
Luis Buñuel, L'âge d'or, capture d'écran.
 
 
Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan
VILLA NOAILLES / RIEN NE VA PLUS / by François Carrassan, sur FB, le 1° juin 2025 à 9 H 40 H
Le naufrage de l’Association Villa Noailles s’étale à présent dans toute la presse. On réalise qu’il y avait en elle « quelque chose de pourri » qui l’a fait advenir. Et aussi que sa tutelle directe, la métropole TPM, et ses partenaires institutionnels (dont l’Etat) n’ont rien vu venir.
Les dégâts sont considérables sur tous les plans : financier, éthique, humain.
Sans préjuger des responsabilités ni d’éventuelles poursuites, et pour s’en tenir au seul plan financier, une chose est cependant sûre : l’Association a été le principal artisan de son propre naufrage. C’est elle qui a reçu l’argent, c’est elle qui l’a dépensé, c’est elle qui a accumulé une dette colossale et c’est elle qui l’a dissimulée. Au vu de quoi l’Association que TPM avait chargé d’animer la Villa Noailles s’est totalement discréditée. Un discrédit d’autant plus grand
que l’animation elle-même se réduisit vite à une mousse communicationnelle sur fond de snobisme et d’inculture, au prix aussi du dévoiement de l’histoire du lieu.
UNE REPONSE SIMPLE ET COHERENTE EN 4 POINTS /
1. RUPTURE AVEC L’ASSOCIATION VILLA NOAILLES. Entre TPM et l’Association, aucune délégation de service public. Juste une convention d’occupation. Il convient de la dénoncer et de rompre avec une association qui a fait la preuve de son incurie, dont la « faillite » est sur la table avec la question de sa liquidation judiciaire. Une décision claire qui aurait le mérite de ne pas laisser croire qu’on peut encore bricoler dans un tel échec, a fortiori sur le mode « on prend les mêmes et on recommence ».
2. DEPOLLUTION DES BÄTIMENTS. Au propre et au figuré, sachant que le directeur de l’association ne se priva pas d’y afficher les fantasmes qui dictaient sa conduite. Ou d’y falsifier l’histoire avec la célébration, en 2023, du faux centenaire de la Villa elle-même.
3. CONSERVATION DE LA VILLA ET OUVERTURE AU PUBLIC. En liaison avec le Conservateur Régional des Monuments Historiques et sous la responsabilité de TPM, propriétaire de la Villa, organisation de l’ouverture au public du monument (gardiennage, horaires, tarifs, informations).
4. ELABORATION D’UN PROJET DE MISE EN VALEUR. Sans perdre de vue le fait que la villa est protégée par deux inscriptions à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques datant de 1975 et 1987. Seule raison pour laquelle elle a été restaurée. Et cela au regard du jalon qu’elle représente dans l’histoire de l’architecture du XXème siècle. Rien à voir avec les anecdotes mondaines dont elle a pu être le siège à l’époque des Noailles, ni avec la poudre aux yeux plus récemment produite par les gens de la mode au seul service de leur très lucratif business. Retour donc à l’essentiel qui est la culture et le sens de l’histoire, avec quoi la Villa Noailles, en quête de sa vérité perdue, retrouvera sa place dans le passage du temps.
Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan
VILLA NOAILLES / QUI VEUT JOUER AVEC DES MILLIONS ? / by François Carrassa, 8 juin à 12 H 00
1. Alors que « l’énorme dérapage financier » de l’Association Villa Noailles s’étalait dans la Presse (4 millions de déficit au soleil), la Directrice Générale des Services de la Métropole TPM répondait au journal Le Monde (28 mai 2025) qui s’étonnait que cela fût possible : « Vous croyez vraiment que, si on avait vu que ça partait en vrille, on n’aurait rien fait ? Que quatre collectivités auraient cherché à étouffer les choses ? » Venant de la personne probablement la mieux informée de la Métropole, cette déclaration est à prendre au sérieux et, notamment les deux affirmations qu’on en retient : a) c’est parti en vrille et b) on n’a rien fait parce qu’on n’a rien vu.
2. Rien ne permet de douter de la bonne foi de la Directrice. Mais il faut alors en tirer les conséquences : on n’a rien vu parce que ça ne se voyait pas, et ça ne se voyait pas parce que c’était caché. Et l’hypothèse se formule que l’Association Villa Noailles a dissimulé autant qu’elle a pu le trou dans lequel les comptes s’enfonçaient. Car on imagine mal la présidente de l’association ignorer cette dérive financière comme le train de vie dispendieux de son directeur dont « la dérive égotique », dixit la Presse, était devenue « toxique ». Et les financeurs ont ainsi continué de financer comme si de rien n’était, au premier rang desquels TPM. Jusqu’à - 4 millions.
3. Et pendant tout ce temps de la dissimulation, alors que des subventions étaient toujours obtenues, une question se pose de savoir si des infractions de présentation de faux bilan ont pu être commises et si des budgets ont été insincères dans leur établissement entraînant des délits de faux et faux en écriture. S’agissant d’argent public, un tel soupçon devrait sous peu être soumis à l’attention du procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale.
4. Au moment (curieux) où TPM laisse ENCORE l’Association Villa Noailles jouer avec des millions tombés d’on ne sait où. Ne vient-on pas d’apprendre dans Var Matin (6 juin 2025) le remboursement soudain de plus d’un million d’euros par cette même association qui s’est retrouvée en faillite : le message que tout va très bien, qu’on peut circuler et… qu’on nous prend pour des imbéciles.
5. D’autant plus que ce spectacle trouble l’ordre public quand chacun sait combien il est difficile pour une association culturelle de bonne volonté d’obtenir la plus petite subvention et à quels contrôles il faut alors rester soumis. Aussi le sentiment ici criant d’un « deux poids deux mesures » est-il devenu insupportable. Vous avez vu Noailles, des millions au doigt et à l’œil ! Et rien que pour la frime !
Georges de La Tour / Le Tricheur à l'as de carreau, vers 1638 / Musée du Louvre /
Georges de La Tour / Le Tricheur à l'as de carreau, vers 1638 / Musée du Louvre /

Georges de La Tour / Le Tricheur à l'as de carreau, vers 1638 / Musée du Louvre /

NOAILLES / LES DINDONS DE LA FARCE / François Carrassan, 25 juin
Dans le traitement en cours de la dette cachée de l'association "Villa Noailles" (~ 4M€), il y a ce que les gens observent et qui ne passe pas. Les remarques qu’on m’adresse peuvent être ainsi résumées :
a) A quel titre la crise actuelle est-elle gérée par le Ministère de la culture qui, depuis une dizaine d’années, a aveuglément soutenu l’association 1901 « Villa Noailles » ? Quel crédit accorder à ses agents qui se retrouvent ainsi « juge et partie » ?
b) Pourquoi TPM a-t-elle maintenu en place l’association qui a failli ? Est-ce pour mieux laver le linge en famille ?
c) L’excuse (facile) de mauvaise gestion suffira-t-elle pour tourner la page du désastre, sans responsable ni coupable ?
Et pour finir :
d) Si des subventions 2025 ont été versées à l’association AVANT la révélation de la dette cachée, cet argent (public) peut-il à présent être détourné et servir à la rembourser ? Ce qui reviendrait à la faire payer par les contribuables, tels les dindons de la farce.
NOAILLES / ARGENT PUBLIC ET DETTE PRIVEE / 6 VII 2025 / François Carrassan
Il était une fois une association dite « Villa Noailles » dont une dette cachée > 3M€ fut révélée par la Presse le 8 mai 2025…
- Ce fut d’abord la panique de ses financeurs publics (principalement l’Etat et TPM) qui la subventionnaient en toute confiance, telle une vache sacrée.
- Lesquels n’eurent d’autre solution que de prendre aussitôt le contrôle de l’association pour minimiser le désastre et masquer leur impéritie.
- Leur réaction ne tarda pas et, sauve qui peut, l’ordre fut donné de REMBOURSER "les fournisseurs" en rade.
- Le Président de TPM l’annonça lors d’une conférence de presse le 11 juin 2025. Et comme on lui demandait « comment », il répondit : « des dotations des collectivités ont été affectées ». On comprenait alors que ce serait avec des subventions publiques versées en temps utile (avant le 8 mai…) pour le programme culturel 2025.
- Un calendrier de remboursement fut même communiqué : « un million d'euros ont déjà été remboursés. À cette somme, il faudra rajouter 1,5 million d'euros qui seront remboursés avant fin 2025 et encore 700.000 euros avant la fin 2026. »
Tout devenait soudain simple et les millions valsaient aux yeux des observateurs médusés.
Reste un doute sur l’affectation des subventions.
Toutes les associations culturelles savent que les subventions qu’elles obtiennent des collectivités sont versées au nom d’un objet et que leur acceptation vaut dès lors contrat d’objectif. Elles savent en outre que depuis la loi du 12 avril 2000 elles sont tenues de produire une attestation comme quoi les dépenses effectuées avec l’argent de leur subvention sont conformes à l’objet de cette dernière (selon le formulaire cerfa n° 15059*02).
On imagine que l’association Villa Noailles a toujours respecté cette obligation légale et a ainsi apporté chaque année à TPM (comme à tous les financeurs publics) une telle attestation de conformité sans laquelle, du reste, aucune nouvelle demande de subvention ne peut être traitée.
Mais on n’imagine pas qu’on lui ferait rembourser des dettes privées avec une subvention faite d’argent public et dont ça n’a jamais été l’objet. Cela pourrait relever d’un détournement de subvention.
En l’état de l’information, c’est un point obscur. Comme un malaise.
photo remarquée par hasard, récemment, par François Carrassan, photo historique

photo remarquée par hasard, récemment, par François Carrassan, photo historique

DERNIER ACTE / ADIEU NOAILLES / by François Carrassan, 15 septembre
 
La photo est sur une étagère d’une bibliothèque de l’Etude Vérignon à Hyères. Je l’ai aperçue récemment, datée du 27 septembre 1973. A gauche, le notaire Yves Vérignon. Au centre, Charles de Noailles qui vend le Château Saint-Bernard (qu’on appellera juste après Villa Noailles). A droite, le maire Mario Bénard qui achète sans trop savoir pour quoi faire.
A ce moment de la partie, cela m’a amusé. La preuve en photo qu’il n’y aura jamais de centenaire de la Villa Noailles.
On sait que Charles de Noailles s’y sera investi une dizaine d’années, de 1923 (année de la commande) à 1933, et qu’un mois après la mort de la vicomtesse, en 1970, il tirait le rideau et la mettait en vente. C’était devenu, a-t-il déclaré, le royaume de sa femme. Après quoi la ville fermera la maison dèjà dégradée et sans usage, laquelle finira par menacer ruine.
A présent, le fait est que l’association « Villa Noailles » en charge de l’animation du lieu (et largement subventionnée pour ça) aura fêté en 2023 un centenaire fictif. Une opération délirante de communication à des fins de promotion personnelle et significative de la folie des grandeurs d’un directeur s’imaginant dans le sillage de la vicomtesse, mais sans sa fortune…
Le fait est que cette opération aura aussi creusé un déficit jusque-là caché et qui sera révélé en 2025.
Une falsification de l’histoire s’est ainsi ajoutée à une dette explosive. En somme une double faillite de l’association, intellectuelle et financière.
Scandale d’ampleur publique non résolu.
16 juillet 2017

16 juillet 2017

ASSOCIATION VILLA NOAILLES / APRES LA DETTE / by François Carrassan
Var Matin, 19 octobre 2025 / Deux choses à lire :
- La présidente se dit heureuse d’écrire « un nouveau chapitre de la Villa » mais, comme si de rien n’était, pas un mot sur le précédent chapitre et sa faillite.
- Le nouveau directeur juste arrivé dit : « avec les efforts engagés cette année, la moitié de la dette fournisseur sera remboursée d’ici la fin de l’année. » Cela excuse-t-il la dette ?
En attendant, toujours rien sur le fait que les subventions publiques ont continué d’être versées alors que la dette se creusait. Comment l’expliquer ?
En attendant, le doute existe que le remboursement annoncé (sous quel contrôle ?) se fasse avec de l’argent public dont ça n’a jamais été l’objet. Les « efforts engagés » ne sont-ils que des efforts subventionnés ?
Tout cela restera-t-il caché ?
Mais rien n’empêche, en attendant, de parader sur les estrades.
16 juillet 2017

16 juillet 2017

VILLA NOAILLES ET SUBVENTIONS PUBLIQUES : 
DEUX POIDS DEUX MESURES ? 12 novembre 18 H 43 by François Carrassan
Depuis la révélation par la Presse de la dette cachée de l’association Villa Noailles, au mois de mai 2025, rien de ce qu’on a pu lire ou entendre n’a permis de clarifier la situation.
Rien n’est venu assurer que les règles qui encadrent le versement et l’utilisation des subventions publiques ont été respectées. Sachant que la présidente de l’association est elle-même restée muette sur cette dette et le demeure.
Au contraire, quand des responsables publics ont évoqué un défaut de contrôle des comptes, voire l’impossibilité de les contrôler, on s’est demandé comment de l’argent public a pu encore être versé, alors que la dette se creusait. Car, en résumé la loi l’exprime : pas de contrôle, pas de subvention.
Et la question naturellement se pose de la régularité des opérations.
Et le doute existe bel et bien : Y a-t-il eu tromperie ? De l’argent public a-t-il été détourné ?
Tout cela, depuis le temps que j’alerte sur le sujet, est sur la place publique et signalé.
A l’heure où les collectivités vont voter leurs subventions aux associations, va-t-on finir par y voir enfin clair dans cette sombre histoire ?
les liaisons dangereuses Magritte 1926
les liaisons dangereuses Magritte 1926

les liaisons dangereuses Magritte 1926

VILLA NOAILLES / LIAISONS DANGEREUSES /
2 décembre 11H François Carrassan
A ce jour, la même association est toujours en place avec la même présidente.
La dette n’est toujours pas remboursée.
Seul le directeur a été « remercié » : a-t-on voulu en faire un bouc émissaire ? Le seul à porter le chapeau du désastre ?
La ficelle est un peu grosse quand on sait que l’Etat et TPM étaient aux petits soins et ne pouvaient rien lui refuser (même la Villa Romaine !).
Depuis 2017, par exemple, quand le ministère de la culture "a décidé de labelliser la Villa Noailles Centre d’Art d’Intérêt National", alors même que les conditions réglementaires n’étaient pas remplies.
[ Savoir ici qu’elles ne le sont toujours pas en 2025, 8 ans plus tard, et noter alors comme l’Etat peut se moquer ainsi de ses propres règles…]
N’empêche que l’Etat allait déclarer du même coup "renforcer son soutien financier" (cf. le communiqué du ministère, 16 mars 2017).
Et TPM allait naturellement suivre le mouvement et amplifier ses subventions, avec d’autres financeurs publics. Tous soumis à Noailles !
Et aussi quand la dette de l’association a été révélée en mai dernier, quand le scandale a éclaté, quand tous les financeurs, garants de l’argent public, ont fait profil bas et avoué qu’ils n’avaient pas les moyens de contrôler ses comptes,
on a tous compris que leurs subventions étaient données depuis longtemps sans le contrôle attendu. En parfaite infraction avec la loi qui le dit pourtant expressément : pas de contrôle, pas de subvention. Sans exclure qu’ils aient pu aussi être trompés.
Une enquête judiciaire permettrait de qualifier ces faits et d’attester que le directeur n’a pas fait « ça » tout seul.
Quant à la question de savoir après quelle chimère courraient-ils donc tous, la moindre réponse ferait son malheur.
Devant l’état des lieux, Hugo Lucchino, le nouveau directeur, a mieux à faire que de la poser.
René Magritte / Les liaisons dangereuses / Huile sur toile / 1926
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Sixto Diaz Rodriguez

12 Décembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Sixto Diaz Rodriguez
pour évoquer le regard caméra de Monika, j'avais choisi la chanson de Rodriguez, Crucify your mind
ce matin, 28 novembre 2024, recherches sur Sixto Diaz Rodriguez, dont je ne savais rien ; décédé le 9 août 2023 à 81 ans, légende en Australie et Afrique du Sud, à son insu, pendant plus de vingt ans, redécouvert quarante ans après grâce au documentaire Sugar man qui remporta l'Oscar du meilleur documentaire en 2012, réalisé par Malik Bendjelloun, dont c'est le seul film, et qui se suicida en 2013


Chansons de Sixto Diaz Rodriguez

Sugar man, won't you hurry Sugar man, voudrais-tu te dépêcher
Sugar man, won't you hurry Sugar man, voudrais-tu te dépêcher 'Cos I'm tired of these scenes Car je suis fatigué de ces histoires For a blue coin won't you bring back Pour une pilule bleue, ne veux tu pas ramener All those colours to my dreams? Toutes ces couleurs à mes rêves?
Silver magic ships you carry Toi, le bateau magique et argenté tu transportes Jumpers, coke, sweet Mary Jane Drogue, cocaïne et cette chère Marijuana
Sugar man met a false friend Sugar man, j'ai rencontré un faux ami On a lonely dusty road Sur une route poussiéreuse et isolée Lost my heart when I found it J'ai perdu mon cœur, quand je l'ai retrouvé It had turned to dead black coal Il s'était transformé en charbon noir inanimé
Silver magic ships you carry Toi le bateau magique argenté, tu transportes Jumpers, coke, sweet Mary Jane Drogue, cocaïne et cette chère Marijuana

Sugar man you're the answer Sugar man, tu es la réponse That makes my questions disappear Qui fait disparaître mes questions Sugar man 'cos I'm weary Sugar man, car je suis las Of those double games I hear De ces double-jeux dont j’entends parler
Sugar man, sugar man, sugar man, sugar man Sugar man, sugar man, sugar man
Sugar man, won't you hurry Sugar man, voudrais-tu te dépêcher 'Cos I'm tired of these scenes Car je suis fatigué de ces histoires For a blue coin won't you bring back Pour une pilule bleue, ne veux tu pas ramener All those colours to my dreams? Toutes ces couleurs à mes rêves?
Silver magic ships you carry Toi, le bateau magique et argenté tu transportes Jumpers, coke, sweet Mary Jane Drogue, cocaïne et cette chère Marijuana
Sugar man met a false friend Sugar man, j'ai rencontré un faux ami On a lonely dusty road Sur une route poussiéreuse et isolée Lost my heart when I found it J'ai perdu mon cœur, quand je l'ai retrouvé It had turned to dead black coal Il s'était transformé en charbon noir inanimé
Silver magic ships you carry Toi le bateau magique argenté, tu transportes Jumpers, coke, sweet Mary Jane Drogue, cocaïne et cette chère Marijuana
Sugar man you're the answer Sugar man, tu es la réponse That makes my questions disappear Qui fait disparaître mes questions


Crucify your mind Crucifie ton esprit
Was it a huntsman or a player Était-ce un chasseur ou un joueur That made you pay the cost Qui t'a fait payer le prix fort That now assumes relaxed positions Qui prend maintenant des positions confortables And prostitutes your loss? Et prostitue ta perte ? Were you tortured by your own thirst As-tu été torturée par ta propre soif In those pleasures that you seek Dans ces plaisirs que tu recherches That made you Tom the curious Qui a fait de toi Tom le curieux That makes you James the weak? Qui fait de toi James le fragile ?
And you claim you got something going Et tu prétends que tu as quelque chose à venir Something you call unique Quelque chose que tu dis unique But I've seen your self-pity showing Mais j'ai vu ton propre apitoiement As the tears rolled down your cheeks Alors que les larmes coulaient sur tes joues
Soon you know I'll leave you Tu sais que je te quitterai bientôt And I'll never look behind Et je ne regarderai jamais derrière 'Cos I was born for the purpose Parce que je suis né dans le but That crucifies your mind De crucifier ton esprit So con, convince your mirror Alors convaincs ton miroir As you've always done before Comme tu l'as toujours fait Giving substance to shadows Donnant de la substance aux ombres Giving substance ever more Donnant de la substance toujours plus
And you assume you got something to offer Et tu crois que tu as quelque chose à offrir Secrets shiny and new De nouveaux secrets brillants But how much of you is repetition Mais quelle part de toi est répétition That you didn't whisper to him too Que tu ne lui as pas aussi chuchoté

 

 

I wonder how many times you've been had Je me demande combien de fois tu t'es fait avoir
I wonder how many times you've been had Je me demande combien de fois tu t'es fait avoir And I wonder how many plans have gone bad Et je me demande combien de projets ont mal tourné I wonder how many times you had sex Je me demande combien de fois tu as eu des relations sexuelles I wonder do you know who'll be next Je me demande si tu sais qui sera la prochaine I wonder, l wonder, wonder I do Je me demande, je me demande, je me demande
I wonder about the love you can't find Je me pose des questions sur l'amour que tu ne peux trouver And I wonder about the loneliness that's mine Et je m'interroge sur la solitude qui est mienne I wonder how much going have you got Je me demande combien de chemin tu as parcouru And I wonder about your friends that are not Et je me questionne sur tes amis qui ne le sont pas I wonder I wonder I wonder I do Je me demande, je me demande, je me demande
I wonder about the tears in children's eyes Je m'interroge sur les larmes dans les yeux des enfants And I wonder about the soldier that dies Et je me pose des questions sur les soldats qui meurent I wonder will this hatred ever end Je me demande si cette haine finira un jour I wonder and worry my friend Je me questionne et m'inquiète mon ami I wonder I wonder wonder don't you? Je me demande, je me demande, je me demande, pas toi?
I wonder how many times you been had Je me demande combien de fois tu t'es fait avoir And I wonder how many dreams have gone bad Et je me demande combien de rêves ont mal tourné I wonder how many times you've had sex Je me demande combien de fois tu as eu des relations sexuelles I wonder do you know who'll be next Je me demande si tu sais qui sera la prochaine I wonder l wonder wonder I do Je me demande, je me demande, je me demande

Rich Folks Hoax La mascarade des riches
The moon is hanging in the purple sky La lune est suspendue dans le ciel violet The baby's sleeping while its mother sighs Le bébé dort pendant que sa mère soupire Talking 'bout the rich folks Parlant des gens riches Rich folks have the same jokes Les gens riches ont les mêmes blagues And they park in basic places Et ils se garent aux endroits habituels
The priest is preaching from a shallow grave Le prêtre prêche depuis une tombe peu profonde He counts his money, then he paints you saved Il compte son argent, puis il vous annonce sauvé Talking to the young folks Parlant des jeunes gens Young folks share the same jokes Les jeunes gens ont les mêmes blagues But they meet in older places Mais ils se rencontrent dans des endroits plus vieux

So don't tell me about your success Donc ne me parle pas de ton succès Nor your recipes for my happiness Ni de tes recettes pour mon bonheur Smoke in bed Fumée au lit I never could digest Que je ne pourrais jamais digérer Those illusions you claim to have going Ces illusions que tu prétends avoir fait disparaître
The sun is shining, as it's always done Le soleil brille, comme il l'a toujours fait Coffin dust is the fate of everyone La poussière de cercueil est le destin de tout le monde Talking 'bout the rich folks Parlant des gens riches The poor create the rich hoax Les pauvres créent la mascarade des riches And only late breast-fed fools believe it. Et seulement les idiots y croient
So don't tell me about your success Donc ne me parle pas de ton succès Nor your recipes for my happiness Ni de tes recettes pour mon bonheur Smoke in bed Fumée au lit I never could digest Que je ne pourrais jamais digérer Those illusions you claim to have going Ces illusions que tu prétends avoir fait disparaître


I think of you Je pense à toi
Just a song we shared, I'll hear Juste une chanson que vous avions partagé, que j'entends Brings memories back when you were here Me rappelle les souvenirs de quand tu étais là Of your smile, your easy laughter De ton sourire, de ton rire facile Of your kiss, those moments after De tes baisers, ces moments après I think of you, Je pense à toi, and think of you et pense à toi and think of you. et pense à toi.
Of the dreams we dreamt together De nos rêves que nous avons rêvés ensemble Of the love we vowed would never De l'amour que nous avons juré ne jamais Melt like snowflakes in the sun Fondre comme des flocons de neige au soleil My days now end as they begun Mes jours désormais finissent comme ils commencent With thoughts of you, Avec des pensées de toi and I think of you et je pense à toi and think of you. et je pense à toi.
Down the streets I walked with you Dans les rues que j'ai parcourues avec toi Seeing others doing things we do Voyant les autres faisant les choses que nous avons faites Now these thoughts are haunting me Désormais ces pensées me hantent Of how complete I used to be De combien j'étais complet And in these times that we're apart Et dans ces moments où nous sommes séparés I'll hear this song that breaks my heart J'entends cette chanson qui brise mon coeur And think of you Et pense à toi And I think of you Et pense à toi And think of you Et pense à toi and think of you et pense à toi And I do Et je le fais


Sandrevan Lullaby - Lifestyles Berceuse de Sandrevan - Modes de vie
The generals hate holidays Les généraux détestent les vacances Others shoot up to chase the sun blues away D'autres s'élancent pour chasser le blues du soleil Another store front church is open Une autre église de façade est ouverte Sea of neon lights, a boxer his shadow fights Une mer de néons lumineux, un boxeur se bat avec son ombre Soldier tired and sailor broken Soldat fatigué et marin brisé Winter's asleep at my window L'hiver est endormi à ma fenêtre Cold wind waits at my door Le vent froid attend à ma porte(/o) She asks me up to her place Elle me demande de monter chez elle But I won't be down anymore Mais je n'en n'aurais plus l'envie

Judges with metermaid hearts Les juges aux coeurs de sirènes Order super market justice starts La justice aux ordres des supermarchés Frozen children inner city Les enfants gelés du centre-ville Walkers in the paper rain Les marcheurs sous la pluie de papier Waiting for those knights that never came Attendant ces chevaliers qui ne sont jamais venus The hi-jacked trying so hard to be pretty L'homme détourné tentant tant bien que mal d'être beau
Night rains tap at my window La pluie nocturne tape à ma fenêtre Winds of my thoughts passing by Les vents de mes pensées passent She laughed when I tried to tell her Elle a ri quand j'ai essayé de lui dire Hello only ends in goodbye Les Bonjour ne se terminent qu'en Au Revoir
America gains another pound L'Amérique gagne une autre livre Only time will bring some people around Seul le temps permettra à certains de changer d'avis Idols and flags are slowly melting Les idoles et drapeaux fondent lentement Another shower of rice Une autre pluie de riz To pair it for some will suffice Pour certains il suffit de l'associer The mouthful asks for second helpings La bouche demande une seconde aide
Moonshine pours through my window La lumière de la lune coule à travers ma fenêtre The night puts it's laughter away La nuit met ses rires de côté Clouds that pierce the illusion Des nuages qui percent l'illusion That tomorrow would be as yesterday Que demain sera comme hier


Cause
Cause I lost my job two weeks before Christmas And I talked to Jesus at the sewer And the Pope said it was none of his God-damned business While the rain drank champagne Parce que j'ai perdu mon travail deux semaines avant Noël Et j'ai parlé à Jésus par l'égout Et le Pape a dit que je cela ne le regardait pas Pendant que la pluie buvait du champagne
My Estonian Archangel came and got me wasted Cause the sweetest kiss I ever got is the one I've never tasted Oh but they'll take their bonus pay to Molly McDonald, Neon ladies, beauty is that which obeys, is bought or borrowed Mon archange estonien est venu et m'a fait perdre la tête Parce que le baiser le plus doux que j'ai jamais eu est celui que je n'ai jamais goûté Oh mais ils donneront leur prime à Molly McDonald, Femmes néons, la beauté est celle qui obéit, s'achète ou s'emprunte
Cause my heart's become a crooked hotel full of rumours But it's I who pays the rent for these fingered-face out-of-tuners And I make 16 solid half hour friendships every evening Parce que mon cœur est devenu un hôtel tordu plein de rumeurs Mais c'est moi qui paie le loyer pour ces talents vertueux désaccordés Et je me fais 16 amitiés solides d'une demi-heure tous les soirs

Cause your queen of hearts who is half a stone And likes to laugh alone is always threatening you with leaving Oh but they play those token games on Willy Thompson And give a medal to replace the son of Mrs. Annie Johnson Parce que ta reine de cœur qui est à demi pierre Et celui qui aime rire tout seul est toujours en train de te menacer de partir Oh, mais ils jouent à ces jeux symboliques sur Willy Thompson Et donner une médaille pour remplacer le fils de Mme Annie Johnson
Cause they told me everybody's got to pay their dues And I explained that I had overpaid them So overdued I went to the company store And the clerk there said that they had just been invaded So I set sail in a teardrop and escaped beneath the doorsill Parce qu'ils m'ont dit que tout le monde doit payer son dû Et j'ai expliqué que je les avais surpayés J'ai tellement exagéré que je suis allé au magasin de la compagnie Et le greffier a dit qu'ils venaient d'être envahis Alors j'ai mis les voiles dans une larme et je me suis échappé sous le seuil de la porte
Cause the smell of her perfume echoes in my head still Cause I see my people trying to drown the sun In weekends of whiskey sours Cause how many times can you wake up in this comic book and plant flowers? Parce que l'odeur de son parfum résonne encore dans ma tête Parce que je vois mon peuple essayer de noyer le soleil Dans des week-ends submergé de Whisky Parce que combien de fois peux-tu te réveiller dans cette BD et planter des fleurs ?

 

anglais
Paroles originales
Like Janis
And you measure for wealth by the things you can hold.
And you measure for love by the sweet things you're told.
And you live in the past or a dream that you're in.
And your selfishness is your cardinal sin.
 
And you want to be held with highest regard.
It delights you so much, if he's trying so hard.
And you try to conceal your ordinary way
with a smile or a shrug or some stolen cliché.
 
But don't you understand, and don't you look about,
I'm trying to take nothing from you.
So why should you act so put out for me?
 
'Cause emotionally you're the same basic trip,
and you know that I know of the times that you slip.
So don't try to impress me, you're just pins and paint.
And don't try to charm me with things that you ain't.
 
And don't try to enchant me with your manner of dress,
'cause a monkey in silk is a monkey no less.
So measure for measure, reflect on my said,
and when I won't see you, then measure it dead.
 
'Cause don't you understand, and don't you look about,
I'm trying to take nothing from you.
So why should you act so put out,
and sit there in wonder and doubt, for me ?


français
Traduction
Comme Janis
Et tu mesures la richesse à ce que tu peux saisir.
Et tu mesures l'amour aux flatteries qu'on t'adresse.
Et tu vis dans le passé, ou le rêve où tu te trouves.
Et ton égoisme est ton péché capital.
 
Et tu veux être tenue en la plus haute estime.
Tu aimes vraiment trop ça, quand il rame pour toi.
Et tu essayes de cacher ta médiocrité d'un sourire,
d'un haussement d'épaule, de clichés volés.
 
Mais comprends-le, regarde autour de toi,
je ne veux rien te prendre.
Alors pourquoi me jouer la comédie de la contrariété ?
 
Parce que côté émotion tu es toujours la même rengaine,
et tu sais que je les connais, ces moments où tu dérapes.
Ne me prends pas de haut, sans tes jambes et ton maquillage tu n'es rien.
Et n'essaye pas de m'avoir avec ce que tu n'es pas.

Et n'essaye pas de m'embobiner avec tes jolies robes,
un singe reste un singe, même dans du satin.
c'est comme du Shakespeare1, pèse bien mes paroles,
quand je ne te verrai plus notre histoire sera morte.

Mais comprends-le, regarde autour de toi,
je ne veux rien te voler.
Alors pourquoi prendre l'air contrariée,
pourquoi tant de questions et de doutes, juste pour moi ?

jeu de mot sur "measure". Le reste de la phrase est une allusion à un dialogue de la pièce "Measure for mesure" de Shakespeare


Embarque sur ma musique
Est-ce qu'un refrain doux-amer
t'a déjà donné la fièvre ?
Est-ce que tu as déjà embrassé le soleil,
marché entre les gouttes ?

Alors embarque donc sur ma musique
et mes chansons te libèreront.
Alors grimpe donc sur ma musique
et puis saute dans le vide avec moi.

Il y avait cette fille qui s'appelait Noël1,
elle buvait de l'or2, je te l'ai déjà dit ?
Elle n'était pas dure à attraper,
mais plutôt dure à tenir

Alors embarque donc sur ma musique
et mes chansons te libèreront.
Alors grimpe donc sur ma musique
et puis saute dans le vide avec moi.
Tu as déjà erré dans les ténèbres,
l'esprit jamais en paix ?
Quand tu te réveillais après minuit
dans les ruines de tes illusions3.

Alors embarque donc sur ma musique
et mes chansons te libèreront.
Alors grimpe donc sur ma musique
et puis saute dans le vide avec moi.

1. Il y a une chanson "My name is Christmas Carol" (jeu de mot entre "Carol" le prénom et le chant) interprétée entre autres par Ewing Skip en 1995. Peut-être une allusion à une version des années 70?
2. je ne vois pas trop l'allusion. Au moyen âge l'or était considéré comme un élixir de vie. Les dames nobles en buvaient, ce qui n'arrangeait pas vraiment leur santé d’ailleurs
3. lit. "tu réalisais que tes cygnes s'étaient changés en oies". "all swans are geeses" s'emploie pour parler du fait d'idéaliser des gens ou des situations


Ce n'est pas une chanson, c'est une explosion (coup de gueule)

ou le blues de notre Société
Le maire cache le taux de criminalité,
la femme du conseil hésite,
le public devient furieux, mais oublie la date du vote,
l'homme de la météo qui se plaint, avait prévu du soleil, mais il pleut.
Tout le monde est en train de protester, le petit ami continue d'insinuer, que tu n'es pas comme les autres.
 
Les poubelles ne sont pas collectés, les femmes ne sont pas protégées.
Les politiciens utilisent, le peuple qui est abusé.
La mafia devient de plus en plus grande, comme la pollution dans la rivière.
Et tu me dis que c'est là qu'on vit.

Je me réveille ce matin avec une douleur dans ma tête,
J'ai éparpillé mes vêtements et je suis tombé du lit,
j'ai ouvert la fenêtre pour écouter les nouvelles,
mais tout ce que j'ai entendu , c'est le Blues de notre Société.

 
Les ventes d'armes explosent, les femmes au foyer trouvent la vie ennuyeuse.
Le divorce est la seule issue, fumer donne le cancer.
Ce système va tomber bientôt, sur une air de jeune énervé,
et c'est un fait réel et concret.

Le pape taxe le peuple, la liberté vient des impôts.
Les adolescentes sont coincées, buvant au feu rouge.
Mettent des mini-jupes pour flirter, je ne peux pas m'arrêter donc je suis blessé.
La vieille fille vend son vieux coffre sans espoir(jeu de mots coffre/poitrine).

L'adultère se joue dans la cuisine, les flics sectaires (racistes) ce n'est pas une fiction.
Le petit mec se fait enfler, les fils et l'argent enrôlés.
vivant d'une pièce à l'heure, nouvelle guerre dans le 'Far East' (Est de l'Asie) .
Peux-tu passer le test de Rorschach ? (test d'évaluation psy)

C'est un bordel (histoire sans fin), c'est une estimation éclairée.
Bien, franchement, je ne pourrais pas m'en ficher moins.


Je m’échapperai.     I’ll Slip Away
Et j’oublierai la fille qui disait non
Ensuite je dirai à qui je veux ou je vais
Et j’oublierai tout tes mensonges et tes tromperies
Et tes tentatives pour le faire discrètement

Peut être aujourd’hui,
Je m’échapperai
 
Et tu peux garder tes symboles de réussite
Ensuite je poursuivrai mon propre bonheur
Et tu peux garder tes souvenirs et ta routine
Ensuite j’irai réparer mes rêves brisés

Peut être aujourd’hui,
Je m’échapperai
 
Parce que tu étais sur moi depuis trop longtemps
Et depuis trop longtemps tu étais ma priorité
Maintenant je suis fatigué de mentir et réessayer me rend malade
Parce que j’ai oublié qui j’étais réellement
Et je ne choisis pas d’être comme eux

Et si cela t’ennuies et que tu te sens seule
Ou que tu exprimes ton désagrément
Je me fous que tu ai tort ou raison
Je m’en fous parce que tu verras, je serai parti

Peut être aujourd’hui,
Je m’échapperai
 
Peut être aujourd’hui,
Peut être aujourd’hui,
Peut être aujourd’hui,
Je m’échapperai


Sixto Rodriguez était moins l’homme d’un succès, celui du film, que l’artisan de multiples échecs, devenus petites pierres d’un immense édifice social, politique et humaniste. C’est ça, une chanson pop : un petit rien qui deviendra, sans que qui que ce soit n’ait son mot à dire, sans logique et sans évidence, un immense tout. Peut-être.

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Hallelujah Leonard Cohen

12 Décembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Leonard Cohen
Hallelujah


Now I've heard there was a secret chord J'ai entendu dire qu'il y avait un accord secret That David played, and it pleased the Lord Que David* jouait et ça plaisait au Seigneur But you don't really care for music, do you ? Mais tu ne t'intéresses pas vraiment à la musique, n'est-ce pas ? It goes like this Ça fait comme ça, The fourth, the fifth La quarte, la quinte The minor fall, the major lift L'accord mineur tombe et le majeur monte The baffled king composing Hallelujah Le roi perplexe composant Alléluia
Hallelujah...
Your faith was strong but you needed aproof Ta foi était forte mais tu avais besoin d'une preuve You saw her bathing on the roof Tu l'as vue se baigner sur le toit Her beauty and the moonlight overthrew you Sa beauté et le clair de lune t'ont renversé She tied you Elle t'a attaché To a kitchen chair À une chaise de cuisine She broke your throne, and she cut your hair Elle a brisé ton trône, et t'a coupé les cheveux And from your lips she drew the Hallelujah Et de tes lèvres elle a tiré l'Alléluia
Hallelujah...

You say I took the name in vain Tu dis que j'utilise le Nom* en vain I don't even know the name Mais je ne connais même pas le Nom But if I did, well really, what's it to you ? Mais si je le faisais, bon vraiment, qu'est-ce que ça peut te faire ? There's a blaze of light Il y a un éclat de lumière In every word Dans chaque mot It doesn't matter which you heard Qu'importe celui que tu as entendu The holy or the broken Hallelujah Le saint Alléluia ou celui écorché
Hallelujah...
I did my best, it wasn't much J'ai fait de mon mieux, ce n'était pas beaucoup I couldn't feel, so I tried to touch Je ne pouvais pas sentir, alors j'ai essayé d'effleurer I've told the truth, I didn't come to fool you J'ai dit la vérité, je ne suis pas venu pour te duper And even though Et bien que It all went wrong Tout ait mal tourné I'll stand before the Lord of Song Je me tiendrai devant le seigneur de la chanson With nothing on my tongue but Hallelujah Avec rien d'autre à mes lèvres qu'Alléluia
Hallelujah...
__________

Leonard Cohen a écrit 15 versions de cette chanson, parlant de religion de foi en général ou encore de sexe

Celle-ci est la première enregistrée (enfin il semble) Si vous voulez voir d'autres versions allez sur ce lien qui vous montrera la version la plus connue de nos jours interprété par Rufus Wrainwright ( Hallelujah) les paroles sont néanmoins toujours celles L. Cohen.
Hallelujah* (Alléluia) : mot hébraïque signifiant "Louez Jéhovah" (un des nom de Dieu) il est prononcé pour exprimer l'allégresse des fidèles (Halle lu : louez le; Jah : Jehovah)
Et de tes lèvres elle a tiré l'Alléluia* : c'est une métaphore sexuelle qui évoque le soupir des amants
Le Nom : Jéhovah (dieu) qui d’après les 10 commandements ne doit pas être utilisé

Hallelujah (Alleluia)
I've heard there was a secret chord J'ai entendu dire qu'il y avait un accord secret That David played and it pleased the Lord Que David jouait et cela plaisait au Seigneur But you don't really care for music, do you ? Mais tu ne t'interresses pas vraiment à la musique, n'est-ce pas ? It goes like this, the fourth the fifth Ça faisait ainsi, le quatrième et le cinquième The minor fall and the major lift Le mineur descend et le majeur monte The baffled king composing Hallelujah Le roi déconcerté composant Alleluia
(Chorus) (Refrain) Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah Alleluia, Alleluia, Alleluia, Alleluia
Your faith was strong but you needed proof Ta foi était forte mais tu avais besoin de preuves You saw her bathing on the roof Tu l'as vue se baigner sur le toit Her beauty and the moonlight overthrew you Sa beauté et la lumière de la lune t'ont renversé She tied you to a kitchen chair Elle t'a attaché à une chaise de cuisine She broke your throne, she cut your hair Elle a brisé ton trône, et t'a coupé les cheveux And from your lips she drew the Hallelujah Et de tes lèvres elle a dessiné l'Alleluia

(Chorus) (Refrain) Maybe I have been here before Peut-être que je suis passé par là I know this room, I've walked this floor Je connais cette pièce, j'ai marché sur ce plancher I use to live alone before I knew you J'avais l'habitude de vivre seul avant de te connaître I've seen your flag on the marble arch J'ai vu ton drapeau sur l'arc (de triomphe) de marbre Love is not a victory march L'amour n'est pas une marche victorieuse It's a cold and it's a broken Hallelujah C'est un Alleluia froid et brisé
(Chorus) (Refrain)
There was a time you let me know Il fut un temps, tu me laissais savoir What's really going on below Ce qui se passait vraiment en dessous But now you never show it to me, do you ? Mais maintenant tu ne me le montres plus, n'est-ce pas ? And remember when I moved in you Et souviens toi quand j'ai emmenagé chez toi.     bougé en toi And the holy dove was moving too Et que la sainte colombe bougeait aussi And every breath we drew was Hallelujah Et chacune de nos respirations était un Alleluia
(Chorus) (Refrain)
Maybe there's a God above Peut-être qu'il y a un Dieu en haut And all I ever learned from love Et tout ce que j'ai appris de l'amour Was how to shoot at someone who outdrew you Etait comment blesser l'autre avant qu'il ne le fasse (comment tirer sur quelqu'un qui te renverse) And it's not a cry you can hear at night Et ce n'est pas un sanglot que tu peux entendre la nuit It's not somebody who's seen the light Ce n'est pas quelqu'un qui a vu la lumière It's a cold and it's a broken Hallelujah C'est un Alleluia froid et brisé
(Chorus) (X2) (Refrain) (X2)


Paroles de la chanson Hallelujah
(Traduction)
par Léonard Cohen
Il paraît qu’un accord mystérieux
Que jouait David plaisait à Dieu
Mais la musique ne t’intéresse pas, n’est-ce pas ?
Ça fait comme ça :
La quarte, la quinte,
Le mineur tombe, le majeur monte,
Le roi surpris composant Alléluia

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Tu voulais des preuves malgré ta foi.
Quand elle se baigna sur le toit
Sa beauté au clair de lune te subjugua
A un tabouret elle te lia

Ton trône brisa, tes cheveux coupa,
Et de tes lèvres tira cet Alléluia

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Je suis déjà venu m’étendre
Et j’ai marché dans cette chambre.
Car je vivais seul avant de te connaître.
Sur le porche j’ai vu ton fanal.
L’amour n’est pas marche triomphale.
C’est un froid et c’est un meurtri Alléluia

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Jadis, tu ne me cachais pas
Ce qui se passe ici en bas,

Mais maintenant ce n’est plus le cas, n’est-ce pas ?
Souviens toi, lorsqu’en toi j’entrais
De même la colombe sacrée
Chacun de nos râles était Alléluia

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Bien, il y a peut-être un dieu là-haut
Mais tout ce que j'ai appris de l'amour
Était comment tuer quelqu'un qui t'as surpassé
Ce ne sont pas des pleurs que tu entends la nuit
Ce n'est pas quelqu'un qui a vu la lumière
C'est un alléluia froid et brisé

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia


Tu dis qu'en vain j’ai pris le nom
Mais je ne connais pas le nom
Et puis, qu’est-ce que ça peut te faire, au fond ?
Dans chaque mot brille une flamme
Et qu’importe que l’on proclame
Le sacré ou le meurtri Alléluia

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

A faire de mon mieux j’ai cherché
Ne pouvant sentir, j’ai touché
Je t’ai dit vrai : je n’suis pas venu tricher.
Tout est allé mal et pourtant
Je viens devant le Dieu du Chant

Sans rien d’autre à mes lèvres que Alléluia

Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia Alléluia

 

Hallelujah Leonard Cohen

La Spiritualité et la Référence Biblique
Ouverture :
"Now I've heard there was a secret chord that David played, and it pleased the Lord."
Les paroles commencent par une référence directe au roi David de la Bible, qui jouait de la musique pour apaiser l'âme de Dieu. Cette ouverture pose immédiatement un ton de spiritualité et de mysticisme, suggérant que la musique elle-même peut être un moyen de se connecter au divin.
Résonance Émotionnelle :
"But you don't really care for music, do you?"
Cohen juxtapose l'appréciation divine de la musique avec l'indifférence humaine, créant un contraste entre le sacré et le profane. Cette ligne exprime une déconnexion émotionnelle et met en lumière la difficulté de trouver une résonance spirituelle dans un monde souvent indifférent.
La Lutte et la Résilience
Lutte Intérieure :

"It goes like this, the fourth, the fifth, the minor fall, the major lift."
Cette ligne décrit une progression musicale tout en symbolisant les hauts et les bas de la vie. Les termes "minor fall" et "major lift" représentent les moments de désespoir et de triomphe, reflétant la nature fluctuante de l'existence humaine.
Refrain :
"Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah."
Le refrain, avec sa répétition du mot "Hallelujah", qui signifie "loué soit Dieu", est à la fois un cri de désespoir et un chant de célébration. Cette dualité capture la complexité des émotions humaines face aux défis de la vie, où la gratitude et la douleur peuvent coexister.
L'Amour et la Perte
Amour Compliqué :

"Your faith was strong but you needed proof, you saw her bathing on the roof."
Les paroles font référence à l'histoire biblique de David et Bethsabée, symbolisant la tentation et la faiblesse humaine. La foi et la recherche de preuves illustrent la tension entre la conviction spirituelle et le désir humain. Cela reflète les complications et les luttes dans les relations amoureuses.
La Trahison et la Douleur :
"She tied you to a kitchen chair, she broke your throne, and she cut your hair."
Cette image puissante combine des éléments de soumission, de trahison et de perte de pouvoir. Elle fait allusion à l'histoire de Samson et Dalila, où Dalila trahit Samson en coupant ses cheveux, la source de sa force. Cette métaphore souligne la vulnérabilité et la douleur inhérentes aux relations amoureuses.
La Quête de Sens
Recherche Spirituelle :

"I've seen your flag on the marble arch, but love is not a victory march."
Les paroles expriment un désillusionnement avec les idéaux romantiques et spirituels. L'amour n'est pas une conquête triomphante mais un voyage ardu et complexe. Cette ligne invite à une réflexion sur la véritable nature de l'amour et de la foi, qui sont souvent remplis de défis et de sacrifices.
Reconnaissance des Faiblesses :
"It's a cold and it's a broken Hallelujah."
Cohen reconnaît la fragilité et l'imperfection de l'expression de la foi et de l'amour. Le "Hallelujah" est froid et brisé, symbolisant les moments de doute, de perte et de désespoir. Cette ligne capture la réalité brutale de la condition humaine, où la foi et l'amour sont souvent marqués par des épreuves.
L'Acceptation et la Réconciliation
Résilience :

"Maybe there's a God above, but all I've ever learned from love was how to shoot somebody who outdrew you."
Les paroles montrent une résilience face aux luttes et aux déceptions. L'expérience de l'amour, bien que souvent douloureuse, est aussi une source d'apprentissage et de croissance personnelle. Cette ligne reflète une acceptation des réalités du monde, tout en maintenant une quête continue de sens et de rédemption.
Paix Intérieure :
"And even though it all went wrong, I'll stand before the Lord of Song with nothing on my tongue but Hallelujah."
Cohen conclut avec une déclaration de paix et de soumission. Malgré toutes les erreurs et les échecs, il se présente devant Dieu avec une humble reconnaissance. Cette ligne souligne la réconciliation avec soi-même et avec le divin, montrant que même dans les moments les plus sombres, il y a toujours place pour la gratitude et l'espoir.
Résonance Émotionnelle et Universelle
"Hallelujah" de Leonard Cohen résonne profondément avec les auditeurs grâce à ses thèmes universels de lutte, de recherche de sens, d'amour et de rédemption. La chanson capture la complexité des émotions humaines et offre une réflexion poignante sur la condition humaine.
Avec sa mélodie envoûtante et ses paroles introspectives, "Hallelujah" invite les auditeurs à explorer leurs propres expériences de foi, d'amour et de lutte. La chanson rappelle que, malgré les défis et les moments de désespoir, il est possible de trouver de la beauté et du sens dans la résilience et la persévérance.
En fin de compte, "Hallelujah" de Leonard Cohen est une exploration profonde et émotive de la spiritualité et de l'amour, capturant la beauté et la complexité des émotions humaines face aux défis de la vie. La chanson reste un témoignage puissant de la capacité de l'esprit humain à trouver la rédemption et l'espoir dans les moments les plus sombres.

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/maxxi-classique/hallelujah-de-leonard-cohen-un-hymne-ambivalent-2060630
C'est une chanson triste et joyeuse, sacrée et profane. Hallelujah est un hymne étrange et ambivalent, une ode à la musique et à ses pouvoirs mystérieux.
« Il paraît qu’un accord mystérieux que jouait David plaisait à Dieu. Mais la musique ne t’intéresse pas, n’est-ce pas ? Ça fait comme ça : la quarte, la quinte, le mineur tombe, le majeur monte, Le roi perplexe composant Alléluia. »
A qui Leonard Cohen s’adresse-t-il quand il évoque cet épisode tiré de la Bible ? La première strophe d’Hallelujah fait référence à David, le roi musicien, mais le reste de la chanson s’éloigne de la religion. Au fur et à mesure, on comprend que Leonard Cohen évoque une femme qu’il a connue, qu’il a aimée et qu’il ne voit plus. C’est certainement à elle qu’il s’adresse depuis le début de la chanson. Dans certaines versions "live" de ce titre, il lui rappelle quelques moments intimes où ensemble ils profanaient le verbe sacré dans la joie. Sur une mélodie ascendante évoquant tout à la fois un regard porté avec espoir vers le ciel mais aussi la jouissance il déclame « Je me souviens, lorsque j’entrais en toi, de même la colombe sacrée, chacun de nos râles chantaient Alléluia. »
La musique suit le texte et comme lui, elle est aussi ambivalente. Alléluia, le seul mot du refrain est baigné d’accords mineurs qui lui donnent un caractère mélancolique. L’harmonie très simple pourrait être celle d’une banale chanson amoureuse et pourtant, le timbre de l’harmonium et le chœur de femmes nous font immanquablement penser à un chant gospel. Cet Alléluia est une sombre réjouissance ou une douce litanie, un chant méditatif assurément, qui nous touche au plus profond, tels les hymnes qu’un compositeur classique comme Edward Elgar dédiait jadis à Dieu.

Parmi les artistes qui ont repris le seul titre numéro 1 des ventes en France de Leonard Cohen, on ne compte pas seulement les cordes du Royal Philharmonic Orchestra. Il y a aussi Bob Dylan, Bon Jovi, Rufus Wainwright sans oublier John Cale et son enregistrement de 1991 qui inspire à un ange nommé Jeff Buckley sa propre reprise épurée et des accords plus mystérieux encore, joués à la guitare électrique.

Aujourd’hui il est fou de se dire que la maison de disque CBS avait dans un premier temps refusé de produire cette chanson, considérant que l’album Various Positions était mal mixé et trop intimiste. Il aura fallu qu’un petit label texan donne pour la première fois une chance à cette chanson, triste et joyeuse, sacrée et profane à la fois, pour que des années plus tard Jeff Buckley chante comme un rituel, en rappel de ses concerts, cette confession musicale qui fait comme ça : la quarte, la quinte, le mineur tombe, le majeur monte, Leonard Cohen composant Hallelujah.

https://www.lefigaro.fr/musique/2016/11/11/03006-20161111ARTFIG00094--hallelujah-de-leonard-cohen-l-histoire-secrete-d-un-titre-mythique.php
VIDÉOS - Avant de devenir un hymne universel psalmodié lors de nombreuses cérémonies, le titre Hallelujah, dont la première version paraît en 1984, a longtemps été ignoré du grand public. Retour sur la trajectoire extraordinaire de cette chanson.


Il s'agit sans doute de la prière profane la plus populaire de l'histoire de la musique.Tout commence à l'orée des années 80. Au moment d'entamer son septième album, Leonard Cohen traverse une crise artistique majeure. Le chanteur peine à se reconvertir et craint plus que tout d'apparaître aux yeux des fans comme désuet. Recent Songs, son album le plus classique, qui sort en 1979, ne marche pas. Cohen entre alors dans une période de remise en question qui le pousse à reconfigurer en profondeur son écriture.
C'est dans ce contexte tourmenté que l'artiste accouche dans la douleur de la première version du texte d'Hallelujah, en 1980. «J'ai rempli deux carnets de notes et je me souviens m'être retrouvé au Royalton Hotel de New York, en sous-vêtements sur la moquette, me cognant la tête sur le sol en me lamentant de ne pas pouvoir finir cette chanson», confiait-il aux journalistes l'interrogeant sur la genèse de son chef-d’oeuvre.

Un véritable sacerdoce pour l'auteur, qui avouera à Bob Dylan avoir pris deux ans pour composer cet hymne. Il faut dire qu'avant de retenir les cinq sublimes couplets de la version finale d'Hallelujah, Leonard Cohen en aurait écrit pas moins de... 80.
Un texte érotique devenu chant de Noël
Leur examen détaillé confirme la dimension follement sexuelle d'un texte devenu pourtant l'un de nos chants de noël préféré... Au-delà de l'incantation mystique suggérée par le titre, les références bibliques dont le chanteur parsème son texte composent en réalité une ode érotique à l'amour charnel. Une gentille sournoiserie de la part de l' impénitent Cohen pour qui la sexualité reste liée à l'obsession du péché originel...
Comme le relevait dès 2005 le journaliste du Sunday Times Bryan Appleyard, dont les propos sont rapportés par le magazine Les Inrocks , Hallelujah est avant tout le texte de la faiblesse humaine vis-à-vis de la chair. Une dimension certainement demeurée inaperçue du studio Dreamworks, qui choisira de faire du titre la BO du dessin animé Shrek...
Les nombreux indices disséminés dans le texte confirment pourtant cette interpétation pour le moins sulfureuse. Le choix des références, d'abord. Il y a David, le roi de l'Ancien Testament, amoureux de la belle Bethsabée, et puis la sublime tentatrice Dalila, qui fait son apparition dès le deuxième couplet de la chanson.
Dans la louange au seigneur adressée par Leonard Cohen à Dieu, de nombreux commentateurs perçoivent ainsi une apologie détournée de l'orgasme... «And from your lips she drew the Hallelujah/Et de tes lèvres elle a tiré l'Hallelujah...» Une interprétation jamais démentie par le chanteur canadien et confirmée par la reprise qu'en fera John Cale quelques années plus tard. Reprenant certains des couplets abandonnés par Leonard Cohen, l'ex membre des Velvet Underground livre une version enrichie de l'hymne dont la connotation nettement plus sexuelle ne peut cette fois être contestée...
Un pari gagnant pour Leonard Cohen puisque cette première reprise permet enfin au titre d'accéder à la notoriété. Jeff Buckley renchérit dans l'érotisme avec son interprétation désormais mythique d'Halleluyah, auquel le jeune artiste apporte en 1994 sa sensualité démoniaque et sa mélancolie absolue.

Le début de la gloire pour un titre qui sera désormais décliné à l'infini dans les télé-crochets musicaux tels qu'X-factor, transformé en sonnerie de téléphone ou parachuté dans des séries à succès (The OC, The West Wing). On dénombre entre 180 et 200 reprises du titre, qui aurait été le plus téléchargé en 2004... Depuis Jeff Buckley, la reprise la plus touchante est certainement celle de Rufus Wainwright, beau-fils de Leonard Cohen, qui livre de sa voix rauque et éraflée une interprétation lancinante du titre pour la bande-originale de Shreck. Un beau clin d'oeil familial qui permet, en 2001, d'associer de nouveau l'artiste à une chanson née dans la douleur et dont il aura très tôt été dépossédé.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/pop-co/hallelujah-par-la-grace-de-jeff-buckley-9685878
"Hallelujah", c'est l'histoire d'une chanson devenue mythique. Écrite par Leonard Cohen et passée inaperçue à sa sortie en 1984, la chanson devient un tube, dix ans après, quand Jeff Buckley la reprend dans son album "Grace".
Hallelujah par Jeff Buckley, c’est un moment de recueillement de l’année 1994. Un tube lié à la ferveur de nos adolescences, alors que le mot qui scande cette chanson, est Hallelujah, soit « Louez le Seigneur », en hébreu. Mais avec la magie de la pop, les références bibliques de la chanson peuvent passer inaperçues.
Cette chanson est liée à des interprètes différents selon l’âge du capitaine que vous êtes.
Si vous avez autour de la vingtaine ou moins, c’est la chanson du dessin animé Shrek, quand l’ogre vert erre le cœur brisé dans la forêt. Pour d’autres, c’est Jeff Buckley… et pour d’autres encore, c’est Léonard Cohen.

Cohen a livré cette chanson en 1984 sur l’album Various Positions. L’écriture lui a pris quatre ans de sa vie et il confie :
Je n’imaginais pas à quel point la tâche serait ardue jusqu’à ce que je me retrouve rampant en slip dans une chambre délabrée à New York, incapable de terminer un vers.
Cette époque – là est aussi celle où Léonard achète ses premiers synthés. A ces arrangements ampoulés et un peu datés, la version de Jeff Buckley oppose 7 minutes d’un homme seul à la guitare.
En 1984, Hallelujah est la chanson d’un homme de 50 ans qui se décrit en roi déchu. Et le titre est passé inaperçu. Dix ans plus tard, Jeff Buckley l’inscrit dans la bande son des années 90 et utilise le morceau pour évoquer l’orgasme. Parce que si Hallelujah, a les atours d’une prière, dans la version que Buckley interprète, un homme y fait l’amour à une femme et leur souffle est un Hallelujah. Les filles, comme les garçons, se pâment devant Jeff Buckley, 27 ans.
Le 11 Février 1995, il chante Hallelujah sur la scène du Bataclan et le concert fait désormais partie de l’histoire de cette salle.
Jeff Buckley s’est noyé dans les eaux du Mississippi le 29 Mai 97. Il avait 30 ans.

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Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc

11 Octobre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #développement personnel, #pour toujours, #écriture- lecture, #J.C.G.

Vénus Africa Michel Bories effacement dans le blanc
Vénus Africa Michel Bories effacement dans le blanc
Vénus Africa Michel Bories effacement dans le blanc
Vénus Africa Michel Bories effacement dans le blanc

Vénus Africa Michel Bories effacement dans le blanc

KDO : effacement dans le blanc, texte de 32 pages à détélécharger, écrit entre le 21 mars et le 11 octobre

Souriez vous êtes mort de Joëlle Bolloch La photographie post mortem qui est évoquée dans Souriez vous êtes mort concerne les morts de mort naturelle, à l’exclusion des morts violentes, accidents, meurtres, guerres… et sont choisis dans un corpus européen, français même pour les personnalités citées dans la partie consacrée aux morts illustres, avec quelques ouvertures sur les États-Unis.  Garder le souvenir du disparu, essayer de « saisir » le passage de la vie à la mort, se pencher sur le devenir des restes humains, les pratiques, les fonctions, les usages liés à la photographie post mortem ont évolué avec le temps.

Souriez vous êtes mort de Joëlle Bolloch La photographie post mortem qui est évoquée dans Souriez vous êtes mort concerne les morts de mort naturelle, à l’exclusion des morts violentes, accidents, meurtres, guerres… et sont choisis dans un corpus européen, français même pour les personnalités citées dans la partie consacrée aux morts illustres, avec quelques ouvertures sur les États-Unis. Garder le souvenir du disparu, essayer de « saisir » le passage de la vie à la mort, se pencher sur le devenir des restes humains, les pratiques, les fonctions, les usages liés à la photographie post mortem ont évolué avec le temps.

hier 10 octobre, passé 3 h autour d'un repas que j'avais préparé (polenta, aubergines...) avec une amie à parler de la vie (en joie), de la mort et du pas-sage - je finalise un texte de 32 pages là-dessus Effacement dans le blanc -, de nos responsabilités vis à vis des disparus et de la leur vis à vis de nous, d'érotisme aussi - eros et thanatos - (Emmanuelle d'Audrey Diwan, vu deux jours avant, Emmanuelle d'Emmanuelle Arsan avec laquelle j'ai eu une correspondance heureuse de 17 ans)
et ce matin, je tombe sur une émission de France-culture, évoquant un livre de la collection dilaceratio-corporis
Souriez vous êtes mort, photographies post-mortem de Joëlle Bolloch chez Fage éditions de Lyon,
par ailleurs responsable des pompes funèbres NOIR CLAIR
tout se tient par la main (de l'éternité)
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc
lire Le dernier souffle, se préparer, anticiper, faire connaissance avec la médecine palliative
être ému aux larmes par certains récits après avoir fait l'expérience récente d'accompagnement de proches et d'amis en fin de vie
relire Lettres en vie, écrites par Alain Cadéo lors de ses visites hebdomadaires en USP où lui-même a fini sa vie...
passer de philosopher c'est apprendre à mourir à accompagner avec plus ou moins de justesse telle ou telle fin de vie, singulière, unique
clarifier pour soi et la famille ce que l'on souhaitera, ce que l'on ne voudra pas
 
 
Le dernier souffle : "Au fond, je suis devenu au fil du temps une sorte d'accoucheur. On en a fini avec le “tu enfanteras dans la douleur”... Donnons-nous la chance d'accoucher les gens de leur mort, sans douleur, et ainsi d'améliorer les conditions du mourir, sans pour autant donner la mort !" Chef de service d'une unité de soins palliatifs pendant vingt-cinq ans, Claude Grange a accompagné des milliers de patients en fin de vie. À travers une suite de cas concrets et d'histoires à chaque fois singulières, le médecin aborde des questions d'actualité telles que l'euthanasie ou le suicide assisté, mais aussi les rapports avec la famille et les soins à donner. Un compte-rendu d'expérience d'une grande humanité, que le philosophe Régis Debray prolonge d'une réflexion lumineuse sur la dignité et l'importance des derniers instants.
 
Lettres en vie : Dostoïevsky parle du « saint des saints » lorsqu’il évoque « l’Homme dans l’homme »…
Et de quoi parle-t-il ? Il parle de la part la plus authentique, inentamable, la plus sacrée, la plus mystérieuse, dissimulée au plus profond de chacun d’entre nous et qui ne se révèle que lors des grands chambardements du cœur, du corps et de l’esprit. Faut-il être en bout de vie pour enfin s’affranchir de tous les cintres et de toutes les panoplies ?
Six ans de rencontres d’Alain et Michel CADÉO auprès des patients et soignants de l’unité de Soins Palliatifs de l’Hôpital de la Seyne sur Mer.
Chaque semaine, le service fut un lieu de partages de mots et des maux.
Les lettres ainsi échangées sont un témoignage simple, sincère et lucide de ces instants uniques.
 

le document directives anticipées, en lien avec la loi Leonetti

Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc

La formule socratique de Delphes est

Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux !

Je suis tenté d’écrire un texte disparaître dans le blanc,
parce qu’on voit trop la disparition comme disparition dans le noir.

Noir, en-bas, les enfers.

Blanc, en-haut, la lumière.

L'homme est ce qu'il aime.

S'il aime une pierre il est une pierre,

S'il aime un homme il est un homme,

S'il aime Dieu je n'ose en dire plus

Car si je disais en fait qu'il est Dieu

Peut-être me lapideriez-vous !

Saint Augustin

 

Le corps porté par le cours des choses

J’offre mon âme à l’étude du vide.

Voilà comment je traverse les jours

La voie de la nature - de la paix

Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Po Chü-i

 

D’où la plaque que je souhaite :
Mince plaque de plâtre blanc sans photo, sans dates et quelque part écrit blanc sur blanc

merci

À Le Revest, villa Joie, le 11 octobre 2024

effacement dans le blanc d'Annie / le caveeau familial à Corps Ça Vit : la plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, 6 mois après son inhumation
effacement dans le blanc d'Annie / le caveeau familial à Corps Ça Vit : la plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, 6 mois après son inhumation
effacement dans le blanc d'Annie / le caveeau familial à Corps Ça Vit : la plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, 6 mois après son inhumation
effacement dans le blanc d'Annie / le caveeau familial à Corps Ça Vit : la plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, 6 mois après son inhumation
effacement dans le blanc d'Annie / le caveeau familial à Corps Ça Vit : la plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, 6 mois après son inhumation

effacement dans le blanc d'Annie / le caveeau familial à Corps Ça Vit : la plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, 6 mois après son inhumation

Marayat Rollet-Andriane, autrice du roman "Emmanuelle" sous le pseudonyme d'Emmanuelle Arsan, à Bangkok, en 1964 ©Getty - Nik Wheeler/Corbis

Marayat Rollet-Andriane, autrice du roman "Emmanuelle" sous le pseudonyme d'Emmanuelle Arsan, à Bangkok, en 1964 ©Getty - Nik Wheeler/Corbis

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