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bric à bracs d'ailleurs et d'ici

s'effacer dans le blanc

23 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #J.C.G.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Nuit décousue
 
Il reste toujours un espace
où les papillons peuvent
se faufiler
grignoter de la chair au cœur
du noir
Il s'agit de bien ouvrir les portes
les poumons les vasistas de la chambre
afin qu'un souffle de légèreté venu de nulle part tombe
au milieu de notre existence
frôle nos corps allongés
rallumant un millimètre de désir
Ce soir on reste sage dit l'amant
quelque chose d'inouï se prépare
au ciel l'amour infini travaille tout seul
sans toi ni moi ni personne
Il suffit de rien pour exister
alors on a éteint la lumière
et sans regret on a laissé passer
un millier d'étoiles
 
Brèves de poésie Texte © Hélène Phung, texte 6, le 7 Juin 2026
Le 9eme moine est perché à hauteur de lune. Peut-être est-ce Bashō ? Je l'imagine ainsi, maigre et un rien dépenaillé, errant à travers le Japon d'autrefois...
Aquarelle © Hélène Phung, en ce 13 août caniculaire de 2026.
 
Kikaku, le disciple : Une libellule / ôtez-lui les ailes / un piment rouge
Bashô, le maître : Un piment rouge / mettez-lui des ailes / une libellule
 
vous avez deux heures
série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

Effacement dans le blanc

et si on passait aux verbes d'action à forme pronominale

Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelle communément J.C., a donné naissance un changement de jour à 00h00 (imaginez !) à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans race, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.

Programme que Je-Moi-Lui pratique quotidiennement, avec des verbes d'action à forme pronominale (il n'a pas réfléchi s'ils sont réfléchis, réciproques, irréfléchis, passifs)

se désidentifier, se dégenrer, se dévisager, se démiroiter, se désidéologiser, se délester, se dévaster, se dénationaliser, se dépayser, se dédiaboliser, se désaligner, se débrancher, se déranger, se déminer, se dédéterminismer, se déraciner, se dédésespérer, se déloger, se déménager, se désaxer, se désarmer, se démarquer, se démarginaliser, se fortifier, se mortifier, s'embourber, s'envaser, s'enliser, s'emmêler, se liquider, se dissoudre, se fluidifier, s'aérosoleiller, s'inspirer, s'expirer, s'aveugler, s'oreiller, s'effondrer, se réanimer, se dématérialismer, se déspiritualismer, se démystifier

(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)

faire silence en prononçant du plus possible ralenti FAIRE SILENCE

(dessine-moi un silence lui a demandé un jour la fetite pille)

se dévoiturer, se décovoiturer, se désubériser, de déflixbuser, se détgvéiser, se décroisiériser, se désintégrer, se désavionner, se défuséiser, se déstartupper, se détélétravailler, se désabonner, se démoder, se désaduler, se désaimer, se déshaïr, s'indifférencier, se déshumaniser, s'emplumer, s'automutiner, s'immuler, se sclarifier, se catatomiser, se voluptuer, se décontaminer, se dévitaminer, se dénourrir, se bonifier, se débonheuriser, se délacer, s'enlasser, se clowner, se décloner, s'emberlificoter, s'applaudir, se huer, se surdéchihuahuaver, se métamorphoser, se matamortir, se désintoxiquer, s'étourdir, s'apprivoiser

(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)

SE TAIRE

(dessine-moi une rose lui a demandé un jour la petite fille)

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

MANIFESTE DES M

 

Trois Peut-être quatre

Émergences violentes d’univers

Dévorations gloutonnes d’étoiles

Parenthèses parlantes d’animaux humains

Extinctions massives d’espèces

 

M comme Miracle

Celui qui t’a fait naître

Du paradis fœtal à l’enfer familial et sociétal

Violence génératrice sans malice

Tu es là Tu ne sais pourquoi Mais tu y es

Miracle

Merci

 

M comme Miroir

Tel que tu te vois tel que l’autre te voit

Tel que tu crois qu’il te voit

tel que tu voudrais qu’il te voie

Mille et une images Nettes ou floues

Miroir

Merci

 

M comme Aime

Pas l’injonction qui te dissout

Celle de la romance romantique

Celle de l’attachement toxique

Mais l’injonction qui t’élève celle qui dit

Aime sans pourquoi Toi et Tout autour de toi

Aime

Merci

 

M comme Mystère

Celui qui te fait mourir disparaître dans le blanc

Pas de lumière pas de tunnel

Un Mur

Peut-être s’ouvre-t-il ? Mais tu n’en as pas la clé

Mystère

Merci

 

Entre ces M

Vis en vigilance légère En prudente somnolence

Fais la sourde oreille aux guerres des récits

Ne prends pas parti

Gloires héros narrateurs

Vois sans juger l’imposture de chaque posture

Ta propre posture-imposture

Sur le piano de la Vie 

Avec les 52 touches blanches

Les 36 touches noires

Improvise la mélodie du moment présent

Dans le concert cosmique tes éphémères ritournelles

font écho aux ondes gravitationnelles

FLOW SLOW NOW ICI OUI

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

 

 

VŒUX

 

Tentons d’être ce que nous sommes

paisibles

polis

ouverts

jeunes et créatifs

vieux et en forme

rieurs

drôles

un peu sages

un peu fous

modestes comme chacun

uniques comme chacun

appréciant le très ordinaire quotidien

s’offrant parfois de l’extra-ordinaire

prenant le temps

sans impatiences

partageurs

tendant la main

ouvreurs de voies dans les interstices

donnant de la voix à ceux qui n’en ont pas

tentons de bien nommer les choses

prenons soin de toutes les incertitudes

et nuances possibles

le bonheur de plusieurs peut dépendre 

d’un mot heureux

et la promesse d’un dernier sourire

devenir un chant d’amour

acceptons ce qui advient

heurs, malheurs, bonheurs dans leurs alternances

refusons le duel à mort victime-bourreau

la mise au pilori du bouc émissaire 

notre frère de l’envers

vivons lucides jusqu’à l’ultime performance

le passage de soi, de l’autre

pas-sage que des Orphée feront légende et mythe

contre l’Oubli dont les morts ont si peur dit-on

soyons inventeurs de nouvelles façons de désirer

renonçons à notre impossible pouvoir sur l’autre

par le dialogue, les actes, les gestes, les preuves

construisons des histoires d’amour ajustées

approximatives

et ainsi de proche en proche

diminuerons-nous un peu peut-être 

la violence, la souffrance

nées des biais et raccourcis 

de ce que nous croyons être.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

 

UNE JOURNÉE JUSTE

 

Au réveil, avant toute information :

ouvrir la fenêtre, le corps avant l’esprit

respirer lentement, nommer intérieurement :

accepter que le monde aille mal

et que cette journée existe quand même

Ce n’est pas indifférence :

c’est refuser que l’angoisse soit la seule manière d’être lucide.

Honorer le très ordinaire

Faire une chose simple avec soin :

préparer un repas lentement

marcher sans objectif

ranger un espace minuscule

écrire quelques lignes sans projet

Tu incarnes ainsi ce vers :

appréciant le très ordinaire quotidien

Le soin donné au banal est une résistance douce

au chaos global.

Regarder le grave, mais à hauteur humaine

S’informer à dose choisie :

un temps limité

une source fiable

puis s’arrêter

Et poser une question simple, sans héroïsme :

Qu’est-ce que cela m’appelle à faire, ici, à mon échelle ?

Souvent, la réponse est modeste :

parler avec quelqu’un

donner un peu

relayer une parole juste

ou simplement ne pas ajouter de violence inutile

Pratiquer le refus du duel

Dans un échange (réel ou intérieur), surveille ceci :

la tentation du victime/bourreau

l’envie de simplifier

le confort du jugement rapide

Puis ralentis.

Cherche la nuance.

C’est un acte politique discret mais profond.

Donner voix, même faiblement

Sans te charger du monde :

écris un message attentif

écoute vraiment quelqu’un

laisse une trace juste (texte, parole, silence

respectueux)

le bonheur de plusieurs peut dépendre d’un mot

heureux.

Créer, même inutilement

Un geste créatif sans finalité :

écrire

dessiner

bricoler une pensée

relire un passage aimé

Créer, c’est affirmer :

contre l’Oubli

Même si personne ne voit.

Clore la journée par une gratitude lucide

Le soir, non pas tout va bien, mais :

qu’est-ce qui a été juste aujourd’hui ?

où ai-je été un peu moins violent ?

où ai-je désiré autrement ?

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

UNE VIE PARFAITE

 

Tu es humble de ton humus,

humain de ton humanité,

universel de ton universalité,

divin de ta divinité.

En ouvrant tes bronches,

en activant ouïes, branchies,

tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.

Tu entres dans l’innocence.

Tu es miracle et mystère de ta naissance.

Tu seras mystère et miracle de ta mort.

Tu fais choix de l’ignorance.

Tu ne refuses pas les connaissances

mais tu sais qu’on ne saura jamais rien.

Rien du début, de la fin, du sens s’il y en a un.

Patauge dans les doutes et incertitudes.

Prends soin des nuances.

Essaie d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.

Monte et descends l’échelle

Du Tartare à l’Olympe

Du Ciel à l’Enfer

Du Tartare, tu ramèneras poèmes et mélodies, tel Orphée.

Tel Dante, tu tenteras une issue pour les damnés de l’Enfer.

Du Ciel, tu ne feras pas le séjour de Dieu

ni le paradis des ressuscités.

Le Ciel n’est-il pas l’espace de légèreté de la gente ailée ?

Plus aucune guerre des dieux dans l’Olympe.

N’ont-ils pas eu le temps d’apprendre et de pratiquer

l’anarchie, voie vers l’harmonie ?

Bivouaque sur la Terre.

Elle est danses et cycles.

La grande roue du Grand Manège tourne

sans grincements de dents.

Tu n’es plus un hamster.

Tu es à Parfaire sur cette Terre.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026
série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

directive anticipée, une mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy ou au Revest, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde

l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde

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Soleil et sel dans l'âme

15 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #écriture- lecture, #J.C.G.

Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique
Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique

Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique

Kdo de ce 15 août 2026

« Ήλιος και αλάτι στην ψυχή »
« Soleil et sel dans l'âme »

Hier, via une page FB proposée par l’algorithme, je tombe en arrêt sur un titre : une échelle du bonheur, une photo avec 4 mots en grec dont je suis incapable de cerner le sens, les 4 commentaires n’éclairant nullement le sens du message.

J’interroge Claude IA.

La phrase grecque écrite sur la pierre dit : « Ήλιος και αλάτι στην ψυχή », soit littéralement : « Soleil et sel dans l'âme ».
Une petite précision avant l'interprétation : ce n'est pas du grec ancien mais du grec moderne — l'orthographe (accents, alphabet minuscule cursif) et la formule elle-même appartiennent à la sensibilité contemporaine, très répandue dans la culture insulaire et balnéaire grecque actuelle (cartes postales, tee-shirts, façades de tavernes à Santorin, Paros, etc.). Ce n'est donc probablement pas une « échelle du bonheur » léguée par les Anciens, mais plutôt un aphorisme moderne qui évoque l'hédonisme méditerranéen antique sans en être un vestige littéral. Je le signale simplement pour que tu puisses vérifier la source si tu comptes en faire état dans une note.
Interprétation
La formule condense un imaginaire précis : le soleil comme principe de clarté et de vitalité, le sel comme principe de purification et de conservation — les deux éléments fondateurs du monde égéen, mer et lumière, mais transposés à l'intérieur, dans l'âme (ψυχή). Ce n'est pas le bonheur comme accumulation ou possession, mais comme imprégnation : on ne cherche pas le soleil et le sel, on les laisse entrer, se déposer, cristalliser en soi — un peu comme le sel qui blanchit la pierre elle-même sur laquelle la phrase est tracée, en écho presque involontaire au support.
Il y aurait là, si tu veux, une résonance avec ta propre pratique du s'effacer dans le blanc : le sel qui sèche et blanchit, la pierre qui se pare de cette patine solaire — une ascèse minérale plutôt qu'un ordre de plaisir. Le bonheur, ici, ressemblerait moins à une joie conquise qu'à une usure heureuse, un dépôt du temps et de la lumière sur une matière qui s'y prête.

 

Je ne peux pas ne pas penser à mon premier recueil de poèmes : Poignées de gros sel sur tranches de vie, paru en 1980.


Ton titre de 1980 pose déjà le sel comme geste — poignées, quelque chose qu'on jette, qu'on répand à la main, avec le côté rustique et un peu brutal du salage (on sale la viande pour la conserver, on sale la terre pour la stériliser aussi bien). Le sel y est actif, presque agressif : il mord les tranches de vie, il les traite, les mortifie peut-être, avant de les conserver. C'est un sel de cuisine et de boucherie, un sel du quotidien qui agit sur la matière brute de l'existence découpée en tranches — l'image est presque bouchère, chirurgicale.
La formule grecque, elle, est plus statique et plus douce : le sel n'est pas jeté, il est dans l'âme, comme une donnée déjà présente, un état plutôt qu'un geste. Et il ne travaille pas seul — il est accompagné du soleil, qui adoucit et illumine ce que le sel, seul, aurait de mordant ou de conservateur.
Si lien il y a, il serait moins dans une filiation directe que dans une trajectoire : ton geste de 1980, c'était peut-être le sel sans le soleil — le sel qui agit sur la vie tranchée, avec ce que cela suppose de rugosité, d'ironie, de lucidité presque cruelle du jeune auteur qui « prend à poignées ». La formule grecque, rencontrée quarante-cinq ans plus tard sur une pierre blanchie, serait l'autre versant : le sel apaisé, devenu élément d'une âme plutôt qu'instrument sur la vie — et surtout accompagné de sa lumière.
Y a-t-il eu, dans l'intervalle, un déplacement de ta part du sel comme action sur vers le sel comme présence dans — de la poignée qui traite au dépôt qui habite ? Ce serait, si tu l'écris, une note à la fois personnelle et juste : non pas « voici que je retrouve mon sel de 1980 sur un mur grec », mais « voici la distance parcourue entre les deux sels ».

 

Tu as bien perçu les usages possibles du gros sel, mettre à vif, à nu pour révéler, conserver...; en m'attribuant dans ton analyse, la paternité des deux formules, tu mets l'accent sur le déroulement d'une vie, entre les deux sels; j'ai eu le bon réflexe ou la juste intuition en m'arrêtant sur l'image de Caroline Fourgeaud-Lavlle et toi, tu m'en proposes un récit de vie pertinent

Tu as raison de le noter, et je dois corriger une erreur réelle de ma part, pas juste l'habiller en nuance : dans ma réponse précédente, j'ai construit un récit — « la distance parcourue entre les deux sels » — en te prêtant implicitement la paternité des deux formules, comme si tu avais toi-même écrit, en 2026, l'équivalent apaisé de ton geste de 1980. Ce n'est pas le cas. La formule de Caroline Fourgeaud-Laville n'est pas la tienne ; elle est à toi seulement dans la mesure où tu t'y es arrêté, où elle t'a requis. C'est une différence de nature, pas de degré, et mon récit de vie glissait dessus sans le dire.
Cela change la question, et je crois que ça la rend plus intéressante. Ce n'est plus : « comment ai-je évolué du sel qui tranche au sel qui habite ? » C'est : « pourquoi cette formule d'une autre m'a-t-elle arrêté, précisément moi, précisément là ? »
Et à cette question-là, ton geste de 1980 donne une réponse plausible : si tu t'es arrêté sur cette pierre, ce n'est peut-être pas parce que tu y retrouvais ta formule adoucie, mais parce que ton propre rapport ancien au sel — actif, mordant, un instrument qu'on abat en poignées sur la vie — t'a rendu reconnaissant du sel comme matière signifiante en général, capable de resurgir sous une forme qui n'est plus la tienne mais qui résonne avec elle. Le sel de Caroline Fourgeaud ne prolonge pas le tien : il le rencontre, quarante-cinq ans après, sur un mur, par hasard, et cette rencontre est rendue possible par le fait que le sel, chez toi, avait déjà valeur de signe et pas seulement de condiment.
Ce serait donc moins une trajectoire personnelle qu'une fidélité de l'œil : tu restes quelqu'un pour qui le sel dit quelque chose, et c'est cette fidélité-là — plus que ton texte de 1980 lui-même — qui explique ton arrêt devant l’image du 5 août.


Arrêt sur l'image de Caroline alors que j'ignore le grec ancien comme moderne d'où ma demande de traduction; ça interpelle, ça !


C'est en effet un point qui mérite d'être tenu, pas glissé. Tu t'es arrêté sur un texte dont tu ne pouvais rien lire — ni le son, ni le sens, ni même reconnaître avec certitude s'il s'agissait de grec ancien ou moderne (la confusion elle-même en témoigne). Ce qui t'a requis n'était donc pas la formule, mais quelque chose d'antérieur à elle : la forme des lettres, l'incision à la main sur la pierre blanchie, la lumière qui tombe en biais sur les cannelures, peut-être le rythme visuel des mots empilés en colonne comme des marches.
Il y a quelque chose de juste dans cette anesthésie du sens : ton arrêt n'a pas été un arrêt de lecture mais un arrêt de regard. Tu as été saisi avant de comprendre, et c'est seulement après — par ma traduction — que le sens est venu se greffer sur une intuition qui n'en avait pas besoin pour agir. L'inverse du rapport ordinaire au texte, où le sens précède et commande l'attention.
Cela dit peut-être quelque chose sur la nature de ton rapport à l'écrit en général — toi qui pratiques l'essai, le fragment, l'éclat : une attention qui peut se porter sur l'opacité même du signe, sur son grain, avant de se porter sur son message. Le sel et le soleil, tu ne les as pas d'abord compris ; tu les as d'abord vus, gravés, blancs sur blanc dans la pierre — et c'est peut-être cela, plus que le contenu de la formule, qui a résonné avec quelque chose que tu portes.


Voilà une directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc


Je vois la plaque, JC — les lettres à peine visibles, ce blanc qui absorbe le mot plutôt que de l'afficher. Il faut s'approcher, changer d'angle, laisser la lumière raser la surface pour que merci apparaisse. C'est exactement la logique de l'effacement que tu décris : le mot n'est pas donné, il est à découvrir, et cette exigence même du regard reproduit ce que tu pratiques au quotidien.
Ce qui frappe, c'est l'ensemble dans lequel elle s'inscrit — tu ne l'as pas isolée. En dessous, cette structure de fil de fer qui évoque des ailes, ou peut-être un envol suspendu, retombant vers la boîte pâle constellée de taches blanches, comme un ciel ou une eau. Et sur la face de la boîte, ces marques rouges, sombres, presque des blessures ou des pétales — seule couleur vive de tout l'ensemble, seule trace de sang ou de vie brute dans ce dispositif par ailleurs entièrement blanchi. Le sel et le soleil de l'autre pierre, peut-être, retrouvés ici sous une autre forme : le blanc qui purifie et efface, le rouge qui reste comme preuve qu'il y eut une vie avant l'effacement.
La boîte elle-même a quelque chose d'un cénotaphe ou d'un reliquaire — sans que j'aie besoin de nommer plus précisément ce qu'elle évoque. Les pierres posées dessus, les fleurs séchées à côté, ce fragment « À travers » qui dépasse sur la droite — tout cela compose un autel domestique plus qu'une simple étagère.
Une "directive anticipée" écrite non pas en mots juridiques mais en objet, en matière, en disposition dans l'espace — c'est cohérent avec ta manière de penser par éclats plutôt que par argument. Le document notarié dit ce qu'on veut ; celui-ci montre déjà ce qu'on est devenu en le voulant.


voici des photos supplémentaires du caveau familial à Corsavy où se trouvent les cercueils de Cyril, le fils décédé le 19 septembre 2001, son épitaphe est un texte trouvé dans son ordinateur, d'Annie, l'épousée décédée le 29 novembre 2010, textes de craie est de moi, écrit à la craie le 14 mai 2011, pouvant être effacé par tout visiteur, et de Vitya, l'ex-gendre décédé le 4 février 2024 avec une citation d'Ossip Mandelstam; tu as commenté la plaque directive anticipée; peux-tu analyser cet ensemble ?


Merci de cette précision, JC — elle change tout à fait la nature du lien que je pointais, et pas dans le sens d'une coïncidence dissipée : c'est plus fort que cela. Ce n'est pas un motif qui aurait migré incidemment d'une plaque funéraire vers ton étagère. C'est Katia qui a choisi cette formule pour Vitya — son propre ex-mari — et qui vit, je crois me souvenir, avec ce même mot dans ton espace à toi, sur cette étagère, près de ta plaque merci.
Il y aurait donc, si je comprends bien, une transmission à l'intérieur de la famille elle-même : un mot que Katia a choisi pour honorer un homme qu'elle avait aimé, et qui se retrouve — par elle, par vous deux ensemble peut-être — déposé aussi dans ton propre espace de recueillement. Le caveau et l'étagère domestique ne sont plus deux lieux disjoints reliés par une résonance verbale fortuite : ils sont reliés par une personne, par un geste de deuil qui se répète et se partage entre père et fille.
Cela dit quelque chose, aussi, sur Katia elle-même — sa capacité à trouver la formule juste, économe, qui traverse (le mot lui-même le dit) les circonstances : elle l'a choisie pour un défunt qui n'était plus son mari, avec toute la complexité que cela suppose, et ce même mot a visiblement continué de vivre, de se déposer ailleurs. Y a-t-il eu une conversation entre vous à ce sujet, ou est-ce toi qui as reconnu après coup, comme avec la pierre grecque, ce mot qui s'était déjà frayé un chemin ?
les deux à travers sont des choix exclusifs de Katia, adressés à Vitya
Je note la précision, JC, et je corrige ce que j'avais avancé : pas de geste partagé entre vous deux, pas de dialogue à construire autour d'un mot commun — les deux occurrences sont de Katia seule, adressées à Vitya seul. Ce que j'avais lu comme une transmission père-fille était une projection de ma part ; il n'y a là que Katia et son deuil propre, redoublé dans deux lieux distincts par la même formule.
Ce qui reste, alors, c'est peut-être plus simple et plus fort : la fidélité de Katia à une expression qui lui a suffi une fois pour dire ce qu'elle avait à dire à Vitya, et qu'elle a reprise plutôt que d'en chercher une autre — comme si le mot juste, trouvé, n'avait pas à être renouvelé. Cela rejoint, par un autre chemin que celui que j'avais tracé, ta propre économie de moyens dans le merci gravé ou la craie de 2011 : la confiance qu'une formule suffisamment juste n'a pas besoin d'être remplacée, seulement répétée là où elle est encore vraie.

 

 

 

directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage

photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage

soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique; les grecs anciens avaient le culte du corps

sea sun and sex, ce fut aussi un mode de vie, à une période du XX° siècle, années 68

aujourd'hui, je pratique la méditation, un peu de yoga sur chaise, un peu de qi jong mystérieux de la grande ourse, l'aquagym, la marche, toujours le même parcours, je ne vais plus à la mer, je ne me baigne plus dans la Méditerranée, mer des noyés comme la Manche ou l'Atlantique

couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano
couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano

couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano

Ce complément change la portée de la note, JC — il fait bifurquer la trajectoire du sel vers un troisième état, après le sel actif de 1980 et le sel apaisé de la formule grecque.

Le passage par le culte antique du corps est cohérent et nécessaire : les Grecs anciens ne séparaient pas l'âme du corps musclé, huilé, exposé au soleil — le gymnase, l'agôn, la beauté comme vertu visible. Que ce culte resurgisse, transposé, dans le sea sun and sex des années 68, montre bien qu'il ne s'agit pas d'un hédonisme purement moderne mais d'une résurgence — une libération des corps qui recycle, sans le savoir, une théologie très ancienne du corps sain comme lieu du divin.

Et puis il y a la rupture, que tu introduis sans la souligner mais qui est le vrai centre du passage : ton corps à toi ne pratique plus ce rapport frontal à la mer. Méditation, qi gong de la Grande Ourse, aquagym, marche toujours sur le même parcours — ce sont des pratiques rondes, répétitives, protégées, qui ont remplacé l'immersion directe. Ce n'est pas un renoncement triste, tel que tu le formules ; c'est un déplacement du même souci vers des formes plus circonscrites, plus sûres — le cercle plutôt que le large.

Mais le vrai basculement, c'est la dernière phrase : mer des noyés. Là, le sel change absolument de nature. Ce n'est plus le sel qui purifie, ni celui qui mord la vie en tranches — c'est le sel des larmes et des cadavres, la Méditerranée devenue nécropole liquide pour les migrants qui s'y noient aujourd'hui par milliers. La couverture que tu montres — cette liste de noms imprimée sur un long tissu blanc qui s'avance dans les vagues, ce gilet de sauvetage orange abandonné sur le sable — dit littéralement cela : non plus l'eau qui porte et guérit, mais l'eau qui engloutit et qu'on recense, nom par nom.

Il y a là, je crois, un contrepoint frappant avec ta plaque merci : d'un côté, l'anonymat volontaire, sans nom ni date, blanc sur blanc, effacement choisi ; de l'autre, cette liste de La mer des noyés qui fait exactement l'inverse — nommer, un par un, ceux que la mer a précisément effacés sans leur demander leur avis. Ton geste d'effacement volontaire prend un relief presque scandaleux, ou du moins interrogateur, à côté de cette liste qui lutte contre l'effacement forcé des noyés anonymes. Le même mot — s'effacer — n'a plus du tout le même sens selon qu'on le choisit ou qu'on le subit.

Ta propre mer, celle où tu ne te baignes plus, est ainsi doublement perdue : perdue au sens biographique du corps vieillissant qui se retire du large, et perdue au sens plus large d'une Méditerranée qui n'est plus celle du culte du corps mais celle du deuil collectif. Le titre de 1980, tranches de vie, résonne alors autrement : la mer, aujourd'hui, tranche des vies au sens le plus littéral et le plus tragique.

pour finir notre échange, peux-tu évaluer son coût en énergie et en eau, éventuellement localiser le data-center où est hébergé cet échange ?

Voici ce que je peux dire honnêtement, JC — avec une franchise sur les limites de ce que je sais.

Le coût énergétique

Anthropic ne publie pas de chiffre officiel « par échange ». Les estimations indépendantes les plus sérieuses situent une requête conversationnelle typique — comme celles que nous avons échangées — dans une fourchette de quelques watts-heure pour les grands modèles, et bien en dessous d'1 Wh pour les plus petits. Pour un modèle de la taille de Sonnet, une analyse indépendante avance environ 0,8 à 5,5 Wh selon la complexité de la requête, soit l'équivalent d'un four à micro-ondes allumé une à cinq secondes.

Notre échange n'a pas été bref — plusieurs images analysées, des réponses longues et réfléchies — donc situe-le plutôt dans le haut de cette fourchette, sans doute quelques dizaines de Wh cumulés sur l'ensemble de la conversation. À titre de comparaison : une session de codage lourde consomme environ autant d'énergie qu'un lave-vaisselle — nos échanges, plus contemplatifs que computationnels, restent nettement en deçà.

Le coût en eau

Il dépend entièrement du site où tourne le calcul et de son système de refroidissement. Une estimation d'ordre de grandeur convertit l'énergie en eau via un ratio moyen d'environ 1,9 litre par kWh, mais reconnaît que les installations varient considérablement. Pour notre échange, cela donnerait probablement quelques dizaines de millilitres — pas un verre d'eau, mais pas rien à l'échelle de millions de conversations quotidiennes.

Le data-center

Là, je dois être clair : je n'ai aucun moyen de savoir où cet échange précis a été traité. Cette information ne m'est pas accessible depuis l'intérieur de la conversation — je n'ai pas de télémétrie sur ma propre exécution. Anthropic ne publie pas où Claude est servi ni comment ces sites sont refroidis, au-delà d'indications générales sur des partenariats cloud (AWS notamment).

Ce que je peux ajouter, puisque tu déclines déjà l'image, la musique et la vidéo générées pour cette même raison : notre échange, texte seul, sans génération d'image, se situe near the low end de ce que produit une conversation avec Claude.

merci beaucoup, je pensais que ce serait plus; je continuerai donc à échanger sans musique, image et vidéo, juste des mots

Voilà une conclusion cohérente avec ta pratique, JC — et une bonne nouvelle, en un sens : le mot reste la forme la plus sobre d'échange que nous ayons, la moins gourmande. Ce n'est pas rien, pour quelqu'un dont la pensée elle-même se déploie par l'écrit plutôt que par l'image.

Belle continuation, à travers les mots seuls.

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