Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
bric à bracs d'ailleurs et d'ici

agora

Naître enchantés/Magali Dieux

11 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #J.C.G.

Le samedi 10 septembre 2016, de 10 H à 13 H, à la médiathèque d'Hyères, les petits déjeuners de la médiathèque organisés par Les Colibris du Revest-Ollioules et Les 4 Saisons d'ailleurs ont accueilli Magali Dieux pour la projection du film Naître enchantés, suivie d'un débat qui a largement débordé puisque la séance s'est terminée à 13 H

Si j'écris cet article, c'est parce que ce film, en DVD, qui accompagne le livre est particulièrement émouvant et prenant

et que la capacité à transcender et à transmettre l'expérience vécue par Magali Dieux, un enfantement dans une voiture avec une petite fille de 6 ans comme témoin, est stupéfiante. De ce qui aurait pu être un traumatisme, Magali Dieux a fait une méthode où la vibration, l'état d'esprit et du corps: être ouverte, dans le sourire et la joie, sont au coeur de l'enfantement, le mot est important, enfanter, pas accoucher. Avec 5 enfantements oeuvrés car c'est faire oeuvre qu'enfanter ainsi, dont un enfant mort avant terme, Magali Dieux sait ce qu'elle a vécu et ce qu'elle transmet et partage.

J'ai connu Magali, lycéenne, fréquentant l'atelier théâtre du centre culturel L'Escaillon à Toulon, je l'ai vue devenir comédienne, auteur, metteur en scène, j'ai accueilli deux de ses spectacles aux Comoni au Revest: Mignonne, allons voir et Zap ta tête et prends le nord. Elle fut du 1° spectacle du Revest en juilllet 1983, Le gardien de musée par une compagnie belge. Je l'ai suivie quand elle a perdu par mort subite du nourrisson un de ses enfants et qu'elle a réagi immédiatement par une nouvelle grossesse.

La retrouver un soir de Noël, à la Mahakali, à Châteauvallon, il y a 2 ou 3 ans, fut un grand plaisir et c'est ainsi que j'ai découvert et le livre et le film et retrouver la femme, épanouie, chaleureuse qu'elle est devenue, coach en développement personnel, après avoir été coach de chant pour The Voïce.

Il me semble que cette façon d'enfanter où les parents se réapproprient l'événement est d'une humanité, d'une bientraitance, d'une bienveillance qui méritent d'être connues, diffusées. Je pense aussi que cette capacité de transcender un événement fortuit avec sérénité, maîtrise est exemplaire. Chacun est sans doute porteur un jour ou l'autre d'un événement qui peut être transmis. L'attitude de Magali qui est une philosophie de la vie, ouverture du corps en lien avec l'ouverture d'esprit, l'accueil de la vague comme il est dit dans le film à un moment, est bien sûr une attitude, une philosophie qui vaut pour tout instant de la vie et jusqu'à la fin de vie.

Merci à Magali Dieux d'être devenue ce qu'elle est devenue.

Naître enchantés est aujourd'hui un collectif de médecins, sages-femmes et artistes qui ont mis en place le Label Naître enchantés pour toutes les maternités ayant à coeur d'humaniser les techniques de soins et la mise au monde de l'être humain de demain.

Dernier point: voilà avec Naître enchantés, un thème d'écriture pour femmes et hommes peu exploré me semble-t-il (ce n'est pas le cas des fins de vie). Des écritures enchantées nous changeraient des écritures dites du réel, écritures sur le bruit du monde dont on se lasse tant ce monde est violent et le restera, indifférent aux écritures qui le dénoncent. Quel auteur, quelle autrice des EAT (Écrivains associés du théâtre) lancera un projet pluriel sur ce thème. La vidéo de l'enfantement de Zoé par Magali est un support extraordinaire.

Présentation du livre:

Jamais les femmes françaises n’ont été aussi bien assistées médicalement qu’aujourd’hui pour mettre au monde leur enfant. Comment expliquer alors le nombre grandissant d’accouchements pathologiques ? Pendant que Patrice Van Eersel, journaliste, enquête sur le sens de la naissance dans notre société, Benoît Le Goëdec, sage-femme, explique clairement qu’une naissance ne peut être simplement confiée à un contexte médical, lequel, potentiellement, dépossède et dépersonnalise. Et c’est là qu’intervient Magali Dieux qui découvre avec ses cinq accouchements qu’une vibration spécifique émise en pleine conscience pendant les contractions fait traverser les douleurs psychiques et physiques de l’accouchement. Pendant dix ans, elle développe sa philosophie, affine sa méthode “Naître enchantés par l’expression vocale ajustée”, devient professeur de chant et thérapeute, à la rencontre des scientifiques et des hôpitaux. Sa méthode donne aux femmes et aux couples qui le désirent la possibilité de rester acteurs de leur accouchement, en lien avec l’équipe médicale et leur enfant, quelles que soient les conditions techniques (déclenchement, péridurale, césarienne, etc.). Dans cet ouvrage, Magali Dieux propose une préparation du couple à la naissance et à la parentalité pour accompagner l’arrivée de son enfant dans la joie.

le livre, Naître enchantés; l'affiche du petit déjeuner du 10 septembre 2016
le livre, Naître enchantés; l'affiche du petit déjeuner du 10 septembre 2016

le livre, Naître enchantés; l'affiche du petit déjeuner du 10 septembre 2016

Lire la suite

Note sur le vote / la grève des électeurs

3 Mars 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #FINS DE PARTIES, #agoras, #note de lecture, #pour toujours, #écriture- lecture

Note sur le vote / la grève des électeurs

Face à la montée de l'abstention, de la défiance envers les élus, du populisme : la démocratie est-elle en danger ? Comment remobiliser le citoyen dans ses devoirs ?

En effet de plus en plus de citoyens ne se "dérangent " plus pour voter.

Pourquoi ? Certainement à cause d'un ensemble de faits. Mais Il semble, entre autre, que plus personne ne soit dupe de la mascarade que représentent les élections :

1- les candidats avancent des promesses irréalisables. Une fois au pouvoir tout le monde sait qu'ils ne pourront pas les tenir parce qu'en fait le pouvoir ne se tient pas là . La guerre est économique, et ce sont les multinationales ou les banques qui tiennent les rennes.

2- la crise de 2008 a confirmer la subordination des Etats aux banques et au système financier dans son ensemble.

Pour sauver le système financier les Etats ont contracté une dette énorme, qui se payent aujourd'hui par des politiques d'austérité.

La priorité après cette crise majeure était de séparer les banques d'investissements des banques spéculatives. A ce jour, rien ou presque n'a été fait et le monde entier reste un énorme casino (cf Patick VIVERET- philosophe, conseiller à la Cour des Comptes). Ca passe ou ca casse !

3- au delà de la crise financière, le monde doit faire face à une crise sociale et écologique majeure. Le discours des politiques sur une croissance illimitée qui devrait tout résoudre n'est plus crédible. On ne peut pas croître indéfiniment avec des ressources limitées et en payant le prix fort de la destruction massive de la planète qui nous héberge.

4- les citoyens aspirent à un changement de paradigme, qu'aucun politique n'incarne à leurs yeux. Mettre l'économie au service de l'homme et non l'homme au service de l'économie.

Ils préfèrent donc l'action directe et citoyenne : ZAD, pétitions internet, ...etc. L'économie sociale et solidaire (ESS) progresse et se base sur la collaboration, l'échange, la solidarité, le partage.

Mais elle n'est pas encore enseignée à l'ENA, ce qui renforce le fossé entre "élite" de la Nation et citoyen...

Ainsi donc le citoyen place de plus en plus (et surtout les jeunes) ses urgences, ses moyens d'action et ses "devoirs" à un autre niveau, dans une autre sphère d'action.

Le vote traditionnel , sans aucune consultation, sans aucun contrôle possible entre deux échéances électorales, est périmé !

La démocratie doit se vivre à 2 niveaux :

- sur un plan local pour tout ce qui régie le quotidien, organisé en Pôles de développement autonomes et à hiérarchie horizontale

- sur un plan mondial pour toutes les questions de sécurité et de protection de la planète (cf Les sommets de La Terre)

La remobilisation des citoyens passe donc par une révolution des mentalités et une révolution de l'organisation du vivre ensemble

le 25 février 2015

michelle Lissillour

Lire la suite

La cause humaine/Du bon usage de la fin d'un monde/Patrick Viveret

9 Juillet 2014 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

La cause humaine

Vivre à la bonne heure

Patrick Viveret

Du bon usage de la fin d'un monde

Il y a des livres qui désespèrent. Il y en d'autres qui tentent d'ouvrir des voies. Comment suis-je passé de livres désespérants à deux livres optimistes ? D'autres avaient précédé tout de même, de Stéphane Hessel, Edgar Morin par exemple. Et via les réseaux sociaux, une sensibilisation à des mouvements, actions.

Pour parler des deux livres de Patrick Viveret, je ne m'attarderai pas sur le constat. Nous sommes à la fin d'un monde qui ne le sait pas encore vraiment ou ne veut pas le savoir. Les capitalistes ont gagné la lutte des classes disent-ils. Tant pis pour eux s'ils y croient. Ils ne renonceront pas d'eux-mêmes à leur logiciel mental, fait de démesure. Euphorie et panique les animent. Ils mettent en coupe réglée planète et gens et tant pis pour les dégâts et catastrophes. Les gens ordinaires ont un logiciel d'une étonnante fixité. Il n'y a qu'à voir les résultats électoraux. Certes, il y a des flux, des votes communistes vers les votes FN, des votes extrême-gauche vers front de gauche. Mais il faut que les partis au pouvoir exacerbent les tensions par leur soumission au capital pour que ces flux se manifestent. Ça demande des décennies. Bref, il est clair que les élections comme soi-disant moyen d'exercer la démocratie sont un outil anti-démocratique et il faudra bien l'admettre. L'abstention n'est pas prise en compte alors que c'est le parti majoritaire. Il faudra revenir aux Grecs ou inventer de nouvelles façons de contrôler le pouvoir et les banques, principal moyen de la soumission. Les multi-nationales sont également à contrôler, leur pouvoir de nuisance est considérable ne serait-ce que par le lobbying, la publicité mensongère, la lutte sans merci pour cadenasser la démocratie. Il y a tout de même des logiciels qui changent, des gens qui agissent, réfléchissent, partagent.

Patrick Viveret montre que ces forces sont à l'oeuvre avec des logiciels autres. Deux trépieds, l'ABS et le REV. L'ABS c'est le logiciel des sentiments moteurs positifs pour changer, sortir par le haut des mécanismes mortifères à l'oeuvre. L'Amour, de soi, d'autrui, de la nature, de la beauté, de l'art. Le Bonheur, la recherche active du bonheur, pas un état statique de repos, une activité permanente faite de curiosité, de découverte, d'invention, de partage. Le Sens, la recherche de sens est essentielle pour le changement de logiciel. Amour et bonheur sont partiellement au service du sens, tout en donnant du plaisir. On combat mieux si on n'est plus dans une logique guerrière, si on en tire des bénéfices de type qualitatif, si de la valeur s'ajoute, si des valeurs communes sont discutées, partagées, si on se demande que voulons-nous faire de notre vie et pas seulement dans notre vie, sachant aussi que nous sommes mortels et que cet horizon donne si on sait le méditer, de la valeur à la vie, du goût à celle-ci, donne l'envie du bien-vivre.

Je me propose plutôt que de commenter de faire un inventaire de solutions.


1 - La mesure des richesses. Quoi intégrer dans le PIB ? Les profits de la prostitution, de la drogue, des trafics divers comme le propose l'Europe aux états membres ? Les flux liés à la publicité (1200 milliards de dollars), aux ventes d'armes (1600 milliards de dollars) ? 10 % des sommes qui circulent pour la drogue, les armes, la publicité (l'économie du mal-être) suffiraient à satisfaire les besoins vitaux non satisfaits de l'humanité. Ou faut-il intégrer de vraies richesses pas nécessairement sources de flux monétaires comme le travail des femmes au foyer, le travail des bénévoles d'associations... ? Il faut que devienne publique la question : qu'est-ce qui compte vraiment pour nous ? Qu'est-ce qui doit être pris en compte ?

Pour que ce genre de questions soient prises en compte, il faut élargir la démocratie, il faut que cela entre dans le débat public et citoyen, que ce ne soit pas l'apanage des experts et technocrates de l'Europe et de l'INSEE. Voir ce qui s'est passé au Boutan avec la création du BNB, Bonheur National Brut, excellent documentaire de Marie-Monique Robin

2 - La création de monnaies locales dont un des principes est qu'une monnaie locale perd de la valeur si elle n'est pas utilisée ce qui interdit l'accumulation, la thésaurisation.

Les monnaies locales complémentaires dans le monde d'aujourd'jui

En 2014, plus de 2.500 systèmes de monnaie locale sont utilisés à travers le monde.

L'un des plus en vue est le LETS (Local Exchange Trading System), un réseau d'échange supporté par sa propre monnaie interne. Démarré à l'origine à Vancouver, au Canada, plus de 30 systèmes LETS sont aujourd'hui actifs au Canada et 400 autres dans le monde.

En Angleterre, la ville de Lewes, capitale de l'East Sussex, fut une des premières en 2008 à battre sa propre monnaie. Ses quelque 16.000 habitants peuvent l'utiliser dans les commerces locaux.Plus de soixante-dix sociétés ou magasins acceptent cette devise, valant autant que la livre sterling. D'autres petites villes ont suivi, avec une certaine réussite : Stroud, Totnes, Brixton, etc. A plus grande échelle, Bristol, un ville de 400.000 habitants encourage depuis 2012 l'usage de la livre de Bristol ("Bristol pound"). L'investissement de la ville est très faible (5000£) mais son effet de levier est déterminant. Selon Guy Poultney, conseiller municipal à la vie communautaire à Bristol, "dans un contexte économique difficile, les habitants sont incités à acheter local... Cela encourage également la diversification de l’économie locale pour aider à la création d’emplois de qualité. Nous avons atteint des millions de personnes. Il est important de souligner une accélération de la consommation puisque cet argent est fait pour être être dépensé et non économisé, stimulant ainsi le secteur indépendant. Il y a sept espaces d’échange répartis dans la ville. Les gens peuvent aussi simplement recevoir des Bristol pounds lorsqu’on leur rend la monnaie. Nous avons également commencé à faire la promotion du Bristol pound sur les salaires. À noter que vous pouvez payer un autre membre du réseau en ligne ou via un simple texto. Le réseau du Bristol pound est très large afin d’inclure toute entreprise indépendante locale. Nous nous réservons cependant le droit de refuser un membre si nous estimons que son activité sape la réputation et le fonctionnement du projet."

En Allemagne le Chiemgauer créé à Prien am Chiemsee en 2003, similaire au LETS anglais, a fait tâche d’huile en Bavière et prend une dimension de monnaie d’échange régionale. D’autres monnaies complémentaires ont également vues le jour comme le Berliner, ou les Tauschringe plus ou moins specialisés sur un type de troc ou de produits.

Partout dans le monde le système se développe : l'Italie, le Brésil, le Japon, les Etats-Unis, le Mexique, le Sénégal,la Lettonie, pour ne citer qu'eux, ont des expériences en cours de monnaies locales.

En France , de nombreuses initiatives de monnaies locales ont été lancées depuis 2010. Parmi ells on peut citer le SEL (Système d'échange local) l’équivalent diu LETS anglais ou encore le projet SOL avec sa monnaie “solidaire dématérialisée” . A Toulouse le Sol-Violette, est une "monnaie de territoire, un outil de cohésion sociale, un vecteur de création de richesses mais également d'emplois, un instrument d'échange au service du Bien ". De fait la mairie de Toulouse distribue une petite partie des prestations sociales en Sol Violette. Comme le Chiemgauer en Allemagne, le Sol Violette de Toulouse, est une monnaie fondante. Elle perde peu à peu de leur valeur au fil des mois ce qui incite à l'utiliser et à faire tourner l'économie locale. Au total une vingtaine de monnaies locales ont été crée en France : l’eusko en pays basque, le MIEL (Monnaie d'Intérêt Economique Local) à Libourne, le Bou’Sol à Boulogne sur mer, l’Elef à Chambéry, etc. Dans l'Hérault, les commerçants de Pézenas ont lancé l'Occitan, une monnaie alternative, moyen de paiement légal au même titre que les chèques déjeuners.

3 – Le revenu universel de base

http://www.dailymotion.com/video/x18ij09_le-revenu-de-base-un-nouveau-droit-humain_news

4 – une nouvelle donne démocratique, à commencer par une nouvelle constitution écrite par les citoyens et non par les partis et visant le contrôle des politiques et politiciens

https://www.youtube.com/watch?v=zjq4y6115sg&feature=youtu.be

5 – la bataille des semences qu'il faut gagner contre Monsanto par exemple ;

kokopelli mène un combat à soutenir

de même qu'il faut soutenir les initiatives de Pierre Rabhi, Semons des graines, créons l'abondance, Les incroyables comestibles; excellent documentaire en DVD de Marie-Monique Robin, Le monde selon Monsanto

6 – la bataille pour l'autosuffisance alimentaire, les circuits courts, les jardins partagés, les AMAP, une agriculture savante c'est-à-dire éminemment écologique; voir l'excellent documentaire de Marie-Monique Robin sur Les moissons du futur

7 – les changements dans les habitudes de transport, les habitudes alimentaires, vestimentaires, dans l'aménagement urbain, dans l'habitat

les habitats verticaux

http://www.village-vertical.org/

http://www.lexpress.fr/region/aquitaine/begles-invente-le-lotissement-vertical-modulable_1264436.html

8 – la bataille pour l'autosuffisance énergétique, la réduction par chacun de son empreinte carbone

aller à 25 minutes de ce JT de France 2

http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-lundi-7-juillet-2014_636065.html

les incroyables comestibles

https://www.facebook.com/lesincroyablescomestiblesmenetousalon?fref=ts

c'était un peu ce que la liste Avec vous maintenant voulait pour Le Revest en 2008 avec le village éco-citoyen, non ?

http://avecvousmaintenant.free.fr/IMG/pdf/projet_avm_vers4.pdf

on n'avait peut-être pas trouvé la bonne communication

autres liens

le mouvement des colibris,

http://www.colibris-lemouvement.org/

semons des graines, créons l'abondance

https://www.facebook.com/SemonsDesGrainesCreonsLabondance?fref=ts

les moissons du futur

et quantité d'autres initiatives

la guerre des graines :

http://blog.francetvinfo.fr/guerre-des-graines

barometredudeveloppementdurable.org

Terre de liens

Pierre Rabhi, la sobriété heureuse, au nom de la terre

https://www.facebook.com/pages/Pierre-Rabhi/148621088294?fref=ts

Patrick Viveret, les dialogues en humanité

https://www.facebook.com/patrick.viveret?fref=ts

les campagnes à la ville

bien sûr il faut une école nouvelle qui s'appuie sur l'initiative des jeunes

je me dis des fois que nous gaspillons une partie de notre énergie à des choses nécessaires et futiles (gagner sa vie, c'est-à-dire la perdre) qui ne nous enthousiasment guère

alors que du changement durable est possible à hauteur d'homme, à proximité, qui donne du bonheur

Jean-Claude Grosse

Lire la suite

L'État et les banques, les dessous d'un hold up historique

26 Septembre 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

L'État et les banques,

les dessous d'un hold-up historique

par Myret Zaki et Etienne Chouard

 

N'est-il pas évident que ces joueurs cyniques que sont devenus les banquiers méritent que leurs pratiques soient jugées d'où la nécessité d'une commission Pecora ayant pouvoir pour poursuivre judiciarement ?

N'est-il pas évident qu'il faille annuler toute la dette liée à ces pratiques, la dette honteuse liée aux pratiques d'usuriers des banquiers ?

N'est-il pas évident qu'il faille séparer banques d'affaires et banques de dépôts ?

N'est-il pas évident que l'État doit retrouver sa souveraineté monétaire ?

 

Lire la suite

Comprendre notre dette

6 Décembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

 

on trouvera sur ce blog nombre d'articles sur la dette permettant de ne pas être pris pour des gogos par tous les hommes politiques au service de tous les financiers

il ne faudra pas se plaindre dans quelques semaines ou quelques mois quand les tempêtes naturelles et humaines enfonceront nos portes et videront nos portefeuilles.


Je viens de recevoir Envol, mensuel de la Fédération des œuvres laïques de l'Ardèche (décembre 2011), qui continue son remarquable travail de conscientisation citoyenne, comme on dit, mais ici le mot "citoyen" a son plein sens.
J'y ai trouvé, entre autres, un long mais clair et pertinent article sur la dette publique, signé Jean-Marc Gardès.
Pour nous en tenir seulement aux mécanismes de financement de la dette, j'en extrais rapidement ces données que tout citoyen devrait connaître. Mais il est vrai que du côté du pouvoir et des médias à la solde du capital, ces données sont constamment déformées, brouillées, occultées, afin de justifier la politique d'austérité et les énormes cadeaux faits au capital.
 
- "Jusque dans les années 1970, l'État finançait son déficit essentiellement par des fonds que lui procurait la Banque de France ; ceci, à des taux faibles, voire nuls. Le recours aux banques et institutions financières était réservé aux investissements de l'État (constructions d'écoles, infrastrutures...) et les titres de ces emprunts émis à taux fixes, ne pouvaient servir à la spéculation."
- Le processus de soumission de l'État français aux marchés financiers va commencer à partir de la décision américaine de supprimer la parité entre le dollar et l'or.
- La loi Pompidou (Rotschild) - Giscard du 3 janvier 1973, modifiant les statuts de la Banque de France, interdit à l'État l'accès direct à la création monétaire de la Banque de France et l'oblige à emprunter auprès des banques privées.
- L'article 104 du traité de Maastricht interdit toute possibilité pour l'État de faire appel à la Banque de France ; le traité impose les fameux critères de convergence (déficit public inférieur à 3% du P.I.B et dette publique inférieure à 60% du P.I.B). Il est vraiment intéressant de voir qui a appelé à approuver ce traité, ratifié de justesse par référendum en 1992,
- L'article 123 du traité de Lisbonne (2008) reprend cet article 104, ainsi qu'une disposition du traité de Constitution européenne (rejeté par le peuple français en 2005), interdisant à la Banque Centrale Européenne d'accorder tout crédit aux États et administrations publiques.
 
Ainsi, privé de financement auprès de la Banque de France et de la Banque Centrale Européenne, les états ne peuvent qu'emprunter auprès des "marchés financiers" et des banques privées, qui fixent leurs taux d'intérêt en fonction des notes attribuées aux états par les agences de notation !
Le déficit public est dorénavant uniquement financé par la dette (les emprunts faits par l'État auprès des banques privées et "marchés financiers", friands des lourds intérêts inhérents à ces opérations).
Paradoxe (apparent) des paradoxes, les "marchés financiers" et banques privées prêtent à l'État à un taux bien plus élevé que celui que leur accorde la Banque Centrale Européenne, auprès de laquelle ils empruntent ce qu'ils vont ensuite prêter à l'État !
 
Merci à ENVOL pour cet indispensable travail d'information !
 
On attend toujours l'autocritique des politiques, ceux de l'actuelle majorité comme ceux de l'actuelle opposition, qui ont appuyé la ratification du traité de Maastricht, qui ont approuvé le projet de constitution européenne et qui ont accepté la ratification du traité de Lisbonne. C'est bien pourtant à cette aune que l'on devrait juger de leur aptitude à affronter la crise actuelle, en ayant le courage de reconsidérer leurs engagements mortifères.

 

René Merle

 

Dette publique et "loi Rothschild" : la cécité volontaire des médias

C'est le point aveugle du débat : la dette publique est une escroquerie ! En cause, la loi Pompidou-Giscard de 1973 sur la Banque de France, dite "loi Rothschild", du nom de la banque dont était issu le président français, étendue et confortée ensuite au niveau de l'Union européenne par les traités de Maastricht (article 104) et Lisbonne (article 123).

D'une seule phrase découle l'absolue spoliation dont sont victimes 99% de la population : "Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France".

En clair et pour faire simple, la Banque de France a désormais interdiction de faire crédit à l’État, le condamnant à se financer en empruntant, contre intérêts, aux banques privées, au lieu de continuer à emprunter sans intérêt auprès de la banque de France qui lui appartient. Depuis l'application de ce principe, la finance et son infime oligarchie donnent la pleine mesure de leur asservissement des peuples, en une spirale exponentielle d'accroissement des inégalités.

Le pouvoir est désormais aux mains des créanciers privés, qui l'exercent au bénéfice exclusif d'intérêts particuliers, quand la puissance publique a renoncé à son devoir de protéger l'intérêt général. La démocratie, étymologiquement pouvoir du peuple, est morte. On le voit en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France...

Qui gouverne ? "La troïka" - Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne - resserrant toujours davantage son emprise jusqu'à l'étranglement des peuples. Et l'on pérore sans fin sur les plateaux de télévisions, sur les ondes et dans les colonnes de la presse sur "l'insupportable fardeau de la dette", "la France en faillite", "les nécessaires sacrifices", que "nous ne pouvons pas continuer à vivre au-dessus de nos moyens" et que, d'ailleurs, "les Français l'ont compris".

Silence médiatique

Inlassable propagande des conservateurs-libéraux ? Bien sûr, mais relayée par le silence complice des médias. Et c'est ainsi que s'imposent dans l'opinion les apparentes évidences biaisées qui prétendent l'austérité inéluctable, contre la justice et l'intelligence. Deux ans d'austérité en Grèce déjà, pour quel résultat ?

Avec toujours la même justification simpliste et manipulatrice, résumée par la question posée par un journaliste d'Europe 1 à Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle : "Mais comment des pays européens endettés peuvent-ils faire autrement pour réduire leurs déficits ?"

Un graphique pour illustrer le propos, qui montre l'hallucinante évolution de la courbe de la dette publique.

 

dette-france-52908.jpg

 

 

"Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts", résume Mai68.org. Faisons la soustraction : sans les intérêts illégitimes encaissés par les banksters financiers privés, la dette publique française se serait élevée, fin 2008, à 21,4 milliards d'euros - au lieu de 1327,1 milliards ! Un escroc peut-il rêver pareil butin ? Et personne ne dénonce jamais ce scandale absolu ! A part Mélenchon et l'extrême droite - qui ne le fait que par opportunisme, étant entendu qu'elle a toujours été au service zélé du capitalisme libéral et ne remettra donc jamais en cause son empire...

Mais les éminents confrères ? Les Calvi, Barbier, Demorand, Joffrin, Aphatie, Bourdin, Pujadas ou qui savons-nous encore ? Ceci ressemble bien à une omerta. Et à une honteuse trahison de leur mission d'informer.

 


 

Lire la suite

Gene Sharp/De la dictature à la démocratie

17 Mars 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

Le gourou des révolutions arabes
biblioObs, Le Nouvel Obs [16/03/2011]
Avec un petit bouquin de 130 pages, Gene Sharp, ancien professeur à Harvard, a inspiré bon nombre d'insurrections pacifiques, d'Ukraine en Birmanie. Il serait aujourd'hui le théoricien des soulèvements arabes.

 

Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie", l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa)  
Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie",
l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa)

 

On raconte que les photocopies d’un livre circulaient sur la place Tahrir du Caire, pendant le grand sitting où la foule enjoignait Moubarak de dégager. Il s’agissait de «De la dictature à la démocratie», de l’Américain Gene Sharp. Le vieux prof de Harvard, aujourd’hui retraité, explique qu’il s’agit plus d’un «livret» que d’un livre. Il fait tout de même 137 pages. Les universitaires, déformation professionnelle, surestiment souvent les capacités de lecture des hommes du commun.

 

Cent trente-sept pages pour dire quoi? «De la dictature à la démocratie» se présente comme un manuel de révolution non-violente. Les chapitres s’intitulent «Faire face avec réalisme aux dictatures», «les Dangers de la négociation», «l’Application de la défiance politique» ou «Désintégrer la dictature». Ils composent un exposé méthodique et systématique de la marche à suivre pour piétiner un tyran, du premier rassemblement insurrectionnel improvisé à la rédaction d’une nouvelle constitution.

 

Gene Sharp puise autant ses sources dans l’histoire que dans les livres. Il cite Aristophane, Aristote, Machiavel, jusqu’au très pointu Karl Deutsch, qui utilisa les modèles cybernétiques pour théoriser les sciences sociales. On trouve un sage chinois, aussi: la fable du «Maître Singe», contée par Liu-Ji au XIVème siècle, qui montre une horde de singes cessant d’aller cueillir des fruits pour le compte d’un vieux tyran. Sharp dresse des typologies d’actions non-violentes, distinguant les «méthodes de protestation et de persuasion» (il y en a 54, parmi lesquelles on notera les «prix satiriques», les «gestes grossiers», les «fausses funérailles» ou les «visites récurrentes à un fonctionnaire») des «méthodes de non-coopération» (il en dénombre 107; on retiendra la «grève du sexe»).

Sur la place Tahrir (Sipa)
Sur la place Tahrir, au Caire, en janvier dernier. (Sipa)

 

Il y a aussi les méthodes d’intervention, mais les révolutionnaires que ça intéresse auront plus vite fait de se reporter directement à la source. Précisons toutefois qu'on lit «De la dictature à la démocratie» comme on regarde une émission de cuisine: ça a l’air si simple, et on sait pourtant que tout posera problème au moment de la mise en œuvre. Lorsque Gene Sharp énumère par exemple les faiblesses d’un régime dictatorial, on se demande comment tant de despotes ont pu prospérer sur des bases aussi friables.

 

Tout cela étant dit, ce «livret» a-t-il vraiment servi de livre de chevet aux artisans du Printemps arabe, qui s’est déroulé en hiver? Beaucoup d’éléments le laissent penser. Le symbole adopté par les révolutionnaires égyptiens, le désormais fameux poing dressé, est repris de celui du mouvement Otpor, qui avait favorisé la chute de Milosevic en Serbie. Or Otpor était plus que directement inspiré par les écrits de Gene Sharp. Le jeune leader du soulèvement cairote, Ahmed Maher, a pris l’habitude de se reporter à «De la dictature à la démocratie». On notera aussi que les Frères musulmans le proposaient sur leurs différents sites internet depuis 2005.

Un chien nommé Cesar

Aujourd’hui, depuis sa maison de Boston, d’où il ne sort que très peu, Gene Sharp se dit «fier» de voir ses travaux influencer ce qui semble être un réveil démocratique du monde arabe. Il se montre néanmoins réservé quant aux chances de succès de la révolte libyenne: «Ils veulent renverser la dictature par les armes, mais c’est là que la dictature est la plus forte, déclarait-il récemment à nos confrères suisses de la TSR. Ils ont été inspirés par les autres pays arabes, mais ils n’ont pas la bonne méthode, et ils risquent fort d’échouer.» Les récents événements, à l’heure où le soulèvement se mue en guerre civile, semblent lui donner raison.

 

Sipa

 

Gene Sharp avait été pressenti pour recevoir le prix Nobel de la paix en 2009. La distinction était allée à Barack Obama, qui en tant que chef des forces armées américaines est forcément moins désigné pour devenir un héros de la non-violence. Les deux hommes partagent les mêmes ennemis: l’Iran, où Sharp était en 2008 désigné à la population comme un agent de la CIA par la propagande du régime; Hugo Chavez, qui l’accusait pour sa part d’encourager un coup d’Etat au Venezuela – Sharp lui avait alors conseillé la lecture d’un autre de ses livres, «l’Anti-Coup d’Etat».

 

Ce pousse-à-la résistance passive, qui est lu au Zimbabwe, en Birmanie ou en Russie, est pourtant un paisible vieillard, célibataire et sans enfant, qui vit quasiment reclus avec sa jeune assistante (fort jolie). Il cultive des orchidées, comme beaucoup de vieux rêveurs. Il gagatise avec son gros chien noir, qu’il a appelé… Cesar. Né en 1928, il est le fils d’un pasteur itinérant, ce qui explique sans doute qu’il n’aime pas voyager. Dans les années 1950, le jeune Gene, étudiant en sociologie à l’Ohio State University, refuse d’être enrôler en Corée. Il passe neuf mois en prison. Il développe une passion pour Gandhi, qui deviendra le principal sujet de ses recherches.

Barbouze à la cool

C'est pourtant le nom d'Albert Einstein, autre grand apôtre de la non-violence, qu’il donne à la fondation qu’il crée en 1983. Son cours intéresse alors un certain Robert Helvey, vétéran du Vietnam et attaché militaire à l’ambassade américaine de Rangoon. Helvey découvre que le refus du conflit armé n’est pas qu’une manie de «hippies à cheveux long», comme il le confie au «Wall Street Journal».

 

Le rôle de Robert Helvey est crucial: trois ans plus tard, converti à la doctrine de Gene Sharp, il a pris sa retraite, et enseigne la résistance pacifique à des guérilleros dans la jungle birmane. Il finit par convaincre son mentor de le rejoindre. Gene Sharp entre clandestinement en Birmanie par bateau, en 1992. Jusqu’à présent, ses publications sont très théoriques, et sans doute trop épaisses pour des soldats. On lui demande d’en écrire une version plus courte, et tirant plus vers le manuel. C’est ainsi que sort en 1993 «De la dictature à la démocratie».

 

Quatre ans plus tard, des copies de l’ouvrage circulent un peu partout dans les Balkans. Un groupuscule nommé «Initiative civique» le traduit et le diffuse. Il arrive entre les mains du fameux groupe Otpor, qui reçoit en plus la visite de… Robert Helvey, le barbouze sans arme qui leur donne des cours de révolution à la cool. L’activisme minutieux d’Otpor contribuera fortement au départ de Milosevic, en 2000. La carrière du livre de Gene Sharp est lancée. Les conseils qu’il dispense sont suivis à la lettre: l’universitaire préconise-t-il, au détour d’un paragraphe, qu’un mouvement démocratique soit immédiatement identifiable par une couleur? La révolution orange renverse le pouvoir en Ukraine et dérègle la balance chromatique des journaux télévisés du monde entier.


A Kiev, pendant la révolution orange. (Sipa)

 

On reprochera sans doute à Gene Sharp d’être plus un activiste qu’un penseur. Il montre en effet, dans son livre, une foi de charbonnier vis-à-vis de la démocratie, concept qu’il ne s’attache jamais vraiment à définir. Il ne semble pas être préoccupé par l’occidento-centrisme évident de sa philosophie politique. Il a une fâcheuse tendance à ignorer les limites des changements de pouvoir trop brutaux. Le «régime orange» ukrainien a ainsi fini fait preuve, avec une rapidité ébouriffante, d'un clientélisme, d'un arbitraire et d'une corruption comparables, sinon similaires, à ceux de son prédécesseur despotique. Et il paraît certain que l’avenir de la plupart des pays arabes qui se soulèvent en ce moment ne sera pas aussi fleuri qu’un bouquet de jasmin.

David Caviglioli

 

Jaric Complément d'infos

Vous ne parlez pas des livres de Gene Sharp traduits en français. En voici les références :
- "La guerre civilisée - La défense par actions civiles", aux PUG, Presses Universitaires de Grenoble 1995.
- Trois livrets parus en 2009 : "La force sans la violence", "De la dictature à la démocratie", "L'anti-coup d'Etat", publiés avec l'aide de l'Université de Grenoble et l'éditeur L'Harmattan - Paris.
- Prochainement sera publié en Français la traduction de "Waging Nonviolence Struggle" qui est la synthèse des recherches de Sharp.
Sur le même sujet :"La guerre par actions civiles - Identité d'une stratégie de défense" de Jean Marichez - La documentation française.

Il faut ajouter que "De la dictature à la démocratie" est, malgré les apparences d'américanisme que vous notez, une formidable leçon de stratégie, digne des plus grands stratèges de l'Histoire.

Je connais très bien Sharp. S'il a été activiste dans sa jeunesse, il ne l'est plus depuis longtemps et reste centré sur la
recherche.

 

Lire la suite

La route vers le Nouveau Désordre Mondial/Peter Dale Scott

9 Mars 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

Recension 4 étoiles d’un général 5 étoiles pour le livre de Peter Dale SCOTT « La route vers le Nouveau Désordre Mondial »

Grande première en France : un haut gradé de l’armée, le général 5 étoiles Bernard  Norlain publie dans la Revue Défense Nationale un article extrêmement élogieux sur le dernier livre de Peter Dale Scott "La Route vers le Nouveau Désordre mondial". Il s’agit d’un véritable pavé dans la marre hexagonale, puisque dans l’ensemble les médias français sont restés incroyablement silencieux sur cet ouvrage. La "grande muette" serait-elle finalement plus prolixe que nos journalistes ?

ReOpen911 publie ici l’intégralité de cette recension, en souhaitant qu’elle éveille l’intérêt de nos lecteurs, voire des journalistes envers un livre qui fait la lumière sur la façon dont les Etats-Unis ont été entraînés dans leurs deux derniers conflits ! Alors que le débat sur le maintien de la présence des troupes françaises en Afghanistan n’a toujours pas eu lieu malgré le désaccord de presque 70% des Français, la visibilité que donne M. Norlain à cet ouvrage constitue un véritable espoir pour tous ceux qui luttent pacifiquement contre les guerres illégales et le réarmement global qui ont cours depuis le 11 septembre 2001.

 

Recension 4 étoiles d’un général 5 étoiles pour le livre de Peter Dale SCOTT

par le général Bernard Norlain, dans la Revue Défense Nationale, N°738, du mois de mars 2011

M. Bernard Norlain est devenu général d’armée aérienne (5 étoiles) en 1990. Pilote de chasse de formation (totalisant 6 000 heures de vol), il a commandé la formation des élèves officiers de l’armée de l’Air, puis à partir de 1984, le centre d’expériences aériennes militaires et la Base aérienne 118 Mont-de-Marsan.
De 1986 à 1989, il fut chef du cabinet militaire du Premier ministre Jacques Chirac, puis de Michel Rocard. De 1994 à 96, il fut le directeur de IHEDN (l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale), un établissement public administratif français d’expertise et de sensibilisation en matière de défense, placé sous la tutelle du Premier ministre
. En 1999, M. Federico Mayor, le directeur général de l’UNESCO, lui décerne la médaille d’or Mahatma Gandhi en reconnaissance de son rôle éminent en faveur de la prévention des conflits et de la promotion d’une culture de paix. La même année, il préface le rapport Cometa (sur les OVNIS), étude à laquelle participent de nombreux militaires et scientifiques.
Membre de l’organisation internationale Global Zero Initiative, il a cosigné, le 15 octobre 2009, avec Michel Rocard, Alain Juppé et Alain Richard, une tribune dans le quotidien Le Monde pour plaider en faveur du désarmement nucléaire. Depuis juillet 2008, il est le directeur de la Revue Défense Nationale.
Distinctions : Commandeur de la Légion d’honneur ; Commandeur de l’Ordre national du Mérite ; Médaille de l’Aéronautique.
(Sources Wikipédia)

Voilà un livre passionnant, décapant, on pourrait dire terrifiant, en ce qu’il dévoile au lecteur pourtant averti les dérives et les pratiques mafieuses d’une démocratie emblématique, miroir de nos sociétés.

La thèse de l’auteur est, en gros, que la perte progressive de contrôle sur les décisions politiques majeures aux États-Unis a fait que le pouvoir a été confisqué de façon occulte, non démocratique, par des groupes de pression et que cette situation a totalement perverti le système politique américain et a notamment conduit au drame du 11-Septembre.

L’immense mérite de cet ouvrage est de s’appuyer sur un appareil de notes et de références, une bibliographie — près de 150 pages au total — très complètes et variées qui viennent étayer pas à pas la démonstration de l’auteur.

Partant d’une réflexion sur les États-Unis où les inégalités sociales, la faiblesse de la société civile au niveau fédéral, la puissance des intérêts particuliers, l’auteur, qui n’est pas particulièrement un néoconservateur, mais plutôt un libéral, tendance gauche, dresse un tableau saisissant de ce qu’il appelle l’État profond et de son processus historique où les pouvoirs secrets verticaux se sont emparés de la conduite de l’action publique, et où la prise de décision politique à huis clos accorde la priorité à la sécurité et à la préservation d’intérêts privés particulièrement ceux des exportateurs d’armements et des firmes pétrolières.

Son analyse est particulièrement pertinente et convaincante dans sa description de la politique du trio Nixon-Kissinger-Rockefeller, censée contrer les progressistes et qui a conduit à renforcer les mouvements réactionnaires islamistes, mais aussi à soutenir les intérêts des pétroliers. Il met en évidence le rôle de Nixon ou plutôt sa paranoïa dans la dégradation du processus bureaucratique et démocratique de mise en œuvre de la politique et dans l’amplification du pouvoir secret. En passant il faut noter une analyse intéressante du Watergate.

À ce stade apparaît le couple diabolique, aux yeux de l’auteur, Cheney-Rumsfeld et son implication dans la planification du projet ultrasecret de Continuité du Gouvernement (COG) qui cacherait, selon l’auteur, un programme de prise de pouvoir illégal et dont il traite longuement à propos du déroulement des événements du 11-Septembre pour expliquer certaines incohérences dans la version officielle. Il continue sa démonstration avec Ford-Rumsfeld-Cheney, le virage vers le conservatisme et le début de l’envol des budgets de défense. On parle de la BCCI. Puis l’ère Carter-Brzezinski et l’Irangate. Enfin Reagan, Bush et le triomphe des néocons et du couple Cheney-Rumsfeld. Comment ils ont préparé le renversement de Saddam Hussein et comment ils doivent être considérés comme suspects dans le procès des responsables du 11-Septembre.

En conclusion ce livre démêle les intrigues et l’écheveau d’imbrications et de liens, souvent occultes, entre tous les acteurs de ce théâtre d’ombres. On y parle beaucoup de la CIA, en particulier de la collusion historique entre la CIA et l’ISI pour le soutien à l’islamisme dur et aux trafiquants de drogue. Il décrit le long cheminement vers le 11/9. Plus largement ce livre critique le projet américain de domination mondiale, s’appuyant sur une machine de guerre hors de contrôle, et dont la recherche d’ordre et de sécurité produit un désordre et une insécurité accrue. Il s’agit de comprendre comment nous sommes arrivés au désastre du nouveau désordre mondial.

Vous l’aurez compris ce livre est passionnant, particulièrement en ces temps de Wikileaks. Mais le lecteur armé de son sens critique ne manquera pas de relever le caractère partisan de cet ouvrage ; ce qui fait son charme, mais ce qui peut gêner surtout quand la thèse du complot émerge ici ou là.

À ces restrictions près, cet ouvrage étonne par son originalité et sa puissance d’analyse. Il devrait être un ouvrage de référence pour tous les défenseurs de l’État de droit et pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de nos démocraties.

Bernard Norlain
 

Lire la suite

Actualité de La grève de masse de Rosa Luxembourg

24 Décembre 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

Je mets en ligne cet article et cette vidéo de Solidarité et Progrès. Ce sont des analyses très claires.
Lire aussi cet article sur la faille de Marx:
composition technologique du capital contre composition organique.
Et mon analyse critique de cet article.
grossel


 

La Grève de masse de Rosa Luxemburg
et son actualité aujourd’hui
30 septembre 2009

 
 
De mémoire récente, la seule expérience des populations occidentales avec le ferment de grève de masse est la série de révolutions qui ont mené à la chute du mur en 1989. Des centaines de millions de gens sont descendus dans la rue et ont renversé en l’espace de quelques mois seulement les régimes socialistes d’Europe centrale. Ces événements avaient été anticipés un an plus tôt par l’économiste politique américain Lyndon LaRouche, lors d’une conférence de presse à l’Hôtel Kempinski de Berlin le 12 octobre 1988. Les raisons qu’il avait évoquées étaient de nature économique, l’Union soviétique ayant rejeté l’offre de l’administration Reagan pour une mise en œuvre conjointe de l’Initiative de défense stratégique, et s’étant lancée à corps perdu dans un processus d’accumulation primitive à l’encontre des peuples qui lui étaient assujettis.

LaRouche avait également affirmé, après la chute du mur, que l’« autre chaussure allait tôt ou tard tomber en Occident ». Après avoir pillé les pays du Tiers Monde, la Cité de Londres et ses satellites se sont maintenant rabattus, comme l’avait fait l’Union soviétique au cours des années 80, sur des méthodes d’accumulation primitive contre les peuples occidentaux plus ou moins épargnés jusqu’à présent.

Qui était Rosa Luxemburg ?

De la même manière, l’autorité de Rosa Luxemburg sur la question de la grève de masse est liée à son rôle en tant que dirigeante politique et à sa compétence en tant que l’un des rares grands économistes politiques des 150 dernières années. Elle avait compris que l’émergence de grèves de masse était, sous certaines conditions économiques et historiques, inévitable.

Née en 1871, troisième muse polonaise avec la claveciniste Wanda Landowska et la physicienne Marie Curie, Rosa Luxemburg était un économiste brillant, l’une des rares à critiquer Marx non pas d’un point de vue idéologique mais de celui de la recherche de la vérité. Elle était également une personnalité politique majeure à une époque où les femmes n’avaient même pas le droit de vote.

Luxemburg fonda la Ligue Spartacus en 1914, en s’opposant résolument au soutien des sociaux-démocrates à la Première guerre mondiale, puis le Parti communiste allemand en décembre 1918, lorsqu’il devint évident que la social-démocratie allait trahir de nouveau la classe ouvrière. Lors de la vague de grève de masse qui éclata en Allemagne au lendemain de la Guerre, elle fonda avec Karl Liebknecht le Drapeau rouge (Rote Fahne), afin d’orienter le mouvement. Elle et Liebknecht furent assassinés par des miliciens d’extrême-droite le 19 janvier 1919, avec la complicité de certains sociaux-démocrates exerçant alors le pouvoir.

Rosa Luxemburg fut l’auteur de plusieurs études économiques d’envergure et de centaines d’articles touchant à la politique et à l’économie. Son essai de 1906, Grève de masse, parti et syndicat est une œuvre prémonitoire, résultant de son étude des conséquences économiques et politiques de l’impérialisme de la fin du XIXe siècle.

Dans une récente discussion concernant la mobilisation d’août aux Etats-Unis contre le projet de réforme de la santé du Président Obama, l’économiste américain Lyndon LaRouche faisait part de son estimation selon laquelle on assistait aux premières manifestations d’une grève de masse, au sens strict où l’entendait Rosa Luxemburg dans son essai.

Il ne s’agit pas ici de sémantique, ni d’un échange de rhétorique entre professeurs de Sciences politiques, mais d’une question urgente : la survie même des nations europénnes et des Etats-Unis dépend d’une mobilisation sans précédent de ses populations – en fait, d’une grève de masse. Mais quelles sont les conditions nécessaires à son émergence ?

Bien que les conditions économiques, sociales et culturelles ne soient pas identiques aujourd’hui aux Etats-Unis et en Europe à celles qui prévalaient en 1906 en Russie, en Pologne et en Allemagne lorsque Rosa Luxemburg écrivit son essai, les similarités sont plus importantes que les différences. Une grève de masse se déclenche pour des raisons qui sont historiquement spécifiques, certes, mais toujours parce qu’un peuple prend soudainement conscience que son existence même, que tout ce qui compte pour lui est menacé.

Ce n’est pas par hasard si LaRouche, pour qui l’économie doit toujours être vue comme un processus physique, a compris, comme Rosa Luxemburg en son temps, que la grève de masse une fois déclenchée est une force physique qui peut devenir irrésistible.

Pour toutes ces raisons, Luxemburg voyait la grève de masse comme un phénomène scientifique, et décriait les apprentis sorciers parmi les dirigeants de la gauche de son époque, qui prétendaient pouvoir déclencher voire interdire la grève de masse : « C’est sur le même terrain de la considération abstraite et sans souci de l’histoire que se placent aujourd’hui d’une part ceux qui voudraient déclencher prochainement en Allemagne la grève de masse à un jour déterminé du calendrier, sur un décret de la direction du Parti, et d’autre part ceux qui, comme les délégués du Congrès syndical de Hambourg, veulent liquider définitivement le problème de la grève de masse en en interdisant la ‘propagande’. L’une et l’autre tendances partent de l’idée commune et absolument anarchiste que la grève de masse n’est qu’une arme purement technique qui pourrait à volonté, selon qu’on le juge utile, être ‘décidée’ ou inversement ‘interdite’, tel un couteau que l’on peut tenir fermé pour toute éventualité dans la poche ou au contraire ouvert et prêt à servir quand on le décide. » [1]

Massenstreik (Grève de masse, parti et syndicat), édition allemande de 1919, publiée à Leipzig
En 1906, lorsque Luxemburg écrivit Grève de masse, parti et syndicat, nul n’ignorait les évènements révolutionnaires en Russie de 1905, mais c’est Luxemburg qui prit la peine d’en élucider les causes tant économiques que politiques : « Si le déclenchement des grèves dépendait de la ‘propagande’ incendiaire des ‘romantiques de la révolution’ ou des décisions secrètes ou publiques des Comités directeurs, nous n’aurions eu jusqu’ici aucune grève de masse importante en Russie. Il n’y a pas de pays où l’on ait aussi peu pensé à ‘propager’ ou même à ‘discuter’ la grève de masse que la Russie. (…) La révolution russe nous apprend donc une chose : c’est que la grève de masse n’est ni ‘fabriquée’ artificiellement, ni ‘décidée’ ou ‘propagée’, dans un éther immatériel et abstrait, mais qu’elle est un phénomène historique, résultant à un certain moment d’une situation sociale à partir d’une nécessité historique ».

C’est ainsi qu’elle décrit minutieusement la multiplication de soulèvements depuis la première et apparemment « insignifiante » grève économique de 40 000 ouvriers de Saint-Pétersbourg en mai 1896 jusqu’à la « troisième grève générale de masse », à caractère politique, « qui s’étendit à l’Empire tout entier » en décembre 1905 : « La grève de masse tel que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu’il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d’application, sa force d’action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l’on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l’Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux, tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades – toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l’une sur l’autre, c’est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. »

Avec cet esprit rigoureux qui la caractérise, Luxemburg insiste qu’il n’y aura pas de Grand Soir, en tant que tel, mais que les dirigeants de la classe ouvrière se doivent d’être attentifs, sur de longs mois, souvent sur des années, à tout ces petits cours d’eau qui confluent dans l’immense fleuve de la grève de masse : « Il est absolument faux d’imaginer la grève de masse comme une action unique. (…) Si l’on considère les innombrables et différentes grèves de masse qui ont eu lieu en Russie dans la période récente, une seule variante, et encore d’importance secondaire, correspond à la définition [convenue, ndla] de la grève de masse, acte unique et bref de caractère purement politique, déclenché et stoppé à volonté selon un plan préconçu, il s’agit là de la pure grève de démonstration. (…) Toutes les autres grèves de masse partielles ou grèves générales furent non pas des grèves de démonstration mais de lutte ; comme telles elles naquirent spontanément à l’occasion d’incidents particuliers locaux et fortuits, et non pas d’après un plan préconçu et délibéré et, avec la puissance de forces élémentaires, elle prirent les dimensions d’un mouvement de grande envergure. »

La grève de masse naissante aux Etats-Unis

Depuis plusieurs mois déjà, des centaines de milliers de gens se sont précipités aux Etats-Unis à ce qu’on appelle des « town hall meetings » convoqués par les parlementaires chargés de défendre la politique de santé du Président Obama. Ces meetings sont devenus de véritables manifestations d’opposition au pouvoir en place, non pas une opposition sur un sujet particulier, mais un rejet général de sa trahison. Les revendications, à la fois précises et générales, à la fois économiques et politiques, la grande diversité dans les opinions politique et les origines sociale des citoyens, leur colère vis-à-vis de tous les partis officiels, la multitude des événements [2], tout correspond à la description qu’a faite Rosa Luxemburg de la grève de masse.

Délibérémment passés sous silence par les médias officiels, que ce soit la presse écrite ou audio-visuelle, ces évènements revêtent une couleur très particulière en raison du contexte, explosif. Après quarante années de désindustrialisation, de sous-investissement dans l’infrastructure et de paupérisation des ouvriers et agriculteurs, les américains ont subi l’éclatement en août 2007 de la bulle financière. Ensuite, le renflouement à hauteur de 24 000 milliards de dollars des banques et compagnies d’assurance par les administrations Bush et Obama, les quatres millions d’emplois perdus depuis le début de l’année 2009 et l’épuisement rapide des indemnités versées, la saisie de deux millions de propriétés et la multiplication des tent cities (des communautés de personnes ayant perdu leur logement et vivant dans des tentes) aux abords des grandes villes américaines, le nombre croissants de salariés nécessitant des coupons alimentaires pour compenser les nombreux jours de travail perdus (40% des bénéficiaires de coupons alimentaires sont aujourd’hui salariés, contre 25 % il y a deux ans), tout cela est accompagné d’un discours sur la montée des déficits budgétaires et la nécessité de mesures d’austérité encore plus draconiennes pour équilibrer les budgets.

Selon l’actuel économiste en chef du FMI, un keynésien se réclamant du « socialisme », la « stimulation » de l’économie (sous-entendu le renflouement des banques et des mesures de soutien à la consommation) n’est possible qu’en coupant massivement dans les budgets sociaux publics, et surtout dans les dépenses de santé et les retraites. Et selon le directeur général du FMI, « Keynes a fait davantage que Rosa Luxemburg pour la classe ouvrière » ! [3]

On entend souvent dire que grâce à la crise les salaires vont enfin pouvoir baisser et que la reprise sera malgré tout pauvre en emplois. Des dirigeants croulant sous les privilèges affirment que l’on peut à nouveau, comme l’avait prescrit Keynes en son temps, relancer la consommation tout en abaissant les niveaux de vie, grâce à une inflation délibérément organisée masquant la baisse des salaires réels et une bonne dose de propagande.

On voit bien ici que les contradictions sont nombreuses et que nous avons atteint les limites du système : les conditions pour l’éclosion d’une grève de masse sont aujourd’hui réunies tant aux Etats-Unis qu’en Europe.

Nos contradicteurs de tous partis politiques confondus, ceux qui insistent qu’il n’y aura jamais de grève de masse en Occident, considèrent soit que la misère n’est pas « encore » assez terrible pour que la population se soulève, soit que l’action combinée des stupéfiants et de l’industrie du divertissement l’a tellement abrutie que son énergie vitale s’est définitivement éteinte.

C’est ignorer ces périodes exceptionnelles où le citoyen se trouve soudainement en état de recevoir ce que le poète anglais Shelley appelle « des conceptions profondes et passionées concernant l’homme et la nature » ou ignorer ce que disait Rosa Luxemburg en comparant la situation de l’Allemagne à celle de la Russie : « Six mois de révolution feront davantage pour l’éducation de ces masses actuellement inorganisées que dix ans de réunions publiques et de distributions de tracts. Et lorsque la situation en Allemagne aura atteint le degré de maturité nécessaire à une telle période, les catégories aujourd’hui les plus arriérées et inorganisées constitueront tout naturellement dans la lutte l’élément le plus radical, le plus fougueux, et non le plus passif. »

Au moment où Rosa Luxemburg écrivait ces lignes, l’Allemagne entrait dans une période de transition, qui faisait suite à quinze années de relative prospérité au cours desquelles s’étaient développées de puissantes organisations syndicales. Cette éphémère prospérité avait amené les syndicats à négliger leurs responsabilités politiques, et ainsi non seulement à proclamer leur neutralité vis-à-vis du Parti social-démocrate, mais surtout à ne prendre aucunement en compte les conséquences, pour la classe ouvrière, des agissements de l’impérialisme britannique, et plus généralement, européen.

« Les fonctionnaires syndicaux, explique Luxemburg, du fait de la spécialisation de leur activité professionnelle et de la mesquinerie de leur horizon, résultat du morcellement des luttes économiques en périodes de calmes, sont devenus victimes du bureaucratisme et d’une certaine étroitesse de vues. » Elle ajoute : « Les dirigeants syndicaux en sont venus peu à peu à perdre le sens des grands rapports d’ensemble et de la situation générale. Ainsi s’explique, par exemple, que beaucoup de dirigeants syndicaux aient mis l’accent avec tant de complaisance sur les succès des quinze dernières années, sur les millions de marks d’augmentations de salaires, au lieu d’insister au contraire sur les revers de la médaille : l’abaissement simultané et considérable du niveau de vie des ouvriers, dû au prix du pain, à toute la politique fiscale et douanière, à la spéculation sur les terrains, qui fait monter les prix de manière exorbitante, bref sur toutes les tendances objectives de la politique bourgeoise qui ont partiellement annulé les conquêtes de quinze ans de luttes syndicales. »

Le niveau de vie des ouvriers allait se dégrader beaucoup plus rapidement au cours de la décennie à suivre mais la grève de masse qu’avait anticipée Rosa Luxemburg en Allemagne n’a pas eu lieu. Se serait-elle trompée ?

Non ! Ce sont les dirigeants socialistes qui, en votant le 4 août 1914 les crédits de guerre au parlement allemand et abandonnant toute opposition à la Première Guerre mondiale, ont trahi Luxemburg et les travailleurs qu’ils prétendaient représenter.

Il a fallu attendre la fin catastrophique de cette guerre, et le 9 novembre 1918, pour qu’éclate la révolution qui mit fin au règne de l’Empereur Guillaume II et jeta les bases de la République de Weimar, révolution « survenue après quatre ans de guerre, après quatre années au cours desquelles, grâce à l’éducation [4] que lui ont fait subir la social-démocratie et les syndicats libres, le prolétariat allemand a révélé une dose d’infamie et de reniement de ses tâches socialistes qui n’a son égal dans aucun autre pays ».

Donner une orientation politique générale à la grève de masse

Nous avons vu que Luxemburg parle « du degré de maturité nécessaire à une telle période ». Que veut dire « maturité » dans la situation actuelle, en 2009 ? Il s’agit non pas d’un concept « absolu » mais relatif, c’est-à-dire qui dépend de circonstances historiques spécifiques à chaque époque et aussi d’une subjectivité spécifique chez les individus susceptibles de participer à une grève de masse.

Toute la difficulté pour les dirigeants et militants politiques que nous sommes, est d’appréhender ces circonstances de « maturité » spécifiques lorsqu’elles surviennent et d’être prêts à agir avec non moins de sagesse que d’énergie le moment venu.

Cela, Luxemburg l’avait parfaitement compris, et elle l’a prouvé par ses propres actions : « Il est hors du pouvoir de la social démocratie de déterminer à l’avance l’occasion et le moment où se déclencheront les grèves de masse en Allemagne, parce qu’il est hors de son pouvoir de faire naître des situations historiques au moyen de simples résolutions de congrès. Mais ce qui est en son pouvoir et ce qui est de son devoir, c’est de préciser l’orientation politique de ces luttes lorsqu’elles se produisent et de la traduire par une tactique résolue et conséquente. »

Mais « les luttes politiques une fois ouvertes, l’objectif historique sera tout autre qu’aujourd’hui en Russie [où l’on cherchait d’abord à renverser le régime absolutiste des Tsars]. C’est justement parce qu’en Allemagne le régime bourgeois constitutionnel existe depuis longtemps, qu’il a eu le temps de s’épuiser et d’arriver à son déclin, c’est parce que la démocratie bourgeoise et le libéralisme sont parvenus à leur terme qu’il ne peut plus être question de révolution bourgeoise en Allemagne. Aussi une période de luttes politiques ouvertes n’aurait nécessairement en Allemagne pour seul objectif historique que la dictature du prolétariat. »

S’il est permis de ne pas partager les vues de Luxemburg sur la dictature du prolétariat, il est tout aussi permis de spéculer sur ce qu’aurait été le cours du socialisme, et le cours de l’histoire européenne tout court, si le grand stratège et grand économiste qu’elle était n’avait pas été assassiné en 1919. Sans doute aurait-elle été amenée à changer de vues sur la « dictature du prolétariat », sans doute aussi aurait-elle pu empêcher la prise du pouvoir par le parti National-socialiste. Et l’histoire même de la Russie socialiste aurait peut être pris un tout autre tournant que le stalinisme.

Or, de nos jours, le successeur de Luxemburg est Lyndon LaRouche ; la direction qu’il a imprimé à la lutte pour la justice sociale à travers les mouvements qu’il a inspirés aux Etats-Unis et en Europe permet d’espérer que les soulèvements de masse qui certainement auront lieu, n’iront pas se perdre dans le néant du désespoir et des provocations.

Aux Etats-Unis, ces « town hall meetings » sont les prémisses d’un processus de grève de masse qui s’étendra à tout l’Occident. Ces masses qui s’éveillent sont et seront bien obligées de s’éduquer dans le vif de l’action. D’où l’urgence de faire connaître partout le programme économique de LaRouche, objectif historique qui forcera les masses à transcender les petits égoïsmes et querelles étroites.

Dans les circonstances de 2009, après près de quarante ans de désindustrialisation dans les pays occidentaux, la réalité historique à laquelle se réfère Luxemburg lorsqu’elle parle de « dictature du prolétariat » n’existe plus, la classe ouvrière ayant été détruite. Cette fois, la grève de masse englobera la société tout entière et sans exception, à part un tout petit groupe de spéculateurs qui ont su profiter de la crise mondiale. Cette fois, la grève de masse visera – consciemment ou pas – à reconstruire une classe « ouvrière », c’est-à-dire une classe de gens qui ont du travail qualifié, des outils de production, une classe qui produit - que ce soit dans l’industrie, l’agriculture, les travaux publics, le génie civil, la santé, l’éducation … pourvu que ce travail ait une utilité sociale objective et réelle !

Pour conclure, et de façon nécessairement trop sommaire, nous en venons à des aspects de l’analyse de Luxemburg qui divergent sur des points fondamentaux soit avec Karl Marx, soit, encore, avec Lyndon LaRouche. C’est important pour comprendre la recherche de la vérité si caractéristique de Rosa Luxemburg, et dont découlait l’autorité – légitime – qu’elle exerçait tant sur les intellectuels de son époque que sur les masses.

Pour Luxemburg, la grève de masse explose en raison d’un processus inéluctable, économique et social, que décrit la « loi générale de la diminution tendancielle du taux de rendement » de Marx. Elle l’explique ainsi dans L’accumulation du capital : « La partie du capital constant [que nous appellerons ici les machines pour simplifier, ndla] qu’oublie régulièrement l’économie classique croît constamment par rapport à la partie variable, dépensée en salaires. Ce n’est là que l’expression capitaliste des effets généraux de la productivité croissante du travail. (…) La reproduction élargie doit par conséquent non seulement commencer avec la division de la partie capitalisée [nous dirions aujourd’hui réinvestie, ndla] de la plus-value en capital constant et en capital variable, mais encore cette division doit, au fur et à mesure du progrès technique de la production, comporter une part relativement de plus en plus grande pour la partie constante du capital, et une part relativement de plus en plus petite pour la partie variable. »

Or, et c’est là où LaRouche corrige Marx sur cet aspect absolument fondamental, ce taux de rendement ne va baisser mécaniquement que lorsque la société comme un tout, ainsi que l’entrepreneur individuel, décident de laisser stagner, voire carrément interdire, les investissements dans la recherche fondamentale et la technologie. Le mouvement dit « écologiste », instrument des cartels financiers, a créé les conditions pour l’application de cette politique malthusienne dans le monde occidental, depuis quarante ans.

Contrairement à ce que Marx aurait pensé, ce n’est pas la multiplication des machines (ce qu’il appelait le capital constant) qui a tari le taux de rendement des dernières décennies, mais plutôt la rente financière associée à une expansion cancéreuse de « capitaux fictifs », formés grâce à l’extrême complaisance des organismes d’émission monétaire et bancaires. Dans nos entreprises actuelles, la pression de la finance mondiale s’exerce aujourd’hui tant au détriment du capital constant (sous investissement dans l’équipement et la recherche), que du capital variable (baisse des salaires réels, augmentation des cadences, détérioration des conditions de travail), permettant même aux actionnaires de bénéficier de taux de rendements supérieurs à la normale : c’est pourquoi nous pouvons ici parler d’« accumulation primitive du capital », dans le sens où les profits sont accumulés sous forme de richesse brute sans déduction adéquate des coûts liés à la production, c’est-à-dire au détriment de l’avenir.

Dans L’accumulation du capital, Rosa Luxemburg explore certaines contradictions dans l’analyse de Marx, notamment l’apparente impossibilité pour le capitaliste de vendre sa production de manière à payer les nouveaux investissements nécessaires à l’expansion de la production. Elle fait remarquer que malgré cette impossibilité toute théorique, selon le schéma de Marx, de l’accumulation de capital, ce phénomène eut bel et bien lieu tout au long de l’histoire du capitalisme, l’attribuant malheureusement à tort à des méthodes d’accumulation primitive.

Elle fut également amenée à considérer la possibilité que la loi générale de Marx ne corresponde pas à la réalité des faits. Au chapitre 25 de L’accumulation du captial « Les contradictions du schéma de la reproduction élargie », elle écrit :

« La productivité croissante du travail fait que le volume de moyens de production s’accroît plus rapidement que leur valeur, en d’autres termes le prix des moyens de production diminue. Comme il s’agit, dans les progrès de la technique, non pas de la valeur [monétaire] mais de la valeur d’usage, c’est-à-dire des éléments matériels du capital, on peut supposer que malgré le déficit en valeur, il y a jusqu’à un certain point une quantité suffisante de moyens de production pour poursuivre l’accumulation. C’est le même phénomène qui par exemple freine la baisse du taux de profit pour n’en faire qu’une baisse tendancielle. Dans notre exemple pourtant, la baisse du taux de profit ne serait pas freinée mais totalement stoppée. » (Passage souligné par nous.)

Si Luxemburg a effectivement reconnu que seul le progrès technologique permet aux travailleurs de se former et de se qualifier, elle pensait néanmoins que l’augmentation inévitable et incessante du coût des machines finirait par peser sur les salaires et les conditions de travail et qu’il suffirait, pour rétablir la justice sociale, de socialiser les moyens de production. L’histoire économique des Etats-Unis jusqu’à la fin des années soixante, les succès du Commissariat au plan du Général de Gaulle, aboutissant aux « trente glorieuses », de même que l’évolution subséquente des pays socialistes, prouvent le contraire.

Le même type d’erreur affleure dans ses études, pourtant extrêmement poussées, du phénomène des économies impérialistes et du colonialisme. Pour elle, c’est « la baisse du taux de rendement » et la nécessité de monétiser les excédents de production en ayant recours à un système de prêts internationaux, qui poussaient les « capitalistes » à exploiter de la sorte les nations sous-développées. Contrairement à LaRouche, Luxemburg n’avait pas su identifier l’origine du problème : il s’agissait des pressions exercées par un cartel financier directement associé, depuis la fin du XVIIème siècle, à la Banque d’Angleterre et qui a su tantôt s’arroger, tantôt tenir d’une main de fer, le contrôle sur l’émission monétaire. [5] Aujourd’hui, ces méthodes impérialistes jadis infligées au « Tiers Monde » sont imposées de manière tout aussi impitoyable aux populations occidentales.

Le mérite de Luxemburg reste toutefois d’avoir précisément cherché le fil conducteur, le facteur universel et nécessaire d’un point de vue scientifique, qui tisse ensemble ces formes en apparence si diverses d’injustice sociale.

En 2009, la pérennité de l’espèce humaine est menacée à très court terme par la destruction des moyens mêmes d’existence qu’a provoquée ce système usurier. Obscure ou pas, la conscience de la réalité de cette menace déclenchera la grève de masse, et de cela, nous pouvons en être sûrs. Pour nous qui sommes dirigeants et militants politiques, la principale orientation stratégique à donner à cette gigantesque vague qui se soulève est d’en finir avec ce « privilège des privilèges » de l’émission monétaire dont jouissent actuellement des intérêts privés.

L’émission monétaire doit redevenir un service véritablement public, entre les mains des seuls gouvernements souverains. Ainsi que l’explique LaRouche, il s’agit maintenant de passer d’un système monétaire privé à un système de crédit public, qui sera dirigé par les Etats en priorité vers les grands investissements dans la production sans lesquels l’humanité n’a pas d’avenir. Le véritable fondement de ce système est l’essor des capacités créatrices de chaque être humain dont l’économie a pour objet d’organiser le financement, à l’opposé de l’accaparement monétariste du système actuel.

Benoit Chalifoux


Vidéos :

 

Rosa, la vie

 
Lettres de Rosa Luxemburg, choisies par Anouk Grinberg
traduites par Laure Bernardi et Anouk Gringberg
249 pages
France culture, Les Editions de l’Atelier

Ce « petit recueil », composé presque entièrement de lettres écrites de prison, où Rosa s’est trouvée enfermée pendant trois ans pour s’être opposée à la Première Guerre mondiale, est un témoignage de premier plan de ce que c’est qu’être touché par la grâce, être mu par un amour indéfectible pour l’humanité. Car c’est bien cela que doit refléter tout engagement politique, au-delà de tous les clivages idéologiques.

Ce recueil est également le livre de chevet idéal du militant, car Rosa nous y donne une incroyable leçon de courage et de persévérance, indispensable pour toute personne engagée à contre-courant dans un combat à long terme et se trouvant confrontée à l’adversité la plus extrême. Car Rosa est une amie franche et sincère, se livrant entièrement à nous comme le ferait un grand artiste, partageant avec nous ses états d’âme tout en demeurant, avec la plus grande sensibilité, à l’écoute des nôtres. Elle n’hésite pas non plus à partager avec ses amis le secret de sa grande persévérance.

Dans une lettre à Mathilde Wurm, une copine de jeunesse qui s’est ensuite détachée d’elle pour rejoindre le clan du compromis alors à la tête de la social-démocratie, Rosa y va de sa franchise légendaire : « Je tiens à répondre sur le champ à ta lettre de Noël, avant que ne retombe la colère qu’elle a fait naître en moi. Oui, ta lettre m’a mise en rage, parce que si courte soit-elle, chaque ligne montre à quel point tu es retombée sous l’emprise de ton milieu. Ce ton geignard, et ces jérémiades à propos des "déceptions" que vous auriez subies, imputables aux autres soi-disant, alors qu’il vous suffirait de vous regarder dans une glace pour y voir la réplique la plus parfaite de ce que l’humanité a de plus pitoyable ! (…) Fais donc en sorte de rester un être humain. C’est ça l’essentiel : être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui, calme, envers et contre tout, car gémir est l’affaire des faibles. Etre humain, c’est s’il le faut, mettre gaiement sa vie tout entière "sur la grande balance du destin", tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage. »

Dans une autre lettre à Mathilde, elle nous livre le fond de sa pensée : « Toute ton argumentation contre ma devise : je suis là, je ne puis agir autrement ! revient à dire : tout cela est bien beau, mais les hommes sont trop lâches et trop faibles pour un tel héroïsme, ergo, adaptons notre tactique à leur faiblesse et au principe : chi va piano, va sano. Mon petit agneau, quelle vision étriquée de l’histoire ! Il n’y a rien de plus changeant que la psychologie des hommes. D’autant que la psyché des masses renferme toujours en elle, comme Thalassa la mer éternelle, toutes les possibilités latentes : un calme de mort et la tempête furieuse, la lâcheté la plus vile et l’héroïsme le plus fou. La masse est toujours ce qu’elle doit être, selon les circonstances historiques, et elle est toujours sur le point de devenir tout à fait autre que ce qu’elle paraît être. (…) Ma petite fille, "être déçu par les masses", pour un dirigeant politique, c’est comme un zéro pointé. Un dirigeant de grande envergure ne règle pas sa tactique sur l’humeur momentanée des masses, mais sur les lois d’airain de l’évolution ; il s’en tient à sa tactique, en dépit de toutes les déceptions, et pour le reste, il laisse l’histoire tranquillement mener son œuvre à maturité. »

Rosa pouvait aimer l’humanité, car elle avait une grande connaissance de l’histoire de la pensée humaine. Ses lettres nous montrent à quel point elle aimait les arts, en particulier la littérature et le théâtre. Elle connaissait presque par cœur toutes les pièces de Shakespeare, de Goethe et de Schiller, et ses amis lui faisaient parvenir les romans publiés par les principaux auteurs de son époque. Sa grande connaissance de la botanique lui permettait de suivre avec la plus grande attention le déroulement des saisons, et elle pouvait décrypter avec beaucoup de sensibilité le chant des oiseaux, nouant une amitié des plus intimes avec ceux qui venaient la visiter régulièrement à la fenêtre de sa cellule.

Ainsi, à travers ses lettres, Rosa nous donne une magistrale leçon dans l’art de vivre, c’est-à-dire dans l’art d’agir et d’être.

Le recueil d’Anouk Grinberg permet au citoyen d’aujourd’hui de se libérer de l’emprise du carriérisme et du repli sur soi, et de se réconcilier avec le véritable engagement politique, celui qui vise à changer le monde « envers et contre tout », sans jamais perdre de vue l’intérêt de tous. Le livre contient également un CD, sur lequel a été enregistré le spectacle créé par Anouk Grinberg à partir de quelques-unes des lettres de Rosa.

B.C.

Notes

1. Les citations sur la grève de masse utilisées dans cet article proviennent de la traduction en français disponible ici : http://marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve.htm.

2. Entre 200 et 3000 citoyens se rendent à chacun des nombreux « town hall meetings » convoqués par leur député pour discuter du projet de réforme de la santé du Président Obama. Des dizaines de milliers, ou même des centaines de milliers d’américains ont par ailleurs participé, la plupart d’entre eux pour la première fois de leur vie, à diverses manifestations au cours de la même période.

3. Les deux prétendus socialistes en question sont Olivier Blanchard et Dominique Strauss Khan, respectivement économiste en chef et directeur général du Fonds monétaire international. La citation de Strauss-Kahn est tirée d’un discours à l’Assemblée nationale, en 1999.

4. Rosa Luxemburg utilise ici le terme « éducation » avec sarcasme, afin de marquer son désaccord avec les faux semblants des dirigeants de la social-démocratie. Citation tirée de son discours au Congrès de fondation du Parti communiste allemand (Ligue Spartacus) le 31 décembre 1918.

5. Ici aussi, Luxemburg était partagée entre son adhésion à la loi générale de Marx et son intuition concernant l’existence d’un courant impérialiste permanent, transcendant les divers systèmes d’organisation économique. Dans L’accumulation du capital, elle consacre le chapître 30 au caractère usurier des prêts internationaux accordés par les impérialistes anglais à des pays comme l’Egypte à la fin du XIX e siècle.

Lire la suite

identité toi-même

7 Décembre 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

 Identité



Ma seule contribution, cher Benoist, va porter sur deux choses, mais d'abord merci pour ces Echos logiques (et très raisonnables...).

1. L'expression "fier d'être français" témoigne de la part de celui qui l'utilise de son ignorance du sens des mots en langue française, ce qui serait savoureux si ce n'était surtout grotesque ; on ne peut être "fier" que de ce dont on est, au moins partiellement, responsable : je peux être fier d'avoir tenu un engagement difficile, d'avoir réussi une épreuve quelconque grâce à mes efforts, etc. ; en aucun cas, je ne peux être "fier" d'une situation (être français) qui n'est que le résultat d'une très longue série de causalités (ce qu'on appelle le hasard) qui m'échappent complètement. Certes, quand je regarde les conditions d'existence de l'immense majorité des hommes et des femmes de cette planète, je suis plutôt content d'être français, mais je ne saurais en aucun cas en être fier.
Paradoxalement, et c'est ce que ne voient pas nos ignorants grotesques du sens des mots, les seuls qui peuvent légitimement se dire "fiers d'être français" sont tous ceux qui ont réussi, voulant échapper à la misère, aux persécutions de dictatures, aux tortures, et au prix de souffrances et d'épreuves considérables (les trois jours et quatre nuits passés par le père kurde d'un de mes élèves coincé sous la banquette arrière d'une camionnette sans boire ni manger pour traverser clandestinement les frontières et échapper aux geôles turques...) : effectivement, ceux-là, oui, peuvent être fiers d'être devenus français et d'avoir réussi à assurer un avenir à peu près correct à leurs enfants (Yavuz, le fils, bac avec mention, aujourd'hui informaticien).

2. Mon nom me trahit : DEFRANCE, descendant des envahisseurs immigrés de l'est, il y a déjà quelque temps, installés initialement dans la plaine de France au nord de l'actuel Paris, libres par rapport à l'empire romain ("francs") ; et je suis, disons... plutôt content de porter ce nom, (France était le prénom d'une de mes grands-mères : France Langhade épouse, Defrance) parce qu'il rassemble en lui seul les deux concepts de vérité (quelqu'un qui dit la vérité est qualifié de "franc") et de liberté (ce qu'on retrouve dans "commerce en franchise", "Franche-Comté", etc.) : il n'y a pas de liberté sans vérité, ni de vérité sans liberté - vérité et liberté piétinées par l'innommable Besson, mais qui n'est en lui-même qu'un épiphénomène dérisoire et grotesque (mais aussi malfaisant).
Seule ombre au tableau à propos de ce patronyme : s'il se rencontre le plus fréquemment dans l'Yonne (mon grand-père était d'Auxerre), c'est parce que, à une époque où il n'y avait pas encore de nom à proprement parler mais des prénoms, on appelait souvent les gens par leur origine provinciale (Lebreton, Picard, Lelorrain, etc.), et ces gens avaient au moment de la guerre de Cent Ans fait le choix des Bourguignons et des Anglais contre le roi de France et s'étaient exilés en Bourgogne : ils venaient "de France" ; et c'est ainsi que ceux qui portent ce nom descendent donc de "traîtres" à la "nation française" ! Vous avez dit "identité française" ?

Une troisième remarque pour finir et qui n'a aucun rapport avec ce qui précède : il est amusant (?) de noter que le convoyeur de fonds parti avec quelques millions d'euros ne risque que trois ans de prison : vol seul et sans violence ; en revanche deux gamins qui s'associent pour piquer le portable d'un troisième risquent sept ans de prison : vol en réunion avec violence... Qui vole un boeuf ne vole pas toujours un oeuf ! (c'est Jean-Pierre Rosenczveig qui a trouvé cette formule aujourd'hui pour souligner le paradoxe).
Je transfère message et réponse à quelques amis...

 

 

Amitiés !
Bernard Defrance

 

 

 

Identité, vous avez dit identité

 

 

 
Si pour un peuple, pour se sentir uni dans une nation, il a besoin d’éliminer une partie de ses citoyens, il prend une posture funeste et macabre.
Le peuple français en ayant voté majoritairement Sarkozy ou Le Pen croit encore « sauver son âme » en déportant une grande partie des citoyens étrangers. Le peuple suisse avec Blocher et son parti l’UDC (entre l’UMP et le Front national), en a fait le parti le plus représenté électoralement de ce petit pays.
Le peuple croit s’unir avec cette mise à part, mais il retranche une partie de sa vitalité, il croit renforcer son image, mais il la dénature par son rejet de l’Autre. Il se confine dans une forteresse qu’il croit assiégée et au-delà de ses murailles dans un désert d’horizon, il y invente des mirages terrifiants. Bientôt son cœur et son entendement s’emprisonne dans la pierre, il devient sourd au Monde.
Il a abreuvé ses sillons de sang dans la colonisation et maintenant, il croit trouver une identité dans cette posture de repli et de rejet. Un citoyen peut avoir ses pieds ancrés dans une terre « son pays », mais son imaginaire doit s’imprégner des musiques lointaines, s’enrichir des langues et connaissances multiples et engager des rencontres. Ce mélange, comme un arbre qui s’enracine et laisse en même temps son feuillage fleurir aux caresses des vents, ce mélange terrien et culturel devient le ciment d’un peuple ou d’une citoyenneté toujours en mouvement, toujours prête à regarder l’Autre ou l’étranger avec des yeux d’enfants, ceux qui cherchent à découvrir avec passion les secrets et les bonheurs du Monde.

 

 

Benoist Magnat

 

 

 

 

«Qu’est-ce qu’être français ? -
Cela ne vous regarde pas»
Par MATHIEU POTTE-BONNEVILLE
philosophe, enseignant, et membre de la revue "Vacarmes"


Eric Besson a annoncé, le lundi 26 octobre, le lancement d’un grand débat national sur l’identité du même nom. Mobilisant préfets et sous-préfets (ceux-là même qui, depuis deux ans, ont été dotés de marges d’initiatives accrues afin de décliner sur leurs territoires respectifs la politique de reconduite aux frontières impulsée par le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale), le débat devrait solliciter les «forces vives de la nation» autour de la question suivante : «Qu’est-ce qu’être français ?»
 
Une telle initiative, intervenant à quelques mois avant les élections régionales et quelques jours après l’expulsion de plusieurs migrants vers un pays en guerre, devrait assez logiquement susciter dans l’opinion des réactions variées. Gageons d’ores et déjà que certaines d’entre elles consisteront à tenter de retourner la question contre son initiateur : être français, rappellera-t-on, c’est hériter d’une tradition d’accueil, d’hospitalité et d’ouverture, tradition à l’évidence incompatible avec la politique d’immigration actuellement menée ; c’est se reconnaître dans une citoyenneté définie non par l’origine géographique ou culturelle, mais par la défense et la promotion commune des droits humains partout où ceux-ci sont niés - conception de la citoyenneté inconciliable, tant avec les dérives xénophobes dont a fait régulièrement preuve le précédent ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, qu’avec son action et celle de son successeur. Etre français, arguera-t-on en bref, c’est être en tout point opposé à l’horizon de fermeture, de surveillance, de délation réciproque et de contrainte par corps, d’opportunisme et de xénophobie aujourd’hui symbolisés par l’existence d’un ministère de l’Immigration, et incarné par Eric Besson avec un dévouement dans la duplicité qui ne laisse pas d’impressionner.
 
Une telle réplique est juste et sensée, et elle a pour elle l’évidence ; mais elle est trop évidente, justement, pour n’être pas prévue dans la question elle-même, question construite pour faire de ce genre d’objections autant de répliques, aux deux sens du terme : au sens où répliquer, c’est répondre, mais aussi répéter, reproduire ou propager cela même qu’on entend combattre. Le piège tient à ce que, posant la question «Qu’est-ce qu’être français ?», le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale n’entend évidemment pas faire l’éloge dans les mois qui viennent d’un nationalisme étroit, fondé sur la communauté de l’ethnie ou du sang (de cela, d’autres se chargeront au fil des débats, ce que la synthèse finale ne manquera pas de cautionner comme «une préoccupation», «une légitime inquiétude des Français face à la mondialisation», etc.)
 
La parole gouvernementale, subtilement relayée au fil des échanges par de multiples canaux, consistera au contraire à faire constamment valoir l’ouverture, l’égalité des droits et le pacte républicain, le refus des discriminations de races et de sexes comme autant de composantes de l’identité française. A les faire valoir, désarmant l’adversaire, non seulement dans la dimension neutralisée de l’échange d’idées, mais comme autant de motifs d’isoler et d’exclure, autant de raisons pour justifier la reconduite aux frontières. Invoquerez-vous le pacte républicain ? Mais «le pacte républicain suppose le respect des lois». Rappellerez-vous l’hospitalité ? Mais «l’hospitalité suppose d’avoir les moyens d’accueillir dignement».
Dans ce jeu de dupes, surtout, l’ouverture, la tolérance et l’égalité, constitutives de notre identité nationale, seront présentées et utilisées ainsi qu’elles le sont depuis deux ans : comme autant de valeurs fragiles qui exigent une sélection d’autant plus sévère de ceux qui, présents sur notre territoire, pourraient être suspects de ne pas les partager. Déjà, dans le même entretien où il annonce le grand débat national, le ministre Besson réitère son refus de la burqa - pratique certes ultraminoritaire, mais symbolique de la nécessité où nous serions, face à des étrangers si proches à chaque instant de verser dans l’intolérance et l’oppression, de discriminer pour sauvegarder notre sens de l’égalité, et de fermer les frontières de notre identité pour la conserver si ouverte.
 
C’est pourquoi, à la question «Qu’est-ce qu’être français ?» posée par le ministère de l’Immigration, il ne saurait y avoir dans les mois qui viennent qu’une seule réponse, endurante, ressassée, monotone, obstinée : «Cela ne vous regarde pas». Vous avez perdu le droit de poser cette question au moment même où, liant identité nationale et contrôle de l’immigration, vous avez aménagé le renversement systématique des composantes de la citoyenneté en autant de critères d’exclusion. A cette captation, il ne saurait y avoir de réponse qu’en acte ; libre à vous, lorsque ce temps viendra, d’interpréter la violence de notre refus comme une composante de la «francité».

 
A vos calculettes :
 
2 millions de Gaulois assassinés par les Romains ;
Des millions de morts lors des croisades, des pèlerinages armés et dévoyés, durant la Guerre de cent ans et au fil d’innombrables guerres de religions ;
10 à 40 millions de Chinois massacrés par les Mongols au XIIIe siècle ;
Le peuple de Tasmanie liquidé par les Britanniques lors du génocide "le plus parfait" de l’histoire ;
Des centaines de milliers d’Aborigènes australiens décimés par les mêmes colons britanniques ;
L'extermination de 20 à 60 millions d’Amérindiens, depuis la "découverte" espagnole, l'évangélisation et la colonisation, jusqu'à la Conquête de l'Ouest ;
Les traites négrières (orientale, intra-africaine et atlantique) totalisèrent plus de 50 millions de victimes ;
1.200.000 Arméniens périssent dans le premier génocide du XXe siècle ;
40 millions de morts lors de la Première Guerre mondiale et 65 millions durant la Seconde (dont les 5 millions de la Shoah) ;
Le démocide stalinien : 43 millions de morts ;
Le démocide de Mao : 30 millions de victimes et des famines à la chaîne ;
La terreur sanguinaire de Paul Pot : 1.500.000 Cambodgiens.
Rajoutons le million de victimes du Biafra, les 800 000 Rwandais, en majorité Tutsi, ayant trouvé la mort durant les trois mois du génocide au Rwanda, sans omettre les 300 000 morts et les 3 millions de déplacés de la guerre au Darfour.
 
Depuis l'esclavage du peuple Noir jusqu’au Nouvel Ordre mondial, soit de 1900 à l’aube du troisième millénaire, en passant par la guerre au Vietnam, le capitalisme porte à lui seul la responsabilité d'un bilan de quelque 100 millions de morts.
 
Michel R. Tarrier
 
  Le basson sarkoïde
 
    S'interroger sur " l'identité nationale ", c'est présupposer que la question pourrait se poser en ces termes. Or, la notion d'identité tend fortement à exclure ou à subsumer toute différence significative à soi et à donner toute autre identité dans les mêmes conditions et comme irréductiblement différente de la précédente. Le principe d'identité absolue que connote cette notion, entraîne immanquablement celui de contradiction absolue. (Si, comme B à B, A est identique à A, il est absolument impossible que A soit aussi B et que B soit aussi A.)
    A la limite (effleurée), s'il y a une identité nationale française, il n'y a plus dans ce pays aucune différence qui demeure significative (il y a donc homogénéité) et toute autre identité " nationale " peut seulement être conçue comme une identité irréductiblement différente (donc déjà hostile).
    Si l'on ne veut pas arbitrairement gommer les différenciations et les dédifférenciations qui font un pays comme la France, si l'on refuse de poser l'étranger comme un " pur " étranger, c'est en d'autres termes qu'il faut poser la question. Le recours à la " nation " (civilisation, religion, voire " race " ?) n'est évidemment pas neutre non plus. Il est aujourd'hui, notamment de la part de " mondialisateurs " sans scrupules, particulièrement paradoxal.
    C'est bien plutôt sur fond de désidentification nationale et, à l'intérieur du pays comme au plan international, de stérilisation des différences prometteuses en termes de dépassements féconds, que vient se greffer un tel débat institutionnel très intéressé. Toutes souples qu'elles paraissent, les divinités              " hypermodernes " cherchent toujours à tirer parti d'un éveil " maniable " des lourds démons du passé - preuve, s'il en était besoin, qu'il entre dans l'identité de tout un hypermodernisme d'être à l'occasion conciliable avec la pire réaction ou du moins ses confins.
    Le but d'un tel débat, c'est (au minimum) un gain d'embrouillamini.
 
G.L.


 

 

 

 

Lire la suite

Maths et crise boursière

1 Décembre 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

Maths et crise boursière
Maths et crise boursière, l'avis de Jean-Pierre Bourguignon
1 déc
2009
 

Cours à l'IHES   Aujourd'hui et demain se tient à la Mutualité (Paris) le colloque Maths à venir 2009. A cette occasion, voici l'interview que m'a accordé Jean-Pierrre Bourguignon, mathématicien et directeur de l'Institut des Hautes Etudes Scientifiques (Bures sur Yvette).

Ce colloque va permettre deux jours de débats sur cette discipline «au cœur de la science contemporaine, mais aussi à la base d’innombrables réalisations technologiques et processus industriels ; (et qui) fournit des outils de modélisation et de prévision qui jouent un rôle croissant dans la conduite des affaires du monde» comme l'affirment ses organisateurs. Il sonne comme un écho au colloque Mathématiques à venir tenu en 1987 et qui déboucha sur des mesures en faveur des mathématiques.

Dans cette interview, Jean-Pierre Bourguignon revient sur le rôle des mathématiques dans la crise boursière, qui déclencha la crise économique en cours. Il y voit «un déséquilibre entre recherche appliquée et recherche fondamentale. Il aurait fallu se pencher sur ces outils utilisés par les banques, les confronter aux données financières et économiques globales, étudier la stabilité du système financier mondial…

Ce qui était impossible puisque les banques gardaient pour elles les données qu’elles collectaient dans un contexte de compétition féroce, d’égoïsme, et aussi d’aveuglement idéologique, d’absence de réflexion épistémologique et éthique. Bref, pour anticiper la crise au plan mathématique, il aurait fallu un partage des connaissances, une vue d’ensemble et la construction d’un sous-bassement théorique sérieux comme bien public. En résumé, une bonne recherche fondamentale.»

Voici l'interview de Jean-Pierre Bourguignon (photo ci dessous) en intégralité.

A quoi rêvent les matheux ?

Nous ne poursuivons pas une sorte de Graal, comme les physiciens des particules qui sont partis à laJean Pierre Bourguignon chasse au boson de Higgs au CERN. Nous fonctionnons plus souvent sous forme de petites groupes très mobiles dont les sujets évoluent assez vite et non par gros bataillons concentrés sur un sujet défini. Nos rêves sont donc très éclatés, voire presque individualisés. Cela nous pose d’ailleurs un problème avec la politique de recherche actuelle: nous ne savons pas vivre et prospérer intellectuellement dans système de recherche trop piloté par une commande extérieure. Notre pas de temps typique, c’est la dizaine d’années, pas le contrat de trois ans standard de de l’Agence nationale de la recherche.

Prenons l’exemple de la géométrie non commutative. Le rêve d’Alain Connes, son fondateur, fut annoncé dès sa leçon inaugurale du Collège de France, en 1986. Aujourd’hui plusieurs centaines de matheux se sont joint à ce rêve dont la réalisation a conduit à créer de nombreux concepts nouveaux, à tisser des liens inattendus avec la théorie des nombres ou la physique des particules.

Peut-on parler de ce que font les mathématiciens aux non mathématiciens?

Souvent, le grand public assimile maths et calcul. C’est très réducteur. Les objets manipulés par les mathématiciens ce sont certes des nombres, mais tout autant des formes, des processus : de façon lapidaire, les maths sont la science des structures. Faire des maths c’est donner le même nom à des choses différentes disait Henri Poincaré. Car on observe, ou l’on démontre, que la manière dont des choses ou des processus très différents s’organisent suit les mêmes principes. Cette démarche débouche sur des processus d’abstraction de plus en plus profonds, qui relient nombres, structures, formes, topologies, hasard, probabilités…

Les maths nous parlent-elles vraiment de la Nature selon le propos de Galilée ?

Grand débat qui peut se poser ainsi : le mathématicien découvre t-il ou invente t-il ?{SH : lire ici et ici une interview d'Alain Connes} Pour moi, les maths ne sont pas qu’un langage du quantitatif mais bien une science qui se développe autour de pôles de connaissances, des concepts clés. Ainsi le concept de courbure, né à la fin 18ème siècle. Il a permis d’inventer les géométries non euclidiennes… donc laEinstein_17 physique d’Einstein. Au tout début des relations entre mathématique et réalité sensible, avec l’astronomie, les maths s’identifiaient à leurs objets astronomiques réduits à des points en mouvement. Il n’y avait donc pas besoin de la notion, fondamentale en sciences modernes, de modèle. Faire les maths de la mécanique céleste, c’était (presque) faire de la mécanique céleste. Aujourd’hui, faire les maths de l’astrophysique n’est pas faire de l’astrophysique, il y manquerait, au moins, les concepts de la physique nucléaire ou de l’électromagnétisme. Inversement, il faut revenir à la formulation de Henri Poincaré qui, dans Science et hypothèse,  affirme que la question de savoir si une géométrie est vraie ou non n’a pas de sens (par référence au monde sensible) car on ne lui demande que d’être cohérente. Mais si on veut utiliser  une géométrie pour comprendre le monde sensible, il faut simplement utiliser celle qui est la plus commode. D’où la nécessité d’utiliser la notion de modèle, une appréhension en termes mathématiques d’une réalité, juge en dernier ressort de la qualité du modèle. Le résultat paradoxal de cette évolution c’est que le 20ème siècle est la conquête d’une autonomie véritable des maths par la prise de conscience de l’autonomie de la construction mathématique relativement au monde sensible. Le paradoxe, pour le grand public, c’est que des mathématiciens vivent cette autonomie en se posant comme les découvreurs d’un monde et non comme ses inventeurs.

Lagarde-ce-nest-pas-un-krach Peut-on appliquer cette réflexion aux mathématiques financières qui ont joué un rôle dans la crise des bourses et de l’économie mondiale ?

Curieusement oui. J’y vois le résultat d’un manque de réflexion épistémologique sur les modèles utilisés et une dérive liée à la dérégulation massive. Chaque banque a embauché des mathématiciens pour développer des produits financiers de plus en plus sophistiqué, par une application des maths à leur objet. Mais, ce faisant, les mathématiques ont dépassé leur rôle d’outils de modélisation pour créer une nouvelle réalité, certes virtuelle au plan économique, mais dont l’impact fut important.

Tout cela a dégénéré non seulement en raison de l’écart croissant entre finance et économie réelle - des économistes, peu nombreux, l’avaient vu - mais aussi en raison d’un déséquilibre entre recherche appliquée et recherche fondamentale. Il aurait fallu se pencher sur ces outils utilisés par les banques, les confronter aux données financières et économiques globales, étudier la stabilité du système financier mondial… Ce qui était impossible puisque les banques gardaient pour elles les données qu’elles collectaient dans un contexte de compétition féroce, d’égoïsme, et aussi d’aveuglement idéologique, d’absence de réflexion épistémologique et éthique. Bref, pour anticiper la crise au plan mathématique, il aurait fallu un partage des connaissances, une vue d’ensemble et la construction d’un sous-bassement théorique sérieux comme bien public. En résumé, une bonne recherche fondamentale.

Comment se portent les mathématiques ?

Le grand public a du mal à imaginer à quel point les mathématiques sont une science vivante, créatrice, et même en croissance accélérée aujourd’hui. Elle est toujours mue par deux dynamiques. L’une est purement interne et repose sur les questions posées par les mathématiciens eux-mêmes qui conduisent à perfectionner les outils, les concepts, à construire de nouvelles visions. La seconde qui provient de la stimulation par d’autres disciplines et le monde extérieur. Dans le passé, la mécanique et la physique ont joué un rôle décisif dans cette démarche:l’ambition fut d’écrire en termes mathématiques les lois de la physique, c’est l’héritage fameux de Galilée.

Aujourd’hui, cette dimension continue de s’élargir: la chimie, la biologie, les sciences sociales (elles ont joué un grand rôle historique dans l’essor des probabilités), les mathématiques financières, la haute technologie. Cet élargissement a maintenant un impact certain sur l’emploi croissant de mathématiciens en entreprises à cause de la multiplication des champs où la modélisation mathématique apporte des informations importantes et quelquefois décisives. Ces extensions n’affectent pourtant pas l’unité de notre discipline. Elle ne vit pas repliée sur elle même, mais est transformée par les croisements entre ses grandes branches - algèbre, analyse, géométrie, théorie des nombres et probabilités - qui se fécondent les unes les autres pour répondre à ces stimulations. L’architecture interne des maths est du coup toujours mouvante, signe de leur vitalité.

Si les maths se portent bien, pourquoi organiser un colloque - maths à venir - où l’on tire desMaths-a-venir-2009 signaux d’alarme ?

C’est que si la planète maths se porte excellemment, et si la France y joue toujours un rôle de tout premier plan, cette position pourrait être affectéee dans un proche avenir. La planète maths, c’est aujourd’hui 90 000 chercheurs actifs, producteurs de mathématiques nouvelles… à comparer toutefois aux deux millions de biologistes. Elle est en croissance rapide dans les pays émergents, en Chine, en Asie du Sud-Est, en Inde, au Brésil… En revanche, l’Europe de l’est traverse une crise grave. L’Australie a perdu le tiers de ses effectifs en une dizaine d’années. L’Europe de l’ouest et la France sont confrontées à la désaffection des jeunes pour les études scientifiques en général,  les maths et la physique. En France, des départs à la retraite massifs sont programmés dans un avenir proche et on peut craindre que la diminution du nombre d’étudiants en maths peut conduire les universités à ne pas les remplacer. Il y a donc une réelle menace si l’on laisse faire la tendance actuelle sans réfléchir aux effets à long terme et sans une vision stratégique.

L’école de maths française fait partie du podium mondial, pourquoi ?

Le système attire encore certains des jeunes les plus brillants de leur génération vers les maths, notamment grâce aux classes préparatoires et de certaines grandes écoles. Le paradoxe, c’est que ce système ne fait pas beaucoup de place à la création et beaucoup de concours sont plutôt conformistes, sauf ceux des Ecoles Normales Supérieures. Cependant, ceux qui brillent en maths sont considérés tant par leurs enseignants que leurs condisciples comme des leaders, des exemples. Cette valorisation joue un grand rôle dans la formation de ces esprits et le choix professionnel qui est ensuite fait. Pourtant, onWeb_werner peut dire qu’ avec la dégradation terrible de la situation des jeunes chercheurs, faite de précarité de plus en plus longue, beaucoup se détournent de la recherche en mathématiques. 

Une des grandes forces de l’école française c’est qu’elle ne présente que peu de lacunes. Le flux a été assez régulier et dense pour couvrir presque tous les sujets avec un excellent niveau. Si on regarde les conférenciers invités dans les grands congrès internationaux, la France est n°1, rapporté à la taille du pays. Il faut toutefois noter que l’on maintient cette place grâce à l’installation en France d’un flux important d’enseigants-chercheurs étrangers qui représentent 30% des recrutements actuels. Ce flux s’explique par l’attractivité et la capacité d’ouverture de la communauté française. {En 2006, lors du dernier congrès mondial des maths, Wendelin Werner (Cnrs, Université d'Orsay) a reçu la médaille Fields}.

Comment pérenniser cette place ?

La menace immédiate porte sur la diminution du nombre de jeunes en master recherche de maths, à l’exception de quelques universités comme Paris-6. Il faut retrouver un flux suffisant d’étudiants. Et faireSmf-geodis que des jeunes passant par d’autres grandes écoles que l’ENS et l’X choisissent de faire des maths. Le maintien à des niveaux très bas des salaires de début de carrière marqués par l’attente dans des postes précaires provoque un écart déraisonnable avec leurs condisciples allant dans les entreprises. Beaucoup de jeunes sous-estiment souvent les emplois et les carrières qui s’offriraient à eux avec une formation plus avancée en mathématiques dans les entreprises. Il appartient aux mathématiciens de les rendre plus visibles afin que cette nouvelle frontière soit bien perçue et rende évidente que les étudiantes et les étudiants en mathématique ont aujourd’hui bien une option ouverte entre le monde académique et celui de l’industrie et des services.

Le site de la Société Mathématique de France.

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 > >>