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sur la Commune (18 mars 1871-28 mai 1871)

24 Mars 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras, #J.C.G.

1- vu hier soir, visible jusqu’au 20 mai
https://www.arte.tv/fr/videos/094482-000-A/les-damnes-de-la-commune/
remarquable animation de gravures et récit émouvant de Victorine (Yolande Moreau)
très noir (tilt avec l’assassinat de Victor Noir, dont la sculpture au cimetière du Père Lachaise est l’objet de rituels très particuliers), mettant l’accent sur la répression impitoyable par les Versaillais
pas assez sur les leçons, les apports des Communards (délégués élus et révocables, internationalisme au sens où des délégués importants furent des étrangers, démocratie directe, démocratie sociale, avancées extraordinaires sur tout un tas de plans, égalité, éducation, condition féminine, éradication de la délinquance et autres fléaux, prostitution…), les erreurs (pas touche à la banque de France qui va financer les Versaillais…)
 
  • Un article de Mediapart du 22 mars : 
  • https://blogs.mediapart.fr/edition/les-cercles-condorcet/article/220321/la-commune-entre-memoire-et-histoire
  • Dans Le Poème des morts (éd. Fata Morgana, 2017), Bernard Noël a consacré le poème n° 16 à la Commune : 
pas de bandeau a dit le fusillé
je veux voir la mort arriver de face
et l'avenir soudain se raccourcir
le passé qui me tue n'est pas le mien
car sa vérité n'est pas mon affaire
mais le fusillé mord déjà la terre
le chef tueur donne le coup de grâce
le crâne éclaté répand le cerveau
le galonné pousse du pied ce reste
- Dire qu'il croyait penser avec ça !
fait-il avec un clin d'oeil à sa troupe
sûr d'avoir vaincu la révolution
le peloton recharge ses fusils
et feu roulant sur la fournée suivante
tout ici est réglé par la justice
au nom bien sûr d'une légalité
toujours au seul service du pouvoir
tous les cadavres ont droit à la chaux vive
dès qu'empilés dans la fosse commune
la loi respecte ainsi la seule règle
tuer la vie pour qu'elle ne change pas
  • Ce poème est à rapprocher de l'article PENSER du Dictionnaire de la Commune :
Le 6 juillet 1871, Baudouin et Rouillac sont fusillés à Satory pour l'incendie de Saint-Éloi et leur lutte sur les barricades. Tandis que les soldats défilaient devant les corps, "c'est avec cela qu'ils pensaient, dit l'officier qui commandait, en remuant du bout de la botte les cervelles répandues à terre." (Louise Michel, la Commune. Histoire et Souvenirs.) Ce "mot" est confirmé par beaucoup d'autres témoignages.
 
 
paru aux éditions de l'Armourier, en mars 2021

paru aux éditions de l'Armourier, en mars 2021

 2 - pour ceux qui ne connaissent pas Marx

 
KARL MARX LA GUERRE CIVILE EN FRANCE 
Chapitre 3
À l'aube du 18 mars, Paris fut réveillé par ce cri de tonnerre : Vive la Commune! Qu'est-ce donc que la Commune, ce sphinx qui met l'entendement bourgeois à si dure épreuve ?
Les prolétaires de la capitale, disait le Comité central dans son manifeste du 18 mars, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l'heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques... Le prolétariat... a compris qu'il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées, et d'en assurer le triomphe en s'emparant du pouvoir.
Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l'appareil d'État et de le faire fonctionner pour son propre compte.
Le pouvoir centralisé de l'État, avec ses organes, partout présents : armée permanente, police, bureaucratie, clergé et magistrature, organes façonnés selon un plan de division systématique et hiérarchique du travail, date de l'époque de la monarchie absolue, où il servait à la société bourgeoise naissante d'arme puissante dans ses luttes contre le féodalisme. Cependant, son développement restait entravé par toutes sortes de décombres moyenâgeux, prérogatives des seigneurs et des nobles, privilèges locaux, monopoles municipaux et corporatifs et Constitutions provinciales. Le gigantesque coup de balai de la Révolution française du XVIIIe siècle emporta tous ces restes des temps révolus, débarrassant ainsi, du même coup, le substrat social des derniers obstacles s'opposant à la superstructure de l'édifice de l'État moderne. Celui-ci fut édifié sous le premier Empire, qui était lui-même le fruit des guerres de coalition de la vieille Europe semi-féodale contre la France moderne. Sous les régimes qui suivirent, le gouvernement, placé sous contrôle parlementaire, c'est-à-dire sous le contrôle direct des classes possédantes, ne devint pas seulement la pépinière d'énormes dettes nationales et d'impôts écrasants; avec ses irrésistibles attraits, autorité, profits, places, d'une part il devint la pomme de discorde entre les factions rivales et les aventuriers des classes dirigeantes, et d'autre part son caractère politique changea conjointement aux changements économiques de la société. Au fur et à mesure que le progrès de l'industrie moderne développait, élargissait, intensifiait l'antagonisme de classe entre le capital et le travail, le pouvoir d'État prenait de plus en plus le caractère d'un pouvoir publie organisé aux fins d'asservissement social, d'un appareil de domination d'une classe. Après chaque révolution, qui marque un progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir d'État apparaît façon de plus en plus ouverte. La Révolution de 1830 transféra le gouvernement des propriétaires terriens aux capitalistes, des adversaires les plus éloignés des ouvriers à leurs adversaires les plus directs. Les républicains bourgeois qui, au nom de la Révolution de février, s'emparèrent du pouvoir d'État, s'en servirent pour provoquer les massacres de juin, afin de convaincre la classe ouvrière que la république « sociale », cela signifiait la république qui assurait la sujétion sociale, et afin de prouver à la masse royaliste des bourgeois et des propriétaires terriens qu'ils pouvaient en toute sécurité abandonner les soucis et les avantages financiers du gouvernement aux « républicains » bourgeois. Toutefois, après leur unique exploit héroïque de juin, il ne restait plus aux républicains bourgeois qu'à passer des premiers rangs à l'arrière-garde du « parti de l'ordre », coalition formée par toutes les fractions et factions rivales de la classe des appropriateurs dans leur antagonisme maintenant ouvertement déclaré avec les classes des producteurs. La forme adéquate de leur gouvernement en société par actions fut la « république parlementaire », avec Louis Bonaparte pour président, régime de terrorisme de classe avoué et d'outrage délibéré à la « vile multitude ». Si la république parlementaire, comme disait M. Thiers, était celle qui « les divisait [les diverses fractions de la classe dirigeante] le moins », elle accusait par contre un abîme entre cette classe et le corps entier de la société qui vivait en dehors de leurs rangs clairsemés. Leur union brisait les entraves que, sous les gouvernements précédents, leurs propres dissensions avaient encore mises au pouvoir d'État. En présence de la menace de soulèvement du prolétariat, la classe possédante unie utilisa alors le pouvoir de l'État, sans ménagement et avec ostentation comme l'engin de guerre national du capital contre le travail. Dans leur croisade permanente contre les masses productrices, ils furent forcés non seulement d'investir l'exécutif de pouvoirs de répression sans cesse accrus, mais aussi de dépouiller peu à peu leur propre forteresse parlementaire, l'Assemblée nationale, de tous ses moyens de défense contre l'exécutif. L'exécutif, en la personne de Louis Bonaparte, les chassa. Le fruit naturel de la république du « parti de l'ordre » fut le Second Empire.
L'empire, avec le coup d'État pour acte de naissance, le suffrage universel pour visa et le sabre pour sceptre, prétendait s'appuyer sur la paysannerie, cette large masse de producteurs qui n'était pas directement engagée dans la lutte du capital et du travail. Il prétendait sauver la classe ouvrière en en finissant avec le parlementarisme, et par là avec la soumission non déguisée du gouvernement aux classes possédantes. Il prétendait sauver les classes possédantes en maintenant leur suprématie économique sur la classe ouvrière; et finalement il se targuait de faire l'unité de toutes les classes en faisant revivre pour tous l'illusion mensongère de la gloire nationale. En réalité, c'était la seule forme de gouvernement possible, à une époque où la bourgeoisie avait déjà perdu, - et la classe ouvrière n'avait pas encore acquis, - la capacité de gouverner la nation. Il fut acclamé dans le monde entier comme le sauveur de la société. Sous l'empire, la société bourgeoise libérée de tous soucis politiques atteignit un développement dont elle n'avait elle-même jamais eu idée. Son industrie et son commerce atteignirent des proportions colossales; la spéculation financière célébra des orgies cosmopolites; la misère des masses faisait un contraste criant avec l'étalage éhonté d'un luxe somptueux, factice et crapuleux. Le pouvoir d'État, qui semblait planer bien haut au-dessus de la société, était cependant lui-même le plus grand scandale de cette société et en même temps le foyer de toutes ses corruptions. Sa propre pourriture et celle de la société qu'il avait sauvée furent mises à nu par la baïonnette de la Prusse, elle-même avide de transférer le centre de gravité de ce régime de Paris à Berlin. Le régime impérial est la forme la plus prostituée et en même temps la forme ultime de ce pouvoir d'État, que la société bourgeoise naissante a fait naître, comme l'outil de sa propre émancipation du féodalisme, et que la société bourgeoise parvenue à son plein épanouissement avait finalement transformé en un moyen d'asservir le travail au capital.
L'antithèse directe de l'Empire fut la Commune. Si le prolétariat de Paris avait fait la révolution de Février au cri de « Vive la République sociale », ce cri n'exprimait guère qu'une vague aspiration à une république qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-même. La Commune fut la forme positive de cette république.
Paris, siège central de l'ancien pouvoir gouvernemental, et, en même temps, forteresse sociale de la classe ouvrière française, avait pris les armes contre la tentative faite par Thiers et ses ruraux pour restaurer et perpétuer cet ancien pouvoir gouvernemental que leur avait légué l'empire. Paris pouvait seulement résister parce que, du fait du siège, il s'était débarrassé de l'armée et l'avait remplacée par une garde nationale, dont la masse était constituée par des ouvriers. C'est cet état de fait qu'il s'agissait maintenant de transformer en une institution durable. Le premier décret de la Commune fut donc la suppression de l'armée permanente, et son remplacement par le peuple en armes.
La guerre civile en France - Essai de Marx sur la Commune de Paris et l'histoire politique et sociale de la France au XIXe Siècle, chapitre 3
La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. Au lieu de continuer d'être l'instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d'ouvrier. Les bénéfices d'usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l'État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d'être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l'administration municipale, mais toute l'initiative jusqu'alors exercée par l'État fut remise aux mains de la Commune.
Une fois abolies l'armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l'outil spirituel de l'oppression, le pouvoir des prêtres; elle décréta la dissolution et l'expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l'instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d'instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l'Église et de l'État. Ainsi, non seulement l'instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l'avaient chargée.
Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n'avait servi qu'à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables.
La Commune de Paris devait, bien entendu, servir de modèle à tous les grands centres industriels de France. Le régime de la Commune une fois établi à Paris et dans les centres secondaires, l'ancien gouvernement centralisé aurait, dans les provinces aussi, dû faire place au gouvernement des producteurs par eux-mêmes. Dans une brève esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de développer, il est dit expressément que la Commune devait être la forme politique même des plus petits hameaux de campagne et que dans les régions rurales l'armée permanente devait être remplacée par une milice populaire à temps de service extrêmement court. Les communes rurales de chaque département devaient administrer leurs affaires communes par une assemblée de délégués au chef-lieu du département, et ces assemblées de département devaient à leur tour envoyer des députés à la délégation nationale à Paris; les délégués devaient être à tout moment révocables et liés par le mandat impératif de leurs électeurs. Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore à un gouvernement central, ne devaient pas être supprimées, comme on l'a dit faussement, de propos délibéré, mais devaient être assurées par des fonctionnaires de la Commune, autrement dit strictement responsables. L'unité de la nation ne devait pas être brisée, mais au contraire organisée par la Constitution communale; elle devait devenir une réalité par la destruction du pouvoir d'État qui prétendait être l'incarnation de cette unité, mais voulait être indépendant de la nation même, et supérieur à elle, alors qu'il n'en était qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement répressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions légitimes devaient être arrachées à une autorité qui revendiquait une prééminence au-dessus de la société elle-même, et rendues aux serviteurs responsables de la société. Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait « représenter » et fouler aux pieds le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d'ouvriers, de contrôleurs et de comptables pour son affaire. Et c'est un fait bien connu que les sociétés, comme les individus, en matière d'affaires véritables, savent généralement mettre chacun à sa place et, si elles font une fois une erreur, elles savent la redresser promptement. D'autre part, rien ne pouvait être plus étranger à l'esprit de la Commune que de remplacer le suffrage universel par une investiture hiérarchique.
C'est en général le sort des formations historiques entièrement nouvelles d'être prises à tort pour la réplique de formes plus anciennes, et même éteintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise le pouvoir d'État moderne, on a voulu voir un rappel à la vie des communes médiévales, qui d'abord précédèrent ce pouvoir d'État, et ensuite en devinrent le fondement. - La Constitution communale a été prise à tort pour une tentative de rompre en une fédération de petits États, conforme au rêve de Montesquieu et des Girondins, cette unité des grandes nations, qui, bien qu'engendrée à l'origine par la violence, est maintenant devenue un puissant facteur de la production sociale. - L'antagonisme de la Commune et du pouvoir d'État a été pris à tort pour une forme excessive de la vieille lutte contre l'excès de centralisation. (...) La Constitution communale aurait restitué au corps social toutes les forces jusqu'alors absorbées par l'État parasite qui se nourrit sur la société et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle eût été le point de départ de la régénération de la France. La classe moyenne des villes de province vit dans la Commune une tentative de restaurer la domination que cette classe avait exercée sur la campagne sous Louis-Philippe, et qui, sous Louis-Napoléon, avait été supplantée par la prétendue domination de la campagne sur les villes. En réalité, la Constitution communale aurait soumis les producteurs ruraux à la direction intellectuelle des chefs-lieux de département et leur y eût assuré des représentants naturels de leurs intérêts en la personne des ouvriers des villes. L'existence même de la Commune impliquait, comme quelque chose d'évident, l'autonomie municipale; mais elle n'était plus dorénavant un contre-poids au pouvoir d'État, désormais superflu. (...) La Commune a réalisé ce mot d'ordre de toutes les révolutions bourgeoises, le gouvernement à bon marché, en abolissant ces deux grandes sources de dépenses : l'armée et le fonctionnarisme d'État. Son existence même supposait la non-existence de la monarchie qui, en Europe du moins, est le fardeau normal et l'indispensable masque de la domination de classe. Elle fournissait à la république la base d'institutions réellement démocratiques. Mais ni le « gouvernement à bon marché », ni la « vraie république » n'étaient son but dernier; tous deux furent un résultat secondaire et allant de soi de la Commune.
La multiplicité des interprétations auxquelles la Commune a été soumise, et la multiplicité des intérêts qu'elle a exprimés montrent que c'était une forme politique tout à fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes antérieures de gouvernement avaient été essentiellement répressives. Son véritable secret, le voici : c'était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l'émancipation économique du travail .
Sans cette dernière condition, la Constitution communale eût été une impossibilité et un leurre. La domination politique du producteur ne peut coexister avec la pérennisation de son esclavage social. La Commune devait donc servir de levier pour renverser les bases économiques sur lesquelles se fonde l'existence des classes, donc, la domination de classe. Une fois le travail émancipé, tout homme devient un travailleur, et le travail productif cesse d'être l'attribut d'une classe.
C'est une chose étrange. Malgré tous les discours grandiloquents, et toute l'immense littérature des soixante dernières années sur l'émancipation des travailleurs, les ouvriers n'ont pas plutôt pris, où que ce soit, leur propre cause en main, que, sur-le-champ, on entend retentir toute la phraséologie apologétique des porte-parole de la société actuelle avec ses deux pôles, capital et esclavage salarié (le propriétaire foncier n'est plus que le commanditaire du capitaliste), comme si la société capitaliste était encore dans son plus pur état d'innocence virginale, sans qu'aient été encore développées toutes ses contradictions, sans qu'aient été encore dévoilés tous ses mensonges, sans qu'ait été encore mise à nu son infâme réalité. La Commune, s'exclament-ils, entend abolir la propriété, base de toute civilisation. Oui, messieurs, la Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l'expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd'hui essentiellement moyens d'asservissement et d'exploitation du travail, en simples instruments d'un travail libre et associé. Mais c'est du communisme, c'est l' « impossible» communisme! Eh quoi, ceux des membres des classes dominantes qui sont assez intelligents pour comprendre l'impossibilité de perpétuer le système actuel - et ils sont nombreux - sont devenus les apôtres importuns et bruyants de la production coopérative. Mais si la production coopérative ne doit pas rester un leurre et une duperie; si elle doit évincer le système capitaliste; si l'ensemble des associations coopératives doit régler la production nationale selon un plan commun, la prenant ainsi sous son propre contrôle et mettant fin à l'anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont le destin inéluctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme, du très « possible » communisme ?
La classe ouvrière n'espérait pas des miracles de la Commune. Elle n'a pas d'utopies toutes faites à introduire par décret du peuple. Elle sait que pour réaliser sa propre émancipation, et avec elle cette forme de vie plus haute à laquelle tend irrésistiblement la société actuelle en vertu de son propre développement économique, elle aura à passer par de longues luttes, par toute une série de processus historiques, qui transformeront complètement les circonstances elles-mêmes. Elle n'a pas à réaliser d'idéal, mais seulement à libérer les éléments de la société nouvelle que porte dans ses flancs la vieille société bourgeoise qui s'effondre. Dans la pleine conscience de sa mission historique et avec la résolution héroïque d'être digne d'elle dans son action, la classe ouvrière peut se contenter de sourire des invectives grossières des laquais de presse et de la protection sentencieuse des doctrinaires bourgeois bien intentionnés qui débitent leurs platitudes d'ignorants et leurs marottes de sectaires, sur le ton d'oracle de l'infaillibilité scientifique.
Quand la Commune de Paris prit la direction de la révolution entre ses propres mains; quand de simples ouvriers, pour la première fois, osèrent toucher au privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels», les possédants, et, dans des circonstances d'une difficulté sans exemple, accomplirent leur oeuvre modestement, consciencieusement et efficacement (et l'accomplirent pour des salaires dont le plus élevé atteignait à peine le cinquième de ce qui, à en croire une haute autorité scientifique, le professeur Huxley, est le minimum requis pour un secrétaire du conseil de l'instruction publique de Londres), le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du travail, flottant sur l'Hôtel de Ville.
Et pourtant, c'était la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d'initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris - boutiquiers, commerçants, négociants - les riches capitalistes étant seuls exceptés. La Commune l'avait sauvée, en réglant sagement cette cause perpétuelle de différends à l'intérieur même de la classe moyenne : la question des créanciers et des débiteurs. Cette même partie de la classe moyenne avait participé à l'écrasement de l'insurrection ouvrière en juin 1848; et elle avait été sur l'heure sacrifiée sans cérémonie à ses créanciers par l'Assemblée constituante. Mais ce n'était pas là son seul motif pour se ranger aujourd'hui aux côtés de la classe ouvrière. Cette fraction de la classe moyenne sentait qu'il n'y avait plus qu'une alternative, la Commune ou l'empire, sous quelque nom qu'il pût reparaître. L'Empire l'avait ruinée économiquement par Bon gaspillage de la richesse publique, par l'escroquerie financière en grand, qu'il avait encouragée, par l'appui qu'il avait donné à la centralisation artificiellement accélérée du capital, et à l'expropriation corrélative d'une grande partie de cette classe. Il l'avait supprimée politiquement, il l'avait scandalisée moralement par ses orgies, il avait insulté à son voltairianisme en remettant l'éducation de ses enfants aux frères ignorantins, il avait révolté son sentiment national de Français en la précipitant tête baissée dans une guerre qui ne laissait qu'une seule compensation pour les ruines qu'elle avait faites : la disparition de l'Empire. En fait, après l'exode hors de Paris de toute la haute bohème bonapartiste et capitaliste, le vrai parti de l'ordre de la classe moyenne se montra sous la forme de l' « Union républicaine » qui s'enrôla sous les couleurs de la Commune et la défendit contre les falsifications préméditées de Thiers. La reconnaissance de cette grande masse de la classe moyenne résistera-t-elle à la sévère épreuve actuelle ? Le temps seul le montrera.
La Commune avait parfaitement raison en disant aux paysans : « Notre victoire est votre seule espérance ». De tous les mensonges enfantés à Versailles et repris par l'écho des glorieux journalistes d'Europe à un sou la ligne, un des plus monstrueux fut que les ruraux de l'Assemblée nationale représentaient la paysannerie française. Qu'on imagine un peu l'amour du paysan français pour les hommes auxquels après 1815 il avait dû payer l'indemnité d'un milliard . A ses yeux, l'existence même d'un grand propriétaire foncier est déjà en soi un empiètement sur ses conquêtes de 1789. La bourgeoisie, en 1848, avait grevé son lopin de terre de la taxe additionnelle de 45 centimes par franc; mais elle l'avait fait au nom de la révolution; tandis que maintenant elle avait fomenté une guerre civile contre la révolution pour faire retomber sur les épaules du paysan le plus clair des cinq milliards d'indemnité à payer aux Prussiens. La Commune, par contre, dans une de ses premières proclamations, déclarait que les véritables auteurs de la guerre auraient aussi à en payer les frais. La Commune aurait délivré le paysan de l'impôt du sang, elle lui aurait donné un gouvernement à bon marché, aurait transformé ses sangsues actuelles, le notaire, l'avocat, l'huissier, et autres vampires judiciaires, en agents communaux salariés, élus par lui et devant lui responsables. Elle l'aurait affranchi de la tyrannie du garde champêtre, du gendarme et du préfet; elle aurait mis l'instruction par le maître d'école à la place de l'abêtissement par le prêtre. Et le paysan français est, par-dessus tout, homme qui sait compter. Il aurait trouvé extrêmement raisonnable que le traitement du prêtre, au lieu d'être extorqué par le libre percepteur, ne dépendit que de la manifestation des instincts religieux des paroissiens. Tels étaient les grands bienfaits immédiats dont le gouvernement de la Commune - et celui-ci seulement - apportait la perspective à la paysannerie française. Il est donc tout à fait superflu de s'étendre ici sur les problèmes concrets plus compliqués, mais vitaux, que la Commune seule était capable et en même temps obligée de résoudre en faveur du paysan : la dette hypothécaire, qui posait comme un cauchemar sur son lopin de terre, le prolétariat rural qui grandissait chaque jour et son expropriation de cette parcelle qui s'opérait à une allure de plus en plus rapide du fait du développement même de l'agriculture moderne et de la concurrence du mode de culture capitaliste.
Le paysan français avait élu Louis Bonaparte président de la République, mais le parti de l'ordre créa le Second Empire. Ce dont en réalité le paysan français a besoin, il commença à le montrer en 1849 et 1850, en opposant son maire au préfet du gouvernement, son maître d'école au prêtre du gouvernement et sa propre personne au gendarme du gouvernement. Toutes les lois faites par le parti de l'ordre en janvier et février 1850 furent des mesures avouées de répression contre les paysans. Le paysan était bonapartiste, parce que la grande Révolution, avec tous les bénéfices qu'il en avait tirés, se personnifiait à ses yeux en Napoléon. Cette illusion, qui se dissipa rapidement sous le second Empire (et elle était par sa nature même hostile aux « ruraux »), ce préjugé du passé, comment auraient-ils résisté à la Commune en appelant aux intérêts vivants et aux besoins pressants de la paysannerie ?
Les ruraux (c'était, en fait, leur appréhension maîtresse) savaient que trois mois de libre communication entre le Paris de la Commune et les provinces amèneraient un soulèvement général des paysans; de là leur hâte anxieuse à établir un cordon de police autour de Paris comme pour arrêter la propagation de la peste bovine.
Si la Commune était donc la représentation véritable de tous les éléments sains de la société française, et par suite le véritable gouvernement national, elle était en même temps un gouvernement ouvrier, et, à ce titre, en sa qualité de champion audacieux de l'émancipation du travail, internationale au plein sens du terme. Sous les yeux de l'armée prussienne qui avait annexé à l'Allemagne deux provinces françaises, la Commune annexait à la France les travailleurs du monde entier.
Le second Empire avait été la grande kermesse de la filouterie cosmopolite, les escrocs de tous les pays s'étaient rués à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. En ce moment même le bras droit de Thiers est Ganesco, crapule valaque, son bras gauche, Markovski, espion russe. La Commune a admis tous les étrangers à l'honneur de mourir pour une cause immortelle. - Entre la guerre étrangère perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par son complot avec l'envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps d'afficher son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands habitant en France. La Commune a fait d'un ouvrier allemand son ministre du Travail. - Thiers, la bourgeoisie, le second Empire avaient continuellement trompé la Pologne par de bruyantes professions de sympathie, tandis qu'en réalité ils la livraient à la Russie, dont ils faisaient la sale besogne. La Commune a fait aux fils héroïques de la Pologne l'honneur de les placer à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer hautement la nouvelle ère de l'histoire qu'elle avait conscience d'inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs d'un côté, et de l'armée de Bonaparte, conduite par des généraux bonapartistes de l'autre la Commune jeta bas ce colossal symbole de la gloire guerrière, la colonne Vendôme.
La grande mesure sociale de la Commune, ce fut sa propre existence et son action. Ses mesures particulières ne pouvaient qu'indiquer la tendance d'un gouvernement du peuple par le peuple. Telles furent l'abolition du travail de nuit pour les compagnons boulangers; l'interdiction, sous peine d'amende, de la pratique en usage chez les employeurs, qui consistait à réduire les salaires en prélevant des amendes sur leurs ouvriers sous de multiples prétextes, procédé par lequel l'employeur combine dans sa propre personne les rôles du législateur, du juge et du bourreau, et empoche l'argent par-dessus le marché. Une autre mesure de cet ordre fut la remise aux associations d'ouvriers, sous réserve du paiement d'une indemnité, de tous les ateliers et fabriques qui avaient fermé, que les capitalistes intéressés aient disparu ou qu'ils aient préféré suspendre le travail.
Les mesures financières de la Commune, remarquables par leur sagacité et leur modération, ne pouvaient être que celles qui sont compatibles avec la situation d'une ville assiégée. Eu égard aux vols prodigieux commis aux dépens de la ville de Paris par les grandes compagnies financières et les entrepreneurs de travaux publics sous le régime d'Haussmann, la Commune aurait eu bien davantage le droit de confisquer leurs propriétés que Louis Napoléon ne l'avait de confisquer celles de la famille d'Orléans. Les Hohenzollern et les oligarques anglais, qui, les uns et les autres, ont tiré une bonne partie de leurs biens du pillage de l'Église, furent bien entendu, grandement scandalisés par la Commune qui, elle, ne tira que 8.000 francs de la sécularisation.
Alors que le gouvernement de Versailles, dès qu'il eut recouvré un peu de courage et de force, employait les moyens les plus violents contre la Commune; alors qu'il supprimait la liberté d'opinion par toute la France, allant jusqu'à interdire les réunions des délégués des grandes villes; alors qu'il. soumettait. Versailles, et le reste de la France, à un espionnage qui surpassait de loin celui du second Empire; alors qu'il faisait brûler par ses gendarmes transformés en inquisiteurs tous les journaux imprimés à Paris et qu'il décachetait toutes les lettres venant de Paris et destinées à Paris; alors qu'à l'Assemblée nationale les essais les plus timides de placer un mot en faveur de Paris étaient noyés sous les hurlements, d'une façon inconnue même à la Chambre introuvable de 1816; étant donné la conduite sanguinaire de la guerre par les Versaillais hors de Paris et leurs tentatives de corruption et de complot dans Paris, - la Commune n'aurait-elle pas honteusement trahi sa position en affectant d'observer toutes les convenances et les apparences du libéralisme, comme en pleine paix ? Le gouvernement de la Commune eût-il été de même nature que celui de M. Thiers, il n'y aurait pas eu plus de motif de supprimer des journaux du parti de l'ordre à Paris, que de supprimer des journaux de la Commune à Versailles.
Il était irritant, certes, pour les ruraux, que dans le moment même où ils proclamaient le retour à l'Église comme le seul moyen de sauver la France, la mécréante Commune déterrât les mystères assez spéciaux du couvent de Picpus et de l'église Saint-Laurent . Et quelle satire contre M. Thiers : tandis qu'il faisait pleuvoir des grands-croix sur les généraux bonapartistes, en témoignage de leur maestria à perdre les batailles, à signer les capitulations et à rouler les cigarettes à Wilhelmshoehe, la Commune cassait et arrêtait ses généraux dès qu'ils étaient suspectés de négliger leurs devoirs, L'expulsion hors de la Commune et l'arrestation sur son ordre d'un de ses membres qui s'y était faufilé sous un faux nom et qui avait encouru à Lyon une peine de six jours d'emprisonnement pour banqueroute ,simple, n'était-ce pas une insulte délibérée jetée à la face du faussaire Jules Favre, toujours ministre des Affaires étrangères de la France, toujours en train de vendre la France à Bismarck et dictant toujours ses ordres à la Belgique, ce modèle de gouvernement ? Mais, certes, la Commune ne prétendait pas à l'infaillibilité, ce que font sans exception tous les gouvernements du type ancien. Elle publiait tous ses actes et ses paroles, elle mettait le public au courant de, toutes ses imperfections.
Dans toute révolution, il se glisse, à côté de ses représentants véritables, des hommes d'une tout autre trempe; quelques-uns sont des survivants des révolutions passées dont ils gardent le culte; ne comprenant pas le mouvement présent, ils possèdent encore une grande influence sur le peuple par leur honnêteté et leur courage reconnus, ou par la simple force de la tradition; d'autres sont de simples braillards, qui, à force de répéter depuis des années le même chapelet de déclamations stéréotypées contre le gouvernement du jour, se sont fait passer pour des révolutionnaires de la plus belle eau. Même après le 18 mars, on vit surgir quelques hommes de ce genre, et, dans quelques cas, ils parvinrent à jouer des rôles de premier plan. Dans la mesure de leur pouvoir, ils gênèrent l'action réelle de la classe ouvrière, tout comme ils ont gêné le plein développement de toute révolution antérieure. Ils sont un mal inévitable; avec le temps on s'en débarrasse; mais, précisément, le temps n'en fut pas laissé à la Commune.
Quel changement prodigieux, en vérité, que celui opéré par la Commune dans Paris! Plus la moindre trace du Paris dépravé du second Empire. Paris n'était plus le rendez-vous des propriétaires fonciers britanniques, des Irlandais par procuration, des ex-négriers et des rastaquouères d'Amérique, des ex-propriétaires de serfs russes et des boyards valaques. Plus de cadavres à la morgue, plus d'effractions nocturnes, pour ainsi dire pas de vols; en fait, pour la première fois depuis les jours de février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela sans aucune espèce de police. « Nous n'entendons plus parler, disait un membre de la Commune, d'assassinats, de vols, ni d'agressions; on croirait vraiment que la police a entraîné avec elle à Versailles toute sa clientèle conservatrice ». Les cocottes avaient retrouvé la piste de leurs protecteurs, - les francs-fileurs, gardiens de la famille, de la religion et, par-dessus tout, de a propriété. A leur place, les vraies femmes de Paris avaient reparu, héroïques, nobles et dévouées, comme les femmes de l'antiquité. Un Paris qui travaillait, qui pensait, qui combattait, qui saignait, ou liant presque, tout à couver une société nouvelle, les cannibales qui étaient à ses portes, -radieux dans l'enthousiasme de son initiative historique!
En face de ce monde nouveau à Paris, voyez l'ancien monde à Versailles, - cette assemblée des vampires de tous les régimes défunts, légitimistes et orléanistes, avides de se repaître du cadavre de la nation, - avec une queue de républicains d'avant le déluge, sanctionnant par leur présence dans l'Assemblée la rébellion des négriers, s'en remettant pour maintenir leur république parlementaire à la vanité du vieux charlatan placé à la tête du gouvernement, et caricaturant 1789 en se réunissant, spectres du passé, au Jeu de Paume. C'était donc elle, cette Assemblée, la représentante de tout ce qui était mort en France, que seul ramenait à un semblant de vie l'appui des sabres des généraux de Louis Bonaparte! Paris toute vérité, Versailles tout mensonge; et ce mensonge exhalé par la bouche de Thiers !
Thiers dit à une députation des maires de Seine-et-Oise : «Vous pouvez compter sur ma parole, je n'y ai jamais manqué ». Il dit à l'Assemblée même « qu'elle était la plus librement élue et la plus libérale que la France ait jamais eue»; il dit à sa soldatesque bigarrée qu'elle était « l'admiration du monde et la plus belle armée que la France ait jamais eue »; il dit aux provinces, qu'il ne bombardait pas Paris, que c'était un mythe. « Si quelques coups de canon ont été tirés, ce n'est pas par l'armée de Versailles, mais par quelques insurgés, pour faire croire qu'ils se battent quand ils n'osent même pas se montrer». Il dit encore aux provinces que l' « artillerie de Versailles ne bombardait pas Paris, elle ne faisait que le canonner ». Il dit à l'archevêque de Paris que les prétendues exécutions et représailles ( !) attribuées aux troupes de Versailles n'étaient que fariboles. Il dit à Paris qu'il était seulement désireux « de le délivrer des hideux tyrans qui l'opprimaient », et, qu'en fait, « le Paris de la Commune n'était qu'une poignée de scélérats».
Le Paris de M. Thiers n'était pas le Paris réel de la « vile multitude », mais un Paris imaginaire, le Paris des francs fileurs, le Paris des boulevardiers et des boulevardières, le Paris riche, capitaliste, doré, paresseux, qui encombrait maintenant de ses laquais, de ses escrocs, de sa bohème littéraire et de ses cocottes, Versailles, Saint-Denis, Rueil et Saint-Germain; qui ne considérait la guerre civile que comme un agréable intermède, lorgnant la bataille en cours à travers des longues-vues, comptant les coups de canon et jurant sur son propre honneur et sur celui de ses prostituées que le spectacle était bien mieux monté qu'il l'avait jamais été à la Porte-Saint-Martin. Les hommes qui tombaient étaient réellement morts; les cris des blessés étaient des cris pour de bon; et, voyez-vous, tout cela était si intensément historique !
Tel est le Paris de M. Thiers; de même l'émigration de Coblence était la France de M. de Calonne.
3 - question ? le capitalisme prédateur d’aujourd’hui quels moyens utilise-t-il pour l’asservissement, l’endormissement des masses ? le capitalisme bureaucratique d’état ou le communisme capitaliste d’état, quels moyens utilise-t-il pour asservir, exterminer ? la violence d’hier a pris d’autres formes, elle est cependant aussi terrible; les « maîtres » capitalistes et « communistes » sont aussi féroces que les Versaillais, mais autrement
qu’en pensez-vous ?
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Méphisto Rhapsodie / Samuel Gallet

6 Octobre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #note de lecture, #spectacle, #développement personnel

A quoi bon faire du théâtre quand l’extrême droite frappe aux portes du pouvoir ? Mephisto {rhapsodie} traverse les petitesses de la scène pour donner à penser l’avenir brûlant.

C’est la première création de Jean-Pierre Baro mise à l’affiche du Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN qu’il dirige depuis le mois de janvier. Mephisto {rhapsodie} raconte l’ascension d’un comédien arriviste, ses compromissions pour accéder au succès, jusqu’à sa nomination à la tête d’un théâtre, dans un contexte de montée de l’extrême droite. Fruit d’une commande passée à Samuel Gallet, auteur dramaturge avec lequel Jean-Pierre Baro travaille pour la seconde fois, Mephisto (rhapsodie) est inspiré d’un roman de Klaus Mann, fils de Thomas, qui, à partir d’une histoire vraie, développe cette trame du carriérisme à tout prix dans le contexte de l’Allemagne nazie. Parallèlement à l’intrigue, au cœur de ce spectacle d’envergure porté par huit comédiens aux multiples rôles, une question taraude les personnages : « Pourquoi faire du théâtre aujourd’hui ? ». On aimerait bien le savoir, en effet. Pour tenter de trouver des réponses, suivons donc l’action de Mephisto se déployer à Balbek, imaginaire petite ville de province, rampe de lancement de la carrière d’Aymeric Dupré, cet acteur obsédé par le nombre de rappels qu’opère le public à l’issue de la représentation. Autour de lui, une directrice vieillissante ne jure que par Tchekhov, un comédien cherche à articuler son travail avec le territoire qui l’entoure, et un apprenti du cru, lui, est tenté par l’idéologie des « Premières lignes », groupe fasciste à l’irrésistible ascension. Pendant ce temps, à la capitale, se déploie le territoire bourgeois, mondain et décadent du show business et des pouvoirs.

Pourquoi faire du théâtre aujourd’hui ?

Il y a des éléments agaçants dans cette pièce. Des personnages caractérisés à l’excès. Des dilemmes rebattus. Des morceaux de bravoure un peu bavards. Une association du peuple à l’extrême droite potentiellement simpliste. Et le risque du propos endogame, d’une pièce qui ambitionne d’ouvrir le théâtre au monde mais parle avant tout du monde du théâtre. Néanmoins, convenons-en, le texte de Gallet, très bien servi par la mise en scène simple, fluide et rythmée de Jean-Pierre Baro, et par un jeu aux multiples couleurs, emporte le morceau. Sans concession sur le narcissisme de l’artiste, le surplomb moralisateur du monde du théâtre et son asthénie tchekhovienne d’univers moribond, Mephisto n’épargne rien à une société du spectacle qu’il griffe de partout – son propos mordant jusqu’au public même. Mais il porte en même temps une véritable tendresse pour le théâtre, un attachement, un amour. Avec ses personnages complexes et profonds, pris dans leurs contradictions, cherchant la meilleure façon d’agir, avec ou sans le théâtre, face aux dangers qui menacent, Mephisto rend de plus plausible, présente, là, véritablement devant nous, cette dystopie malheureusement de plus en plus probable d’un monde où s’imposera l’extrême droite. Quels choix cette situation nous demandera-t-elle d’opérer ? Préparons-nous à cet avenir brûlant, propose Méphisto. De réponse définitive on ne trouvera pas dans le théâtre. Mais en s’aidant du théâtre, peut-être.

Eric Demey La Terrasse, 23 octobre 2019, N° 281

Méphisto de Klaus Mann vu dans la mise en scène d'Ariane Mnouchkine 

Mephisto, Le roman d'une carrière 1979  De Klaus Mann  

Traduction et adaptation Ariane Mnouchkine  

Le roman Méphisto pose la question du rôle et de la responsabilité des intellectuels à la naissance du Troisième Reich. La fable qui, pour nous, s’est dégagée du roman pourrait se formuler ainsi : le spectacle serait l’histoire de deux comédiens, liés par l‘amitié, également passionnés de théâtre, également talentueux, également préoccupés de la fonction politique, voire révolutionnaire, de leur art, dans l’Allemagne de 1923.  « Pour qui est-ce que j’écris ? Qui me lira ? Qui sera touché ? Où se trouve la communauté à laquelle je pourrais m’adresser ? Notre appel lancé vers l’incertain tombe-t-il toujours dans le vide ? Nous attendons quand même quelque chose comme un écho, même s’il reste vague et lointain. Là où on a appelé si fort, il doit y avoir au moins un petit écho. » Klaus Mann

Mes nouvelles convictions politiques

J'ai assisté samedi 4 octobre 2020 à 17 H à une lecture d'une durée d'1 H à la Bibliothèque Armand Gatti à La Seyne sur Mer dans le cadre de la résidence d'écriture de Samuel Gallet accueilli pour un mois par la Saison Gatti-Le Pôle, lecture d'entrée de résidence, à 8 voix, d'un découpage de son dernier texte Méphisto Rhapsodie, inspiré du Méphisto de Klaus Mann. Lecture puissante qui m'a interpellé.

J'ai pu mesurer à cette occasion combien j'avais évolué.

Le combat politique mondial (un certain combat politique, au minimum à gauche, plus souvent à l'extrême-gauche, pro-révolution tendance trotskyste, PCI, anti-stalinien, anti-social-démocrate, anti-capitaliste, anti-impérialiste / jugement de François Mauriac dans ses Mémoires intérieures : « Du point de vue de l'Europe libérale, il était heureux que l'apôtre séduisant de la révolution permanente ait été remplacé par l'horreur stalinienne : la Russie est devenue une nation puissante, mais la Révolution (en Europe) a été réduite à l'impuissance. Plus j'y songe et plus il apparaît qu'un Trotsky triomphant eût agi sur les masses socialistes de l’Europe libérale et attiré à lui tout ce que le stalinisme a rejeté dans une opposition irréductible : Staline fut à la lettre " repoussant ". Mais c'est là aussi qu'il fut le plus fort, et les traits qui nous rendent Trotsky presque fraternel sont les mêmes qui l'ont affaibli et perdu et de mettre Trotsky au niveau de Tolstoï et Gorki) qui me paraissait nécessaire il y a peu encore, jusqu'à l'épuisement du mouvement des Gilets Jaunes quand le mouvement syndical a repris la main avec le combat pour la défense des retraites (décembre 2019), entraînant confusion et collusion a cessé de me paraître nécessaire avec la crise de la Covid 19 et la sortie partielle du confinement (quelle aubaine pour un pouvoir déliquescent de pouvoir faire ramper des millions de gens à coups de mensonges et manipulations médiatiques !). Dès octobre 2019, je participais à un groupe Penser l'avenir après la fin des énergies fossiles (en lien avec la collapsosophie de Pablo Servigne) tout en continuant à participer à un groupe Colibris (faire sa part). J'avais renoncé à assister à des assemblées citoyennes de Gilets Jaunes tant à Toulon qu'à Sanary dès juillet 2019.

Le combat politique local que j'ai aussi mené comme conseiller municipal d'une majorité (1983-1995) puis comme tête de liste d'une opposition éco-citoyenne (2008) me paraît encore jouable. Encore faut-il gagner les élections municipales ? Dans l'opposition, on ne change pas les choses.

Où en suis-je aujourd'hui, à quelques jours de mes 80 ans, le jour de la révolution d'octobre (sans doute un coup d'état de Lénine, mensonge inaugural du régime soviétique), le même jour que Pablo ?

J'ai enfin décidé que personne ne peut se substituer à nous pour prendre conscience de sa place et de sa mission de vie (qui est autre chose que vivre comme feuilles au vent selon l'image d'Homère). Aucun porte-voix, aucune instance dite représentative ne peut (ne doit) parler et agir à ma place. Décision : je ne voterai plus. Abstention.

La démocratie représentative ne représente que les intérêts du pouvoir en place (république bananière, corrompue jusqu'à la moelle) et des rapaces qu'il représente pour l'avoir mis en place (cette prise de conscience est essentielle, la démocratie représentative n'est pas la démocratie, il m'a fallu 60 ans pour l'admettre). La démocratie représentative est le leurre savamment entretenu nous faisant croire qu'en changeant de gouvernement par les élections - qui sont la dépossession de nos voix, un vol de voix - (nous perdons notre pouvoir constituant, Octave Mirbeau, Etienne Chouard, et quelques autres sont indispensables à lire), que passer de droite à gauche, de gauche à l'extrême-centre puis un jour à l'extrême-droite, on va changer les choses. Mais il est possible de savoir maintenant, par expérience depuis 40 ans avec la pensée unique, le TINA thatchérien (There is no alternative) que droite, gauche, extrême-gauche, extrême-droite, extrême-centre n'ont qu'un objectif : arriver au pouvoir et le garder. Il est possible de se convaincre aussi que les gens au pouvoir savent depuis relativement peu (20 ans) qu'en cas de mouvements profonds, durables, pacifiques ou révolutionnaires, insurrectionnels, il ne faut surtout pas lâcher le pouvoir, le quitter comme de Gaulle ou Jospin. Il faut le garder coûte que coûte par la répression, la négociation. Il faut s'accrocher, laisser passer la colère. Il faut en conclure que tout affrontement frontal n'a aucune chance d'aboutir, de changer l'ordre des choses (le mouvement des GJ autour des ronds-points fut une forme géniale; les GJ manifestant sur les Champs-Elysées, inaccessibles jusqu'à eux aux mouvements revendicatifs ou insurrectionnels, ce fut un sacré challenge réussi mais un échec).

Il faut aussi constater que dans le cadre des nations, la politique ne peut défendre que les intérêts particuliers de la nation. Et ce particularisme ne change pas avec les entités supra-nationales comme l'UE, qui ne sont pas mondiales. L'ONU elle-même ne peut être le lieu d'une politique universelle.

Deux paradoxes sont à signaler. Le 1° paradoxe c'est que les GAFA (les géants du web, américains et chinois) ont une politique mondiale, une visée de domination mondiale, haïssant la démocratie (c'est le libertarianisme anglo-saxon d'une part et l'autoritarisme bureaucratique chinois d'autre part). Le 2° paradoxe, c'est que pour les révolutionnaires, la révolution est toujours imminente alors que la réalité montre depuis 40 ans que comme le dit un ultra-riche Warren Buffet : « il existe bel et bien une guerre des classes mais c'est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c'est nous qui gagnons".

Seule peut-être une politique universelle en vue du Bien serait souhaitable, en vue du Bien c'est-à-dire satisfaisant la nourriture, la santé, l'instruction et le divertissement de tous. À ce niveau universel, souhaitable ? nécessaire ? la question démographique est peut-être la plus difficile à aborder : ne sommes-nous pas trop sur une terre aux ressources limitées. Déjà Lévi-Strauss le pensait et avant lui, Malthus.

Individu n'ayant qu'un peu de pouvoir sur moi, ne croyant qu'au travail sur soi pour devenir meilleur, j'ai fait choix de ne pas écouter les informations, de ne pas regarder la télé, de ne pas aller sur les réseaux sociaux. Finie la pollution anxiogène, finie la manipulation par les fake news, dont la plupart sont distillées par les médias et le pouvoir.

Quant à toi qui es au pouvoir, tu veux y rester, tu n'y es que pour un temps, tu passeras de toute façon, tu es déjà passé. Il en sera de même pour tes successeurs. Tchao, pantins et magiciens.

Vous êtes au pouvoir, vous prenez des mesures, vous légiférez à tour de bras mais votre pouvoir sur moi est réduit à quasiment rien, j'ignore par ignorance 99% de vos lois qui ne modifient quasiment rien à mes conditions de vie. Je respecte le minimum, je porte un masque, je respecte les règles du savoir-vivre, du code de la route.

Je m'invisibilise de vos systèmes de contrôle, je suis cosmopoli avec ce qui existe, minéraux, faune, flore, vivants. Je choisis qui je fréquente (quelques amis), je travaille sur moi (à gérer mes émotions souvent archaïques, mes pulsions souvent excessives). Je n'ai plus d'ennemis; même les adversaires politiques, je les ignore dorénavant. Cette affirmation n'est pas à prendre comme un constat mais comme un processus vivant (quand je me découvre un ennemi, y compris moi-même, je m'observe, je me mets à distance, je me nettoie de l'agressivité avec une technique de clown s'ébrouant, se débarrassant de sa poussière jusqu'à ce que l'indifférence me gagne). Je n'ai plus de boucs émissaires (processus vivant avec nettoyage, dépoussiérage) : les arabes et musulmans pour les racistes (dont je suis parfois), les blancs pour les ex-colonisés (dont je suis parfois), les machistes pour les féministes (dont je suis parfois), les putes pour les machistes (dont je suis souvent). Ces binarisations du monde sont toutes douteuses : elles nous font croire que nous sommes du bon côté, du côté de la justice, de la vérité. Par exemple, la théorie du Grand Remplacement justifie les mouvements néo-fascistes. Inversement, le refus de toute relation avec la Haine du FN et du RN justifie l'extrême-gauche et l'islamo-gauchisme.

Qui aura raison, Michel Houellebecq avec Soumission, Boualem Sansal avec 2084, Alain Damasio avec Les furtifs... ?

J'ai vu au tout début des GJ (novembre 2018), le rejet de ceux-ci par tout un tas de gens bien-pensants (tous bords politiques) qui n'ont même pas compris que ceux qu'ils appelaient des bruns, venaient de la périphérie, les petits blancs invisibilisés par la société marchande et touristique, la société des bobos. Ce que j'ai compris et accepté, c'est que tout ça existe, co-existe, s'affronte et que c'est en moi, potentiellement, réellement. J'ai vu des GJ aux idées racistes être changés en deux, trois discussions. Cela veut dire que prendre pour du dur, des opinions de circonstances, en lien avec un mal-être, un mal-vivre est préjudiciable à la recherche de la paix, civile et sociale. Rien de pire qu'une guerre civile, qu'une société qui se délite, les uns dressés contre les autres.

Cela dit, nos opinions de circonstances peuvent tenir longtemps. Nous les faisons nôtres comme si le monde allait s'effondrer si on cessait de les croire nôtres. 60 ans pour moi de fidélité imbécile aux valeurs "humanistes" de la gauche radicale. C'est cette fidélité toxique aux "convictions politiques" d'à peine plus de 50% des électeurs (qui faisait que rien ne changeait si ce n'est l'alternance des couleurs politiques) qui a expliqué la montée de plus en plus massive de l'abstention pendant une vingtaine d'années, phénomène repéré mais pas pris au sérieux (c'étaient les déçus de la politique, les pêcheurs à la ligne du dimanche, les traîtres au devoir électoral, au droit de vote arraché de haute lutte par nos anciens) et qui explique en 2017, le dégagisme qui a frappé à droite, à gauche, a vu sortir du chapeau une bulle de savon miroitante.

Avec ces nouvelles convictions (plus question d'être fidèle sur le plan des soi-disant convictions politiques, ce ne sont qu'opinions largement induites par le milieu, l'époque et on les prétend siennes, c'est "mon" opinion et on s'y accroche, 60 ans durant comme moi), je n'attends plus du théâtre qu'il donne de la voix, qu'il m'ouvre la voie, une voie. J'ai fait partie du milieu, bénévolement, pendant 22 ans, créateur du festival de théâtre du Revest puis directeur des 4 Saisons du Revest dans la Maison des Comoni (1983-2004). J'ai cru par passion à la nécessité de soutenir la création artistique, de l'écriture à la mise en scène, de soutenir et susciter des formes innovantes, de soutenir et susciter l'émergence de jeunes créateurs. Ce fut une période passionnante que je ne renie pas. Mais j'ai pris conscience progressivement vers 2017-2019 que le "vrai" travail est à faire sur soi et par soi. Pas d'agir sur les autres, d'influencer les autres. Pas d'être agi par les autres, influencé par les autres.

Au théâtre, au spectacle, on est dans la représentation, pas dans la présence, pas dans le présent (le moment et le cadeau), je suis spectateur, spectacteur pour certains, je ne suis pas acteur de mon destin, de mes choix de vie à mes risques et périls. Le théâtre, lieu de représentation est comme la politique représentative. Enjeux de pouvoir, luttes de pouvoir, narcissisme exacerbé, carriérisme, opportunisme, compromissions, monde de petits requins persuadé d'avoir une mission de "création" et d'éducation (en fait, de formatage des goûts selon les critères de l'administration qui subventionne), se comportant comme le monde des grands requins (le marché de l'art est particulièrement instructif à cet égard).

Quand je vois l'éclectisme des programmations actuelles, quand je vois la pléthore de propositions faites par les lieux, je pourrais être au théâtre, au concert tous les soirs, si les moyens suivent, le cul dans un fauteuil, à applaudir ou à bouder, comme si je passais ma soirée devant la télé. Je suis un consommateur culturel et je perds mon temps, je me distrais. On sait ce que reproche Pascal au divertissement.

Impossible d'aller à l'essentiel : je suis mortel, le monde s'effondre peut-être, l'humanité va peut-être se suicider. En quoi puis-je me mettre au service de plus grand que moi, de quelle mission de vie ? Pour un autre et même pour moi, à mon insu ou consciemment car nous sommes tous complices du système, ce sera : en quoi puis-je profiter un max de ce système ?

Pour moi aujourd'hui après 60 ans de fixation, de fixette idéologique : Contemplation des beautés de la nature. Action personnelle sur soi par la méditation en particulier. Actions d'harmonie, d'harmonisation, d'élévation. Ne pas ajouter la guerre à la guerre, ne pas faire le jeu du conflit, de la mort, même si je sais que l'inhumanité a encore de très beaux jours devant elle.

Dernier point : il est évident que l'on sait, si on le veut, reconnaître ce qui est inhumain en soi, en autrui. On sait que c'est possible, que c'est réel, on ne juge pas, c'est dégueulasse, injuste, à combattre. On fait choix tant que faire se peut de l'amour de la vie, de la Vie.

Bémol de taille : ce que j'ai écrit vaut pour les "démocraties" à l'occidentale (je peux l'écrire, le publier). Je ne sais comment je me comporterais tant en Chine qu'en Russie, en Arabie saoudite ou en Turquie.

Merci à cette lecture de m'avoir permis de faire le point sur moi, être changeant et sur mes "engagements" changeants.

Jean-Claude Grosse, 6 octobre 2020

Antigone aujourd’hui ?

Antigone, dans la tradition venue de la mythologie et du théâtre grecs, est celle qui dit NON à une loi inique de la cité, Thèbes, gouvernée par le tyran Créon et lui oppose une loi universelle, au-dessus de la loi d’état, une loi dite de droit naturel pouvant être opposée au droit positif. À la loi écrite, édictée par le tyran lui interdisant de donner sépulture à son frère Polynice, elle oppose la loi non écrite mais s’imposant à elle et à tous que tout défunt doit avoir une sépulture digne et non être livré aux chiens.

Enterrés, incinérés comme des « chiens », ce fut le sort des décédés par la Covid 19 dans les EPHAD pendant le confinement du printemps 2020. Quelles Anti- gones ont bravé l’ignominie des directives gouvernementales ?

Dans les sociétés modernes, on a tendance à considérer que le concept de droit naturel doit servir de base aux règles du droit objectif. Kant (1785) et la révo- lution française (la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789) ont donc participé au progrès moral de l’humanité (en droit, mais pas dans les faits). Le droit naturel s’entend comme un comportement rationnel qu’adopte tout être humain à la recherche du bonheur (le droit au bonheur est inscrit dans la déclaration d’indépendance des Etats-Unis du 4 juillet 1776 : Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inalié- nables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur). Le droit naturel présente un caractère universel dans la mesure où l’homme est capable de le découvrir par l’usage de sa raison, en cherchant à établir ce qui est juste. L’idée est qu’un ensemble de droits naturels existe pour chaque être humain dès sa naissance (comme le droit à la dignité ou le droit à la sécurité) et que ces droits ne peuvent être remis en cause par le droit positif. Le droit naturel est ainsi considéré comme inné et inaltérable, valable partout et tout le temps, même lorsqu’il n’existe aucun moyen concret de le faire respecter. Les droits naturels figurent aujourd’hui dans le préambule de la Constitution française et dans les fondements des règles européennes. Le droit à la vie et le droit au respect pour tous ne sont cependant pas reconnus partout sur le globe. Pensons aux fous de Dieu. Le droit naturel selon cette conception s’impose moralement et en droit à tous. Dans les faits, ces droits naturels sont souvent bafoués, par des individus, des sociétés, des états. Ce qui fait que le droit naturel n’est pas universellement appliqué dans les faits c’est l’existence du mal radical, du mal absolu, injustifiable (la souffrance des enfants pour Marcel Conche, la souffrance des animaux d’élevage et de consommation pour d’autres), du mal impossible à éradiquer parce que si l’homme est un être de raison, il est aussi un être de liberté et c’est librement que l’on peut choisir le mal plutôt que le bien.

Le problème du mal radical et de la liberté de l’homme a conduit Kant à écrire les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)Selon Kant, la loi morale n’est imposée par personne. Elle s’impose d’elle-même, par les seuls concepts de la raison pure. Tout être raisonnable, du simple fait de sa liberté, doit respecter les deux impératifs, le catégorique et le pratiquepage19image1596576  page18image1668544 page18image1668752 page18image1668960

Impératif catégorique de Kant : «Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle. »

Impératif pratique de Kant : «Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

Un principe mauvais, que le sujet se donne librement à lui-même, corrompt à la racine le fondement de toutes nos maximes : le mal radical.
L’intérêt commun pour le beau dans l’art ne prouve aucun attachement au bien moral, tandis qu’un intérêt à contempler les belles formes de la nature témoigne d’une âme bonne

Ces considérations m’amènent à tenter de dire ce que serait Antigone aujourd’hui. Antigone pourra aussi bien être une femme qu’un homme, un jeune, adolescent, adolescente, enfant même. Devant les atteintes massives, permanentes aux droits universels de l’Homme (de la Femme, de l’Enfant, des Animaux, des Végétaux, de la Terre, de la Mer, de l’Air, de l’Eau...) partout dans le monde, individuellement comme collectivement, devant cette insistance de la barbarie, du mal partout dans le monde, j’en arrive à penser que dire NON à tout cela, à cette barbarie, à tel ou tel aspect de ce mal sciemment infligé (l’exci- sion, le viol comme arme de guerre par exemple) n’est plus la seule attitude que devrait avoir l’Antigone d’aujourd’hui. Les résistants à la barbarie, celles et ceux qui disent NON servent souvent d’exemple. Leurs méthodes comme leurs buts, leurs champs d’action sont variés, de la désobéissance civile à la lutte armée, de la non-violence à l’appel insurrectionnel, des semences libres à l’abolition de la peine de mort ou de l’esclavage, de la lutte contre l’ignorance à la lutte contre le viol. D’une action à grande échelle, internationale à une action locale.

Sappho, Marie Le Jars de Gournay, Olympe de Gouges, Louise Michel, Vandana Shiva, Angela Davis, Naomi Klein, Gisèle Halimi, Audrey Hepburn, Simone Veil, Simone Weil, Emma Goldmann, Ada Lovelace, Marie Curie, Margaret Hamilton, Germaine Tillon, Rosa Parks, Rosa Luxemburg, Joan Baez, Lucie Aubrac, Frida Khalo, George Sand, Anna Politkovskaïa, Anna Akhmatova, Sophie Scholl, Aline Sitoé Diatta, Brigitte Bardot, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Greta Thunberg, Carola Rackete, Weetamoo, Solitude, Tarenorerer, Gabrielle Russier // Gandhi, Luther King, Trotsky, Che Guevara, Lumumba, Sankara, Nelson Mandela, Soljenitsyne, Vaclav Havel, Jean Jaurès, Victor Hugo, Victor Jarra, Victor Schoelcher, Aimé Césaire, Pablo Neruda, Jacques Prévert, Primo Levi, Janusz Korczac, Federico Garcia Lorca, Emile Zola, Joseph Wresinski, le dominicain Philippe Maillard, Charles de Gaulle, François Tosquelles, Malcolm X, Célestin Freinet, Jacques Gunzig, Stéphane Hessel, Marcel Conche, Jean Cavaillès, Muhammad Yunus, Socrate, Siddhārtha Gautama, Jésus

Le mal radical étant l’expression de la liberté de l’homme, un choix donc (même si les partisans de l’inconscient freudien et jungien posent que la « mons- truosité » n’est pas choisie mais causée), une attitude possible d’Antigone aujourd’hui serait de dire OUI à tout ce qui existe, y compris le mal radical. Antigone en disant OUI à tout ce qui existe n’extérioriserait pas sa responsabi- lité (c’est la faute de l’autre, de Créon). Tout ce qui existe est en elle et donc elle est co-responsable de tout ce qui existe et co-créatrice de tout ce qui s’essaie. C’est à un travail sur soi qu’Antigone s’attelle pour mettre en lumière dans sa conscience, ses peurs, ses envies, ses jalousies, ses espoirs, ses rêves, ses désirs. Antigone tente de se nettoyer, d’élever sa conscience, de gérer ses émotions (c’est autre chose que de les contrôler, il s’agit de les laisser émerger mais sans y adhérer, en témoin). La méditation est un puissant outil pour ce travail sur soi. À partir de ce travail personnel, spirituel, Antigone agit comme le formulent les deux impératifs kantiens (« agis »). Elle agira sous l’horizon de l’universalité de son action, animée par l’amour inconditionnel de tout ce qui existe, sans jugement. Elle sera animée plus par son devoir concret à accomplir (sa mission de vie exercée avec passion, enthousiasme) que par la défense abstraite du droit naturel.

Elle saura prendre la défense du « monstre » (comme l’avocat Jacques Vergès).

Elle, Il saura proposer des actions « bigger than us ». Elle s’appelle Melati, Indo- nésienne de 18 ans, et agit depuis 6 ans pour interdire la vente et la distribution de sacs en plastique à Bali. Il s’appelle Mahamad Al Joundé du Liban, 18 ans, créateur d’une école pour 200 enfants réfugiés syriens. Elle s’appelle Winnie Tushabé d’Ouganda, 25 ans et se bat pour la sécurité alimentaire des commu- nautés les plus démunies. Il s’appelle Xiuhtezcatl Martinez des USA, 19 ans, rappeur et voix puissante de la levée des jeunes pour le climat. Elle s’appelle Mary Finn, anglaise, 22 ans ; bénévole, elle participe au secours d’urgence des réfugiés en Grèce, en Turquie, en France et sur le bateau de sauvetage Aqua- rius. Il s’appelle René Silva du Brésil, 25 ans, créateur d’un média permettant de partager des informations et des histoires sur sa favela écrite par et pour la communauté, « Voz das Comunidades ». Elle s’appelle Memory du Malawi, 22 ans, figure majeure de la lutte contre le mariage des enfants. Il s’appelle le docteur Denis M., il est gynécologue au Congo, surnommé l’homme qui répare les femmes, Nobel de la paix, menacé de mort. Elle s’appelle Malala Y., à 17 ans elle obtient le Nobel de la Paix pour sa lutte contre la répression des enfants ainsi que pour les droits de tous les enfants à l’éducation. Elle s’appelait Wangari M., surnommée la femme qui plantait des arbres, Nobel de la paix 2004.

Elle s’appelle Michelle du Revest, anime un groupe colibri et un groupe penser l’avenir après la fin des énergies fossiles. Il s’appelle Norbert du Mourillon et Gilet jaune, il anime un atelier constituant (RIC et Constitution). Elle s’appelle Marie de La Seyne, a écrit sur José Marti, soigne des oiseaux parasités par la trichomonose. Il s’appelle Guillaume et après 17 ans dans la rue, il œuvre pour un futur désirable quelque part. Elle s’appelle Chérifa de Marrakech et s’oc- cupe de 47 chats SDF dans sa résidence à Targa Ménara. Il s’appelle Alexandre, a créé son univers auto-suffisant, Le Parédé, et a rendu perceptible le Chant des Plantes au Grand Rex en 2015. Ils s’appellent Aïdée et Stéphane de Puisser- guier et créent un collectif gardien d’un lieu de vie, à Belbèze en Comminges, organisme vivant à part entière, bulle de résistance positive.

Jean-Claude Grosse, Corsavy, 9/9/2020

D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020
D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020
D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020
D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020

D'autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil jusqu'au 9 octobre 2020

De quoi parler au théâtre aujourd'hui ?

D’autres mondes (Science frictions)

NOUS SOMMES tout ce que nous n’avons pas fait. Notre vie est faite de tout ce que nous n’avons pas vécu. Tous les possibles, toutes les variantes, tous les chemins pas empruntés, toutes les virtualités, toutes les bifurcations. Non seulement un autre monde est possible, mais il est probable. Peut-être même qu’un autre monde, que d’autres mondes, que des infinités d’autres mondes sont bel et bien là, qui coexistent avec le nôtre, lui sont à la fois parallèles, et superposés, et même perpendiculaires, on ne sait pas bien. Houlà. Comment faire une pièce de théâtre avec tout ça ? Avec le principe d’indétermination d’Heisenberg, la physique quantique, les particules élémentaires, le chat de Schrödinger (remplacé ici par un lapin blanc tout droit jailli du pays des Merveilles), les doutes et les tremblements et la magie que la science jette sur notre connaissance du monde, mais aussi le présentisme, qui nous fait ignorer le passé et nous rend aveugles aux multiples possibles que recèle l’avenir ?

L’auteur et metteur en scène Frédéric Sonntag a pris toutes ces questions, et même plus, à bras-le-corps, et cela donne un spectacle qui déborde de partout, plein de vie et d’élans, de chausse-trappes et de prestidigitation, d’acteurs (ils sont jusqu’à neuf sur scène, plus un enfant) et de musique (les neuf acteurs jouent de la guitare, de la trompette, du piano, de la batterie, de l’accordéon, etc.), terriblement bavard (en français et en russe) mais jamais ennuyeux, avec même quelques écrans télé et cinéma en prime (heureusement, pas trop).On y suit les trajectoires entrecroisées de deux hommes, le physicien Jean-Yves Blan-chot (l’épatant Florent Guyot) et le romancier Alexei Zinoviev (l’excellent Victor Ponomarev), qui sont censés avoir travaillé tous deux, dans les années 60, dans leur coin et à leur façon, sur les univers parallèles. Ces deux personnages imaginaires, Sonntag leur construit des biographies plus que plausibles, et les incruste astucieusement dans notre réel. C’est ainsi qu’on pourra assister à une émission d’« Apostrophes » consacrée à la nouvelle science-fiction, avec le vrai Bernard Pivot de 1978, mais avec le faux Zinoviev. Lequel sidère les participants avec cette sortie : « L’un d’entre vous se souvient-il, même confusément, d’une Terre, aux alentours de 1978, qui soit pire que celle-ci ? Moi, oui. » Une scène qui ravira tous les amateurs de science-fiction, lesquels n’ont pas l’habitude de voir leur genre de prédilection ainsi honoré sur scène.Tout ça pour quoi ? Pour nous rouvrir l’imaginaire, combattre l'« atrophie de l’imagination utopique » qui est la nôtre, ridiculiser le très dominant « Tina » (There is no alternative). Ouf, de l’air !

Jean-Luc Porquet• Le Canard enchaîné. 30 septembre 2020.

Au Nouveau Théâtre de Montreuil

1- un retour de Samuel G

Merci Jean-Claude pour cet article

Je comprends parfaitement ce que tu pointes et la nécessité d'aller trouver de l'oxygène ailleurs loin des pouvoirs et des réifications. 
Je partage comme toi cette détestation du pouvoir et rêve parfois (c'est mon défaut) à des systèmes politiques où le pouvoir pourrait circuler et où des espaces de délibération permettrait d'éviter sa confiscation. Mais ces enjeux sont vieux comme les phéniciennes d'Euripide et je comprends qu'on puisse parfois avoir envie d'ailleurs. 
Belle journée et au plaisir, 
 

2 - un retour de Philippe C

Beau texte camarade Jean Claude, très stimulant ! bon ça t’arrive à 80 ans c’est pas un hasard … 

Plaisanterie mise à part, ce retrait du monde que tu prônes et que tu t’appliques, de plus en plus de gens se l’appliquent aussi je pense, ou commencent à y penser…. C’est  dans l’air du temps je crois. Mais je reconnais que ta lucidité fait du bien : que tu te résolves après 60 ans d’activisme à lâcher prise dans une forme de bonheur et de détermination est tout à fait salutaire !  

J’ai commencé à lire Tocqueville « de la démocratie en Amérique », il dit une chose au début du bouquin que la démocratie est un mouvement qui a commencé et qui ne peut plus s’arrêter, qui va tout emporter sur son passage. Il parle du temps long et entend la démocratie par l’affirmation de chacun, si j’ai bien compris. 

Et donc si l’affirmation de chacun est, aujourd’hui, à notre niveau d’évolution démocratique de se retirer de cette grande mascarade, parce qu’il considère qu’on est arrivé à un stade qui ne correspond plus à l’idée qu’on se fait de la démocratie, il se pourrait bien que le système actuel s’effondre tout seul sans combat, ni révolution. 

De la casse, ça il va y en avoir, c’est sûr ! mais n’est-on pas arrivé au bout ?  

Bien sûr il y a la Chine et tous les nouveaux impérialistes et les grandes multinationales ; mon optimisme tendrait à me faire penser qu’ils sont des colosses aux pieds d’argile, vivant uniquement de nos superficialités (consommation, bavardage sur les réseaux, etc…). Et donc si les gens se retirent c’est la fin, et leur stratégie sera bonne pour la poubelle.

 

3 - 

un échange avec le maire du Revest informé de la démarche d'harmonie effectuée à Corsavy.

- c'est une démarche intéressante. Dommage que ça ne mobilise pas davantage

- dans l'état actuel des consciences, ça ne peut pas mobiliser beaucoup, ça mobilise au mieux les créatifs culturels, les cellules imaginatives

- ça a au moins eu le mérite de décrisper la situation provoquée par l'emplacement de la 4G ; avec la 5G, on va être confronté à un sacré problème ; comme les antennes font moins de 15 m, les fournisseurs n'auront pas besoin de demander une autorisation ; la seule façon que nous aurons de réagir sera d'empêcher le raccordement sur le réseau électrique; action en justice du fournisseur...

- quand tu penses que ça sera pour voir des films, des séries, du porno sur son smartphone

- oui et pour jouer; plus de vie sociale, le confinement permanent dans sa bulle virtuelle


 


 

 
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questionner le travail / Gilles TK

22 Septembre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

le travail, questionnement pertinent dans ces 3 articles de l'APC (assemblée populaire et citoyenne) grand Toulon
le travail, questionnement pertinent dans ces 3 articles de l'APC (assemblée populaire et citoyenne) grand Toulon
le travail, questionnement pertinent dans ces 3 articles de l'APC (assemblée populaire et citoyenne) grand Toulon

le travail, questionnement pertinent dans ces 3 articles de l'APC (assemblée populaire et citoyenne) grand Toulon

3 contributions de Gilles TK sur le site de l'APC grand Toulon (assemblée populaire et citoyenne)

Questionner le travail #1

Le travail, en tant que tel, reste dans l’angle mort des luttes sociales et sociétales. Il s’impose à tout le monde, affecte nos vies au plus haut point, mais n’intéresse les débats qu’en termes de modalités sectorielles.
Pourtant, l’extension de nos analyses à la critique fondamentale du travail permettrait peut-être de connecter les luttes en bousculant la fatalité de l’isolement militant (méchante « dépolitisation », méchant « individualisme »), vers l’invention collective de nouveaux modes de production et pour un vrai changement de société.

Questionner le travail #2

L’être humain peut-il se passer de travail ? Le travail est-il dans sa nature ? A-t-il toujours existé ? Pourquoi travaille-t-on ? Pour qui travaille-t-on ?

Questionner le travail #3

On te parle sans arrêt du travail, on le sacralise, on te dit que tu ne peux pas faire sans, et pourtant tu n’en trouves pas. Il n’y a plus de travail ? Tu devras malgré tout travailler davantage. Tes enfants ne sont pas encore nés ? Qu’ils aillent bosser quand même !

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Inventer la démocratie scolaire / Laurent Carle

9 Septembre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #L.C., #agora

Inventer la démocratie scolaire / Laurent Carle

Il y a longtemps que l’école républicaine prépare les générations futures à ce néolibéralisme et à s’en accommoder.

A la lecture des études sociologiques et des informations rapportées par les journalistes, on pourrait croire qu’on ne rencontre des pauvres que dans les immeubles insalubres des centres anciens, dans les HLM, les cités de banlieue et les « quartiers ». Pourtant, bien que la règle d’impartialité « républicaine » impose à l’arbitre de ne pas faire de différence, en plus jeune les pauvres sont aussi nombreux dans les écoles que dans les statistiques démographiques. Mais qu’est-ce qui empêche la maitresse de voir des inégalités, qui font « réussir » ou « échouer » selon l’appartenance sociale, pendant ses dictées ou ses leçons de lecture avec « méthode » ?

 La société se pose les problèmes qu’elle peut résoudre.

« l’Education nationale et ses milliers de professeurs…

…un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, »

Quand on a la culture et la table bien servie, pointer notre ennemi commun avec ceux qu’on exploite, qui végètent, c’est bien. Faire alliance en tous temps et donner aux pauvres la culture, pour commencer, en cessant de pratiquer des méthodes d’enseignement qui trient et sélectionnent en assurant la « réussite » à « ceux qui la méritent » et en éliminant les sans grade dès le CP, c’est mieux.

      Le jour où les journalistes, les célébrités et les médias ne se cantonneront plus à parler avec compassion des mauvaises conditions de travail et de salaire des enseignants mais se poseront aussi des questions sur le sort des enfants scolarisés dans le système français et sur ce qu’ils sont forcés de faire pour fournir la preuve de leur bonne volonté d’apprendre les faux savoirs que l’école leur fait avaler de force tous les jours, de la comédie à laquelle ils doivent se livrer pour montrer à la maitresse qu’ils ont bien appris le leçon, l’enfant ne sera peut-être pas encore au centre du dispositif et au cœur des apprentissages, mais nous saurons que la société française s’en préoccupe et que l’indignation ne se limite plus au cercle réduit des pédagogues. Ce serait déjà une amorce de solution pour sortir l’enfance en général, la pauvre en particulier, de ce dressage collectif d’un autre temps, un pas vers le progrès démocratique à l’école. Et donc l’annonce de la fin future possible de la société de la « réussite » financière avec ses inégalités et ses égoïsmes, l’amorce d’un état démocratique et républicain au sens littéral.  

En lisant la lettre d’Annie Ernaux (sur France Inter) au Président, je fais un rêve et un vœu. Je rêve et je souhaite que les enseignants dans leur ensemble (95%) prennent cette lettre à la lettre par-delà l’effet attendu par son auteur. Jusqu’ici les milliers dont Annie Ernaux célèbre le dévouement ne sont en réalité qu’une poignée de dissidents. Que les autres se lèvent comme un seul homme, même les femmes, et déclarent :

« Désormais l’enfant sera au centre des apprentissages, nous ne consacrerons plus notre temps et notre dévouement à ceux qui n’ont pas besoin de l’école pour apprendre à lire, écrire et compter. L’école ne sera plus le bureau d’homologation des savoirs acquis ailleurs, ni l’Office Central de la Fédération Française de Compétition Scolaire. Nous sommes plusieurs centaines de milliers à refuser désormais de passer notre temps sur les manuels de « lecture », sur les « méthodes » synthétiques, analytiques ou mixtes, syllabiques. Nous ne ferons plus de dictées, ces parodies d’orthographe… Nous ne serons plus les agents d’exécution de la reproduction des inégalités sociales, les évangélistes de l’individualisme, du chacun pour soi. Au contraire, nous serons les éducateurs de la solidarité, de l’échange, de l’entraide, de la coopération, du socio-constructivisme, de la laïcité sociale, les militants de l’école pour tous. La réussite, ce n’est pas l’élévation en prenant l’ascenseur social, c’est la culture pour tous. »

 Les enseignants n’ont pas besoin de la décision du Président pour faire entrer dans les classes la démocratie sociale et solidaire à la place de la gestion loyale de la guerre des classes. Sans le consentement et le concours discipliné des enseignants le président des ultra riches ne peut pas détourner l’argent de la république et le pouvoir du peuple au profit des classes dominantes.

       Si mon rêve ne se réalise pas, cette lettre restera dans les mémoires pour sa beauté littéraire. Un moment d’émotion pure. Une création vaine de plus. 

L’arbitrage impartial de la compétition n’est pas une vocation. C’est du fonctionnariat, voire du mercenariat dont la solde n’est jamais à la hauteur des services rendus aux dominants.

 

 

Laurent CARLE

 

Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.  

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

Il faut applaudir la presse qui informe les citoyens, enfin, ce qu’il en reste, sur la crise sanitaire et sa gestion. Malheureusement, soit le message est mal entendu, soit vite oublié. Ce dit la presse française des menaces sur la démocratie, pourquoi ne le dit-elle pas du régime autoritaire, antipédagogique et antisocial qui règne dans les classes de notre système scolaire depuis toujours, faisant de nos enfants futurs adultes des exécutants dociles formés à avaler les mensonges d’état et l’enrichissement des gros poissons par prédation de la manne publique ? Pourquoi ce silence pudique ? Quand il est question de l’école, tout esprit critique est enterré au cimetière de l’actualité et des idées progressistes. Silence de nécropole ! La presse est-elle une jeune veuve avant noce, vierge et ingénue ? Edwy Plenel, François Ruffin, Jean Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, êtes-vous sourds ou myopes ? Vous ne voyez pas que le choix entre la citoyenneté républicaine et le totalitarisme économique se construit à bas bruit dans les écoles de la république, jour après jour, de la maternelle au lycée ? Imposer des apprentissages et des activités scolaires sans aucun sens mais très sélectifs, comme faire « lire » en faisant le bruit des lettres avant de chercher le sens du message que porte l’écrit à « décoder » et ne pas s’interroger sur le sens (l’intention) de cet enseignement, sont la plus efficace formation à la soumission politique. Les enfants de prolétaires qui, par docilité à la méthode enseignée, « déchiffrent » difficilement et douloureusement, croient qu’ils « lisent mal » par déficience intellectuelle ou par paresse. Electeurs adultes, ils voteront conformément à ce qu’ils n’ont pas appris en classe, comme il faut, comme ils lisent.

 Depuis que je participe aux échanges sur le Net, j’écris pour réveiller les morts. Je ne réveille même pas les vivants, car je n’ai pas la force de frappe des médias nationaux ou seulement locaux. En imputant la pathologie aux « dys mauvais élèves », l’école peut passer pour « normale », saine, confiante comme un aveugle avec son chien, c’est à dire aux ordres. Il faut dire que les enfants d’enseignants sont surreprésentés dans la « réussite scolaire » et dans l’effectif des grandes écoles. Pourquoi changer ?

          Je me répète comme un perroquet sans auditeur. 

Les enseignants n’ont pas besoin de la décision du Président pour faire entrer dans les classes la démocratie sociale et solidaire à la place de la gestion loyale de la guerre des classes. Sans le consentement et le concours discipliné des enseignants le président des ultra riches ne peut pas détourner l’argent de la république et le pouvoir du peuple au profit des classes dominantes. S’ils n’étaient plus éduqués à la concurrence libre et non faussée, depuis toujours organisée et arbitrée par les enseignants qui croient en une école juste dans un monde juste où chacun reçoit succès ou défaite à l’aune de son mérite, les écoliers devenus adultes ne se laisseraient pas tromper par les politiciens qui leur promettent la fortune par l’auto entreprenariat. Ils sauraient avec évidence qu’un agneau n’a aucun intérêt à voter pour le loup. Les gagnants de la concurrence libre et non faussée ne sont pas les meilleurs. Ce sont les plus riches, les plus gros, les plus cupides qui, émigrés fiscaux internationaux et internationalistes bénéficiant des privilèges d’état et d’assistanat, absorbent les petits et démultiplient leurs revenus en exploitant la misère des continents pauvres après avoir « délocalisé » leur outil de production, détruisant au passage la planète qui abrite l’humanité tout entière et eux-mêmes. En économie néo-libérale, la concurrence libre et non faussée, affranchie des lois sociales, c’est la liberté de faire rouler dans la ville à leurs risques et périls des cyclistes-livreurs, « auto-entrepreneurs », pour quelques dollars la course. Ou, après avoir mis les ouvriers du Nord au chômage par liquidation de l’industrie textile, celle de payer 30 € un ouvrier polonais pour confectionner un costume vendu 1000 € à Paris. En école du mérite, la nôtre, c’est le droit de collectionner comme trophées les « bons points » quand on est né de parents lecteurs ou d’aller faire soigner sa « dyslexie » avec la « gestuelle phonomimique » de Borel-Maisonny chez l’orthophoniste, si l’on grandit dans une famille d’illettrés. Pour l’Etat, c’est l’obligation de se désengager, de déréguler, de privatiser les services publics, de vendre les bijoux de famille acquis après la guerre, pour éviter de taxer les riches sans déclencher une révolution. Comme l’orientation libérale de la gestion politique que nous connaissons, le choix didactique du recours aux méthodes « qui ont fait leurs preuves » ne participe pas du simple pragmatisme du « faire avec ». Il relève d’une stratégie, apparemment inoffensive, de priorité non contestable naturellement accordée aux non « défavorisés ». En triant selon les « résultats scolaires », on croit participer à la sélection des compétences pour les postes de responsabilité. En fait, on ne fait que de la maintenance en reproduisant les inégalités de naissance pour mettre à disposition des dominants un volant de « défavorisés » de la classe ouvrière et de la classe moyenne. Les pauvres n’échouent pas parce qu’ils ne « suivent » pas, on les fait échouer à coups de syllabation et de dictée à fautes, « pour leur bien ». Cette idéologie néolibérale au service des vainqueurs, endogène dans notre école, guide l’enseignement depuis des lustres derrière une « pédagogie de l’efficacité » affichée en vitrine. La vocation de l’état républicain moderne est d’améliorer le confort fiscal et financier de la bourgeoisie. C’est l’état-providence des dominants. La mission du système scolaire est de préserver la perpétuation de la différence et des inégalités entre les classes, sous la bannière d’une idéologie commune, celle de la collaboration. 

Que le retour d’entre les morts de Jésus rouvre les yeux de ceux qui ne sont pas aveugles mais ne voient rien.

Laurent CARLE

Avec

BLANQUER ministre

maintenir le conformisme et l’illusion de l’ascenseur social 

ou inventer la démocratie scolaire ?

 

La majorité des enseignants de toute fonction et de tout grade (psy, réparateurs et formateurs compris) croient et pensent que la mission des enseignants est de distribuer comme le semeur, à la volée, mais orale, les savoirs scolaires (le « programme ») à des ignorants qui ne viennent pas à l’école de leur plein gré et ne sont pas tous, ou pas toujours, disposés à faire les efforts nécessaires pour enregistrer et mémoriser l’enseignement dispensé. La distribution collective à un public homogène, garantie de « l’égalité des chances », doit donc s’accompagner d’une surveillance vigilante qui ajoute à la fonction de transmetteur la « conscience professionnelle » du Père directeur de conscience qui récompense les méritants et punit les récalcitrants, après avoir fait entrevoir, pour un plus tard proche des lendemains qui chantent, les futurs bénéfices d’un « travail » bien fait. C’est une mission « civilisatrice » de l’ordre du divin, qui fait de chaque enseignant l’équivalent d’un saint laïc promettant la réussite d’un but purement matériel. 

 

Pour la réalisation de cette promesse, l’école à la française est censée instruire par mémorisation sans agir, sans échanger, sans donner, sans partager et sans faire : apprendre à lire sans lire, sans bibliothèque et sans correspondant épistolaire, à écrire sans écrire et sans communiquer avec un interlocuteur distant, à faire des opérations de calcul sans rien produire de quantifiable pour personne. Les règles, définitions, conjugaisons, tables et « récitations » par cœur avec « exercices d’application » dans le « cahier du jour » seraient la recette pour faire entrer dans la connaissance et la culture les plus bêtes des ignorants, les plus crasseux des « paysans ». Cette mission « religieuse » doit donc s’accomplir selon les rites consacrés par la tradition, la liturgie et les superstitions, officiés dans un espace clos, une sorte de petit monastère qui sanctuarise l’école, à l’écart de toute activité sociale et publique. Elle fait du maitre un clerc officiant, exfiltré de la société puis consacré clerc de la connaissance. De leur côté, les théologiens prédicants se mutent en gardiens du temple s’employant à dénoncer les « pédagogistes ». Parfois, maitres et élèves, en phase avec la théorie janséniste, pensent que les « bons élèves » sont prédéterminés à « réussir » parce qu’ils ont reçu la grâce à la naissance, thèse forcément hérétique, puisque, selon le dogme, « la connaissance se mérite par le travail » - hérétique mais admise. En réalité, être bien né, c’est avoir grandi dans un milieu privilégié, source de grâce pour élus. Ce constat n’affaiblit nullement la croyance en la béatification que le « travail » accorderait malgré tout à l’écolier besogneux.

 

C’est dans et par ce travail de l’élève que le paradoxe prend une dimension théologique. « Travailler » pour recevoir ce qui vient d’en haut et s’élever. Dans l’école à la française, rien ne doit être appris qui n’ait d’abord été enseigné. Nul ne doit faire avant d’avoir appris à faire. Aucun enfant ne doit lire avant d’avoir appris à lire. Produire de l’écrit exige d’avoir préalablement acquis en « travaillant » les « règles » de grammaire, d’orthographe et de conjugaison, ces structures destinées à façonner l’inutile dans un lieu où le fait social n’a pas sa place. C’est ainsi que plus d’un élève français sur quatre arrive au collège, illettré. Les petits Français sont censés s’instruire sans faire et sans produire dans une institution d’enseignement « naturellement » désignée « d’apprentissage » qui ne fabrique rien, ne produit rien, ne construit rien, ne livre rien. La transmission se fait entre la parole du maitre évangéliste et l’oreille du catéchumène (celui qui est instruit de vive voix). Si l’école républicaine, rurale, urbaine, communale ou confessionnelle enseignait la marche aux bambins de douze mois, ce serait assis et sans bouger. On y apprendrait à marcher sans se déplacer. Et pourtant, l’élève à qui il est interdit de faire avant de savoir faire est régulièrement récompensé ou puni pour son « travail ». Les théologiens parlent de stimulation, signal de motivation pourtant inefficace qu’il faut très souvent relayer par l’émulation, euphémisme de « compétition ». Ce système de motivation exclut toute idée de coopération et d’entraide, « péchés mortels » pour la doctrine. Cet enseignement du faire-semblant est la manifestation visible d’une idéologie invisible. Sous ses divers noms d’emprunt, Dupont Lajoie représente sans mandat mais sans tricher cette « pensée » pédagogique majoritaire (95%)Quelques rebelles insoumis préfèrent pratiquer la démocratie, seuls et contre tout, là où ils exercent. Ils sont rares. La plupart des plaintes formulées par les alignés à l’encontre du ministre désigné par le cambrioleur de l’Etat, au service de la finance, lui reprochent son mépris négligeant à l’égard des enseignants, comme s’il était le ministre sincère d’un gouvernement démocratiquement élu par la majorité des citoyens. Sincère ou rusé mais mal choisi pour cette fonction et donc à contre-emploi, il nous tromperait par incompétence ou ignorance. Mais pour l’élève, qu’elle soit magistrale, ministérielle ou idéologique, l’obligation de « bien travailler » pour prendre l’ascenseur est une parodie de sélection d’élite qui ne profite qu’aux privilégiés et aux rares gagnants du tirage au sort. L’institution scolaire, financée par le plus gros budget de la nation, état et collectivités réunis, qui dispose des moyens pour émanciper tout un peuple en le libérant de la tutelle des clercs et de l’emprise de la publicité, se contente d’arbitrer la compétition pour désigner les quelques élus qui auront le droit de monter dans l’ascenseur.

 

Majoritaires dans l’enseignement, les femmes, qui, après les peuples indigènes des colonies, souffrirent le plus dans leur âme et dans leur chair de la brutalité de l’exploitation capitaliste, exigent avec rigueur des écoliers l’ascèse du vivre et du savoir scolaires. Elles dirigent et « corrigent » les « devoirs » loin des espérances féministes qu’elles affichent. Du bonheur collectif qu’annonce le féminisme elles ne montrent rien. Gardiennes de la règle grammaticale, gardiennes de l’ordre. Leur enseignement est techniquement exécuté sans humanité. Le féminisme est un humanisme centré sur la femme. A l’école, l’humanisme, ce serait l’élève au centre, une incongruité pour la majorité. De fait, les enfants, qui doivent apprendre par obligation scolaire les règles qui structurent le langage oral et l’écrit, sans écrire et sans parler, n’ont pas la parole. En classe, la langue est une arme factice sans munitions. Parce qu’aucune organisation syndicale ne les représente, ces travailleurs de l’inutile ne profitent jamais des améliorations matérielles ou pédagogiques, accordées parfois par quelque ministre. Déjà « bénéficiaires de conditions excellentes pour bien travailler », mais « plus portés sur les rires et les jeux que sur l’étude et le sérieux », les écoliers français n’ont besoin de rien d’autre que d’exhortations à travailler mieux. La démocratie leur est une promesse pour enfant docile. 

 

Rien n’étonne celles qui réclament égalité et justice sans distinction de sexe. Par le mystère et la magie de la voie indirecte qui oblige les enfants des deux sexes à faire sonner les lettres avant de s’interroger sur le sens des mots, un(e) élève en échec « lecture » en arrive à « lire » sans comprendre ce qu’elle-il « lit ». On distribue religieusement un bon point, hostie scolaire, à celle ou celui qui comprend ce qu’elle-il vient de « lire », quand c’est celle ou celui qu’on a mis en échec qui devrait recevoir réconfort et consolation. Car toutes les pratiques rituelles, héritées de la tradition ou prescrites par instructions officielles, sont destinées à empêcher par l’échec les enfants de pauvres d’entrer dans la culture écrite. Malheureusement, ces pratiques stupides ne heurtent ni la raison, ni le jugement moral des professeur-e-s, même quand la stupidité grimpe jusqu’au chronométrage de la syllabation à haute voix, aujourd’hui recommandé par le ministre, enseigné depuis longtemps par les pédagogues de la méthode. La « globale » rend l’élève dyslexique, dit-on, l’enseignement de la syllabation rend l’enseignant débile, devrait-on dire.

 

Blanquer à point nommé légalise, bon ministre de la bourgeoisie, la débilité à l’école. On le dit piètre ministre, il est loyal envers ses patrons. Macron, président choisi par la finance, refusé par 80% des électeurs, qui se sont abstenus, ont voté contre ou voté blanc, l’a choisi et nommé pour sa capacité à empêcher l’accès de la culture écrite aux classes populaires. Les enseignants, premiers bénéficiaires de « l’ascenseur social », ne l’apprécient pas mais se soumettent à l’idéologie qu’il propage, la même que celle qu’ils ont reçue pendant le parcours scolaire de leur enfance, sous la direction d’un précédent ministre, semblable au présent. Ils exécutent sans savoir ce qu’ils font, ignorant savamment que le système scolaire est l’appareil idéologique d’état, l’appareil de reproduction de la division du travail entre manuels et intellectuels et le fixateur des inégalités sociales entre les deux. Je dis « ignorants savants » parce qu’aucun-e utilisateur-trice de méthode de « lecture », conseillé-e et cautionné-e par des chercheurs en science du neurone, ne se doute que l’enseignement de la méthode conduit tout droit à la pauvreté et la résignation ou précipite parfois, faute de livres et de partis ouvriers, dans les bras des politiciens d’extrême-droite.

 

Les ministres passent… l’école se perpétue. Quand la république française défile, monarque en tête, son école marche au pas. Pourtant le mammouth école est devenu si gigantesque que sa tête ne contrôle plus ses membres. Il n’y a rien à attendre du ministre et de son ministère mais chacun dans son espace et son domaine peut autogérer son activité professionnelle dans le sens du progrès démocratique. L’autogestion née dans l’esprit libertaire de soixante-huit, les enseignants peuvent la pratiquer ici et maintenant. C’est ce que font depuis toujours les démocrates émancipateurs de toute confession (5% de la profession), sans avoir attendu mai 68 et sans permission. Jusqu’ici, aucun chien n’a mordu les mollets de ceux qui s’écartent du troupeau. La liberté pédagogique qui ne s’use que si l’on ne s’en sert pas est possible depuis toujours. Cette liberté n’est pas le libre choix de faire comme on doit et comme il faut, comme tout le monde. C’est celui d’inventer la démocratie scolaire plutôt que de reproduire sans examen les modèles périmés d’une loyale servitude de rigueur. La pédagogie n’est pas la police de la pensée, c’est un art des possibles qui n’est pas du ressort de la prescription scientifique ou de l’ordonnance politique. Elle est « l’obligation scolaire » de l’enseignant. Pour s’y consacrer il faut d’abord résoudre un double conflit : 

  1. le conflit de loyautés entre l’enfance populaire (et familles) auprès de qui on a passé contrat social et moral en choisissant l’éducation scolaire et la classe dominante au pouvoir avec qui on a signé son engagement,

  2. le conflit d’intérêts entre ceux de sa classe, de sa corporation et de ses avantages acquis à défendre et ceux de l’humanité en devenir, l’enfance. 

 

Laurent CARLE (juillet 2020)

 

 

 

 

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sur le printemps des comédiens/sur l'art et la culture

10 Mars 2019 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

oeuvre de l'artiste mexicaine Ana Leovy

oeuvre de l'artiste mexicaine Ana Leovy

Cher Jean Varéla, vous qui dirigez la programmation du vénérable Printemps des Comédiens à Montpellier, festival de référence sur la création contemporaine depuis plus de 30 ans, je tenais à ne pas vous féliciter pour l’honneur que vous faites cette saison à la création exclusivement masculine. Création qui a sans doute tant besoin d’être remise à l’honneur depuis qu’elle est entravée par ces drôles hargneuses qui revendiquent on ne sait quoi alors qu’elles manquent sans doute juste de talent. Vous parlez, en présentant votre programmation, de l’importance de mêler le Régional au National et à l’International pour que TOUS se rencontrent… un tous exclusivement masculin, exclusivement blanc aussi. Est-ce à dire que dans ce tous de la création mondiale, il n’y a vraiment pas UNE femme dont la création mérite d’être rencontrée ? Partagée ? Êtes-vous de ceux qui pensent que puisque la création de la femme réside naturellement en la procréation, la force de sa proposition artistique ne peut décemment pas égaler celle de l’homme qui se nourrit, lui, de sa frustration à ne pouvoir engendrer ? Non. Vous ne pensez certainement pas ça. Comme nous ne pensez certainement pas non plus à la place des femmes dans votre programmation - et à regarder vos dernières programmations, cette question n’a jamais vraiment été, pour vous, un sujet. Pourtant, en cette ère où il a été reconnu que la création féminine manquait de visibilité puisque leurs représentantes se situaient en dessous du seuil dit de visibilité, où nombreux de vos collègues se réveillent enfin pour équilibrer à minima leur programmation, conscients soudain que les femmes ne manquaient pas dans la création contemporaine mais qu’elles manquaient simplement de cette visibilité, vous vous érigez, vous, en maître pour nous rappeler sans y penser que la création – soyons sérieux, c’est une histoire d’hommes. Pourtant, votre devoir de programmateur, comme notre devoir d’artistes, EST de penser. Et le résultat de cette pensée EST ce que nous proposons aux publics de partager. C’est donc bien ce qu’il y a de reprochable dans cette non pensée qui mène à la bêtise : celle de penser (ou de laisser penser) que la création des femmes n’est pas à la hauteur de celle des hommes, alors que votre programmation n’est que la conséquence d’années d’entre-soi, d’acoquinage, et d’un manque de curiosité de votre part. Et c’est bien cette non-pensée qui est, aujourd’hui, insultante, méprisante, annihilante.

A moins que cette programmation soit un fait exprès, ce qui serait encore plus insultant, une façon assumée de dire que ces bonnes femmes pourront bien continuer à batailler comme des poules dans des cours à leur échelle, elles ne vous intéressent pas. 
Cher Jean Varéla, je ne vous félicite pas, non, pour votre programmation qui ne prône l’échange qu’au sein d’un repli patriarcal quand hommes et femmes engendrent pourtant le monde ensemble. Qu’il n’y a pas de singularité de genre au sein d’un processus de création artistique, seulement des individus singuliers qui proposent leur regard sur le monde, mais que ces individus, pour les entendre, il faut d’abord les rencontrer, tous.
Mais qui suis-je donc, moi, pauvre femme autrice et simplement frustrée penserez-vous peut-être, de ne pas faire partie de votre programmation… Je suis de celles justement, que vous ne connaissez pas et n’avez sans doute pas envie de connaitre. Tant pis pour moi, tant pis pour vous, tant pis pour le régional, le  national et l’international. Votre violence, évidemment, triomphe.

 
Thierry Falvisaner Catherine Verlaguet, on peut souscrire de manière large à ton propos et le défendre avec énergie que l'on soit femme, homme ou autre d'ailleurs mais le "exclusivement masculin" est faux, en tout cas si on s'en tient au près-programme sur le site...Cela ne change pas le sens mais pour éviter les malentendus il est préférable de dire exactement les choses pour ne pas permettre justement à ces énergumènes de jouer sur les mots et se cacher devant la représentation de quelques unes au milieu d'un ensemble masculin...Le théâtre est tout de même un milieu extrêmement conservateur , avec beaucoup d'indignation, de poings levés, de postures, de cris d'orfraies, et de volonté de préserver ses positions voire sa rente de situation.. Cela se vérifie largement dans le peu de cas que de nombreux lieux font au non public de théâtre, les 5% de la population qui se rendent au spectacle suffisent au bonheur, et suffisent à donner le sentiment de parvenir à la mission émancipatrice dont se flattent les directeurs/rices/experts: chargés de missions...Alors rien de nouveau et malheureusement certaines femmes qui ont maintenant un peu de pouvoir, jouissent aussi mal du pouvoir que les nombreux hommes qui l'ont gardé et le conserve précieusement...Mais allons-y, foutons un grand coup de pieds dans cette mélasse infâme et sans indignation mais avec une colère juste et légitime car pour reprendre la formule de Bernard Noël absolument nécessaire : " L'indignation bavarde, la colère agit"…Amitiés
 

Christian Benedetti / candidat FI européennes 2019

« Aujourd’hui, Michel Simonot, écrivain et sociologue, répond à notre questionnaire. Après Krystian Lupa et Arpad Schilling, metteurs en scène , Lancelot Hamelin, écrivain et Robert Guédiguian, cinéaste»
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A la conférence de presse de notre liste du 14 janvier, j’annonçai qu’aux douze combats de la liste je m’en rajoutai un treizième : celui de l’art et de la culture.
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Parmi les initiatives que je prends, je pose trois questions à des artistes français et européens : 1-Qui êtes-vous ? 2-Quelle ambition voudriez-vous que portent votre pays et l’Europe dans le domaine des arts et de la culture ? 3-Selon vous, quelles sont les combats prioritaires dans ce domaine dans lesquels devront s’engager les futurs parlementaires européens ?
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L’ensemble de ces réponses servira de matériau pour élaborer une charte d’engagement des élus européens de la France Insoumise et des partenaires de « Et maintenant le peuple » sur l’enjeu de l’art et de la culture. 
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Chaque jeudi, ici, vous pourrez lire les réponses d’un artiste à ce questionnaire. En attendant la Charte…
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Aujourd’hui, nous publions la réponse de Michel Simonot. Vous connaissez peut-être ses coups de gueule contre la casse de l’art ou sur les rapports entre art et politique, publiés régulièrement dans la presse. Mais Michel est aussi un auteur de théâtre, seul avec Delta Charlie Delta ou Le but de Roberto Carlos ou en bande organisée avec ses amis du groupe Petrol. Je ne saurai trop vous recommander son dernier ouvrage : La langue retournée de la culture, un dictionnaire critique de la déconstruction des politiques culturelles par le néolibéralisme ( Decitre ).
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Merci Michel de cette contribution forte.
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Christian Benedetti, metteur en scène, candidat aux Européennes de la France Insoumise. 
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Christian Benedetti : Qui es-tu ?
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Michel Simonot : Je suis écrivain pour la scène et sociologue de la culture. Je dis « écrivain pour la scène » plutôt qu’auteur dramatique car, pour moi, l’écriture est le fondement de mon travail. Je considère que c’est dans l’écriture que la représentation scénique puise les bases de la spécificité de son langage, de ses langages. 
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Dans le même temps, mes préoccupations sont les enjeux sociaux et politiques de l’art, de la culture. Je porte attention, en permanence, aux questions actuelles de la vie artistique et culturelle. J’ai été et suis présent, engagé, dans les débats concernant les politiques culturelles, les rapports de l’art et de la politique.

Christian Benedetti : Quels sont les enjeux de l’art et de la culture, nationalement et en Europe ?
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Michel Simonot : Au premier plan, je dirais que c’est la destruction des politiques publiques, et pour nous, celles de l’art et de la culture. Ce qui m’inquiète -et m’effraie, d’une certaine manière- c’est l’accélération incroyable de ce qui est une liquidation. 
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C’est particulièrement vrai en France. Il est compliqué d’isoler la culture car cela concerne la totalité des politiques publiques. C’est un mouvement général, inséré dans une évolution autoritaire, antidémocratique dans toute l’Europe. Nous vivons, de fait, un contrôle idéologique de plus en plus efficace, même s’il n’apparaît pas toujours explicitement, par exemple en France. Encore que… 
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Il est difficile de se battre sur un front, l’art et la culture, tant le mouvement concerne tous les secteurs, soumis à une logique de néolibéralisation accélérée. Comme j’en donne l’illustration dans mon dernier livre, c’est la langue même des politiques culturelles qui est détournée, retournée pour, insidieusement, pénétrer nos consciences de logique libérale, capitaliste. Contrôler la langue, décider de la façon de nommer, c’est un « classique » des politiques autoritaires. Les milieux, culturels, artistiques et intellectuels qui, par définition, devraient être sensibilisés à l’usage de la langue ne le sont pas suffisamment. D’où une difficulté politique. Mais aussi artistique. 
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Par rapport à l’Europe, ce qui est terrible c’est que la France a été pionnière en matière de politique publique de la culture. Et, d’une certaine manière, c’est elle qui, aujourd’hui, donne l’exemple du recul, de la livraison de la culture publique aux intérêts privés, commerciaux, du conformisme moral, etc. Des pays comme l’Espagne, l’Italie etc., qui ont mis beaucoup de temps à se construire un minimum de politique publique, en s’inspirant de la France, reculent en courant. Ne parlons même pas des pays fascisants comme la Pologne ou la Hongrie. 
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En France, ce sont, par exemple, des groupes privés marchands, d’envergure nationale ou internationale, qui prennent la gestion ou rachètent à grande vitesse les théâtres publics des villes, par exemple. Ils maîtrisent les réseaux de diffusion. (Donc, de fait, d’une part de la création). Quel silence face à cela ! Y compris dans les milieux concernés de la culture, des artistes, des militants culturels...et des élus territoriaux, les premiers concernés !!! Cela m’inquiète au plus haut point. En réalité je sais que beaucoup ont réellement conscience de ce qui se passe. Mais en privé. Pourquoi ce silence ? Pourquoi ce peu de mobilisation ? Est-ce que la nécessité de vivre ou survivre neutralise à ce point l’expression de la critique ? 
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Un autre exemple : l’acceptation sans critique, sans discernement, du développement du « crowd founding », de l’appel à des fonds privés, particuliers, pour pallier la diminution, voire la disparition, des subventions publiques. C’est redoutable. Je prends à dessein certains exemples les moins « politiquement visibles »… et, donc, d’une efficacité redoutable. C’est dangereux. Je ne suis pas pessimiste : je suis inquiet. Surtout si l’on rapporte cela à l’évolution en Europe. 
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Christian Benedetti : Quels sont les combats prioritaires à porter par nos futur députés

Michel Simonot : Le premier point, incontournable, est que les forces politiques de gauche, des élus puissent « porter politiquement » la question de la culture, de l’art, de la littérature, de la vie intellectuelle, scientifique à l’échelle européenne. Il est plus qu’urgent qu’ils affirment clairement la nécessité d’une politique publique de la culture, donc qu’ils en formulent les fondements les principes, les valeurs et les conditions. Depuis maintenant vingt ans, ces élus ou responsables politiques ont, progressivement, par leur silence, quasiment déserté cet enjeu. Il faut des élus ayant une pensée, une conception, une parole publique construites et fortes concernant la culture. Voilà la condition première.
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Cela suppose, évidemment, d’élaborer et formuler une conception de la culture, de l’art, de la littérature, de la pensée dans la société. Je constate une « peur » toujours présente, des politiques, de s’engager dans cette élaboration, hormis… en terme de culture utilitariste, donc sans contenu. On affirme volontiers des exigences concernant les « effets » (sociaux, éducatifs…) ce qui évite de dire de quelle culture il s’agit et pourrait elle aurait ces « effets »… et de justifier les raisons d’une telle exigence.
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Les dispositifs publics actuels font que les jeunes générations, qui s’engagent aujourd’hui dans la vie artistique, expriment une peur d’être instrumentalisés par les politiques publiques, une peur de perdre leur indépendance artistique. On sous-estime dangereusement cette situation. Du coup, ils préfèrent, à raison, s’inscrire de plus en plus hors des politiques publiques. Ils préfèrent la débrouille personnelle ou collective. Voire leur précarité. Cela ne témoigne pas du tout d’une dépolitisation, bien au contraire : ils revendiquent leur indépendance et en construisent les moyens. Le combat politique premier est, donc, d’expliquer que la responsabilité d’une politique publique est de construire et préserver les « conditions » matérielles, politiques, organisationnelles de leur indépendance sans ingérence dans les démarches intellectuelles et artistiques. Ce qu’elle n’est plus, après l’avoir été durant plus de 40 ans, (même si cela avait des limites). Cela leur paraît invraisemblable ! Il y a un véritable travail politique, pédagogique à faire en direction des jeunes générations. Sinon on ne pourra pas convaincre d’un projet démocratique de société !
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Concernant les contenus, je me limite, ici, citer quelques points. Il faut redonner du sens. Ainsi :
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- la culture comme « intérêt général » : expression qui est devenue décrédibilisée, quasi honteuse, qui disparaît et qu’il faut ré-imposer, re-légitimer, aussi bien dans le monde politique européen que dans les milieux culturels. C’est ce qui doit permettre d’imposer dans le débat la nécessité d’une politique publique dans tous les domaines de la production et de la circulation de la pensée, de l’imaginaire. Mais aussi de l’éducation, de la santé…C’est le plus difficile, car cela est le fondement. « L’intérêt général » est devenu un « gros mot ».
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- il faut redonner une légitimité aux mots « création », « pensée », « art ». En effet, les critiques (parfois pertinentes) à l’égard des « Artistes », des institutions culturelles, artistiques, ont contaminé la question même de la « création » et de la « pensée », c’est-à-dire de la production du « symbolique », de l’imaginaire et de leur circulation. Depuis 30 ans on part « des artistes » pour aborder l’art, alors qu’il faut faire l’inverse : c’est à partir de la conception que l’on a de l’art que l’on doit penser ce que peuvent être des artistes, leur place, leur statut…Ceux qui détiennent le pouvoir ont intérêt à rendre suspect les mots « artistes », « création », etc., car, ce faisant, ils font obstacle à une réflexion sur ce que doit être l’autonomie  intellectuelle, économique, politique et sociale de la production et de la circulation des biens symboliques. Ils opposent autonomie et responsabilité sociale, voire économique. On a réduit, depuis 3 décennies, la culture à « du lien social », alors que c’est le lieu de « la circulation du sens ». Les députés européens auront, en la matière, une très grande responsabilité. ils ne sont pas les seuls.
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- la question de la « démocratisation » de la culture, ou du « partage », de « l’éducation artistique », etc., peu importe les expressions, est devenue une fin en soi. Pourtant, si on ne définit pas en préalable ce qu’il faut démocratiser ou partager, je vois pas très bien ce qu’il y a à mettre en commun, à socialiser, à démocratiser…. Il faut renverser la pensée politique : le responsable politique doit oser donner un contenu préalablement à l’imposition d’un objectif d’utilité sociale (ou économique). Sinon, la politique culturelle devient vide et n’est plus qu’une culpabilisation de ceux qui « ne partageraient pas ». Mais partager quoi ? La plupart des artistes se précarisent tout en ayant de plus en plus le sens de leur responsabilité sociale, on le voit dans les jeunes générations, comme ailleurs.
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- A partir de là, et seulement à partir de là, il conviendrait de réfléchir à ce que sont, aujourd’hui les conditions publiques de la production des biens symboliques, cette production n’étant plus réservée à quelques-uns, mais socialisée. Responsabilité artistique et responsabilité sociale ne peuvent être opposées, comme c’est le cas. Et on ne peut leur opposer la « responsabilité économique » telle que l’impose la logique néolibérale. 

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Relire la réponse de Krystian Lupa : https://www.facebook.com/cbenedettiFI/posts/682459588818433?__tn__=K-R •

Relire la réponse de Lancelot Hamelin : https://www.facebook.com/cbenedettiFI/posts/686446391753086?__tn__=K-R •

Relire la réponse de Arpad Schilling : https://www.facebook.com/cbenedettiFI/posts/690711427993249?__tn__=K-R •

Relire la réponse de Robert Guediguian https://www.facebook.com/cbenedettiFI/posts/694860250911700?__tn__=K-R

« Aujourd’hui : Krystian LUPA, metteur en scène polonais répond à notre questionnaire »
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A la conférence de presse de notre liste, le 14 janvier, j’annonçai qu’à nos douze combats je nous en rajoutai un treizième : celui de l’art et de la culture.
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Parmi les initiatives que je prends, je poserai, toute cette campagne, trois questions à des artistes français et européens :
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1-Qui êtes-vous ? 2-Quelle ambition voudriez-vous que portent votre pays et l’Europe dans le domaine des arts et de la culture ? 3-Selon vous, quelles sont les combats prioritaires dans ce domaine dans lesquels devront s’engager les futurs parlementaires européens ?
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L’ensemble de ces réponses servira de matériau pour élaborer une charte d’engagement des élus européens de la France Insoumise et des partenaires de « Et maintenant le peuple » sur l’enjeu de l’art et de la culture. 
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Chaque jeudi, ici-même, vous pourrez lire les réponses d’un artiste à ce questionnaire. En attendant la Charte…
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Aujourd’hui, nous publions la réponse de mon ami Krystian LUPA, metteur en scène polonais. Krystian n’a pas souhaité en passer par les 3 questions, Voici donc à la place son Manifeste.
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Et puisqu’il n’y dit pas qui il est, faisons le nous-même. Krystian Lupa est un artiste dont les œuvres sont présentées sur les plateaux du monde entier. Dans son pays, c’est une figure de la Résistance au pouvoir ultra-conservateur dans le domaine économique, social et sociétal. La justice, la presse la culture y sont violemment attaqués, à Varsovie le pouvoir a nommé un acteur de téléréalité directeur du Teatr Polski, des acteurs ont été renvoyés, des mises en scène interrompues et censurées, des œuvres retirées du répertoire.
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Christian Benedetti, metteur en scène, candidat aux Européennes de la France Insoumise. 
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MANIFESTE – Krystian Lupa - Traduction Agnieszka Zgieb 
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Comment exprimer cette peur ? 
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Un sentiment croissant d’étrangeté... 
Une difficulté à comprendre de plus en plus grande... 
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Je peux bien sûr essayer... 
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Essayer de prendre part dans des polémiques hasardeuses 
De formuler des jugements... Mais je ne crois pas que ce soit là le moyen de comprendre quoi que ce soit. 
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Ou d'aider quiconque à comprendre. 
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Ce que je pense – et ce que je dis – me semble de plus en plus étranger à moi-même... 
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Est-ce que cela a un sens de partager ce sentiment d’étrangeté et d'incompréhension ? 
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Dans cette situation, l’artiste est-il encore d'une quelconque utilité ? 
Ou moi-même, en tant qu'artiste... Etc. 
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Quelqu’un de plus en plus étranger. 
Quelqu’un de plus en plus en désaccord. 
Le scandale d’une contestation totale semble être le seul moyen possible... 
« Golgota Picnic », par exemple... 
Quelque chose de cet ordre-là... 
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En disant « je ne comprends pas votre monde », je le sais, je ne fais que me plaindre... 
M'apitoyer sur moi-même... 
Cette réflexion, cet aveu ne vous est d'aucune utilité... À quoi bon un tel aveu ? 
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Malgré tout je ressens le besoin de l’exprimer 
Sinon, je ne peux pas aller plus loin... 
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Je dis VOUS 
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Mais au fond, je ne sais pas ce que cela veut dire... 
Vous signifie-t-il vous qui êtes en train de regarder ? 
Puisque vous êtes là, vous attendez quelque chose, 
Vous attendez quelque chose de l’art... 
Vous attendez quelque chose de l’artiste... 
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Quoi ? 
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Une vérité ou juste une habitude ? 
Mais là encore, ce n’est pas tout à fait ce que je veux dire... 
Je risque d’être mal compris... 
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Et voilà à nouveau cette peur lâche et infâme 
De ne pas être bien compris 
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Je veux dire que le rôle de l’artiste s'amenuise, pris dans le courant inerte du monde 
Dans ses capacités spirituelles, ses énergies, ses valeurs... 
Dans les capacités créatrices de nos consciences. 
Et même... 
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Je ne sais pas... 
Le sens même de ces consciences. 
Parce qu’en fait je crois que le rôle de notre âme change, 
Nos âmes ne sont plus utiles à personne... 
Parce qu’en fait le rôle et le sens de nos consciences et de nos vérités 
Sont probablement en train de disparaître. 
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Nos vérités ne sont plus utiles à personne. 
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Peut-être que le rôle de nos visions créatrices est de plus en plus restreint 
Dans ce que produit le carnaval fou furieux 
Des réalités politiques... 
Le cabaret de la société et ses tourbillons de bla bla 
Ou encore une certaine habitude de fréquenter l’art. 
.
J’ai le sentiment que nous répétons cette habitude 
D’une manière de plus en plus automatique, comme dans un rêve. 
.
Cela ne produit rien d’essentiel. 
J’ai l’impression qu’au fond nous avons tous déposé les armes 
.
Nous avons accepté notre défaite face au monde 
Depuis un certain temps déjà nous sentons bien que c’est au-delà de nos forces, 
de continuer à nous battre, 
de poursuivre une réflexion, 
De bâtir comme des maisons les plus petites constructions de la volonté... 
.
Et une fois de plus, nous allons accepter quelque chose de terrifiant, 
Et une fois de plus, nous allons accepter quelque chose de monstrueux... 
.
Je dis, « nous ». 
.
Mais peut-être n'est-ce là que mon problème à moi... 
Non ! 
Je persiste à dire NOUS. 
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Nous nous sentons trahis... La démocratie ne nous protège pas des démons des médiocres, de ce marché monopolisé par des roublards qui exploitent la peur des médiocres, le ressentiment, la haine, la frustration, qui s’appelle le génie politique. 
.
Alors qu'il n’y a même pas eu 10% d'électeurs pour voter pour un progrès humaniste ? 
.
Il faut exprimer cette peur. C’est la prescription de Thomas Bernhard ! Nous en sommes aujourd'hui à ce stade. 
Thomas Bernhard l’a appelé nazisme. 
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C'est la majorité, cette majorité décisive qui permet à ceux qui véhiculent le ressentiment d’accéder au pouvoir, ceux qui, quelles que soient leurs déclarations, seront les exécutants d’une pensée étroite, d’une voie égotiste et immature, les ennemis du progrès humain cachés sous le manteau de Dieu. 
.
Le refus de vivre là où vit un tel peuple – quelle que soit la signification que l’on puisse donner à ce mot... 
Le refus... 
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Aujourd’hui, les jérémiades de tous ceux qui ont peur semblent naïves. 
Mais il y a un sens, dans ce que répètent de toute part des êtres isolés, des individus qui se retrouvent tout à coup isolés : je veux partir, je ne veux pas vivre là où les gens font un tel choix. Comment peut-on rester indifférent ? C’est inconcevable... 
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Parmi ceux qui parlent de fuir, chacun se sent tout à coup atrocement seul. 
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Soudain désorienté, trompé. Soudain... 
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Qu’appelle-t-on aujourd’hui nation ? 
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J’ai peur du drapeau blanc rouge. Vous réalisez ce que cela veut dire ? 
Alors, je suis resté seul, en effet... mon désir était de partir, je suis resté seul... Je ne me sens pas Polonais, comme Thomas Bernhard à la fin de sa vie souffrait d’un irrésistible besoin de fuir le lieu où il était obligé d’être Autrichien. 
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Il y a chez les gens quelque chose face à quoi je me sens de plus en plus étranger. 
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Il ne suffit pas d’avoir un travail, un appartement et de ne pas avoir de problème d’argent. 
Je ne peux pas être en paix avec l’idée que je suis là fixé comme une plante, là où les gens choisissent l'option étroite de la régression, qui s’y enferment et ferme la voie au Rêveur du progrès humaniste. 
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Vivre quelque part... ailleurs... C'est vrai, je ne peux pas vivre là où prolifère le fascisme. En Autriche, on l’a appelé ainsi. Mais qu’est-ce que le fascisme ? 
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On s’indigne ici devant l’usage du mot « fascisme », et on se moque facilement de celui qui le lance dans la solitude et le désespoir, qui en use d’un air impuissant car c’est un mot qui suscite un grand effroi comme une grande condamnation. 
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« Vous ne savez pas ce qu’est le fascisme ? Plongez dans l’histoire. », disent les cyniques. Vous, les historiens cyniques, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Je dis « fascisme » parce que je ne connais pas d’autre mot. Ce que j’appelle fascisme, c’est cette conspiration de l’étroitesse (de l’esprit), cette communauté qui fait de sa haine un critère de supériorité, qui expédie l’autre dans un camp de concentration. 
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Le fascisme a toujours existé. Mais notre société se précipite à nouveau vers cette nouvelle ère obscure, la  distille et la fait ressurgir. 
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Le fascisme est tout ce que je fuis, cet air empoisonné par une communauté haineuse et étriquée. C’est la nationalité dénaturée dans une époque où la nation devient quelque chose d’incompris et d’anachronique. La nationalité en tant que maladie, la nationalité en tant que réceptacle du ressentiment, la communauté qui exclue l’autre, indépendamment des critères par et pour lesquels il devient justement l’autre. 
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Le fascisme est la religion d’un Dieu devenu négatif – c’est la religion du bouc émissaire immolé au nom de Dieu, du culte de sa propre supériorité instituée par le sacrifice du bouc émissaire... 
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Dieu s’efface de l’horizon de la pensée humaine, il s’efface impitoyablement de l’horizon de la pensée humaine, il n’est plus visible que par l’apparition de l’ennemi... 
L'ennemi masqué qui se présente aujourd’hui, c’est la Guerre de Religion... La peur et le besoin diffus de partir viennent-ils de là ? 
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Impossible de rester dans une communauté qui fait ces choix-là. Je refuse de me réveiller dans un pays où l'on arbore le drapeau blanc et rouge. 
La concentration de haine ressentie de tous côtés m’empêche de respirer... 
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Cette cage où à cause de mes rêves possibles sur un progrès possible de l’être humain, j’ai été distillé en tant qu’étranger. 
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Le fascisme c’est la distillation de l’Autre en ennemi, la voie très ancienne de la communauté des médiocres. 
Le fascisme c’est la religion des médiocres... Cette peur indéfinie qu’éprouvent les esseulés, encore plus esseulés parce que cernés par une conspiration secrète. 
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Rue Bracka, on brûle des voitures, cela n’intéresse personne... ce ne sont pas eux qui ont mis le feu. La communauté a choisi le droit de détruire, de liquider la différence, de fermer tous les chemins qui ouvrent vers l’extérieur... De barrer tous les chemins qui conduisent à des réflexions et à des questionnements sur ce que peut être l’homme. Voilà ce que le médiocre craint le plus. La démocratie contrôlée par les médiocres se transforme en fascisme. Le fascisme est cet espace fermé où la médiocrité des nôtres devient la valeur suprême. 
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Un besoin incompréhensible mais irrésistible de fuir l’endroit où cela se passe, où on brûle les voitures en guise de sacrifice religieux... 
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La Place des Héros, c’est là où un homme a parlé et a entériné le culte de la religion de la haine. 
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Zut ! Plus de télé ! La télé est en panne ! C’est peut-être bien qu'elle soit cassée ! Bien que cela soit aussi une raison diffuse de partir d’ici. Parce que nous sommes les victimes de la pornographie des journalistes... Ce sont eux les responsables de ce cirque, de ce massacre des critères, de la pornographie politique qui efface tous les chemins de possibilités spirituelles, et efface l’idée même de ces chemins. La pratique d’un divertissement quotidien au moyen d’une bonne dose quotidienne de divertissement politique narcotique. (Même une soirée électorale se transforme en un divertissement politique narcotique pour abrutis.)

Le Manifeste est publié chez Actes Sud en annexe du livre Utopia


 Lors du grand débat sur la culture qui a eu lieu aux Beaux-Arts le 5 mars, les patrons de gros musées, opéras ou théâtres ne sont pas venus,       déplore Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde » dans sa chronique.

 

 

 

 

Chronique. Un des maux du monde culturel est de cultiver l’entre-soi. Rester au chaud dans sa famille. Il n’y a pas mieux pour évacuer les questions qui fâchent, pas pire pour se couper de la population. Le grand débat né de la crise des « gilets jaunes » a justement pour but d’écouter les invisibles. Ceux qui ne parlent pas. Or pour ces derniers, c’est la culture qui est invisible. Pas étonnant que le sujet soit absent du million de contributions enregistrées à ce jour.Pas étonnant,car la grande majorité des Français ne met jamais les pieds dans les musées, théâtres, opéras ou salles de concerts. Ils n’y pensent pas ou pensent que ce n’est pas pour eux. Et puis, pourquoi écrire une doléance sur un sujet auquel Emmanuel Macron ne consacre pas un mot dans sa Lettre aux Français ? Peut-être n’a-t-il pas voulu ouvrir une boîte remplie de serpents, comme cette question : faut-il donner autant d’argent, pris sur nos impôts, à des théâtres qui ne nous intéressent pas ? Mais en fermant la boîte, le président a oublié que la culture croise tant d’atouts – éducation, imagination, initiative, émotion, confiance en soi – qu’elle est un marqueur social.

Bourde présidentielle

Afin de rattraper la bourde présidentielle, un débat sur la culture a eu lieu le 5 mars à l’Ecole des beaux-arts de Paris, à l’initiative de Beaux Arts Magazine et de la Fondation du patrimoine. Que des emblèmes culturels organisent un débat au cœur de la capitale (Saint-Germain-des-Prés) et dans un lieu d’élite est une autre bourde. Car, évidemment, la France muette n’est pas venue. Ni le « non-public » évoqué dans l’instructif recueil de textes « Non-public » et droits culturels (éd. La Passe du Vent, 204 p., 13 €). Ni même tous ceux qui fréquentent un peu musées ou théâtres.

Dans cette école de jeunes sont venus beaucoup de seniors passionnés de culture, souvent du métier. Des « gilets jaunes » de l’art. Des soutiers précieux, militants associatifs, artistes de terrain, qui vont au charbon dans les écoles, les banlieues, les petites villes. Avec un salaire aussi modeste que leurs subventions.

Ils ont raconté leur lutte contre la ségrégation culturelle. Ils ont raconté leur action, lancé une idée, espéré plus de moyens. Un vieux monsieur a alors douché la salle : « Tout ce que vous proposez, ça fait trente ans que je l’entends, et ça n’a pas marché. » La culture est en effet le secteur où on organise le plus de débats – souvent autour de la culture pour tous. Il en ressort plaintes et autopromotion. Ce n’est pas le cas du Studio Théâtre de Stains (Seine-Saint-Denis), qui a organisé deux débats similaires, à lire sur leur site, et en annonce un troisième le 13 mars.

On ne se mélange pas entre riches et pauvres

Pour susciter des questions inédites, dérangeantes, transgressives, il faut échapper à l’entre-soi. Parler des exclus de la création avec eux. Les écouter. Pas simple, alors qu’au sein même de la famille culturelle on ne se mélange pas entre riches et pauvres. Ou plutôt les riches dialoguent peu avec les pauvres. Aux Beaux-Arts, la plupart des patrons de gros musées, opéras ou théâtres ne sont pas venus – il n’y avait que des coups à prendre.

Même absence du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), qui réunit 400 entreprises subventionnées dans le spectacle, qui avait jugé déplacée une réunion tenue à Paris. Cette bouderie est une hypocrisie, a écrit Jean-Marc Adolphe, fondateur de la revue culturelle Mouvement, dans un post de blog du 8 février. Pour ce dernier, le Syndeac tient un discours militant en faveur d’une culture pour tous, mais dans les faits s’en fiche complètement, préférant passer son temps à « réclamer du pognon pour la création ».

Brimade et hypocrisie

De cela, le public des Beaux-Arts n’a pas parlé. Nos « gilets jaunes » de la culture, contrairement à ceux des ronds-points, rouspètent sans renverser la table. Il est vrai que porter un coup à la famille se paie parfois d’une brimade. Ils sont pourtant victimes d’une autre hypocrisie : l’Etat dit se préoccuper de « culture pour tous » depuis vingt ans, mais, dans le même temps, il a passé au sabre l’éducation populaire (MJC, centres de rencontre, associations diverses, pratique amateur), qui, souvent, constitue le premier contact de millions de gens avec la création.

L’Etat sabre parce qu’il méprise le « sociocu » – il est structuré pour défendre le grand art. Il ajoute que c’est le boulot des maires. Or, les villes font pareil : elles reportent souvent sur la culture de proximité les réductions de la dotation de l’Etat et elles reprennent en main, en réduisant la voilure, cette éducation populaire, jugée trop gauchiste et indépendante, à travers leurs services municipaux.

L’art d’enrober les choses

Ce constat n’a pas empêché Franck Riester, le ministre de la culture, présent aux Beaux-Arts, d’interpeller l’assemblée : « C’est vous, sur le terrain, qui avez les solutions. » Il fallait oser. Il est vrai que M. Riester a l’art d’enrober les choses, ce qui devrait lui permettre de durer. Il ne dit rien, car il n’a pas d’argent à donner à la culture pour tous. Il lance : « L’Etat ne peut pas tout. »

C’est vrai, mais il peut ceci : prendre de l’argent aux riches institutions pour le donner à l’éducation populaire, ou alors leur demander de consacrer une très grosse part de leur budget à des actions de terrain hors leurs murs. Cette option fut évoquée par des intervenants aux Beaux-Arts et serait en bonne place parmi les propositions postées sur la plate-forme (granddebatculture.fr). Pas sûr que M. Riester aille dans ce sens. Car il lui faudra affronter nos phares de la création, qui estiment que ce n’est pas leur job.

Même chose pour l’éducation artistique à l’école. Tout le monde en convient, c’est « le » sujet-clé. Après deux heures de débat et de jolis poncifs, c’est l’ancien ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, qui a dit l’essentiel : l’Etat met 149 millions d’euros dans ce secteur, or il faut 1 milliard pour que ce soit efficace. A ce moment, Franck Riester n’était pas encore dans la salle.

Michel Guerrin

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Au débat, citoyens !

15 Janvier 2019 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #Gilets Jaunes, #J.C.G., #agora, #agoras, #pour toujours, #écriture- lecture, #théâtre

bonjour, c'est pour un débat; le président de fenêtre fermée en porte entrouverte; l'avenir selon une banque, selon deux gilets jaunes; autres livres; recouvrir sa télé d'un gilet jaune
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Humour

EFFERVESCENCE NORMANDE - Grand Bourgtheroulde, dans l’Eure, où se déplace aujourd’hui Sa Majesté Emmanuel Macrotin, est en ébullition. La preuve ? Selon « Le Courrier de l’Eure », le cahier de doléances ouvert en mairie, qui « ne comptait que quatre contributions le 9 janvier 2019, en comportait neuf le lendemain, 10 janvier 2019. Un signe, sans doute, de L’EFFERVESCENCE dans cette petite commune rurale de Normandie depuis l’annonce officielle de la visite du chef de l’Etat. (…) Pour l’instant, les demandent inscrites dans ce cahier concernent surtout des mesures en faveur d’un meilleur pouvoir d’achat et l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC). La baisse des privilèges pour les représentants de l’Etat, le retour de l’ISF font aussi partie des revendications exprimées, ici, par écrit. »
Il y aurait donc 9 dangereux contestataires factieux parmi les 3.800 Thérouldebourgeois (ainsi appelle-t-on les habitants de Grand Bourtheroulde). Privée de Benalla, la garde rapprochée de Jupiter 1er est- sur les dents. Ne pas oublier, en effet, que Grand Bourgtheroulde doit son nom à Théroulde, qui fut assassiné en 1040/1041 par Guillaume de Montgommery. (Théroulde vient du germain Turoldus , nom qui figure au dernier vers de la plus ancienne rédaction de la Chanson de Roland : « Ci falt la geste que Turoldus declinet »).
Pour prévenir tout risque de répétition de l’histoire assassine, des mesuires drastiques ont été prises :sur les 700 maires de Normandie invités ce mardi 15 janvier dans l’Eure, pour le premier déplacement d’Emmanuel Macrotin en région, seuls deux maires du Calvados seront autoriser à baiser les babouches du Souverain : : Sophie de Gibon (Canteloup) et Joël Bruneau (Caen).
Une délégation locale des Gilets jaunes sera d’autre part reçue par par le responsable des cabinets de Christophe Castaner, qui leur offrira une rasade de gaz lacrymogènes.

Jean-Marc Adolphe

Anne Groh Le sketch complet. Le préfet à interdit tout rassemblement ! La pièce de théâtre écrite par un auteur peu connu, Emmanuel Macron, "Le foutage de gueule" sera jouée aujourd'hui dans le département de l'heure. Un seul comédien, l'auteur lui-même, car veut être seul sous les projecteurs du plateau, et surtout ne veut aucun public car le méprise en le traitant de "gens de rien ne faisant aucun effort"

A LA BONNE EURE !
Emmanuel Macron a choisi le département de l'Eure pour lancer le grand débat national. Département où la contestation est muselée par plus de 20 arrêtés préfectoraux qui interdisent totalement les manifestations et rassemblements #GiletsJaunes depuis le 17 décembre et jusqu'au 16 janvier.

Le choix d'organiser le #GrandDebatNational dans un territoire où les #GiletsJaunes s'exposent à six mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende s'ils se rassemblent ou manifestent ne peut laisser indifférent.... La liberté de manifester y a été purement et simplement abolie. Tristan Laouen.

(Je me souviens de la consultation de Philippe Meirieu sur l'école au temps du ministre Claude Allègre, c'était en 1997-1998 sur quels savoirs enseigner dans les lycées ? j'avais écrit quelques articles d'esprit critique et civique adressés à mes collègues et aux élèves de mon lycée, le lycée Rouvière à Toulon; juin 1998, je prenais ma retraite; on retrouve ces articles dans le livre à 3 auteurs Pour une école du gai savoir, un livre qui débloque aux Cahiers de l'Égaré, 2004. Je vais participer à cette consultation, en citoyen. Pourquoi ? Même si avec le mouvement des gilets jaunes, une intelligence collective se manifeste (intelligence émotionnelle, du coeur, produisant du chaud, du concret et des idées) chacun est responsable de ce qu'il produit ou pas, de ce qu'il partage ou pas. Simple citoyen, ça veut dire sortir du cadre de mes intérêts personnels, particuliers et m'intéresser à ce qui, d'après les réalistes, ne me regarde pas, l'intérêt général, le bien commun, le vivre ensemble, toutes formules évidentes et obscures. Je trouve juste depuis ma place de tenter de m'élever au niveau des questions d'ensemble. L'instituteur qui a écrit la lettre du président pose-t-il toutes les questions qu'il faut se poser ? Le président a-t-il des idées derrière la tête ? Veut-il nous enfumer ? Ces questions auxquelles je me donne des réponses ne m'interdisent pas de répondre pour moi à ces questions. Cela va m'obliger à formuler mes choix, mes préférences, mes priorités, mes valeurs, comme si j'écrivais un programme politique. Sain exercice qui me servira de boussole pour évaluer les programmes à venir ou existants, d'évaluer les actions en cours. Je ferai preuve d'esprit critique et civique. Esprit critique cela veut dire sans projection d'a priori, de préjugés, de voile idéologique. Esprit civique cela veut dire avec la visée du bien commun, étendu aujourd'hui à l'humanité, à la planète. Cela ne m'empêchera pas de continuer à être citoyen gilet jaune à ma manière.) JCG
 
Voilà la lettre du grand débat national.
Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes,
Dans une période d’interrogations et d’incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes. La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités.
Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités.
Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l’effort partagé par tous.
C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. C’est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie.
Et chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans la conception des lois, dans les grandes décisions à prendre.
Chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous : c’est tout cela, la nation française.
Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ?
Je sais, bien sûr, que certains d’entre nous sont aujourd’hui insatisfaits ou en colère. Parce que les impôts sont pour eux trop élevés, les services publics trop éloignés, parce que les salaires sont trop faibles pour que certains puissent vivre dignement du fruit de leur travail, parce que notre pays n’offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d’où l’on vient.
Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste.
Cette impatience, je la partage. La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail.
En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires.
Mais il y a pour cela une condition : n’accepter aucune forme de violence. Je n’accepte pas, et n’ai pas le droit d’accepter la pression et l’insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n’accepte pas et n’ai pas le droit d’accepter la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait !
Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir.
C’est pourquoi j’ai proposé et je lance aujourd’hui un grand débat national qui se déroulera jusqu’au 15 mars prochain. Depuis quelques semaines, de nombreux maires ont ouvert leurs mairies pour que vous puissiez y exprimer vos attentes.
J’ai eu de nombreux retours que j’ai pu prendre en compte.
Nous allons désormais entrer dans une phase plus ample et vous pourrez participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées. Dans l’Hexagone, outre-mer et auprès des Français résidant à l’étranger.
Dans les villages, les bourgs, les quartiers, à l’initiative des maires, des élus, des responsables associatifs, ou de simples citoyens… Dans les assemblées parlementaires comme régionales ou départementales.
Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l’intermédiaire légitime de l’expression des citoyens. Pour moi, il n’y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre.
Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d’accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu’on ne le croit. Je n’ai pas oublié que j’ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle.
Je pense toujours qu’il faut rendre à la France sa prospérité pour qu’elle puisse être généreuse, car l’un va avec l’autre.
Je pense toujours que la lutte contre le chômage doit être notre grande priorité, et que l’emploi se crée avant tout dans les entreprises, qu’il faut donc leur donner les moyens de se développer.
Je pense toujours qu’il faut rebâtir une école de la confiance, un système social rénové pour mieux protéger les Français et réduire les inégalités à la racine.
Je pense toujours que l’épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement.
Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. Sur ces grandes orientations, ma détermination n’a pas changé. Mais je pense aussi que de ce débat peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d’envisager l’avenir, de nouvelles idées.
À ce débat, je souhaite que le plus grand nombre de Français, le plus grand nombre d’entre nous, puisse participer.
Ce débat devra répondre à des questions essentielles qui ont émergé ces dernières semaines.
C’est pourquoi, avec le Gouvernement, nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté.
Sur chacun de ces thèmes, des propositions, des questions sont d’ores et déjà exprimées.
Je souhaite en formuler quelques-unes qui n’épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations.
Le premier sujet porte sur nos impôts, nos dépenses et l’action publique.
L’impôt est au cœur de notre solidarité nationale. C’est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service.
Il permet de verser aux plus fragiles des prestations sociales mais aussi de financer certains grands projets d’avenir, notre recherche, notre culture, ou d’entretenir nos infrastructures. C’est aussi l’impôt qui permet de régler les intérêts de la dette très importante que notre pays a contractée au fil du temps.
Mais l’impôt, lorsqu’il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s’investir dans les entreprises, créant ainsi de l’emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit de leurs efforts. Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela afin d’encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d’être votées et commencent à peine à livrer leurs effets.
Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable.
Nous devons en revanche nous interroger pour aller plus loin. Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ? N
ous ne pouvons, quoi qu’il en soit, poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d’autres trop cher en raison des cotisations qu’ils paient.
L’efficacité de la formation comme des services de l’emploi est souvent critiquée.
Le gouvernement a commencé à y répondre, après de larges concertations, à travers une stratégie pour notre santé, pour lutter contre la pauvreté, et pour lutter contre le chômage Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ? Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c’est l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques. Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux : école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale.
Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ?
Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens ?
A quels niveaux et pour quels services ?
Comment voudriez-vous que l’Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action ?
Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ? Comment l’Etat et les collectivités locales peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?
La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir. Je me suis engagé sur des objectifs de préservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l’air.
Aujourd’hui personne ne conteste l’impérieuse nécessité d’agir vite. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses.
Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses contraintes des ménages en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir.
Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ?
Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ?
Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?
Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ?
Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?
La question de la biodiversité se pose aussi à nous tous. Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ?
Comment faire partager ces choix à l’échelon européen et international pour que nos producteurs ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?
Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu’il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections.
Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ?
Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques?
Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus ?
Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Economique, Social et Environnemental doivent-ils jouer pour représenter nos territoires et la société civile ?
Faut-il les transformer et comment ? En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d’écouter plus souvent la voix de ses citoyens.
Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ?
Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ?
Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ?
La citoyenneté, c’est aussi le fait de vivre ensemble. Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c’est le devoir de l’asile, qui ne saurait être remis en cause.
Notre communauté nationale s’est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d’un avenir meilleur : c’est comme cela qu’elle s’est aussi construite.
Or, cette tradition est aujourd’hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l’immigration et aux défaillances de notre système d’intégration. Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans notre Nation ?
En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?
Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?
La question de la laïcité est toujours en France sujet d’importants débats.
La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques.
Elle est synonyme de liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix. Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ?
Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?
Dans les semaines qui viennent, je vous invite à débattre pour répondre à ces questions déterminantes pour l’avenir de notre nation. Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n’importe quel sujet concret dont vous auriez l’impression qu’il pourrait améliorer votre existence au quotidien.
Ce débat est une initiative inédite dont j’ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions. Ce n’est ni une élection, ni un référendum. C’est votre expression personnelle, correspondant à votre histoire, à vos opinions, à vos priorités, qui est ici requise, sans distinction d’âge ni de condition sociale. C’est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens.
Pour garantir votre liberté de parole, je veux que cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence.
C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions.
Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international.
Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat. Françaises, Français, je souhaite que le plus grand nombre d’entre vous puisse participer à ce grand débat afin de faire œuvre utile pour l’avenir de notre pays.
En confiance,
Emmanuel Macron
 
Et en même temps
Phrases vexantes et "vérités" ? d'Emmanuel Macron
"Il y a, dans cette société (Gad), une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées" (09/2014)
"Avec ma ligne d’autocars, les pauvres pourront voyager plus facilement" (10/2014)
"Je ne suis pas là pour protéger les jobs existants" (12/2014)
"Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires" (janvier 2015)
"Si j’étais chômeur, je n’attendrai pas tout des autres. J’essaierai de me battre d’abord" (02/2015)
"Je pense qu’il y a une politique de fainéants, et il y a une politique d’artisans. Moi, je suis avec les artisans" (02/2015)
"Les salariés français sont trop payés" (03/2015)
"La France est en deuil d’un roi" (07/2015)
"Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est gratuit quand ils sont mineurs" (08/2015)
- "Être élu est un cursus d’un ancien temps" (09/2015)
"Le libéralisme est une valeur de gauche" (09/2015)
"Les jeunes veulent être entrepreneurs, pas fonctionnaires" (09/2015)
"Je n’aime pas ce terme de modèle social" (10/2015)
"Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié, il ne faut pas l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties" (01/2016)
"Les salariés français doivent pouvoir travailler plus sans être payés plus, si les syndicats majoritaires sont d’accord" (01/2016)
"Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler" (05/2016)
"35 heures, pour un jeune, ce n’est pas assez" (11/2016)
"Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains" (11/2016)
"L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier" (01/2017)
"Le chômage de masse, en France, c’est
parce que les travailleurs sont trop protégés" (02/2017)
"Les Britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher" (02/2017)
"Il n’y a pas de culture française (…) Moi, l’art français, je l’ai jamais vu" (02/2017)
"C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne électorale. La politique, c’est mystique" (02/2017)
"Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une" (04/2017)
"Je suis pour une société sans statuts" (03/2017)
"Vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires est une nécessité" (04/2017)
"Le Kwassa-Kwassa pêche peu, il amène du Comorien" (06/2017)
"Une gare, c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien" (06/2017)
"Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois, ou perdus" (07/2017)
"Je n’aime pas le terme de pénibilité. Donc, je le supprimerai, car il induit que le travail est une douleur" (07/2017)
"Quand tu es Président, ce n’est pas le moment où tu gagnes le plus d’argent" (08/2017)
"Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes" (09/2017)
"Mes conseillers sont jeunes, j’assume. Les maréchaux d’Empire étaient jeunes et ce n’étaient pas des paysans" (09/2017)
"Les révolutionnaires sont souvent des ratés du suffrage universel" (09/2017)
"La démocratie ne se fait pas dans la rue" (09/2017)
"Certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes, là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications, et ce n’est pas loin de chez eux" (10/2017)
"Je ne suis pas le père Noël" (en Guyane, 10/2017)
« Je crois à la cordée. Il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont du talent, je veux qu’on les célèbre. Si on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole" (10/2017)
"Si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays" (11/2017)
"Ceux qui naissent pauvres restent pauvres. Il faut responsabiliser les pauvres pour qu’ils sortent de la pauvreté" (06/2018)
"On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, et les gens ne s’en sortent pas" (06/2018)
"Je dis aux jeunes : Ne cherchez plus un patron, cherchez des clients" (06/2018)
"Si un jour tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même" (07/2018)
"S'ils veulent un responsable, qu'ils viennent me chercher" (à propos de l'affaire Benalla, 07/2018)
Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement ! (08/2018)
Face à un jeune chômeur Macron indique : « je traverse la rue et je vous trouve un emploi ... je veux simplement des gens qui sont prêts à travailler »
Journée du Patrimoine l’Elysée 09/2018
"Trop de Français n'ont pas le sens de l'effort, ce qui explique en partie les "troubles" que connaît le pays, vendredi 11/1/2019

 

La plainte déposée par Jean-Marc Adolphe à la gendarmerie de Fère-en-Tardenois aussi célèbre que Grand Bourgtheroulde (où 600 maires de la France profonde ont ovationné un malotru en chemise, parlant de crack et de pipe, messages subliminaux)) me fait penser à Vaclav Havel (auteur de "L'amour et la vérité doivent triompher de la haine et du mensonge"); dissident de la Charte 77, auteur de « Le Pouvoir des sans-pouvoir », écrit en prison en 1978, dans lequel il analyse les mécanismes de la mauvaise raison d’État (stalinien) qui prive selon lui les citoyens ordinaires de toute capacité d'influer sur le cours réel de leur vie : mécanismes qui conduiraient à la résignation des individus et aussi à leur démission morale, stérilisant en fait la dynamique sociale; en novembre 1989, il est spontanément placé par la foule à la tête du mouvement « Forum civique », une association unie des mouvements d'opposition et d'initiative démocratique; il y aurait à apprendre de la révolution de velours (très différente des révolutions orange, télécommandées)
il me semble que la démarche de Jean-Marc Adolphe vise entre autre à redonner aux mots leur sens, leur vérité contre les usages performatifs et oxymoriques (le fameux "en même temps", dualité et neutralité typiques de la propagande de Macron) qu'avait bien perçu Lewis Carroll; 
- Lorsque j'utilise un mot, dit Humpty Dumpty avec mépris, il signifie exactement ce que je choisis qu'il signifie — ni plus, ni moins.
- La question est de savoir si vous pouvez faire signifier aux mots autant de choses différentes, dit Alice.
- La question est de savoir qui est le maître, et rien d'autre, dit Humpty Dumpty. 

La position de Humpty-Dumpty a été ultérieurement théorisée par JL Austin dans Quand dire, c'est faire (1962), inaugurant les recherches sur les usages performatifs du langage
 

J'avais voulu faire créer la totalité du théâtre de Havel (voir Donjon Soleil), accusé de didactisme, pour montrer l'efficacité de ce théâtre de l'absurde, à l'image du langage officiel stalinien où les mots étaient à l'opposé de la réalité, il fallait donc dévoiler cette imposture et cet usage immoral du langage, ce qu'il fit avec brio et constance, même devenu président; 
cette démarche de Jean-Marc Adolphe, solitaire ou multipliée par des milliers, contribuera-t-elle à moraliser le monde des mots affirmateurs puis négateurs des maux ? Macron ne changera pas mais les gens peuvent vouloir que les mots redeviennent vivants parce que chargés de sens, de vie, de vérité. Merci pour ce coup d'épée dans le vif du mensonge d'état "démocratique". Oui, la bataille en cours a aussi pour enjeu le sens des mots.

 

réservations auprès de Marilyne Brunet, en MP ou par mail à FEDERATION.GJ.TOULON.VAR@TUTANOTA.COM
A l initiative de Gilets jaunes du grand Toulon, Dimanche 20 janvier 2019 de 10h à 12h30 le cinéma "le Royal" accueille les GJ et tout sympathisant ou simple curieux bienveillant qui souhaite apporter sa pierre à l'édifice des assemblées populaires. Partagez, et venez nombreux ! Réservez votre place en mp.
La direction du cinéma le Royal, lieu emblématique à Toulon, sensible et favorable aux débats citoyens et aux assemblées populaires, met gracieusement sa grande salle de projection à disposition. Nous l'en remercions bien chaleureusement.
Proposition d'ordre du jour :
-- Assemblée populaire / Réunion pour la fédération des groupes gilets jaunes du grand Toulon --
-> Donner suite au premier rassemblement du mercredi 26 décembre organisé à la salle Méditerranée, autour d'un fonctionnement autogéré par zone géographique, par pôles et sans représentant, pour l'union des ressources et la coordination des actions ;
-> Valider le schéma structurel issu de ces débats ;
-> Adoption du principe d'un site web corrélé à cette fédération : état des lieux des travaux en cours, à usage interne et/ou externe ;
-> Inscriptions des participants aux groupes de réflexion existants ( Ecologie. Démocratie, Economie et Social . Education ) création de nouveaux groupes par les participants ;
- propositions de futurs sujets de réflexion pouvant donner lieu à des projections de films et / ou à des interventions de différents spécialistes suivis de débats.
-> Une réunion qui en appelle d'autres, pour établir la synthèse des réflexions de chaque groupe et aborder collectivement des sujets déterminants (choisis à l'issue de chaque réunion) ;
Une trentaine de groupes de gilets jaunes (France entière) ont déjà répondu favorablement au second appel de Commercy pour "l'assemblée des assemblées" pour le 26 janvier ! (voir vidéo ci-dessus)

Position d'Alain Badiou
Je laisse cette réponse d'Alain Badiou à France 2 à votre réflexion.
Cher Monsieur,
Je vous remercie, ainsi naturellement que Léa Salamé, de votre invitation. Je n’ai, croyez-le bien, aucune opposition de principe concernant une participation à « Stupéfiant ». Je tiens seulement à vous expliquer pourquoi je ne souhaite pas paraître, en ce moment, dans des émissions traitant de l’actualité politique. J’ai déjà du reste donné ces explications à Frédéric Taddeï, qui m’avait invité, comme il l’a déjà très souvent fait dans le passé – ce dont je le remercie – à venir parler de l’épisode « gilets jaunes » sur RTF.
Il faut partir d’une considération générale : il existe parfois, dans les situations sociales, nationales, politiques, ce que j’appelle des fausses contradictions. A savoir des contradictions, éventuellement violentes, mais dont aucun des deux termes ne mérite d’être choisi ou soutenu. Pensons par exemple à la guerre de 14-18 : fallait-il obligatoirement choisir son camp pour cette tuerie finalement totalement vaine, et ce pour la seule raison qu’on était français, allemand, russe, ou italien ? Ceux qui, comme Romain Rolland ou Trotski ont répondu « non », et en ont averti l’opinion mondiale depuis la Suisse, avaient, si peu nombreux soient-ils, entièrement raison. Aujourd’hui, Dieu merci dans une situation infiniment moins dramatique, faut-il absolument choisir entre le gouvernement Macron et les gilets jaunes ? Pour le moment en tout cas, je ne le pense pas. J’ai dit fermement, dès les élections présidentielles, que je ne me rallierai ni à Marine Le Pen, capitaine de l’extrême-droite parlementaire, ni à Macron, qui montait ce que j’ai appelé « un coup d’Etat démocratique », au service pseudo-réformateur du grand capital.
Aujourd’hui, je ne change évidemment rien à mon jugement sur Macron. Mais je n’ai rien trouvé de politiquement novateur ou progressiste dans la mobilisation des gilets jaunes, si exact que puisse être leur sentiment de baisse du pouvoir d’achat, et si justifié que puisse être leur dégoût du pouvoir en place. Les ennemis de mes ennemis ne sont bien souvent, non seulement pas mes amis, mais des ennemis encore pires. Ainsi de Marine Le Pen au regard de Macron, par exemple. Je ne dis pas que ce soit le cas des gilets jaunes, mais je ne lis rien, ni dans leurs proclamations, ni dans leur désorganisation périlleuse, ni dans leurs formes d’action, ni dans leur absence de pensée générale et de mots d’ordre, qui puisse me convaincre qu’ils sont les amis, même éloignés, de la seule orientation qu’on puisse valablement opposer au pouvoir en place, dont le seul nom réel est « capitalisme », à savoir celle que je nomme le nouveau communisme. Divers indices, notamment des traces évidentes de nationalisme à courte vue, d’hostilité latente aux intellectuels, de « démocratisme » démagogique, et de confusion dans les discours, m’inclinent d’ailleurs à être prudent dans toute appréciation de ce mouvement. Car après tout, il y a un proverbe qui dit que « tout ce qui bouge n’est pas rouge ». Et pour le moment, du « rouge », il n’est pas question : je ne vois, outre le jaune, que du tricolore, toujours un peu suspect à mes yeux.
Au regard d’une fausse contradiction, le mieux est de s’abstenir de tout jugement prématuré, de se retirer sur l’Aventin pour apprécier les éventuels changements induits par le mouvement, et de rassembler, si c’est possible, un troisième terme gardien de l’avenir. Voilà ce que je voulais vous dire pour justifier ma réponse négative, circonstanciellement négative, à votre invitation. Merci encore, et bien à vous.
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Le couple conscient/Lydie Bader

14 Janvier 2019 , Rédigé par grossel Publié dans #J.C.G.

 par temps de gilets jaunes, il n'est pas anecdotique de lire ce livre; hommes et femmes des ronds-points et des avenues, boulevards, rues, places, comment se rencontrent-ils, se parlent-ils ? quelles visions de la vie, du sens de la vie ont-ils ? 50 ans d'évolution des mentalités ne sont-ils pas à prendre en compte ?

par temps de gilets jaunes, il n'est pas anecdotique de lire ce livre; hommes et femmes des ronds-points et des avenues, boulevards, rues, places, comment se rencontrent-ils, se parlent-ils ? quelles visions de la vie, du sens de la vie ont-ils ? 50 ans d'évolution des mentalités ne sont-ils pas à prendre en compte ?

Le couple conscient

Lydie Bader

Dangles 2008

 

Comment découvre-t-on un livre important ? Surtout paru, 10 ans avant. Pas en librairie. À l'occasion d'un échange avec des amis en recherche. Il faut des proximités dans les cheminements spirituels, intérieurs et partagés (le cercle de lecture qui fonctionne depuis 2 fois au Cercle du Revest est un tel lieu d'échanges, 7 à 11 personnes se retrouvent pendant deux heures et parlent de livres les accompagnant)

Le couple conscient est un livre qui malgré ses 10 ans parle très justement de l'évolution des identités masculines et féminines, des évolutions des couples et des familles (avec les enfants), en lien avec des évolutions sociétales. Le pluriel s'impose car la cartographie dessinée par Lydie Bader révèle la variété, l'hétérogénéité des cheminements inconscients, conscients, destructeurs, régressifs, authentiques, responsables. Cette variété des cheminements est illustrée par 62 fiches de films, dont nombre de films majeurs qu'il serait bon de revisionner 40 ou 50 ans après. Ce choix du cinéma pour illustrer les propos des 25 Essais montre en quoi le 7° art sait voir et donner à voir ce qui s'apparente à des cas cliniques.

L'année charnière est 1968 avec toutes les libérations, émancipations qui en ont découlé. Mais il ne suffit pas d'un mouvement collectif, de mouvements collectifs, d'intelligence collective pour que les parcours individuels ou de couple se libèrent, s'émancipent des patterns sclérosants, des modèles de comportement acquis dès l'enfance par imitation, répétition et sous la contrainte. Formatés comme on dit aujourd'hui, on n'a pas nécessairement conscience qu'on véhicule par exemple une culpabilité judéo-chrétienne liée aux tabous concernant le corps, la nudité, la sexualité infantile, la sexualité adolescente, adulte. La conscience de cette culpabilité ne suffit pas non plus à nous en débarrasser. Il y faut un travail sur soi qui n'est possible que quand on a compris que ce nettoyage des contentieux entre hommes et femmes, ce nettoyage du poids des traditions, des non-dits est de notre responsabilité personnelle, quand on s'affranchit de la position victimaire, qu'on s'affranchit du renvoi de la responsabilité de notre situation (personnelle, de couple, de mère, de père) sur l'autre, le bourreau (la société, l'époux, le père, la mère, l'épouse).

La lecture des fiches (62) est passionnante et éprouvante. Passionnante parce que facilitant des retours sur images de films vus, il y a si longtemps, parce que donnant l'envie de voir des films non vus, je pense à Mary de Ferrara ou à Eternal sunshine in a spotless mind de Michel Gondry. Éprouvante parce que s'y étalent les souffrances vécues par jeunes filles, jeunes hommes, hommes immatures, femmes-enfants, femmes objets, machos, femmes et hommes absents à eux-mêmes, un enfer dantesque. Ces souffrances sont souvent le prix à payer pour une inconscience, un refus de bouger, un refus de se remettre en question, un choix illusoire (« l'amour romantique », le mariage par sécurité...). Certains vont jusqu'au sacrifice, suicide, viol accepté, vide existentiel, dépression. Le film non cité de Claude Lelouch, Il y a des jours … et des lunes (1989), parcourt magistralement toute la gamme des relations humaines, de l'attirance au rejet ; treize personnages se cherchent, s'évitent, se croisent.

L'apport essentiel de ce livre est de mettre l'accent sur ce que j'appelle la route de la soie spirituelle qui s'est développée depuis 50 ans. Nous sont venues d'Extrême-Orient des doctrines, des sagesses, des pratiques ouvrant sur l'intelligence du cœur, sur le pouvoir de l'amour (à entendre comme énergie universelle animant tout ce qui vit, qui échange et pas seulement l'état amoureux, la passion = une maladie). L'intuition, la compassion, la mise entre parenthèses du mental, le laisser venir, le lâcher-prise, la bienveillance, l'acceptation de ce qui advient, l'ouverture, l'accueil à l'inattendu, le refus de la projection d'a priori, préjugés sur une personne, une situation sont des apports venus de loin dans l'espace et dans le temps qui changent la vision de l'homme, de la femme, qui tentent d'équilibrer féminin et masculin en chacun des deux, qui tentent de faire la lumière sans oublier la part d'ombre que chacun porte en lui.

Je ne doute pas que ces changements, souvent douloureux, nourrissent le mouvement des Gilets jaunes. Les femmes y sont très représentées. La parole y semble libre. L'écoute semble au rendez-vous. Avec des envies de vie et non plus seulement de survie. À lire donc dans le contexte d'aujourd'hui où un mouvement collectif entraîne les histoires individuelles, chacune à partir de là où en sont des êtres concrets, produisant de l'intelligence collective ne dispensant pas d'un travail personnel. JCG

 

Le couple conscient propose une réflexion sur l'évolution du couple, dans une vision dynamique d'un monde en mutation, qui a accès aujourd'hui à une conscience plus adulte, permettant de sortir des répétitions sans fin du passé et de devenir responsable de son propre chemin de vie. Au cœur de l'Essai, les deux énergies fondamentales dans toute relation - le masculin et le féminin - sont envisagées dans des échanges nouveaux de partage et de coopération. Le cheminement vers la conscience de soi et la responsabilité ouvre une nouvelle étape de croissance dans l'évolution de l'humanité. Au cours des quarante dernières années, l'intelligence du cœur en tant que partage, solidarité, coopération, conscience humaine s'est imposée peu à peu et propulse l'individu et le couple vers une dimension de conscience spirituelle qui éclaire le sens des anciens héritages et ouvre la voie à une vie créative. Le couple conscient, porteur d'une compréhension synthétique de son histoire, permet d'envisager une famille consciente où la venue de l'enfant s'inscrit dans une responsabilité adulte. L'Essai est illustré de " cas cliniques " puisés dans le cinéma mondial, qui montrent combien le 7e art témoigne en profondeur, avec intelligence et sensibilité de l'Histoire en marche de l'humanité, et combien l'impact qu'il provoque chez le spectateur peut contribuer au cheminement vers la connaissance et la compréhension de soi.

 

Présentation

Première Partie - Essai : LE COUPLE CONSCIENT 25 essais dont
État des lieux de l’ancien monde – Mai 68 – Le changement inévitable - L’héritage du passé et ses conséquences – La mère et le père, entre toute-puissance et absence - Nouvelle étape de croissance dans le processus évolutif - La responsabilité personnelle - État des lieux au début du 3e millénaire Le débat sur la souffrance des hommes - De la loi du père sévère à la loi du père laxiste

Deuxième partie – Cas cliniques : EXPÉRIENCE CINÉMATOGRAPHIQUE 62 fiches de films sur
La mère et le père - La femme soumise et dépendante - La femme prostituée - La femme qui essaye de s’en sortir, la femme rebelle, révoltée - L’homme en crise - Les blessures du passé et du présent - Les couples et leurs crises - La passion, la sexualité, l’influence de la religion - Le mirage, l’illusion, le rêve

Lydie Bader, est psychothérapeute à Lyon. Dans sa pratique, elle propose une approche globale de la personne, qui intègre la dimension spirituelle. 
L’écriture du « Couple conscient » est l’aboutissement d’une recherche qui ressent la nécessité de faire la synthèse entre Orient et Occident, rationalité et sensibilité, et entre des approches occidentales et orientales de la psychologie. La réflexion de l’Essai est nourrie à la fois par le travail clinique, l’observation d’un monde en mutation et un travail spirituel.

Extraits : Nouvelle étape de croissance dans le processus évolutif : la responsabilité personnelle 

« L’immaturité et la souffrance affectives constituent une constante récurrente présente chez les personnes qui viennent me consulter. Leur vécu appartient à l’histoire du siècle dernier et a pour cadre des contextes où les mères ont été dominantes dans l’éducation de leurs enfants. Cet état des choses s’est en effet mis en place dans une période historique marquée par des générations de parents qui n’avaient pas une conscience claire du développement de l’enfant et de sa croissance vers une autonomie adulte. C’est dans ce contexte « peu éclairé » par une conscience psychologique que les femmes ont occupé le terrain, en essayant d’être de « bonnes mères ». La responsabilité des pères est tout aussi importante car elle s’est très souvent inscrite en creux dans l’absence et la distance. Ce qui nous semble aujourd’hui un comportement inadéquat, à ajuster, a correspondu à un moment donné à une normalité. Nous constatons aujourd’hui l’immaturité affective qui en est la conséquence. Un regard plus éclairé peut mesurer l’ignorance et le manque de conscience qui en toute « bonne foi » ont mis en place ces situations dont les effets sont bien présents au début du troisième millénaire. Les reproches aux générations passées n’ont pas lieu d’être dans une perspective d’évolution de l’individu. Chaque génération a fait au mieux avec l’ouverture d’esprit et la conscience propres à son époque. Les manques et les blessures dont nous héritons constituent les empreintes du travail d’évolution à réaliser dans la vie à venir pour les générations futures. Chaque individu naît dans un contexte à partir duquel il est amené à évoluer. Les limites de ce contexte contiennent les germes de son évolution future.

Il me semble que nous entrons dans une nouvelle étape de croissance dans le processus évolutif, grâce à une conscience plus éclairée et à une maturation des individus. Ce processus évolutif qui s’est imposé ces quarante dernières années a remis en question le modèle de vies linéaires bien clôturées et sans surprise, et a touché tous les niveaux de la vie individuelle. Accepté ou non, il a ouvert ce qui était figé et inadapté à la situation nouvelle. C’est comme si le potentiel de l’humanité avait actualisé de nouvelles possibilités grâce à une compréhension plus éclairée du chemin à parcourir.

Il est difficile pour les jeunes générations de comprendre l’énorme saut en avant qui a été accompli en quarante ans. La remise en question de l’obéissance aveugle à des forces d’oppression et d’autorité a ouvert le champ de la responsabilité personnelle et de la réflexion après mai 68. Les individus progressent aujourd’hui vers un état plus adulte, grâce à une prise de conscience de leur responsabilité personnelle dans ce qui leur arrive et de leurs possibilités d’action.

Ce qu’on a parfois appelé « l’émergence spirituelle » à partir des années 70-80 reste une dimension un peu floue, semblable à une zone sans repères où l’individu tâtonne à la recherche d’une identité plus entière, comme poussé par une force intérieure animée d’une énergie nouvelle qui s’impose.

La capacité d’assumer une responsabilité personnelle dans son propre cheminement, au-delà des normes et des possibilités officielles et reconnues, me semble un indicateur intéressant de la maturité en train d’émerger dans la société actuelle, et que je constate dans la démarche thérapeutique en particulier. Elle me semble en lien avec une ouverture d’esprit et une attitude intérieure capables de ressentir et de décider ce qui est bon pour soi, comme si les anciens repères étaient en décalage avec les besoins nouveaux. Cette nouvelle attitude, à l’opposé de l’état d’esprit de « l’État providence » se démarque par une capacité « d’investir » pour soi afin de cheminer vers un bien-être ou un mieux-être. Cet investissement non remboursé par la Sécurité Sociale engage la responsabilité de l’individu et suppose une réflexion par rapport à ses propres choix.

Pour moi, ces nouvelles attitudes constituent un chemin de maturité, dans lequel un individu autonome a coupé les cordons ombilicaux le reliant à des repères auxquels il a besoin d’ajouter de nouvelles dimensions. »

 

Lydie Bader
 

Commentaires sur quelques idées phares du livre :

L’auteur commence par situer le contexte de son propos en relatant les nombreux changements de ces 40 dernières années, subi par le monde occidental.

« Ces bouleversements ont modifié les comportements et les besoins des individus dans leur vie relationnelle, sociale, familiale et intime.
[…] Cette situation nouvelle touche tous les individus. Ils y répondent souvent par des attitudes opposées d’adhésion, de confiance et d’ouverture, ou bien de refus de peur et de repli sur soi.»

L’auteur met en avant la quête de sens qui anime désormais tout un chacun. Celui de trouver le sens de sa vie dans un monde qui souffre de par ces paradoxes et ces contradictions.
Pour elle, « la question du sens s’inscrit aujourd’hui dans la réflexion prioritaire de l’individu qui cherche un nouveau souffle, dégagé des anciens conditionnements, des anciens préjugés et des anciennes habitudes » .

Nous savons que conditionnements, préjugés et habitudes sont des éléments tenaces et pouvant selon moi s’inscrire dans un inconscient collectif et/ou familial… Il s’agit ici d’un enchevêtrement qui s’élabore depuis notre prime enfance en suivant les étapes connues du développement de l’enfant. Ce dernier est relatif à la relation avec la mère, le père, la famille nucléaire, les pairs, l’école et pour finir les formations ainsi que le travail. En incluant toutes les expériences et les caractéristiques de la personnalité de chacun dans toute leur unicité. Il apparaît donc clairement que cette quête et ce souhait de s’en dégager n’est pas une mince affaire. C’est pourquoi je pense en tant qu’éducatrice spécialisée que dans le contexte mondial actuel il peut être sain de réapprendre la recherche du sens de la vie et donc la compréhension du passé, pour faciliter celle du présent et permettre l’anticipation du futur. Aussi bien d’un point de vue personnel et donc relatif à soi et à sa famille que d’un point de vue global en ce qui concerne la planète Terre.
De nos jours, « l’hyperconnectivité », les infos Tv font que nous pouvons avoir un œil sur la planète tout en restant aveugles…

« « Le « Village global » évoqué au début des années 70 est devenu notre réalité quotidienne. Que nous le voulions ou non, nous faisons partie de la grande famille humaine en marche vers son avenir. Cette ouverture de nos vies à l’échelle mondiale est source de peur chez beaucoup d’individus. » .

Et pour cause ! C’est notre conception de l’humanité dans toute sa diversité qui a changé entièrement ! Anciennement, les informations nous parvenaient avec du recul, les histoires d’atrocités lointaines paraissaient irréelles et les générations des années 90 en Europe grandissaient dans un climat de relative paix, mais les années passent et les enfants grandissent en même temps que la prolifération des réseaux internet dans le monde !! Ouvrant la communication sur la planète entière, permettant l’accès aux images les plus atroces en temps réel, donnant la possibilité à de nombreux humains de s’exprimer, d’analyser, de contester, de proposer, d’exister aux yeux du monde entier et par là même de voir le monde entier exister devant leurs yeux ! Quel choc de se rendre compte que les villages reconstruits du Moyen-âge, les histoires sur les famines sont encore une réalité de nos jours dans certaines parties du monde !!! Qui plus est par la faute des êtres humains !!!

« La remise en question de la société en mai 68, les hippies, le mouvement d’émancipation des femmes, les voyages entre Orient et Occident […] ont participé d’une manière ou d’une autre à une évolution dont nous ne percevons peut-être pas encore tous les effets » .

L’auteur poursuit en abordant le principe médian qu’elle définit comme la voix de l’âme ou de la conscience supérieure et explique que ce dernier devient une réalité du monde aujourd’hui […] « Au-delà de la conscience du mental analytique séparateur, elle s’extériorise à travers toutes les manifestations individuelles et collectives qui appellent à plus d’équilibre, de partage et de coopération dans le respect de la dignité humaine et aussi de façon spectaculaire lors de grandes catastrophes, quand la souffrance humaine balaie les résistances et donne accès à la dimension du cœur, à l’amour fraternel qui offre généreusement son aide et abolit les frontières de l’égoïsme. Cette vitalité du cœur n’est pas encore inscrite dans un comportement régulier, mais elle est possible et constitue un espoir pour l’évolution de l’humanité. » .

L’espoir de voir comme le dit la chanson, les premiers devenirs les derniers et inversement. Où de manière plus idéologique espérer un peu plus d’égalité pour l’humanité. Cesser de voir la souffrance partout et devoir pour la rendre plus supportable détourner les yeux ou endormir son cerveau en le plaçant littéralement sur le mode pause ! Plongeant jusqu’au cou dans les jeux d’argent, les séries TV, les drogues, l’alcool et tout ce qui peut détourner notre attention, tout ce qui peut anesthésier nos sens et surtout, surtout faire disparaît tout ce mal-être qu’on distingue assez mal !

Lydie Bader expose une vision différente, « aujourd’hui je propose l’âme comme expérience à vivre, au-delà du mental qui analyse et décortique. La connaissance de l’âme ne relève pas de la religion, mais d’une psychologie qui relie le psychisme inférieur au psychisme supérieur. Le psychisme inférieur est le champ d’exploration de la psychologie traditionnelle qui organise l’investigation humaine autour du conscient et de l’inconscient de la personnalité. Les limites de cette exploration ont déjà été pointées par le précurseur qu’a été C.G.Jung qui, avec l’inconscient collectif, à relié l’être humain à son destin collectif et à son potentiel qu’il appelle l’expérience de l’âme » . L’auteur pense en tant que psychothérapeute et je le pense également en tant qu’éducatrice spécialisée, que quelqu’un (patient-public) vient en thérapie (en rendez-vous) « accompagné non seulement de sa famille personnelle, au sens symbolique du mot, mais aussi de la grande famille humaine à laquelle il appartient et dont il partage l’héritage » .

État des lieux de l’Ancien Monde : Mai 68, le changement inévitable.

« La révolte des étudiants en mai 68 a servi de déclencheur à cet énorme changement indispensable et salvateur. « Il est interdit d’interdire », l’imagination au pouvoir », furent des slogans récurrents au cours de ces mois ardents ou les étudiants renvoyèrent dos à dos l’Église, l’ordre, la morale, les familles et les institutions. Les repères religieux et familiaux étaient devenus des carcans d’asservissement à travers leurs dogmes et leurs structures cristallisées. Leur fonctionnement avait organisé l’écrasement de la sensibilité, de l’imagination et de la maturation des individus. […] La violence de mai 68 dans les actes et dans les mots donna la mesure des souffrances accumulées à travers une soumission silencieuse et passive et sonna le glas de la répression prolongée des hommes et des femmes.
Elle marqua la fin de la domination de la culture judéo-chrétienne qui avait imposé un clivage entre le corps et l’esprit, entre les valeurs matérielles et spirituelles et donc entre les valeurs masculines et féminines.

Le péché et la culpabilité, ainsi que la peur de l’enfer et de la damnation éternelle avaient conditionné des générations d’individus à obéir aux diktats de la théologie. Le message d’amour du Christ « Aimez-vous les uns les autres » avait depuis longtemps été remplacé par un message de terreur, au nom du pouvoir, du contrôle, de l’ordre et de la morale.

Les hommes avaient occupé le devant de la scène politique, culturelle, sociale et religieuse et avaient pris en main l’évolution du monde. La condition des femmes marquée du sceau de l’infériorité par le corps tabou avait été surtout canalisée vers les rôles de mères, d’épouses, de religieuse, de vierges et de saintes, ou à l’autre extrême de prostituées. Les années 60 marquèrent d’une certaine façon le paroxysme d’une situation devenue intolérable et certainement aussi dépassée. Les rôles dévolus aux hommes et aux femmes volèrent en éclats d’un seul coup.

Après une très longue période passée à obéir comme une enfant obéit à ses parents, l’humanité occidentale avait grandi au point de devenir un adolescent. Sa crise d’adolescence explosa comme un grand feu libérateur en mai 68. La jeunesse des années 60 sentit le besoin de couper le cordon ombilical avec un héritage devenu trop lourd- la soumission à une morale et à une autorité rigides et intransigeantes – et revendiqua le droit de décider ce qui était bon pour elle. Les digues de la morale furent emportées par le flot des nouveaux désirs qui s’exprimèrent avec la fougue et l’impétuosité d’énergies trop longtemps contenues et réprimées.

Il devint interdit d’interdire. À la soumission aveugle de nos parents aux codes moraux succéda pour les nouvelles générations l’impérieux besoin de faire l’expérience de la vie. Au début des années 60, la découverte des philosophies orientales avait semé les germes d’une autre vision de l’existence et de relation à l’univers. La toute-puissance de la logique masculine fut confrontée à la découverte de la sensibilité et de l’intuition des Orientaux.
[…] Dans la foulée de mai 68, les femmes se réveillèrent et commencèrent leur longue marche pour sortir du ghetto où elles étaient emprisonnées depuis trop longtemps.
[…] La Loi de Neuwirth (1967) et la loi de Veil ( 1975) donnèrent aux femmes le droit de disposer de leur corps et la possibilité d’une sexualité orientée vers le plaisir. La pilule et la possibilité de recourir à une I.V.G en cas de grossesse non désirée commencèrent à transformer la vie des couples » .

Je pense que cela n’a pas transformé que la vie des couples !! Nous savons à présent que l’arrivée d’un enfant sera vécue de différentes manières selon qu’elle est désirée ou non. Prenons la perspective d’un enfant désiré par les deux futurs parents doté d’un peu de recul et de réflexion concernant cette importante décision. L’investissement psychique des parents permettra dans l’idéal d’établir des relations saines. Je veux dire par là que cette démarche permet et facilite le travail qui consiste pour chaque mère à mettre toutes les chances de son côté afin de respecter l’ensemble des conseils relatifs à sa grossesse. Je pense que cette conscience des choses par le couple, facilite pour la maman son abstention face à l’absorption de substances néfastes pour l’enfant et aux comportements violents pendant cette période un peu particulière qu’est une grossesse.
Parce que nous savons, que le stress pour les mamans est loin d’être positif pour leurs corps et donc pour celui de leur invité. Nous savons que le bébé entend dans les derniers mois passés dans le ventre de sa mère qu’il est sensible à la musique, reconnaît les voix à sa naissance et particulièrement celle du père qui lui a parlé pendant sa gestation, etc. Puisque nous savons tout cela il devient de nos jours moins difficile de donner toutes ces chances, possibilités, avantages à ses enfants, mais dans le cas contraire… Quelle énorme perte, n’est-ce pas, tout ce gâchis et ce potentiel…
Je ne voudrais pas vous laisser penser que je fais l’apologie du savoir unique, mais à défaut d’avoir perdu une grande partie de nos instincts primaire (sans connotation négative à primaire) je réfléchis avec ce que j’ai sous la main enfin sous l’œil et dans l’esprit. 

De plus, nous savons également qu’un couple préparé à l’impact et aux changements relatifs à la naissance d’un enfant est davantage enclin à résister aux bouleversements consécutifs à un tel événement. Contrairement aux idées reçues, l’arrivée d’un enfant ne renforce pas le couple en tout cas pas dans l’immédiat ! Qui dit changement, dit besoin d’adaptation pour y faire face au mieux. Le processus d’adaptation ne s’élabore pas d’un trait de baguette magique, il s’agit donc d’une période d’adaptation où chacun individuellement et ensemble en couple, chacun donc des deux acteurs fait face aux nombreux bouleversements. Cet état de fait en plus de l’accumulation de fatigue qu’un nouveau-né entraine met en exergue les fragilités, les tensions, les non-dits, les refoulements présents au sein du couple parental.

L’auteur poursuit en ces termes : « À la fin des années 60 et au début des années 70, la nouvelle liberté acquise s’accompagne de dérives inévitables après tant d’obscurantisme. Mai 68 a ouvert la porte à des explorations diverses, les unes allant dans le sens d’une revanche du corps, les autres dans le sens d’une expérience différente de la spiritualité. Les paradis artificiels de la drogue découverte lors de voyages en Orient tentèrent beaucoup de jeunes, en quête d’un ailleurs, d’un au-delà du quotidien médiocre et routinier proposer par la société. ».
J’ai envie de dire qu’à l’heure actuelle la médiocrité et la routine du quotidien sont davantage accentué par la puissance des médias qui nous bombardent d’images toujours plus sensationnelles, qui transforment des hommes en superhéros et dont les techniques permettent de faire toujours mieux illusions. Confondant le réel dans l’irréel, le vrai du truqué, le brut du transformé dans une quête toujours plus folle vers une perfection des apparences, des personnes, des évènements et des histoires !! Il y a de quoi avoir des complexes en voyant au quotidien nos maladresses, nos cheveux décoiffés et un jour sur deux nos yeux cernés !!!

« Mais cette quête d’un niveau de conscience et de perception différentes se révéla très vite une voie sans issue. Beaucoup de jeunes assoiffés de liberté se brisèrent les ailes dans les « trips psychédéliques ». Leur chute, souvent mortelle, fut à la mesure de leurs espoirs. La disparition prématurée de trois icônes de la musique de l’époque- Jim Morrison des Doors, Jimmy Hendrix et Janis Joplin - mort par overdose, semble-t-il, refroidit beaucoup de jeunes.[…]

La nouvelle liberté du corps des femmes les exposa très vite à un nouvel esclavage, celui de l’image du corps imposé par une société qui décida que la minceur était l’idéal, la norme. Le corps cessa d’être tabou, mais il devint une marchandise, un objet conditionnable, malléable au gré de la mode. La majorité des femmes occidentales tomba dans le piège de la minceur au cours des années 70/80. Le corps des femmes, tabou jusqu’alors, devint un objet sexuel largement exposé et exploité par la publicité.[…] Avant le sexe se vendait sous le manteau, après il se vendit ouvertement.

[…] le sexe fait vendre. Le marketing créer les valeurs de notre société. L’idéal des soixante-huitards qui avaient entrevu un monde libéré de la répression s’est dilué au fil des années, récupéré par les marchands du sexe et les marchands tout court. » !!!

Il apparaît ainsi que ces dérives sont une réaction proportionnelle à l’action…ce qui donne l’espoir de peut-être retrouver tôt ou tard quelque chose de plus équilibré. Cependant, les effets positifs et les dérives négatives de cette période se font encore sentir de nos jours.

« Le mariage qui avait été la valeur sûre fut bousculé. Les valeurs qui poussaient autrefois les couples à rester ensemble, même lorsque la relation était dans une impasse totale, ont été remplacées par une capacité de remise en question et de changement, inexistante jusqu’alors. […] L’obéissance excessive des ainés aux normes et aux codes poussa les jeunes générations à un refus total de toute autorité qui puisse imposer des normes. ».

Sarah, éducatrice spécialisée

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Aaron Swartz, génie d'internet, suicidé à 26 ans

29 Novembre 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #J.C.G.

couverture du livre rassemblant les écrits d'Aaron Swartz, génie d'internet, suicidé le 11 janvier 2013, à 26 ans, couverture du livre de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz
couverture du livre rassemblant les écrits d'Aaron Swartz, génie d'internet, suicidé le 11 janvier 2013, à 26 ans, couverture du livre de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz

couverture du livre rassemblant les écrits d'Aaron Swartz, génie d'internet, suicidé le 11 janvier 2013, à 26 ans, couverture du livre de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz

je fais remonter cet article du 11 janvier 2018 évoquant Aaron Swartz à travers le récit de Henri Aparis paru dans le Cervantes-Shakespeare publié le 23 avril 2015

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Récit shakespearo-cervantesque, publié par Les Cahiers de l'Égaré, pour le 23 avril 2015, 399° anniversaire de la mort de Will et de Miguel, sous le titre: 23 abril 2015, Ghostly Events, signé par Henri Aparis que l'éditeur n'a pas l'heur de connaître.

Il a pris comme point de départ, deux personnages, Nicholas Valtz et Aaron Swartz.

Ces deux destins sont-ils liés ? quelles intrications fantômes entre eux et avec Cervantes et Shakespeare ? Ajoutons à cela que le squelette de Richard III découvert en 2012 a été inhumé en 2015 à Leicester. De plus, à la date du 23 avril 2015, il y a des gens qui vont décéder. Parmi eux, des gens liés par intrications fantômes à mes personnages, offerts par l'actualité. Je pense à Sigismund Krzyzanowski, mort à Moscou en 1950, enterré on ne sait toujours pas où, ayant vécu Rue involontaire, quartier de l'Arbat à Moscou, rue située sur les plans mais introuvable dans la réalité. JCG


Nicholas Valtz, directeur général des ventes inter-actifs à Goldman Sachs a été retrouvé flottant, accroché à un cerf-volant, le 20 juillet 2014 par les membres de sa famille, allés le chercher alors qu’il ne revenait pas d’une sortie en kitesurf.

Nicholas Valtz, 39 ans, a été retrouvé dans Napeague Port près de l’extrémité est de Long Island, Lazy Point, selon la police d’East Hampton, dans l’État de New York. Il était encore novice en kitesurf.

Le kiteboard est une convergence entre la planche à voile et le parapente qui a attiré les cadres techniques, y compris les co-fondateurs de Google Inc. Serguey Brin et Larry Page. Aussi appelé kitesurf, il propulse les coureurs dans l’eau à une vitesse de plus de 40 miles par heure (64 km par heure).


En Mars 2008, Valtz s’était rasé la tête pour amasser des fonds pour la recherche sur le cancer infantile, selon le site de la Fondation Saint-Baldrick.


Valtz appréciait les produits de technologie et les voitures rapides, selon le site, se référant en 2012 , au mariage de son beau-frère dans lequel il était garçon d’honneur.


« Nous sommes profondément attristés par cette tragédie et nos pensées sont dirigées vers la famille de Nick », a déclaré Michael DuVally, un porte-parole de Goldman Sachs basé à Manhattan, dans un communiqué envoyé par courriel.

Nicholas Valtz, qui a intégré l’entreprise en 2000, a été promu directeur général en 2010. En tant que directeur des ventes croisées d’actifs, il a contribué à la gestion des commandes pour des clients commerciaux et élaboré produits et idées entre les différents types de titres. Sa femme, Sashi Valtz, travaille aussi chez Goldman Sachs en tant que chef des ventes mondiales tiers recherche. Le couple vit dans un condominium de 3000 pieds carrés (278 mètres carrés) à Brooklyn, Bridgehampton, New York. Il a deux enfants, garçon et fille.

Nicholas Andrew Valtz est né en septembre 1974 à Paris et a obtenu un diplôme de l’Université de Harvard en 1996, selon le New York Times et le site Internet de Harvard. L’école indique également qu’il était lauréat depuis 3 ans d’un diplôme en escrime.

Il y avait du don quichotte chez ce chevalier servant de la finance. Escrimeur, il estoquait à qui mieux mieux.

 

Le 11 janvier 2013, Aaron Swartz s'est suicidé par pendaison dans son appartement de Brooklin. Son procès fédéral en lien avec ces accusations de fraude électronique devait débuter le mois suivant. En cas de condamnation, il encourait une peine d'emprisonnement pouvant atteindre 35 ans et une amende s'élevant jusqu'à 1 million de dollars.

Le lendemain, le MIT annonce l'ouverture d'une enquête interne pour déterminer le rôle joué par l'institution dans le suicide du jeune homme « depuis le moment où des activités inhabituelles ont été détectées sur le réseau à l'automne 2010 jusqu'à aujourd'hui ». Elle sera menée par Hal Abelson, fondateur des Creative Commons et également directeur au sein de l'université.

Le même jour, la famille et les proches de Swartz mettent en place un site web à sa mémoire.

Plusieurs initiatives voient le jour à la suite de son décès : sur Twitter, plusieurs chercheurs publient notamment leurs travaux en accès libre en forme d'hommage à son engagement, et une archive contenant une grande part des documents issus de JSTOR est mise en ligne sur The Pirate Bay (ce qui peut être vu comme une manifestation de l'Effet Streisand). Une pétition est également mise en place sur le site de la Maison Blanche pour réclamer la démission de la procureur à l'initiative de l'affaire, signée par plus de 10 000 personnes au lendemain du décès. Le site du MIT subit un défacement de quelques heures affichant un message de soutien d'Anonymous, qui dénonce les pressions du gouvernement américain et appelle à une réforme du système du copyright et de la propriété intellectuelle. Le 19 janvier 2013, WikiLeaks indique que Aaron Swartz faisait partie de ses sources, sans toutefois pouvoir le prouver.

En février 2013, l'hacktiviste Jeremy Hammond (emprisonné pour avoir hacké l'entreprise Stratfor et transmis les informations à WikiLeaks) écrit une lettre ouverte dans laquelle il condamne le gouvernement américain pour sa responsabilité dans la mort d'Aaron Swartz.

Le 26 juillet 2013, Hal Abelson remet au président du MIT le rapport de l'enquête interne initiée après le suicide de Swartz. Celui-ci conclut que le MIT a eu une attitude neutre pendant la période qui a suivi l'arrestation de Swartz, ne cherchant ni à ce qu'une procédure criminelle soit lancée contre lui ni à le défendre. Les rapporteurs notent que, par sa position de neutralité dans cette affaire, le MIT n'a sans doute pas été à la hauteur de son rôle de leader dans la technologie de l'information.

Très tôt, Swartz s'intéresse à l'informatique, à Internet et à la culture qui leur sont associés. À 13 ans, il reçoit le ArsDigitaPrize, qui récompense les jeunes gens ayant créé des sites non commerciaux « utiles, éducatifs et collaboratifs »2. Le titre lui donne droit à un voyage au MIT, où il rencontre des personnalités importantes du web. Il participe, à l'âge de 14 ans, à l'élaboration de la spécification 1.0 du format RSS

En 2002, il lance le Google Weblog, le premier blog non officiel sur Google(www.google.blogspace.com)3 et, en 2005, il rejoint Alexis Ohanian et Steve Huffman les fondateurs de Reddit site d'actualités qu'ils lancent ensemble cette même année. Lorsque Reddit est racheté par Condé Nast, une incompatibilité de principes ou de visions le force à vendre ses parts et à quitter son poste3.

En 2007, il crée le site Jotti, un site permettant de créer une page Web le plus simplement possible (entrer un titre, un texte, et cliquer sur publier). Il devient par la suite membre du W3C et du RDF Core Working Group et élabore, avec John Gruber, le langage Markdown.

Aaron Swartz était un wikipédien actif. En 2006, il s'est présenté à l'élection du conseil d'administration de la Wikimedia Foundation et a publié sur son blog un texte intitulé « Qui écrit Wikipédia ? », dont la conclusion résumait en quelque sorte sa profession de foi. Tout en réfutant rigoureusement l'analyse de Jimmy Wales selon laquelle l'essentiel de l'encyclopédie est écrite par une minorité d'experts très productifs, les « insiders », tandis que la majorité des autres intervenants n'effectuent que des modifications mineures et ponctuelles, Aaron Swartz plaidait pour un élargissement de la base de ces « outsiders » minoritaires. Encourager et faciliter le travail des contributeurs ponctuels devrait même, selon lui, constituer un objectif pour les « insiders », afin de garantir que l'encyclopédie en ligne reste à la fois experte, de qualité, et « wiki », ouverte.

« Si Wikipédia est écrit principalement par des collaborateurs occasionnels, sa croissance implique de faciliter ces contributions occasionnelles et de les rendre plus gratifiantes. Au lieu d'essayer d'extorquer davantage de travail à ceux qui passent leur vie sur l'encyclopédie en ligne, il faut élargir la base de ceux qui ne contribuent que de temps en temps. »

Le 19 juillet 2011, il est accusé d'avoir téléchargé 4,8 millions d'articles scientifiques disponibles dans JSTOR(soit la quasi-totalité du catalogue) et suspecté de vouloir les mettre en ligne pour un accès payant ce qui aurait été considéré comme vol pour recel (en réalité le but de cette action n'a jamais été expliqué par Aaron Swartz). L'organisation JSTOR n'a pas pris l'initiative d'une telle démarche judiciaire, c'est le procureur des États-Unis, Carmen M. Ortiz, nommée par Barak Obama en 2009, qui a engagé des poursuites contre Aaron Swartz dans le but de le faire arrêter.

D'après la plainte, c'est entre le 24 septembre 2010 et le 6 janvier 2011 que Swartz utilise plusieurs méthodes pour récupérer les documents. Il entre notamment par effraction dans la salle de câblage informatique du MIT via les conduits de ventilation, en portant un casque de vélo pour dissimuler son identité. La quantité de téléchargements aurait fait s'effondrer plusieurs serveurs de JSTOR, conduisant à un blocage de l'accès des utilisateurs du MIT au réseau.

Alex Stamos, témoin expert engagé aux côtés d'Aaron Swartz dans l'affaire, révèle sur son blog les circonstances et les modalités de l'action du jeune homme :

Le réseau du MIT offrait aux étudiants (au moment des faits) une adresse IP routable via un DHCP non identifié, sans contrôle des abus. Chacun pouvait donc s'identifier sur le réseau et se voir confier une adresse IP, ce qui est très rare pour un réseau de campus.

Cette organisation était le résultat d'une politique explicite de l'établissement, ce que le directeur de la sécurité des réseaux de l'université a admis face aux représentants de Swartz au cours du procès en décembre. L'université avait choisi de ne pas protéger le réseau d'abus éventuels, comme le téléchargement d'un grand nombre de fichiers simultanément.

Toujours au moment des faits, JSTOR autorisait un nombre illimité de téléchargements par les membres du réseau du MIT. Le site n'avait mis en place aucun outil pour empêcher les téléchargements abusifs (comme la mise en place de CAPTCHA, l'enregistrement pour le téléchargement de plusieurs fichiers, ou encore un avertissement pour l'utilisateur). Techniquement, Swartz n'a donc pas « hacké » le site JSTOR : il a seulement mis en place un script Python qui listait les URLs des articles de journaux, puis en envoyait la requête au serveur.

Swartz n'a rien fait pour dissimuler son identité, n'a usé d'aucun système de chiffrement et n'a même pas effacé son historique de navigation. Il a cependant changé son adresse MAC et fourni une fausse adresse mail (via Mailinator), se déclarant comme « Gary Host » (abrégé en « Ghost » - « fantôme » en anglais).

Après la révélation de ses agissements, Aaron Swartz retourne les disques durs contenant les articles, en promettant de ne pas les diffuser. JSTOR décide alors de ne pas entamer de poursuites judiciaires, le bureau du procureur et le MIT maintiennent cependant leurs poursuites.

Le 11 janvier 2013, Aaron Swartz se suicide.

Le 11 janvier 2013, Aaron Swartz se suicidait à 26 ans.

J'en ai fait un des deux personnages d'un drame survenu le 23 abril 2015 / Ghostly Events paru dans Cervantes / Shakespeare, cadavres exquis, pour le 399° anniversaire de la mort des deux géants de la littérature mondiale. 

Lors d'une Assemblée Générale des actionnaires de G3C, la banque de Nicholas Valtz :

Nicholaïus Valtzecko – Pharaon, j'achète verbaliser. Donne  !

Pharaon Swartzecki – Verbaliser n’appartient à personne.

Nicholaïus Valtzecko – fermez ses comptes  qui ne lui appartiennent pas ; sans carte, sans chéquier, il va voir comme la vie est simple.

Pharaon Swartzecki – je tape  : voluter Pharaon  (il disparaît de l'écran)

Nicholaïus Valtzecko – (sur l'écran, une invitation s'affiche  : choisissez votre orthographe, voluter, volupter,

ça tape érupter, erreur 303, énergie négative,

recommencez, ça  : éructer, erreur 202, contre-énergie,

ça  : voleter, accepté, énergie positive)

vite, téléportez-moi à Lazzi Punto  ; suspendu à mon kitesurf, je vole au-dessus de l'eau

(erreur de transcription, je coince la bulle oh dessus d'eau),

me culbite dans l'air (erreur de transcription, bitôcul;

verbaliser fait n'importe quoi  ; les petits verbes énergisants s'autonomisent, intriquants intrigants maniant la trique étriquant

(sur l'écran s'inscrit entretriquants = sodocoSmique)

Pharaon Swartzecki – comment s'entretriquent deux clones à distance, quel est le double fantôme de Nicholaïus Valtzecko

(apparaît le clone quantique de Nicholaïus Valtzecko)

Nicholaïus Valtzecko – vu ce qui se passe, verbaliser est hors de contrôle

extrait de l'épilogue :


"Pharaon Swartzecki a été suicidé le 23 avril 2015, par pendaison dans son appartement de Lee Street à Brooklin. Mis en examen pour verbalisation abusive visant à liquider les comptes des banques, il s’apprêtait à affronter la procureure Carmencita M. Orties, nommée par le président Baruk Aboimoi. Elle était bien décidée à obtenir sa condamnation comme liquidateur, mensonge d'État pour faire un exemple.

Pharaon Swartzecki a laissé ce message : J’aimerais reposer dans un endroit qui ne sente pas trop la mort. Il serait bien que mon corps ait accès à de l’air et qu’on m’évite deux mètres de terre sur la tête. Laissez les orties pousser sur ma tombe – et qu'elles piquent. 
 

La procureure Carmencita M. Orties mourra le 23 avril 2015 d'une balle perdue en sifflant ses chiens Barcino et Butron dans la rue de Pharaon Swartzecki, Lee Street. 
 

Le président Baruk Abamoi mourra le 23 avril 2015 de la désintégration d'un drone égaré au-dessus de la Maison Blanche lors de son hommage au clone biologique de Nicholaïus Valtzecko, directeur général de G3C retrouvé flottant, pendu au cerf-volant de son kitesurf, le 23 avril 2015 à Lazzi Punto, à l'âge de 39 ans. Il avait mis sur la paille, lors de la crise des subprimes, trois millions de ménages américains et la G3C. Il s'en était bien relevé, aidé par le président Baruk Abamoi.
 

Le 23 avril 2015, pour les cent ans de la relativité générale, l'espace devient élastique, le temps se met à passer de temps en temps."

Ce qu'il reste de nos rêves

de Flore Vasseur

Parution le 9 Janvier 2019, Éditions Équateurs

Quand on étudie une trajectoire, on démarre forcément par la question des origines. D’où viennent les comètes ? Quelle est la force qui les propulse ?

Inconnu du grand public, Aaron Swartz est un demi dieu pour les activistes de la liberté d’expression et de l’accès à la connaissance, l’homme à broyer pour les autorités américaines.

Depuis l’age de 8 ans, il programme et défend un Internet libre. Avant tout le monde, il perçoit le projet mortifère de la Silicon Valley, l’influence de l’argent en politique, l’organisation de la médiocrité comme ultime projet de domination. Il n’a qu’une idée, d’une ambition aussi absolue que désespérée : sauver le monde.

Surdoué, idéaliste, devenu beau à tomber et millionnaire, il mord la ligne jaune en 2011. La justice américaine le ferre comme une bête. Le gouvernement d’Obama l’attaque en nom propre et le menace de prison à vie. Le 11 janvier 2013, le petit ange de l’Internet est retrouvé pendu à la fenêtre de son appartement de Brooklyn. Suicide ou suicidé ? Mais de quoi l’homme du Yes We Can et le système qui le porte ont-ils eu si peur ? De la jeunesse, de la beauté ou de l’intelligence d’Aaron ?

L’Amérique, l’enfance, l’Internet, Aaron Swartz représente tout ce que j’ai aimé. Mort il est un message envoyé à celles et ceux qui ambitionnent de s’émanciper de leur sort d’individu conditionné. C’est l’histoire du jeune prodige qui nous voulait libres. Et qui, disparu, nous laisse avec une question : quel est le prix à payer pour une idée ?

Ce qu’il reste de nos rêves est un road trip auprès des pionniers de l’Internet et une chasse au fantôme dans l'Amérique de Trump, sidérée par sa monstruosité. C'est la chronique d’un enterrement de première classe : celui de la liberté. Et la quête de l'unique parade : l'amour, à en mourir, de la vie et de la dignité.

Flore Vasseur

le livre où est paru le drame consacré aux ghostly events du 23 abril 2015, il y en eut beaucoup pour ce 399° anniversaire de la mort de Miguel et de Will

le livre où est paru le drame consacré aux ghostly events du 23 abril 2015, il y en eut beaucoup pour ce 399° anniversaire de la mort de Miguel et de Will

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La boucherie industrielle du 22 août 1914 à Rossignol

8 Novembre 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #note de lecture

article emprunté au blog de Didier Long

Le brouillard de Rossignol

Qui connaît le village de Rossignol en Belgique ? C’est pourtant là que sont tombés au champ d’honneur 27 000 soldats français le 22 aout 1914. C’est cette terrible journée et le contexte qui l’a rendue possible que nous raconte Jean-Michel Steg dans Le Jour le plus meurtrier de l’histoire de France, 22 aout 1914 (Fayard).

27 000 morts français en une journée, moitié moins côté allemand. Derrière cette abstraction comptable Jean-Michel Steg, financier de profession, remarque que c’est en un jour autant de mort que pendant toute la guerre d’Algérie qui dura de 1954 à 1962, presque la moitié de soldats américains tués pendant la guerre du Vietnam entre 1969 et 1975 (58 000 soldats américains tués en 16 années de combat)… Et pourtant qui connaît la bataille de Rossignol. Car derrière l’abstraction mathématique, le constat clinique qui met à distance et anesthésie l’émotion note Jean-Michel Steg : « plus je travaille sur les circonstances de la mort, il y a un siècle, de ces milliers d’hommes, et plus leur humanité m’envahit, rendant souvent l’écriture plus difficile encore qu’elle ne l’est déjà pour moi ».

"Un livre sur la mort violente au XXe siècle"

Comment un tel nombre de morts dans un espace aussi restreint a-t-il été possible se demande l’habitué des chiffres ? Le killing field, à la sortie de Rossignol sur la route de Neufchâteau mesure seulement quelques dizaines de mètres de large pour un peu plus d’une centaines de mètres de long. Tout déploiement était impossible car la forêt est entourée de marécage, le traquenard parfait. Les soldats pénétraient « dans un véritable entonnoir de feu, dense et continu » . En filigranne de cette question comptable c’est l’absurdité de la mort industrielle au XXème siècle qu’interroge Jean-Michel Steg qui avoue écrire, « un livre sur la mort et plus particulièrement sur la mort violente au XXe siècle ». Un livre trés personnel qu’il a mis des années à écrire en forme de solde de tout compte.

Le killing field

JM Steg décrit minutieusement et avec recul tous les facteurs qui ont conduit à ce désastre : tactiques (ignorance des mouvements de l’adversaire), techniques (la guerre menée avec des armes d’une puissance létale inconnue qui oblige le soldat à s’enterrer au lieu de combattre debout ou à cheval sabre au clair), politiques et idéologiques, culturels… Une partie des troupes faisait partie la 3ème division d’infanterie coloniale: dont la Ière et la 3ème brigade d’infanterie coloniale (1er, 2eme, 3eme et 7eme RIC), soit deux fois 6 800 hommes, ainsi que le deuxième Régiment d’artillerie de campagne coloniale (36 canons); mais aussi le 3ème régiment de chasseurs d’Afrique avec 600 cavaliers. Tous seront anéantis.

troupes coloniales en manoeuvre, Août 1914

La « furia francese », faux-nez de l’incompétence militaire française

Après-guerre on accusa la « furia francese », cette furie française qui permit aux troupes de Charles VIII se repliant en France après avoir échoué dans la tentative d’occuper Naples, de vaincre une armée supérieure en nombre. Cette furia francese « l’offensive à outrance » aurait servi d’axiome stratégique inapproprié en ce jour analysa-t-on après-guerre (d’où la ligne Maginot ! défensive elle). Mais aussi… le brouillard (le modèle littéraire est celui de Victor Hugo à Waterloo)… En réalité un grand vide stratégique (le Génie Joffre n’a pas de plan de bataille et il n’est pas Napoléon… le général de Langle de Cary analysera aprés guerre "nous ne savions rien nous ne savions rien des intentions du général en chef. C’est sa méthode d’agir avec le seul concours de son entourage intime, sans consulter ses commandants d’armée, sans même les mettre au courant, autrement que par les instructions et les ordres qu’il leur envoie"), l’organisation française médiocre, les renseignements inexacts, les troupes –dont les soldats coloniaux, peu mobiles restent exposées à découvert, debout, officiers en tête sous le bombardement d’artillerie pendant que l’ennemi caché dans la forêt tire à bout portant à la mitrailleuse à travers les feuillages, sans compter « L’incompétence, l’annihilation progressive de la volonté du commandement français », l’incapacité de donner un ordre de repli pour reculer devant le feu … expliquent en partie ce désastre.

Mais par-dessus tout ce qui frappe c’est « le décalage entre l’évolution technologique profonde du matériel et la rigidité des systèmes de pensée et d’organisation des militaires », les français partaient dans une guerre industrielle moderne avec un « harware résolument du XXe siècle », et un software des siècles précédents, « dans leurs mains il y avait des mitrailleuses ; dans leur tête ils étaient encore à Austerlitz ».

Les pertes qui vont sembler considérables à l’Etat-major côté allemand vont conduire à arrêter 108 civils du village de Rossignol, accusés d’être de « franc-tireurs », « entassés dans des wagons à bestiaux […] d’où il sont extraits le 26 aout au matin en gare d’Arlon au Luxembourg, pour être fusillés par groupe de dix le long d’un talus ». Une première européenne qui fera florès note-t-il.

Rossignol, cimetière de l’orée du bois

Une leçon européenne

Le livre de Jean-Michel Steg, qui allie à la fois une description chiffrée, minutieuse des faits, des armes… est traversé par une forme de modestie dans le style, la fragilité humaine de celui qui tente simplement de comprendre et d’éclaircir, non seulement le brouillard du petit matin de la bataille de Rossignol, une journée qui symbolise la folie meurtrière qui va déchirer le XXe siècle. Ce memento mori,[1] est à la fois une anamnèse des disparus morts au champ d’honneur, de ces hommes français-mais aussi de l’Afrique coloniale, que la mémoire européenne a préféré oublier, est indispensable aujourd’hui.

On peut lire en filigrane de cette folle journée meurtrière de l’histoire de France un ensemble de questions qui ont traversé l’histoire de l’Europe et conduit à son déclin. Aprés la perte de l’Alsace et une partie la Lorraine en 1871, la revanche de 1918 aboutira au démantèlement de l’ancien empire austro-hongrois. La "belle", la seconde guerre mondiale, devait rétabli la Grande Allmemagne, Hitler rêvait de Germania. Cette absurdité conduira à l’extermination des juifs d’Europe dont Jean-Michel, le fils d’ Ady Steg, connait parfaitement la mémoire des disparus.

Les 40 millions de morts de la première guerre mondiale doivent s’ajouter aux 50 millions de morts de la seconde guerre. Une « épopée européenne » en forme de suicide collectif qui a redessiné la carte de l’Europe. En 1913, l’Europe avec la Russie et représentaient 50% de la production industrielle mondiale et produisaient 90% des prix Nobel (61 sur 65). Depuis 1950 cette part est passée de 50 à 35% de l’économie mondiale. La perte de leadership européen, la mort ou la fuite des élites intellectuelles, scientifiques, artistiques… est directement corrélée aux deux grands conflits mondiaux qui ont ensanglanté l’Europe au XXe siècle. La raison occidentale arrivée à son apogée industrielle a aussi bien produit les sciences et les techniques qui ont permis à l’homme de maitriser la nature, que la mort de masse. Cela vaut la peine d’être médité.

La mémoire de chaque européen est hantée, souvent à son insu, par cette gratuité des massacres de masse qui se sont produits. Chacun connait le nom d’un proche qui apparait sur ces monuments de village qui célébraient à distance les tristes victoires du front. L’Holocauste par son aspect gratuit et blasphématoire est le sommet de cette absurdité folle : les nazis ont voulu tuer le peuple de la révélation, la racine des valeurs des peuples d’Europe.

Cette mémoire du passé engage notre avenir. Le passé nous convoque. Qu’est ce que l’Europe, quel est notre projet commun ? Quelle amitié franco-allemande à l’heure des politiques purement gestionnaires ? Quels projets nationaux, régionaux et européens voulons nous construire dans le concert des nations du monde ? Quelle y serait la place des religions ?

La remontée en force des nationalismes en Europe actuellement avec des ‘airs connus’: « La France aux français, la Russie aux Russes, L’Allemagne d’abord, Les arabes à la mer, etc… » en réaction à la provincialisation européenne dans la mondialisation d’une part, et à la peur de l’immigration à l’heure où le modèle d’intégration français échoue, d’autre part [2], doivent passer au blind test de ces catastrophes qui nous habitent et dont le jour le plus meurtrier de l’histoire de France est l’archétype.

Jean-Michel Steg, dans ce livre trés personnel, citant George L. Mosse interroge le concept de brutalisation: « le mythe de la guerre a-t-il provoqué un phénomène d’indifférence pour la vie individuelle qui se perpétuerait encore de nos jours ? ». L’acceptation d’un état d’esprit issu de la Grande guerre entrainerait-il la poursuite d’attitudes agressives sous d’autres formes en temps de paix ? C’est-à-dire aujourd’hui. La mémoire des disparus peut nous protèger de notre folie.

La boucherie industrielle du 22 août 1914 à Rossignol
Le killing field, à la sortie de Rossignol sur la route de Neufchâteau mesure seulement quelques dizaines de mètres de large pour un peu plus d’une centaines de mètres de long.

Le killing field, à la sortie de Rossignol sur la route de Neufchâteau mesure seulement quelques dizaines de mètres de large pour un peu plus d’une centaines de mètres de long.

le combat de Rossignol vers midi, le 22 août 1914

le combat de Rossignol vers midi, le 22 août 1914

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Les lieux communs d'aujourd'hui / Christian Godin

25 Juin 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #note de lecture, #J.C.G.

Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre

Le traité de l'argumentation, un livre essentiel de 1958, réédité; les 3 tomes de critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre

 

Les lieux communs d'aujourd'hui

Christian Godin

collection L'esprit libre

Champ Vallon

 

J'ai découvert ce livre à la librairie Baba Yaga à Bandol en allant au vernissage de l'exposition Du papier à l'oeuvre à l'Espace Saint-Nazaire rassemblant les œuvres de 14 artistes du papier.
Ayant tenté une thèse de sociologie des lieux communs sous la direction de Henri Lefebvre, à Nanterre entre 1967 et 1969, thèse inachevée, je n'ai jamais oublié ce qui m'avait motivé dans le choix de ce sujet : le rôle des lieux communs dans la vie quotidienne, leur poids idéologique, leur rôle dans les résistances aux changements, dans l'évolution lente, très lente des mentalités. Ces formules toutes faites qui accompagnent nos propos, émaillent nos discussions, qui se présentent comme évidences, vérités éternelles, qui sont utilisées comme arguments, preuves, méritaient d'être étudiées d'un point de vue sociologique, pas simplement comme outils de discours. Classer les lieux communs selon l'origine socio-économique (lieux communs propres aux travailleurs, aux médecins, aux commerçants, aux jeunes), géographique (lieux communs propres aux chtis, aux Marseillais) du locuteur, selon l'âge (ceux des retraités, ceux des actifs), le sexe (F, H)... dégager leurs fonctions selon les situations dialogiques les plus fréquentes (brèves de comptoir, mariages, enterrements, matchs, fêtes, disputes conjugales et familiales, déclarations séductrices et amoureuses, discours de départ en retraite, discours d'accueil dans un nouveau poste, discours des prêtres accompagnant les grands moments de la vie...), c'était un défi qui me tentait beaucoup. J'avais pris au sérieux la Critique de la vie quotidienne (en 3 tomes, chez L'Arche) de Henri Lefebvre. J'avais 27 ans en 1967, j'enseignais déjà dans un lycée du nord, français en 5° et philo en terminales (quel bonheur, ce grand écart) et en même temps, je fréquentais la Sorbonne et Nanterre. J'étais rimbaldien (parce que poète ?, aujourd'hui encore, j'ai deux T-shirts avec photo et quatrain de Rimbaud), à la fois pour le dérèglement de tous les sens, la pratique des correspondances horizontales et verticales et pour changer la vie (avec ce bémol de taille, changer la vie, pour moi, c'était prendre la vie quotidienne dans toute son épaisseur, lui enlever son poids d'ennui, de répétition d'habitudes, de lassitude, la valoriser – je m'éloignais donc de l'apologie des loisirs – parce que la vie quotidienne c'est quasiment tout notre temps de vie, des temps morts des transports au temps de travail, aux temps domestiques). Je me souviens d'avoir écrit des pages et des pages dans un cahier que je possède toujours et dans lequel je décris minutieusement comment « poétiser » les moments de vie quotidienne. Je crois bien que ce programme de valorisation de la vie quotidienne m'a guidé, nourri dans l'assumation consciente des moments constitutifs d'une journée : je dis encore bonjour le jour, j'ai tout un tas de petits rituels qui m'accompagnent, renouvelables, rien de systématique, rien de pesant, du spontané, pas d'originalité à tout prix, adhésion à ce que je dis et fais, prise en compte des surprises offertes par la vie ou provoquées (il suffit de s'adresser aux gens et souvent, souvent, ce sont quelques minutes de bonheur qu'on se donne même si sont évoqués les malheurs du moment).

Ce contexte explique je pense mon absence d'hésitation quand j'ai repéré ce livre chez Baba Yaga.


La préface de 6 pages dit beaucoup sur l'intérêt que certains ont porté aux lieux communs, à commencer par Flaubert avec son dictionnaire des idées reçues ou catalogue des opinions chics (il a eu le projet de combattre la bêtise, son Bouvard et Pécuchet est une charge contre la bêtise des savoirs reçus sans distance), suivi par Léon Bloy, exégèse des lieux communs, traquant les lieux communs catholiques, par Jacques Ellul, nouvelle exégèse des lieux communs, traquant des lieux communs plutôt politiques. Les fonctions essentielles des lieux communs sont énoncées, fonction idéologique de masquage de la réalité, d'occultation de la réalité, d'inversion de la réalité, fonction de barrage à la discussion, au dialogue, à la contradiction.
154 lieux communs d'aujourd'hui sont traités alphabétiquement par Christian Godin. Pour l'essentiel des stéréotypes d'origine politique, médiatique (les grands pourvoyeurs de langue de vent et de lange de bois, les confisqueurs de la vie démocratique publique puisque la communication s'est imposée contre le débat argumenté et contradictoire : il n'y en a plus) mais aussi quelques lieux communs issus des conversations privées (il y a du bon et du mauvais en tout ; on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux). Au passage, Christian Godin introduit des considérations historiques, remarquant par exemple que les proverbes, autrefois lieux de la sagesse populaire, ne sont plus utilisés par la jeunesse, montrant, autre exemple, les transformations subies par le lieu « la dignité » au temps de l'aristocratie, puis des Lumières et au temps de la post-modernité avec ceux qui réclament le « droit de mourir dans la dignité » où se dit l'indignité de ceux qui veulent provoquer, accompagner la mort de ces vivants qui ont perdu leur dignité, devenus « légumes », « épaves ».

Prenons le lieu « différence », il faut respecter les différences. Imparable ! Y a-t-il une pensée amenant à cette injonction ? Il est évident que deux êtres humains sont différents dans les faits mais ce sont deux êtres humains, ils ont en commun d'être humains et je décide de respecter cette humanité en eux, je lui reconnais une valeur universelle, ils sont égaux en droits à moi, je les considère comme une fin, non comme un moyen, le respect est une valeur ajoutée, une valeur morale créée par l'homme, au moment des Lumières, par Kant bien sûr. Le respect des différences est donc un lieu commun idiot, on respecte ce qui est commun aux différences, l'humain. Alors pourquoi ce lieu ? La différence indique une relation, la différence est le contraire de l'identité. On est différent de. Mais avec ce lieu, la différence est substantialisée, la différence devient l'identité. Je dois respecter le fait qu'il est noir, noir est son identité = sa différence. Je dois respecter l'homosexuel, le transgenre, chaque trait identitaire entraîne obligation de respect de la différence. S'instaure une impossibilité de ne pas aimer tel mode ou style de vie, l'impossibilité de critiquer telle croyance, telle attitude. Le droit à la différence sert à mettre à l'abri de la pensée critique et de la discussion tel individu, telle culture, tel goût, telle transgression (le respect des différences ira-t-il jusqu'à respecter le sadisme de l'officier nazi?)

Un livre d'accompagnement pour diminuer la part de bêtise, de connerie, de « commerie » que nous véhiculons, croyant que ce que nous disons nous est propre alors que nous perroquons (du nom « perroquet »), répétons des idées reçues, des lieux communs. D'où la force du texte de Francis Ponge : Rhétorique.

 

« Je suppose qu'il s'agit de sauver quelques jeunes hommes du suicide et quelques autres de l'entrée aux flics ou aux pompiers. Je pense à ceux qui se suicident par dégoût, parce qu'ils trouvent que « les autres » ont trop de part en eux-mêmes.

On peut leur dire : donnez tout au moins la parole à la minorité de vous-mêmes. Soyez poètes. Ils répondront : mais c'est là surtout, c'est là encore que je sens les autres en moi-même, lorsque je cherche à m'exprimer je n'y parviens pas. Les paroles sont toutes faites et s'expriment : elles ne m'expriment point. Là encore j'étouffe.

C'est alors qu'enseigner l'art de résister aux paroles devient utile, l'art de ne dire que ce que l'on veut dire, l'art de les violenter et de les soumettre. Somme toute fonder une rhétorique, ou plutôt apprendre à chacun l'art de fonder sa propre rhétorique, est une œuvre de salut public.

Cela sauve les seules, les rares personnes qu'il importe de sauver : celles qui ont la conscience et le souci et le dégoût des autres en eux-mêmes.

Celles qui peuvent faire avancer l'esprit, et à proprement parler changer la face des choses. »

On appelle lieu commun une idée générale, dont la vérité est admise par la communauté à laquelle on s'adresse. Les lieux communs (ou clichés) sont le reflet de l'opinion d'une époque et sont souvent utilisés comme des arguments qui se passent de justification. Ils sont pour cette raison à la base du discours démagogique.
Ainsi, tel homme politique, impliqué dans une affaire de corruption, mettra en avant l'honneur de sa femme et de ses enfants ; tel autre réveillera le zèle de ses compatriotes en faisant référence aux « anciens », à « la mère patrie », au « déclin des valeurs », etc.
• En rhétorique, le mot désigne très tôt le réservoir d'arguments, mais aussi les « passages obligés » du discours (exorde, péroraison) dans lequel l'orateur vient puiser pour soutenir son propos.
l'argumentation, genèse d'une anthropologie du convaincre
sur la critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre
Les formes de l'argumentation
Un texte dit « argumentatif » est un texte qui défend une thèse et tente de la faire partager à son lecteur. Cet objectif particulier ne concerne pas que le « fond » : il a une influence sur la forme même du texte. 
1. Les objectifs et les procédés du texte argumentatif
Thème et thèse
Tout texte comporte un thème, c'est-à-dire un sujet dont il s'empare et qu'il traite. Mais le texte argumentatif comprend aussi une thèse, c'est-à-dire un avis, un jugement qu'un locuteur défend. Il faut donc, face à ce type de textes, identifier (et distinguer) le thème et la thèse. Par exemple, un texte peut traiter du thème de l'école, et défendre la thèse selon laquelle l'école telle qu'elle existe n'est plus adaptée au monde contemporain. 
Comme le montre cet exemple, le thème peut être reformulé par un mot ou un groupe de mots (ici : l'école), tandis que la thèse peut être reformulée par une phrase verbale (ici : l'école telle qu'elle existe n'est plus adaptée au monde contemporain). 
À la thèse soutenue par l'auteur s'oppose la thèse adverse, ou thèse réfutée. 
Arguments et exemples
Afin de défendre sa thèse, l'auteur du texte emploie des arguments : des idées, des causes, des références. Il les appuie et les rend plus concrets grâce à des exemples.
  • Un argument est abstrait, général : il fait le plus souvent appel à la logique.
  • Un exemple est plus concret, plus particulier, voire même anecdotique.
Cependant, un exemple particulièrement frappant peut prendre valeur d'argument.
Convaincre et persuader
Un locuteur cherchant à faire adhérer un lecteur à la thèse qu'il développe peut emprunter deux directions :
  • soit il s'adresse à la raison de son destinataire, auquel cas il tente de le convaincre ;
  • soit il essaie de toucher les sentiments du récepteur, auquel cas il passe par la persuasion.
En pratique, les textes mêlent le plus souvent ces deux voies, et allient la pertinence d'arguments convaincants à un style frappant et persuasif.
L'énonciation dans un texte argumentatif
Puisque l'auteur défend une position, il s'exprime généralement dans le registre du discours plus que dans celui du récit (même si des exceptions existent). On trouve donc dans le texte argumentatif :
  • la présence plus ou moins nettement marquée du locuteur : « je », termes modalisateurs (indiquant une évaluation, une vision subjective), mots mélioratifs ou péjoratifs… ;
  • la présence de l'interlocuteur : l'auteur s'adresse parfois directement au lecteur (pronom « vous »), lui pose des questions, l'interpelle… ;
  • des interrogations rhétoriques, c'est-à-dire dont la réponse est en quelque sorte contrainte ;
  • le pronom « on » qui offre des possibilités multiples : « on » généralisant, permettant de délivrer une sentence ; « on » inclusif, dans lequel l'auteur et/ou le lecteur sont compris ; « on » exclusif, grâce auquel l'auteur se détache d'un groupe pour montrer que son opinion diffère.
On trouve également, outre ces indices énonciatifs :
  • des liens logiques de cause, de conséquence, de concession… ;
  • une structure logique, visible en particulier dans l'emploi de paragraphes distincts ;
  • des figures de style : amplification, images… ;
  • un ou plusieurs registres (suivant les intentions de l'auteur) : ironique, satirique, polémique…
2. Les formes de l'argumentation
L'argumentation peut être directe ou indirecte : elle est dite « indirecte » ou « oblique » lorsque le locuteur emprunte le biais de la fiction pour faire passer sa thèse ou son message. 
Les formes directes
  • l'essai est un ouvrage, de forme assez libre, dans lequel l'auteur expose ses opinions (cf. Montaigne, Les Essais) ;
  • le pamphlet est un écrit satirique, souvent politique, au ton virulent (Voltaire) ;
  • le plaidoyer est la défense d'une cause, le réquisitoire est une accusation ;
  • le manifeste est une déclaration écrite, publique et solennelle, dans laquelle un homme, un gouvernement ou un parti expose un programme ou une position (on trouve ainsi des manifestes de groupes d'artistes, autour d'un programme esthétique : cf. Le Manifeste du surréalisme) ;
  • la lettre ouverte est un opuscule souvent polémique, rédigé sous forme de lettre ;
  • la préface est un texte placé en tête d'un ouvrage pour le présenter, en préciser les intentions, développer ses idées générales (Préface de Cromwell, ou encore Préface du Dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo) ;
  • l'éloge, le panégyrique, le dithyrambe sont des textes marquant l'enthousiasme et l'admiration que leur auteur voue à quelque chose ou quelqu'un.
Les formes liées à la presse écrite
Journaux et revues accueillent régulièrement des textes argumentatifs :
  • l'éditorial est un article émanant de la direction du journal. Il engage la responsabilité du rédacteur en chef et de l'ensemble du journal, tout en restant une parole individuelle (celle du journaliste qui le signe) ;
  • le billet d'humeur est une courte chronique où le rédacteur s'adresse en son nom à une ou plusieurs personnes, sur un sujet d'actualité ;
  • un journal peut également publier une lettre ouverte : cf. le célèbre J'accuse, de Zola, paru dans l'Aurore.
Les formes obliques
  • la fable (La Fontaine) ;
  • le conte (Perrault, Le Petit Chaperon rouge) et le conte philosophique(Voltaire, Candide) ;
  • l'apologue (récit souvent bref contenant un enseignement : on voit que les deux premières formes citées appartiennent au genre de l'apologue) ;
  • l'utopie (genre littéraire dans lequel l'auteur imagine un univers idéal, par exemple l'abbaye de Thélème, chez Rabelais) et la contre-utopie (1984, d'Orwell) ;
  • le dialogue (parfois dialogue philosophique, cf. Diderot, ou Sade) ;
  • le théâtre (Marivaux, L'Île des esclaves).
3. Littérature et argumentation
La liste des genres au travers desquels peut se déployer l'argumentation montre que celle-ci n'est pas réservée aux essais abstraits, aux traités théoriques, ou aux articles. L'argumentation a toujours été liée à la littérature, et en particulier à la fiction. En effet, pour transmettre une idée, pour convaincre et persuader, le style est un auxiliaire extrêmement efficace : la force d'un argument est d'autant plus grande qu'il est exprimé de manière séduisante. Ainsi, on comprend l'intérêt que ceux qui cherchent à étayer une thèse portent à la qualité littéraire de leurs textes. Les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, les Salons de Diderot, les préfaces de Hugo, etc. sont encore lus aujourd'hui, non seulement en raison des idées et réflexions qu'ils contiennent, mais aussi parce que la force et la beauté de leur écriture nous touchent. Sartre dit que « l'écrivain engagé sait que la parole est action […] Il sait que les mots, comme dit Brice Parrain, sont des "pistolets chargés". S'il parle, il tire ». Cette citation souligne le pouvoir qu'ont certaines formules – capables de « faire mouche » – d'atteindre ce qui est visé et celui qui est destinataire, et ce pas uniquement dans la littérature dite engagée. 
Mais l'argumentation ne se contente pas de réclamer un « style », un talent d'écriture. Elle passe parfois par la fiction, c'est-à-dire que, paradoxalement, elle utilise l'imaginaire afin de soutenir une opinion sur un élément bien réel. Cette association de l'argumentation et de la fiction existe dès les premiers récits fondateurs : dans L'Iliade et L'Odyssée d'Homère, ou encore dans les chansons de geste du Moyen Âge, s'opère une alliance entre le récit d'exploits et l'exaltation de valeurs, de positions, que l'auteur cherche à faire partager à ses auditeurs ou lecteurs. Pourquoi donc ce « détour » par la fiction ? La Fontaine écrit, dans les Fables, à propos de l'apologue :
C'est proprement un charme : il rend l'âme attentive,
Ou plutôt il la tient captive
 
Selon le fabuliste, la fiction séduit le lecteur, et fonctionne comme un appât : elle ensorcelle par le récit du conte ou de la fable, et la moralité (ou la thèse défendue) devient ainsi plus « digeste ». L'essai peut en effet apparaître comme ardu et rebutant. Un récit au contraire est toujours plaisant par les animaux qu'il met en scène, les dialogues qu'il utilise, etc. 
 
Conclusion
Les Classiques, au xviie siècle, avaient pour devise « instruire et plaire » – et l'apologue est précisément le lieu où les deux actes peuvent se conjuguer. Le xviiie siècle a lui aussi fait le détour par la fiction, pour défendre les idées des Lumières : les contes de Voltaire sont des essais ou des pamphlets rendus concrets et vivants grâce aux personnages et aux registres comique, satirique, etc. Marivaux ou Beaumarchais illustrent la réflexion sur l'individu et la justice sociale dans leurs pièces de théâtre : au travers des dialogues et des confrontations de personnages, le spectateur voit s'incarner des idées et des avis contradictoires. L'Île des esclaves, de Marivaux, mêle par exemple à la fois le genre théâtral et l'utopie. D'autres formes fictionnelles sont encore convoquées, comme le dialogue, chez Diderot (Le Neveu de Rameau). Des origines jusqu'à nos jours, la fiction est donc toujours l'alliée de l'argumentation : au xxe siècle, la contre-utopie (1984, d'Orwell) et l'apologue (Matin brun, de Franck Pavloff) sont encore bien présents. 
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